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Un inédit de Roland Barthes

Lors de mon séjour en Roumanie, au Bureau du livre des Services culturels, j’ai retrouvé, au fond d’une malle, un inédit de Roland Barthes. J’ai vérifié : il ne figure pas dans ses oeuvres publiées. Même dans Roland Barthes par Roland Barthes (de Roland Barthes). Le texte est court :
Roland Barthes Roumanie
Je crois que c’est en rentrant de Roumanie que Roland Barthes (par Roland Barthes) s’essaie un moment à la sociologie : on le trouve associé au Centre d’études sociologiques, mais il quittera vite cette association illégitime.
Le deuxième extrait, ci-dessous, est une copie (véridique) d’un article de Bucarest Matin (un éphémère quotidien francophone subventionné par l’Ambassade), datant de 1999 ou 2000. L’article donne une idée assez subtile de la place des expatriés français dans ce pays au charme étrange (très étrange). Il ouvre aussi une porte vers ce qu’il est convenu d’appeler la psyché nationale. J’en conseille vivement et la lecture, et la lente relecture :
supercoiffure

Publier !

Vous venez de terminer une thèse (ou un DEA remarqué)… il “faut” publier. Il y a quelques semaines, Emilie Biland, Aurélie La Torré et Abdia Touahria-Gaillard ont organisé une “journée” à l’ENS : Publier en sciences sociales : comités de rédaction, éditeurs et auteurs au travail. Vous trouverez dans un document PDF à conserver dans un coin d’ordinateur [PDF] plein de conseils.

L’extension du domaine de la culotte : Où peut-on vendre des sex-toys ?

Il y a quelques jours, j’ai reçu par mail les questions d’un propriétaire d’un magasin de lingerie. Depuis quelques temps, il propose à la vente des sex-toys, suivant en cela divers commerces (de la gadgèterie au magasin de parfum en passant par des magasins de lingerie sexy).
Cette relative publicisation de jouets pour adultes ne se fait pas sans protestations (voir ici par exemple). Et le propriétaire du magasin venait de recevoir un document juridique inquiétant, dans lequel on apprend que la directrice du centre commercial dans lequel il est installé et la directrice régionale du groupe… avaient constaté la vente de “produits” qu’elles jugeaient “non autorisés au titre du bail mais au surplus à caractère érotique, voire pornographique”.

Je reproduis ci-dessous, anonymisés, une partie de ces documents (et je suis à la recherche d’autres affaires du même genre) :

Les “directrices” soulignent en fin de document — par le truchement de leur avocat — que certains produits sont “contraires aux bonnes moeurs”. Chose qui me semble étrange, étant donné l’épuisement du concept juridique de “bonnes moeurs” (est-il encore en usage ? peut-être dans du droit commercial ou privé ?). Elles soulignent aussi que le magasin de lingerie vend des articles érotiques… [en passant, si l’on prend, au hasard, l’une des culottes proposées par la marque Aubade, la petite tricheuse (ici aussi) alors l’érotisme est déjà dans la lingerie… voire l’un des buts des magasins de lingerie].

Parenthèse : Nous avons peut-être là un exemple de “privatisation” de l’action de censure qu’Emmanuel Pierrat décrit… mais pour que cela soit vécu comme une censure, il faut sûrement des groupes opposés (dénonçant telle action comme censure). Or, pour l’instant, le groupe des vendeurs de sex-toys est très très peu solidifié. Ni syndicat, ni association de défense…Fin de parenthèse

La question est de savoir, il me semble, si des sex-toys (je pense que les directrices visent ces objets) sont proches de la lingerie. La place de ces objets, il y a quelques années, était entièrement dans les sex-shops, et dans les catalogues de vente par correspondance. Ils ont été sortis de ces endroits, depuis, par une poignée d’entrepreneurs. Mais peuvent-ils être assimilés à la lingerie ?

L’un des éléments objectifs dont je dispose, c’est le site internet du “Salon interprofessionnel de la lingerie” de Paris. Dans son dossier de presse de 2008, le salon de la lingerie de Paris assimile les “sex-toys” à des objets “transversaux” (en français), “complémentaires” (en anglais) :

dossier de presse français :
Cet espace qui avait déjà remporté un franc succès en 2007, s’agrandi [sic] et regroupe tout type d’objet transversal à l’univers de la lingerie, allant des cosmétiques, aux accessoires tels que les sex-toys,
dossier de presse anglais :
this space has been expanded and brings together all types of complementary products that work in harmony with the lingerie industry, from cosmetics and accessories, such as sex-toys

Il ne s’agit pas ici, sur un dossier de presse, de rejouer la controverse sur l’interprétation de la résolution 242. L’on admettra que complémentaire s’associe ici à transversal. Parmi les exposants, l’on trouve “lovely planet” (et d’autres comme “fun factory”), mais aussi une compagnie allemande fabricant des vibromasseurs à l’efficacité germanique (Sinfive) :

Que faire de la présence de vendeurs de sex-toys, et de fabricants, dans le salon interprofessionnel de la lingerie ? Et que faire de la publicisation de leur présence dans des dossiers de presse ? Il me semble que, pour une partie de la “profession lingerie”, ces gadgets forment une extension du domaine de la culotte, et que ces mêmes “professionnels” considèrent que les gadgets pour adulte ont toute leur place dans les magasins de lingerie, même traditionnels.

Que faire, de mon côté, de la demande du propriétaire du magasin visé par le froncement de sourcil juridique des directrices du centre commercial ? Je lui ai répondu du mieux que je pouvais (et en droit, je ne suis pas compétent). De la même manière, il y a plusieurs mois, j’avais été invité à rencontrer l’avocat du propriétaire d’un magasin de sex-toys, ce que j’avais fait avec plaisir.
Ces pressions à la position d’expertise sont, je pense, à analyser… Elles sont faibles dans mon cas : je ne travaille ni sur l’école, ni sur l’immigration, ni sur les clochards. Elles sont peut-être d’autant plus simple à comprendre que le “blog” simplifie la prise de contact. Mais, pour l’instant, ma réflexion s’arrête là.
Ceci dit : je suis preneur d’informations sur des affaires similaires.

La francisation

Imaginons que vous soyez étrangère, que, par exemple vous vous appeliez محمد بن خلدون (peu de chance, mais imaginons). Vous demandez la nationalité française. Bien. Que découvrez-vous sur le formulaire de demande d’acquisition de la nationalité française ?

acquisition de la nationalité française

Vous découvrez la possibilité de “franciser” des noms et des prénoms (les vôtres, mais aussi ceux de vos enfants qui n’ont pas la nationalité française).
C’est, comme vous le voyez, la deuxième case à cocher, signe de son importance symbolique. Qu’est-ce donc que cette “francisation” ? Ce n’est pas une translittération, mais une transformation du prénom (ou du nom) d’origine en un autre, appartenant au stock en usage en France.

Les pages 5 et 6 du document CERFA 51148*01 : Notice d’information pour les candidats à la naturalisation ou à la réintégration dans la nationalité française [PDF] donnent quelques précisions. Il est par exemple possible de traduire “en langue française [le] nom étranger lorsque ce nom a une signification”. Wiesnienski deviendra ainsi “Merisier”, et Haddad “Laforge”. Mais : “Si vous êtes dans ce cas, vous devez fournir une attestation établie par un traducteur assermenté.” Il est aussi possible de “transformer” le “nom étranger pour aboutir à un nom français. Dans ce cas, le nom demandé ne doit pas être trop éloigné du nom d’origine et présenter une consonance et une orthographe françaises.”. Fayad deviendra “Fayard”.

La demande de francisation elle-même est manifestée en remplissant le formulaire CERFA 65-0054 : “Demande de francisation (facultative) [PDF]. Apparaît alors une possibilité qui n’était pas mentionnée dans les documents précédents. Il est possible de déclarer : “Je sollicite l’attribution d’un prénom français“, attribution qui sera — si j’ai bien compris — réalisée par l’employé administratif qui se trouve face à la demandeure. Ont-ils un livre des prénoms français ? ou une liste mille fois photocopiée de vieux prénoms “bien de chez nous” ?
francisation attribution d\'un prénom

L’acquisition d’une nouvelle nationalité est probablement proche de l’endossement d’une nouvelle identité, et il est intéressant que l’Etat se fasse l’écho de ce désir de changement… Oui, mais ce serait trop simple. L’Etat, ici, ne propose pas un nouveau nom, il propose (c’est l’un des exemples officiels) de changer “Maria” en “Marie”, “Antonia” en “Adrienne” (sic). L’Etat propose une “francisation”. Et aujourd’hui, la possibilité même de francisation peut être vue comme une petite violence faite à l’identité d’origine, comme une demande d’un autre âge. “On croirait voir un agent recenseur colonial”… me déclarait un collègue avec qui je discutais de cette affaire.
D’où vient alors cette idée de francisation ?
Avant la Seconde guerre mondiale, la francisation de l’identité onomastique des naturalisés n’était pas largement acceptée. C’est le “déguisement des envahisseurs” écrivait Le Figaro le 24 juin 1927 en commentaire d’un projet de loi :

Les chiens de notre pays grognent sourdement quand ils flairent ces odeurs insolites [de peaux exotiques]. Les hommes de notre pays dressent l’oreille avec inquiétude quand ils entendent résonner ces noms sauvages. Il n’y aura pas moyen de tromper les chiens ; on va tâcher de tromper les hommes. […]
Un nombre infini de métèques, surtout dans le monde parisien, se cachent sous des noms français. […] Sous prétexte de sauvegarder “la musicalité (sic [dans le texte]) de notre langue”, en réalité pour endormir notre méfiance, le naturalisé poura “franciser” ses noms et prénoms […]
Le Figaro, 24 juin 1927, p.1 — sur Gallica

(On tremble d’ironie à savoir Marcel Dassault posséder aujourd’hui ce titre de presse).
Après la Seconde guerre mondiale, en 1945 mais surtout à partir de 1947, la francisation devient possible. Il s’agit désormais d’intégrer, en combinant incitations institutionnelles et individualisation des démarches. La circulaire du 23 avril 1947 relative à l’instruction des demandes de naturalisation précise :

La francisation devra tendre autant que possible à faire perdre aux noms leur aspect et la consonance étrangers. (…) L’expérience a démontré, en effet, qu’un naturalisé dont le nom difficilement prononçable rappelle à chaque instant son origine étrangère se fond moins rapidement dans la mase de la population (…) Or l’intérêt national exige que les naturalisés cessent, le plus rapidement possible, de se sentir différent des autres citoyens.

Un commentateur de cette circulaire, A. Juret (dans la revue Population en 1947, écrit ainsi, poursuivant l’argument : “Il serait peu logique d’admettre un étranger à la dignité de membre de la communauté française et de lui rendre difficile de faire disparaître le signe le plus évident de son origine étrangère. D’autre part, il ne faudrait pas faire de l’adoption d’un nom français une condition de la naturalisation, car il faut respecter les scrupules de ceux qui hésitent à renoncer au nom de leurs ancêtres“.
Au fur et à mesure des décennies, la francisation s’est faite plus facile : d’abord modification de l’orthographe seule, puis possibilités de traductions, puis extension à d’autres catégories de “nouveaux Français”. Cela devient plus facile… Est-ce que cela signifie qu’une proportion de plus en plus importante de naturalisés vont choisir la francisation ?
Ou alors, est-ce que, au contraire, le caractère multiculturel de la France contemporaine va inciter les nouveaux entrants dans la communauté nationale à conserver un signe qui n’est plus perçu comme signe d’une “origine étrangère”. Est-ce que le poids statistique des prénoms bien-français mais aussi néo-celtiques, anglo-saxons ou méditerranéens (Gwendal, Kevin, Laura) met en question l’idée même d’un prénom “français” ?

Regardons quelques chiffres, issus des rapports annuels de la sous-direction des naturalisations :

années total (naturalisations + réintégrations) francisations
1966 30396 5115
1973 33616 8243
1987 41754 7088
1989 33391 6930
1991 34468 6731
1995 40867 5589
1997 60485 7139
1999 67569 6435
2001 64595 4670
2003 77102 4990
2005 101785 5760
2006 87878 5096

Jusqu’au début des années 90, environ un naturalisé-réintégré sur 5 (20%) choisissait une francisation du nom ou du prénom. Et depuis, la proportion chute : en 2006, moins de 6% des nouveaux Français choisissent une francisation. On ne sait pas encore pourquoi… il semble ne pas y avoir eu de travaux sociologiques sur les francisations. Est-ce parce que les services de l’Etat ont cessé d’inciter à la francisation ? Est-ce parce que les nouveaux arrivant possèdent déjà des noms et prénoms en usage dans la France du fils de Pál Sárközy Nagy-Bócsay, d’Abdelmalek Sayad ou de Diams… ? Aaahhh si une étudiante entendait ma plainte et se penchait sur cette question (pour un mémoire de master en sociologie, par exemple…) !
On a peut être quelques réponses quand même, si l’on se penche sur les pratiques différentielles de la francisation. Les contingents les plus importants d’acquisition de la nationalité par décret sont les ressortissant-es du Maroc, d’Algérie et de Tunisie : elles (et ils) sont moins de 2% à demander la francisation. Les Turcs, les Portugais et les Congolais (Rep. dem.), les Cambodgiens et Vietnamiens aussi se francisent dans une proportion bien plus importante.
D’autres indices nous seraient donnés par les comportements différents des hommes et des femmes : pour certaines origines, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à demander la francisation (le Cameroun, par exemple)…

J’ai laissé pour la fin ce qui m’intéresse le plus. Qu’est-ce qui est francisé ? Pour l’année 2006 :
nom : 5 %
prénom : 88 %
nom et prénom : 7 %
Les “francisants” évitent dans l’immense majorité des cas de franciser ce que l’état-civil français considère comme un nom. Neuf fois sur dix, c’est le prénom qui est modifié. Le prénom… ce “bien symbolique” choisi pour nous par des parents, qui nous définit aux yeux des autres… c’est le prénom qui est modifié. Comme si, sur ce point, il était possible d’agir et de construire une nouvelle identité. Comme si les “francisants”, ici, choisissaient de “réparer” un peu leur identité, peut-être en choisissant, en France, un prénom un peu plus “moderne”, un peu plus “à la mode”, puisqu’on leur en offre la possibilité.

Les noms et les prénoms peuvent donc être d’intéressants objets de recherche pour une socio-histoire du politique : ils finissent par incarner (au sens fort du terme) les conséquences de certaines politiques publiques. On voit comment sont liés socio-genèse de l’Etat national (la genèse permanente des frontières symboliques au travers d’une multiplicité de règlements)… et psycho-genèse des individus (dans le sens où le choix d’un prénom “français” doit bien avoir quelques conséquences sur l’image de soi).

Bibliographie : je disais plus haut qu’il n’y avait rien… j’exagérais un peu. Sarah Mazouz, doctorante, travaille sur les naturalisations, et vous pouvez lire d’elle, notamment les cérémonies de remise des décrets de naturalisation et un autre article dans un numéro récent de la revue Genèses. Nicole Lapierre, anthropologue, a écrit de nombreux textes sur les noms, dont un article, dans Ethnologie française, sur “La francisation des noms”, en 1993. (Je me suis servi de cet article ici). [Je signale aussi ce récit de l’intérieur d’une “journée d’intégration”, sur le blog de Wilma]

note : Si vous n’avez ni nom, ni prénom à franciser, vous pouvez quand même franciser votre navire [PDF]

Le wiki auditions

Sur le Wiki-Auditions, la quasi-totalité des dates sont disponibles (ne manquent que les dates d’audition de deux postes pour deux IUFM). Grand nombre de visiteurs en ce moment, encore relativement peu de contributeurs : si vous avez des informations, merci de les transmettre, ou de les proposer en commentaire à ce billet. Les candidates aux postes de maître de conférences en sociologie (et démographie) vous en seront reconnaissantes.


(image : colcanopa dans Le Monde)

L’affaire Olesniak, épisode 9

sweden with loveL’affaire Olesniak — cette concierge de Pigalle qui diffusait des films porno dans sa loge — a duré depuis suffisamment longtemps. Et, comme les policiers et les juges, j’ai bien envie de la conclure et de refermer le dossier. En voiture, donc, pour toute une série d’auditions, un peu longuettes, mais qui vous donnera une idée de ce que l’on trouve dans les archives judiciaires.

*
*     *

Fin février 1969, une semaine après son mari, Isabelle Roix rencontre le juge. Toute volonté de rebellion a disparu, et ce sont même des paroles de contrition qui sont prononcées.

(…) Je ne juge pas très beau ce que nous avons fait, et nous ne sommes pas prêts de recommencer. Nous l’avons fait, pressés par le besoin de nous procurer de l’argent. Mon mari désirait obtenir un concordat ; le syndic lui avait dit qu’il était opportun qu’il puisse disposer d’une certaine somme d’argent lorsque la question du concordat serait étudiée.
Je ne connais pas l’homme qui a amené mon mari à imprimer les livres intitulés « Vice sans fin » et « Vicieuse et versa » et la revue intitulée « Sexus ». J’ai vu cet homme deux fois, en mai 1968, je crois. Je ne sais même pas si je le reconnaîtrais. Les nom et prénom Bénard Claude que vous énoncez ne me rappellent rien.
Cette personne devait être au courant des difficultés financières de mon mari parce qu’elle a insisté, après des refus successifs de mon mari pour qu’il accepte ce travail d’impression. Finalement et pour faire face à des échéances, mon mari a accepté.
Et il a conservé un certain nombre de ces livres et revues parce que celui pour le compte duquel il les a imprimés ne l’avait que très partiellement payé.
Mon mari a vendu de ces livres et revues un peu partout, dans des kiosques et librairies, mais je ne connais personnellement aucun acheteur.
La seule relation de mon mari sur le plan de la vente des livres, revues et films, que je connaisse, ce sont les époux Olesniak. C’est le portier d’un cabaret de strip tease qui a conseillé à mon mari d’aller voir les époux Olesniak, en les lui présentant comme des gens très versés dans le commerce de ce genre de marchandises.
Je situe fin octobre ou début novembre 1968 le premier contact entre mon mari et les époux Olesniak. Mon mari m’a dit ensuite que les Olesniak étaient très intéressés par des films. C’est cela qui nous a déterminés à nous rendre dans le courant de novembre 1969 en Suède ; ce fut pour moi le seul tel voyage, pour mon mari le premier de deux voyages.
Nous n’avons pas du tout préparé le voyage auquel j’ai participé. Sur des revues vendues en France, il était facile de relever des adresses. Et nous nous sommes adressés à une telle maison, choisie au hasard. Nous nous sommes rendus en voiture en Suède. J’ai eu l’impression que nous nous adressions à un grossiste ou demi-grossiste. Mon mari a acheté un certain nombre de films, peut-être aussi, mais je ne peux l’affirmer, des revues.
(…)
Ni à l’occasion du voyage que j’ai fait avec mon mari, ni à son retour du deuxième voyage qu’il a fait seul (début décembre, je crois) je n’ai vu de photographies obscènes.
Je ne me suis à proprement parler occupée moi-même des relations commerciales de mon mari avec les époux Olesniak qu’en janvier, lorsque j’ai fait plusieurs démarches chez eux pour obtenir le paiement des films flous ; mon mari devait entrer à l’hôpital, nous avions besoin d’argent et il ne pouvait plus s’occuper lui-même de la question.
(…)

C’est une histoire un peu triste que raconte Isabelle Roix. Son mari s’est fait rouler par une personne plus roublarde… mais comme Claude Bénard ne sera pas retrouvé, impossible d’avoir sa version de l’affaire.
«C’était pour des raisons financières» : l’argent n’excuse pas, mais peut-être que, si l’argent est nécessaire, il excuse un peu.
Philippe Roix se retrouve donc avec un stock de revues et de livres, imprimés sans être payé (n’a-t-il pas touché une avance ?). Il va chercher à les écouler : et Pigalle lui semble être le lieu idéal. On lui indique les Olesniak. Les Olesniak lui demandent des films. Il part à la recherche de films. Petit à petit — mais plutôt rapidement — Philippe Roix se retrouve engrenagé dans la circulation des objets pornographiques.

Raymonde Olesniak est interrogée à son tour par le juge, fin février 1969 :

Depuis le 19 décembre 1962 (…) je tiens le dimanche seulement, le poste de vente, c’est à dire le kiosque à l’angle du **** et de ****. Je suis payée sous la forme d’une commission sur la marchandise vendue.
C’est à l’occasion de cette activité que j’ai été sollicitée à de nombreuses reprises par des démarcheurs, nord-africains et métropolitains, inconnus, lesquels m’ont proposé d’acheter auprès d’eux, puis de revendre, des revues pornos. J’ai finalement accepté d’acheter un certain nombre de revues. J’ai commencé à faire cela dans le courant de l’année 1967. J’ai toujours vendu ces revues chez moi dans ma loge, donc jamais dans le kiosque.
Dans la mesure où je m’en souviens, j’ai acheté les titres suivants : « Good night », « sexus », « emotion », « climax », « Naktspiel » [sic]. Je payais les revues en noir et blanc 10 francs l’unité et le revendais 20 francs. Je payais les revues en couleur 30 francs l’unité et les revendais 40 francs.
J’estime avoir en tout acheté ainsi 90 revues.

Raymonde Olesniak précise donc, finalement, son implication : qui remonte ici jusqu’en 1967. Elle affirme ne rien avoir vendu auparavant, alors qu’elle tenait ce kiosque depuis 1962.

Monsieur Philippe, dont je sais maintenant seulement qu’il est monsieur Philippe Roix, est venu me trouver vers la fin de 1967 ou tout au début de l’anneé 1968 dans ma loge. Il m’a vendu des livres intitulés « Vices sans fin » et « Vice et Versa ». J’en ai acheté une dizaine au prix de 15 francs l’exemplaire, pour le revendre 30 francs.
Lors de sa visite suivante, M. Roix m’a livré les revues « Sexus », « Emotion », « Climax » et « Naktspiel » ça devait être vers juin ou juillet 1968.
Quelques jours plus tard, M. Roix est revenu cette fois il m’a apporté des films. Il en avait 40 mais je n’en ai pris que 20 ; je ne les ai pas pris tous car certains étaient de mauvaise qualité, flous. J’ai payé ces films au prix de 180 francs l’exemplaire et je les ai revendu au prix de 300 francs les bons et 250 francs les moins bons. J’ai vendu à peu près tous les films de cette première livraison.
Après mon retour de Pologne, et avant le retour de mon mari, c’est à dire entre le 16 août et le 9 septembre 1968, Monsieur Roix m’a livré une deuxième fois des films, autant que la première fois. Je n’ai pas vendu la totalité de ces films.
Puis, vers le début du mois de décembre 1968, M. Roix a déposé chez moi 14 films de mauvaise qualité en me demandant d’essayer de les vendre.
Environ 15 jours avant notre interpellation par la police (16 janvier), Mme Roix est venue déposer 10 films pour que j’essaie de les vendre. Je n’ai vendu aucun de ces 14 derniers films ; j’en ai confié 10 à un nord-africain qui ne me les a jamis payés ; c’est un prénommé Ali ; le 16 janvier, environ 1/2 heure avant l’arrivée de la police, ce Ali était venu me demander 10 films pour lesquels il prétendait avoir un client ; en fait, il m’a amené la Police ; je ne l’ai plus revu ; il ne m’a évidemment pas payé les films.
(…)

Pour Raymonde Olesniak, les choses sont claires : c’est “Ali” qui lui a amené les policiers, et sciemment, semble-t-elle dire. Elle déclare cela devant le juge : cette dénonciation n’apparaît pas dans les rapports rédigés par les policiers. Cette tentative de détourner le regard vers “Ali”, si elle intéresse le sociologue, laisse le juge de marbre. Il n’oublie pas, lui, que la perquisition chez les Olesniak a trouvé une centaine de revues d’origine suédoise ou danoise, environ 225 photographies, 18 gravures, 7 livres et 12 films… soit un nombre de revues plus élevé après vente qu’après achat (J’estime avoir en tout acheté ainsi 90 revues.). La minimisation est en partie une stratégie de survie : la douane, qui se porte partie civile, réclamera (aux six inculpés) en première instance “62600 Fr (pour tenir lieu des marchandises non saisies) et 125000 Frs, amende égale au double de la valeur des objets de fraude“, soit quelques 160 salaires ouvriers moyens à l’époque…

Au début de l’année 1967, j’ai acheté 7 films auprès de Sayed. J’en ai vendu 2 et j’ai gardé pour moi les 5 autres parce que je les trouvais bons. Je n’ai plus revu Sayed depuis très longtemps. J’ignore ce qu’il est devenu.
A l’époque, il était gardien d’un immeuble de la rue des Martyrs ; il a disparu en laissant des dettes un peu partout.
C’est Ali qui m’a envoyé tous les clients, c’est à dire tous ceux qui ont acheté chez moi des livres, des revues et des films.
(…)
C’est encore Ali qui m’amenait les clients pour la projection d’un film. Il ne m’amenait chaque fois qu’un client ; je ne sais pas ce qu’il demandait au client, à moi il donnait 50 francs pour la projection d’un film. (…)
J’ai procédé à des projections gratuites de films pornos, lorsque nous avions des amis à la maison. C’est pourquoi j’avais gardé les cinq films de Sayed.
(…)

“Sayed” sera identifié par la police (il est né en 1917 en Algérie)… mais il ne sera pas retrouvé, ni localisé. Le dénommé “Ali” ne fera l’objet d’aucune recherche officielle. Ou s’il y a eu recherche, les traces d’icelles ne figurent point dans le dossier de procédure.
L’”entrée” de Mme Olesniak dans le marché des films date — dans sa déposition — aussi de 1967 : mais du tout début de l’année.

Vous me demandez pourquoi j’ai fait ce qui m’est reproché.
Originaire de Pologne, ayant perdu sa famille au début de la guerre de 1939, mon mari a appris en 1966 qu’un frère et une sœur étaient encore en vie de même que ses parents. Mon mari a donc pu renouer avec sa famille ; il a appris que certains de ses parents étaient dans la misère. Il leur a envoyé des colis et de l’argent dès 1966. Désireux d’aller revoir les siens en Pologne, il a du au préalable se faire naturaliser français. En 1968, nous avons pu nous rendre en Pologne. Le désir de réaliser ces projets nous a fait accepter de faire ce qui nous est reproché, parce que nous y avons vu une source possible de revenus supplémentaires.

Mme Olesniak donne ici la dernière des raisons expliquant son implication dans ce petit commerce : aider la Pologne. C’est ici que la petite histoire rencontre la grande histoire : la famille de son mari a été détruite par l’invasion allemande de la Pologne, il a du s’exiler (en Allemagne comme travailleur forcé, puis en France) et a perdu tout contact avec ses parents. En 1945, des recherches effectuées par la Croix Rouge n’avaient rien donné. Il retrouve la trace d’un frère et d’une soeur vingt ans plus tard.

Une semaine plus tard, le juge lance une “commission rogatoire”… Un document l’intéresse, et il souhaite en savoir un peu plus.

Dans le véhicule automobile des époux Roix a été découverte une lettre écrite le 5 janvier 1969 par le sieur Marteau Bertrand, demeurant 49 route d’*** à ***. Cette lettre est ainsi rédigée : « Monsieur, il y a environ 8 jours je vous ai fait parvenir de l’argent (50 F français) pour une petite commande. Depuis, aucune nouvelle, je sais que avec les fêtes de fin d’année, cela retarde un peu le courrier, ou par hasard seriez-vous en congé. En tout cas d’un sens comme d’un autre, j’espère que vous me donnerez des nouvelles d’ici peu, ce qui me fera bien plaisir, car je suis très content de votre revue Sexus. En attendant veuillez croire, Monsieur, en mes amitiés et ma confiance les plus sincères. Voici ce que j’ai commandé : Sex seeing, revue de couples de 32 pages, 15×21 »

J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien faire entendre en qualité de témoin le sieur Marteau (ou Morteau) lequel donnera toutes explications utiles sur ses relations avec le nommé ou la nommée Roix, sur les conditions dans lesquelles il a connu ces personnes, sur les conditions dans lesquelles il a été amené à commander et à recevoir telle marchandise qu’il précisera, à tels prix qu’il précisera également

La gendarmerie d’un département situé au nord de Paris auditionne alors Bertrand Morteau, qui est “pontonnier” (militaire du génie chargé de la construction des ponts mobiles)

C’est bien moi qui suit le signataire de la lettre en date du 5 janvier 1969. J’avais adressé cette lettre à un dénommé Curesti 16 place de *** à Bruxelles (Belgique) afin de commander la revue « Sex Seeing revue des couples de 32 pages » en précisant que j’avais fait parvenir un mandat de 50 francs français.
J’avais été contacté directement par lettre en novembre 1968 afin de savoir si je voulais recevoir cette revue. Cette lettre m’avait été adressée par le dénommé Curesti. J’ignore comment celui-ci a pu obtenir mon adresse.
(…) Je n’ai jamais eu aucune relation avec la nommée ou le nommé Roix et je ne connais aucunement ces gens.
Comme je viens de le déclarer, j’avais commandé cette revue au reçu de la lettre du nommé Curesti lequel m’avait fait parvenir un exemplaire d’une revue sexuelle. J’ai détruit cet exemplaire. (…)

La piste “Curesti” n’est pas suivie, ni par le juge, ni — auparavant — par les policiers. Et Philippe Roix n’aura à répondre à aucune question à son sujet. C’est que la force de travail policière n’est pas extensible. L’affaire telle qu’elle a été construite ici “tient” toute seule :

Olesniak -> Roix -> Bénard (l’imprimeur)

D’autres affaires auraient pu être construites :

Olesniak -> Roix -> Curesti …

ou

Ali -> Olesniak -> …

mais sans certitude de réussite, et au prix d’une mobilisation importante. Or cela fait déjà deux mois (janvier - mars 1969) que l’Affaire Olesniak a débuté.

On ne peut pas lire les archives policières ou judiciaires comme des romans policiers. Elles commencent comme. Certes. Mais elles n’offrent aucune conclusion logique : le lecteur à la Pierre Bayard trouvera d’autres coupables. Le sociologue ou l’historien n’en a cure.

 

L’ensemble des épisodes de L’Affaire Olesniak est disponible ici. : categorie -> Olesniak.

Poésie sociologique

“Le salaire n’est-il que le prix du travail ?”, moderne alexandrin, est une création collective… sans auteur individuel et à l’ambition poétique modeste. Peu de sociologues se sont faits poètes : Michel Foucault (classons-le sociologue) entrelardait ses livres de renécharismes (Paul Veyne les a comptés) ; Pierre Bourdieu était plutôt romancier ; Durkheim… n’en parlons pas (même si, à son époque, l’imitation pouvait faire partie du cursus, et qu’il a du produire du poétique).
Je ne vois guère que Gabriel Tarde, auteur mineur en permanence “redécouvert”, qui publie, en 1879 Contes et Poèmes [Paris, Calmann-Lévy, 228 pages, sous le nom de Jean-Gabriel Tarde] (voir ici pour en savoir plus). L’école nationale d’administration pénale propose de nombreux textes littéraires de Gabriel Tarde. Exemple de poème :

Dieu ! que j’en aimai, jadis, de jeunes chattes,
Pour me consoler de mes chagrins,
Toutes angoras — soyeuses, délicates,
Courtes de museau, souples de reins (…)

source : « Evocation », poème in Revue de Bordeaux, 15 mars 1892 (pdf)

Certains poèmes mélancoliques sont sympathiques. Mais je ne les ai plus sous la main.
Et à part le bon Gabriel… ? Je ne vois que Luc-Emmanuel.
Luc Boltanski, dont l’oeuvre sociologique est importante, et me sert d’inspiration partielle, est aussi auteur de poèmes. Et la vocation est ancienne. Dès 1957 (il a alors 17 ans), il publie Le Fusil, avec une présentation de Pierre Morhange (pas celui des Choristes, un autre, un poète) :

Luc-Emmanuel Boltanski est un élève de la classe de philosophie de M. Khodoss. C’est encore un enfant. Un maigre, qui grandit vite avec sa petite tête bien ronde ; il est vif, curieux, inquiet ; il remue sans-cesse. Et c’est surtout un garçon généreux.
Il y a quatre ans, le l’ai vu devenir fou de poésie.
Son cas s’aggrave. Je crois bien qu’il ne lit plus que des poèmes et des journaux. (…)
Il a, bien entendu, créé une petite revue, avec groupe. Ce qui s’appelle « Sortie de Secours ». (Ainsi, me dit Luc, nous avons de la réclame gratuite dans tous les cinémas.)

Le premier poème montre une sympathie pour un certain christianisme que son ouvrage sur l’avortement laissera poindre à nouveau :

J’ai peur du fusil
De la crosse et des balles
O menez-moi vers les églises calmes
Apprenez-moi la force pour briser les crosses
Que mes plaies se calment…

Alors… écrits de jeunesse. Non. Le frère de Christian Boltanski (avec qui il a corédigé un ou deux livres) a publié un nouveau recueil de poèmes en 1993. Comme Premier roman, le premier roman de Mazarine, le recueil de poèmes s’appelle Poème. Il s’ouvre sur une citation paulinienne (1 Co 12,10) : « A celui-ci le don / de parler en langues, à tel autre / le don de les interpréter. »… et l’on retrouve ensuite l’humour boltanskien… car la personne “parlant en langues” et la personne “interprétant” est ici la même. A chaque poème est associé une interprétation (un peu comme dans Feu pâle de Nabokov, qui m’a appris à faire des commentaires de texte). Un exemple. Mon préféré :

Création de Clichy-sous-Bois
L’Orient se lève sur Clichy
Clichy la froide et ses tours emmurées
Le ciel se déchire – apparition de la lumière
Apparition des rues – de l’autoroute – de l’autopont

L’interprétation est la suivante :

A l’automne de 1988, je souffrais de ne plus faire de terrain – de rester confiné dans mon bureau, à voir des gens, donner des conseils, disputer, lire ou écrire. J’avais envie de vivre avec des enfants et de les observer. Jean-Louis D. me donna une introduction pour le Collège Romain-Rolland de Clichy-sous-Bois, dans la banlieue nord-est, à environ une heure de chez moi en voiture. J’y allais pour la première fois un matin de janvier froid et brumeux. (…)
Une grande partie des habitants de Clichy viennent d’Orient. Comme le soleil qui se lève à l’Orient (mais peut-être est-ce l’inverse – la difficulté est la même que pour distinguer la droite de la gauche. (…)
Pour aller à Clichy, il y a une voie rapide, une sorte d’autoroute. Et aussi un autopont, très dangereux en hiver, à cause du verglas. (…)

Ce commentaire me rappelle un poète qui était venu parler, quand j’étais en khâgne. Impossible de me souvenir de son nom. Il y avait le même détachement dans l’interprétation.
Sur la poésie boltanskienne : ici, sur remue.net, et ici.
Mise à jour : on me signale en commentaire que Luc Boltanski est aussi l’auteur de pièces de théâtre, jouées en ce moment à l’ENS-LSH à Lyon

Concours

Je suis, cette année, membre du jury de sciences sociales au concours d’entrée à l’ENS, section “B/L”. J’ai donc participé, avec 5 collègues, à la rédaction d’un sujet, qui était (vous avez six heures) : Le salaire n’est-il que le prix du travail ?. L’énoncé était accompagné de 9 documents. Afin de m’assurer de la conformité du sujet donné aux candidates et du sujet préparé, je suis allé assister à l’ouverture du sujet au centre d’examen, ce matin :

Les sujets arrivent dans une petite boîte, bien fermée, par plusieurs rubans adhésifs.

La peur principale des créateurs de sujets, c’est de devoir avoir recours au “sujet de réserve”. Et cela va avoir lieu — pas en sciences sociales, ouf ! — : une alerte à la bombe a perturbé une épreuve d’une autre section : “20 minutes avant la fin de la première épreuve du concours de l’ENS lettres modernes, ALERTE A LA BOMBE!!”… l’épreuve va devoir être recomposée.
Sur cette histoire d’alerte à la bombe, le blog approximative a d’autres informations :

A la sortie de l’épreuve, on me remet une feuille qui, comme ça, paraissait inoffensive mais qui, en vérité, était porteuse d’une bien triste nouvelle : “A la suite de l’incident qui a affecté un centre d’écrit lors de l’épreuve de composition française le mardi 22 avril, le président du jury a pris la décision d’annuler cette épreuve. Tous les candidats doivent donc passer à nouveau cette épreuve le samedi 26 avril, de 9 heures à 14 heures. Ce document tient lieu de convocation.”
source : approximative

Le plus amusant, ce sont les commentaires, les rumeurs infondées qui circulent et se renforcent… [mise à jour : certains lecteurs semblent croire à ces rumeurs… Je les cite ici pour donner une idée de leur circulation. Je ne les cautionne pas, et même, je n’y crois pas.]

En fait y a deux rumeurs qui circulent sur la personne qui a fait le cou: - ce serait un élève très doué de fénelon ou de Henri4 qui est parti copie blanche au bout d’une heure
-2) ce serait un groupe d’élèves de Lakanal refoulé avec un quart d’heure de retard à cause du RER
source

… ou la surprise exprimée par certains candidats :

L’ens, tu vois, c’est … Comme une poupée russe. Non, c’est naze comme comparaison … En fait, quand il n’y en a plus, il y en a encore !! C’est génial non ??
Car, oui ,en sortant de l’épreuve, on a tous appris que l’épreuve de litté, hier, était annulée, et qu’on la repassait samedi !!!!!!!!!!!
NIQUE SA MERE LA PUUUUUTE !! On ne sait pas ( encore ) pourquoi, mais je jure que je tue le fils de p*te qui a je fais je ne sais quoi ..
Enfin, la rage quoi …
source rustina

ailleurs :

  • carnet de concours / Luppa : “Alerte à la bombe un quart d’heure avant la fin de l’épreuve. Deux heures d’attente au soleil le ventre vide et la vessie pleine”
  • une rencontre avec Roubaud
  • La petite fée Morgane écrit : “je vais moi aussi crier à l’alerte à la bombe pour l’épreuve d’option si elle me plait pas, oh puis tient on peut peut-être faire une alerte bis pour samedi…non ce qui serait beau c’est que tous les provinciaux refusent de s’y rendre samedi”
  • et surtout : Roubaud fait la bombe sur le Tiers Livre de François Bon.
  • et encore : Laede : “Non. Non mais non, quoi !” [en même temps, “Laede” n’avait pas trop apprécié le sujet : “On est tombé sur Quelque chose noir de Jacques Roubaud. (Le pire des quatre, recueil de poésie totalement incompréhensible, ultra-déprimant, à ne jamais approcher à moins de dix mètres.)”]
  • feuille d’eucalyptus : “Dégoûtée. Envie d’abandonner.”
  • mise à jour:

  • une pétition ! (contre l’annulation) : Pétition pour annuler le report de l’épreuve de composition française de l’ENS LSH, 2008. (J’espère que la “pétition contre un écart-type de 4 et une moyenne de 6″ n’arrive pas à la suite.)
  • une discussion sur le forum etudes-litteraires.com
  • Katoru 87 : “Ayé, mon concours je suis en plein dedans et ça commence fort puisque la première épreuve (passée mardi) a été déclarée nulle suite à une alerte à la bombe bidon”
  • nonfiction fait croire que Roubaud lui-même était visé (étrange retournement de situation…)
  • Assouline dans son blog du “Monde” en parle (en diffusant cette idée étrange que le sujet a donné lieu à une “grogne”… à mon avis inconcevable en centre d’examen)
  • Re-mise à jour :

  • Le Monde en parle. Et, ouf, sans théorie du complot !
  • Comment nuire à mon bonheur par “Dawn Traveller”
  • un blog de protestation
  • La fin de l’histoire : Stendhal

  • Rustina : “Stendhal ! Stendhal ! Stendhal ! Merci Merci ! Il y a encore quelques jours de cela, je voulais tuer le poseur de bombe novice, maintenant, je voudrais le remerciiiiiier !!”
  • Qui peut le plus… : “je trouve quand même ça triste de finir l’année comme ça. C’est moche.”
  • Elfairy : “On a repassé cette épreuve ce matin. Et je hais ceux qui ont appelé mardi, car ce que j’ai rendu sur Stendhal, ce n’est même pas un devoir. Ce ne sont que des mots sans queue ni tête…”
  • You bitch !

    Paul Veyne : Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, coll. Points, p.360

    C’est bien pourquoi les sociologies générales ont tendance à se multiplier : tout professeur a tendance à attacher une importance particulière aux aspects des choses qu’il a eu pour sa part le plus de mal à conceptualiser.

    Jean-Claude Passeron, Le Raisonnement sociologique, Paris, Nathan, p.11

    Osons une métaphore filée pour le dire sans précautions superflues de langage: on a voulu assurément inciter la réflexion épistémologique à ne pas s’enfermer dans la bergerie idyllique du quasi-expérimentalisme où paissent, sans jamais oser lever les yeux sur l’enceinte de leur parc douillet, trop de moutons popperoïdes, mais ce n’est assurément pas pour convier le sociologue émancipé à aller hurler avec les loups de l’herméneutique sauvage, toujours prêts à croquer à belles dents toute scientificité un peu fragile surtout si elle est jeunette.

    Gérard Noiriel, “Ne tirez plus sur l’historien”, Politix, 1989, vol 2, n 6, p.38

    Moyennant quelques flatteries — des travaux de débutants sont présentés comme des oeuvres majeures — on s’attache un certain nombre d’adeptes qui diffusent la parole du maître avec d’autant plus de virulence qu’ils sont en général jeunes, c’est à dire encore hantés par le désir de se distinguer et d’exhiber leurs qualités intellectuelles. [Dominent alors] les avis du maître dont l’importance devient démesurée - hochement de tête, tutoiement, lettre manuscrite, etc. (…) D’où surtout, quand la mode est passée, les désillusions, les désenchantements de ceux qui ne croient plus à rien parce qu’ils se sentent “trahis”

    *
    *   *   *

    Remarquez le monde des hommes… l’ensemble est rédigé au masculin… Pas de chèvres popperoïdes, pas d’amicales collègues, pas de débutante, pas de maîtresse (pas officiellement, du moins).

    Et, puisque les demandes ont été nombreuses, voici encore de l’Edgar Morin. Journal de Californie, 1970

    9 septembre :
    Rêve : Dans la nuit de lundi à mardi, j’ai rêvé de Bourdieu. Je vais lui demander des explications sur son attitude à mon égard. Qu’il critique mes idées, soit, mais pourquoi cette animosité personnelle ? Dans ce rêve, il demeure maussade, haineux. Manifestement, je lui demande son amitié, qu’il me refuse. Ceci me rappelle des rêves où je suis ami, réconcilé, avec Aragon.
    Ce que j’ai le plus de peine à accepter: l’inimitié

    Vrac.

  • Kalai Elpides Pandore vous propose de vivre, jour après jour, les belles espérances de sa campagne de recrutement aux postes de maître de conférences… du point de vue d’une candidate.
  • Romain “small j.” Garcier vous propose l’anatomie d’une catastrophe, du point de vue d’un géographe de l’eau.
  • Une heure de peine vous propose une sociologie de l’anorexie (et une lecture de l’ouvrage de Muriel Darmon, Devenir anorexique).
  • Jean-François Laé vous propose l’introduction des Nuits de la main courante.
  • Bigblogger / Emmanuel Raveline propose un petit dictionnaire à l’usage du chercheur en sciences humaines.
  • L’Affaire Olesniak, épisode 8

    Dans l’épisode précédent, les policiers avaient délaissé la concierge pornographe pour son approvisionneuse, lsabelle Roix, femme au foyer et mère de deux enfants.
    Si vous avez suivi les différents épisodes de l’Affaire Olesniak, vous savez combien les archives sont riches d’informations sur le passé immédiat. C’est pourquoi j’attire ici votre attention sur un projet de loi, en reproduisant un extrait d’une pétition :

    Un projet de loi d’archives voté en première lecture par le Sénat le 8 janvier 2008 va être soumis au vote de l’Assemblée Nationale le 29 avril 2008. Ce projet de loi contient des dispositions qui portent gravement atteinte à la liberté d’écriture et à la recherche historique. Il restreint de façon arbitraire le droit d’accès des citoyens aux archives publiques contemporaines (depuis 1933).
    (…)

    L’article L 213-2-II crée une nouvelle catégorie d’archives, les archives incommunicables. Certaines archives pourront ne jamais être communiquées au nom de la sécurité nationale ou de la « sécurité des personnes ». D’une part, le législateur est en contradiction manifeste avec ses propres intentions : il déclare à l’art. L 213-1 que les archives publiques sont « communicables de plein droit » pour créer, à l’article suivant, la catégorie archives incommunicables. D’autre part cet article n’a pas aucune raison d’être : les informations concernant les armes de destruction massives sont couvertes par l’art. 213-2-I-3° et les informations de nature à compromettre la sécurité des personnes sont visées par l’art. 213-2-I-4°. Enfin cet article est contraire aux recommandations du Conseil de l’Europe précisant que « toute restriction doit être limitée dans le temps » (point 2.1.5. de la Recommandation n° R 2013).

    plus d’informations sur liens-socio ou sur un autre blog

    Il est déjà assez complexe pour un chercheur d’obtenir l’accès et la communication de certains documents. J’espère de tout coeur que les archives deviendront plus faciles d’accès… mais ce n’est pas la direction annoncée par ce projet de loi.

    Isabelle Roix ayant déclaré que des films et des revues se trouvaient entreposés chez ses parents, les policiers perquisitionnent :

    A cette adresse se trouve un immeuble moderne où les parents de la sus-nommée demeurent et où elle dispose, selon elle, d’une chambre pour elle et son mari. L’appartement est situé au premier étage porte N°3. Nous sommes reçus par Mme Quatrefer Yvette (né 1902)(…)
    69 joies de l\'amour - casanovaMme Quatrefer Yvette nous indique que sa fille a en effet laissé quelques paquets qui se trouve (sic) dans un débarras situé au fonds de l’entrée. Elle nous remet quelques libres intitulés « Les 69 joies de l’amour » de S. Casanova. A nos questions la dame Roix Isabelle nous déclare alors qu’elle a menti et que tout se trouve à Holleville. Elle précise avoir agi ainsi pour revoir ses enfants.
    Poursuivant nos recherches nous découvrons dans ce même débarras, sur le sol, derrière des vêtements, trois paquets contenant la revue « Sexus » représentant des femmes seules en des poses pornographiques, en noir et blanc.
    Sur l’une des étagères dans ce même débarras nous découvrons des plaques offsets aluminium supportant des textes illustrés le tout d’un caractère pornographique certain dans un papier d’emballage, et des feuilles translucides en matière plastique supportant également des textes et illustrations de même caractère. Nous découvrons toujours dans un papier d’emballage des photos montage de 65cms x 48cms comportant sur chaque feuille 20 photos pornographiques. Appréhendons le tout aux fins d’examen à notre service.

    Rien n’est découvert, malgré une « minitieuse visiste » (sic) lors de la perquisition chez les beaux parents de Quatrefer-Roix et dans la Simca du couple. Isabelle Roix, à mon humble avis, a été quelque peu inconsciente d’amener les policiers chez ses beaux-parents : elle voulait revoir une dernière fois ses enfants avant sa mise en détention préventive… mais le domicile servait aussi de cache au mari.

    Le lendemain — nous sommes toujours en janvier 1969 — toute la troupe se déplace en Normandie, au domicile du couple Roix.

    perquisition à Holleville au domicile de la Dame Roix Isabelle
    (…)
    En la présence constante de la dame Roix Isabelle procédons à une minutieuse visite des lieux. Dans le grenier découvrons quarante revues nordiques, en couleurs et en noir et blanc et un fichier de quatre boîtiers comprenant chacun une centaine de noms environ. Au premier [étage] dans la chambre à coucher des époux Roix découvrons, dans un petit classeur, un agenda 1967 où sur la page daté du 4 octobre figure un brouillon de circulaire pouvant intéresser la présente information. Dans ce texte écrit, il est fait mention d’une revue de 32 pages, noir et couleur, avec 32 photos et d’un livre illustré de 16 photos, chacun des ouvrages devant coûter 50 francs à expédier en billets sous enveloppe à Mr. Curesti 13 Bd. Saint **** à Paris (**e)

    Avec tous ces documents, les policiers ont maintenant une image matérielle plus précise : des dates (un agenda 1967), une liste de noms, le nom d’un destinataire, des objets servant à l’impression (film plastique translucide)… Il semble que Philippe Roix était à la fois importateur (de revues “nordiques”) et imprimeur d’ouvrages pornographique.

    Trois semaines plus tard. Changement de décor : les policiers laissent désormais la place centrale au juge d’instruction, qui reçoit, dans son bureau, les personnes inculpées et leurs avocats :

    19 février 1969
    Procès verbal d’interrogatoire de première comparution
    Cabinet du juge d’instruction
    [Philippe Roix, né en 1941, imprimeur]
    (…) Je déclare m’expliquer immédiatement. Je le fais immédiatement en présence de mon conseil M. Bille.
    Je tiens tout d’abord à vous dire ce qu’a été le rôle de ma femme dans l’activité qui m’amène devant vous. Ma femme a été essentiellement un témoin de mon activité ; puis, et à partir du moment où mon état de santé l’a exigé, elle m’a apporté son aide en faisant différentes démarches auprès des époux Olesniak. Je précise qu’en ce qui concerne son rôle de témoin de mes activités, j’ai à proprement parler mis ma femme devant le fait accompli.

    Ici, Philippe Roix, sorti d’hôpital, cherche à minimiser le rôle de sa femme, qui, loin d’être dotée d’une agency, d’une autonomie d’action et de décision, n’est qu’un substitut. Le commerce pornographique est recadré comme affaire masculine… mais pas totalement : c’est une occupation de couple. Roix mentionne “les époux Olesniak” et une substitution possible entre sa femme et lui-même.
    Laissons-le continuer :

    Je vais maintenant vous relater les circonstances dans lesquelles j’ai été amené les faits (sic ?) qui me sont reprochés. En 1964, j’ai créé la société des presses des Lilas dont le siège (…) et dont je suis devenu le gérant. Pour la Société Wal** Disne** j’ai obtenu une licence d’exploitation des différents dessins de Wal** Disne** en vue de l’édition de cartes postales. En fait cette affaire ne s’est pas révélée rentable et la société a connu rapidement des difficultés.
    vice-sans-finCe sont celles-ci qui m’ont amené à accepter l’offre de Bénard Claude (donc le jeune Bénard) d’imprimer pour lui, au moyen de ma machine OFFSET, des productions pornographiques.. J’ai ainsi imprimé successivement le livre « Vicieuses et Versa », le livre « Vice sans fin » et la revue « Sexus » ; en ce qui concerne l’ordre dans lequel les deux livres ont été imprimés, mes souvenirs ne sont pas absolument précis ; il me semble que Vice sans fin est le premier titre. Alors que Bénard a payé normalement ce qu’il me devait pour le premier livre, il m’a moins bien payé ce qu’il me devait pour le second et il ne m’a pas payé du tout l’impression de la revue « Sexus ». J’ai imprimé 1200 exemplaires de chacun des deux titres des livres et 400 exemplaires de la revue.

    Remarquez bien : Roix mentionne ici une «offre» faite par «Bénard Claude (donc le jeune Bénard)»… Et pour la première fois dans l’affaire, on tombe sur un “gros poisson”. Claude Bénard [dois-je rappeler ici que tous les noms sont modifiés pour protéger la vie privée] et son père sont alors depuis plus de deux ans inculpés dans le cadre d’une autre affaire. Ce sont deux imprimeurs-distributeurs de pornographie : ils impriment… et font imprimer. Et c’est probablement par l’intermédiaire de connaissances professionnelles que Bénard et Roix entrent en contact. Claude Bénard n’est pas seulement imprimeur : il est aussi plutôt agité et violent. Et, en 1969, il est en fuite (je ne sais pas s’il sera retrouvé). Pour le juge (qui connaît Bénard), c’est ce personnage qui deviendra l’acteur central de l’histoire, pas la concierge Olesniak.
    Le passage de Wal** Disne** à “Vicieuse et versa” est ironique, mais pas seulement. Un accord commercial avec la grande firme d’entertainment américaine ne conduit pas à l’aisance financière, bien au contraire, alors que l’entrée dans le monde illégal de l’impression pornographique est vue comme pouvant être rentable. [Une erreur là aussi apparemment]

    Mais reprenons le fil de la déposition de Philippe Roix :

    vicieuse et versaJe me suis appliqué à vendre moi-même les revues « Sexus ». Je n’y suis parvenu que partiellement.
    Puis j’ai connu les époux Olesniak. Madame Olesniak m’a demandé si je pourrais lui livrer des films qu’il lui serait facile d’écouler. J’ai été tenté par cette demande et cela à seule fin de sortir d’une situation financière difficile ; le 1er octobre 1968 j’ai du déposer le bilan de la Société des Presses des Lilas. Je n’ai plus revue Claude Bénard depuis juin ou juillet 1968 (les derniers contacts que j’ai eus avec lui ont été des conversations téléphoniques pendant la période des événements de mai juin 1968). C’est donc en septembre ou octobre 1968 que j’ai eu cette conversation avec Mme Olesniak et me suis intéressé à la vente à elle de films et aussi de revues. Elle m’avait demandé expressément ces deux articles.
    J’ai décidé de faire un voyage en Suède pour chercher à me procurer ce genre de marchandise ; je suis parti un peu à l’aveuglette, sans savoir exactement où je trouverais ces marchandises. Mme Olesniak m’avait bien montré une revue suédoise sur laquelle j’avais relevé une adresse, mais je n’ai jamais pu retrouver en Suède une localité correspondant à cette adresse.
    J’ai fait un premier voyage au début d’octobre 1968 en compagnie de ma femme. Dans un magasin suédois, j’ai acheté 50 films au pris (sic) de 65 francs l’unité et 200 ou 220 revues au prix de 2 francs 40 l’unité. Je n’ai eu aucune difficulté à la frontière pour introduire ces marchandises en France. Lorsque Mme Olesniak a visionné les films, elle a constaté que la moitié environ, peut-être un peu plus, n’étaient pas de bonne qualité. Elle n’a acheté que ceux qu’elle jugeait de bonne qualité, au prix de 150 francs l’unité. Elle a acheté également la plus grosse partie des revues.
    Au début du mois de décembre 1968, j’ai fait un deuxième et dernier voyage en Suède, seul cette fois. J’ai obtenu du commerçant chez lequel j’avais acheté la première fois les films l’échange de ceux que Mme Olesniak n’avait pas acceptés contre des films de meilleure qualité. Le commerçant m’a laissé gratuitement les films dont Mme Olesniak n’avait pas voulu ; j’ai donc ramené la seconde fois les films de mauvaise qualité et un nombre identique de films de bonne qualité, sans avoir payé quelque chose pour les uns et les autres. J’ai ramené, en outre, environ 200 revues et une douzaine de pochettes de photographies, payées 6 francs la pochette. Mme Olesniak a reçu la totalité des films ; elle a payé ceux de bonne qualité ; elle a accepté de vendre au meilleur prix ceux de mauvaise qualité ; je n’ai jamais touché d’argent relativement à cette dernière vente. Elle a également pris des revues après ce deuxième voyage, ainsi que des pochettes de photographies au prix de 15 francs la pochette.
    J’ai déposé cette marchandise avant de la revendre au domicile de mes beaux parents et à leur insu. J’ai vendu un certain nombre de revues à des camelots algériens de Pigalle sur lesquels je suis incapable de vous donner des précisions.

    Je sors aujourd’hui même de l’hôpital. Le médecin m’a prescrit un repos au lit de un mois. J’ai tenu à me présenter le plus rapidement devant vous avec l’espoir de servir ainsi la cause de ma femme.

    L’audition devant le juge se termine par les mots suivants : “Mentionnons que l’inculpé porte des lunettes médicales noires spéciales et qu’il a été conduit à notre cabinet par son père.

    Les rapports de Roix avec Madame Olesniak sont courts (il les date de la fin de l’année 1968, entre octobre et décembre), et semblent de bonne qualité, de même que ses rapports avec le marchand suédois. Mais les produits, eux, laissent à désirer.
    Claude Bénard, le gros poisson, sera-t-il retrouvé ? Vous le saurez — ou pas — dans le prochain épisode.

    heures complémentaires

    Les mailing-listes ont chauffé aujourd’hui, avec une missive (en PDF) annonçant une augmentation du taux horaire des heures supplémentaires.
    heures complémentairs
    Il s’avère que c’est un canular, un faux grossier déclare même un collègue.

    Un démenti officiel est rapidement tombé, et je crois effectivement que c’est un faux grossier. Il y a toute les recettes d’un bon troll dans cette lettre : langage trop direct, mauvaise foi.
    Ce qui est significatif en revanche, c’est la vitesse à laquelle elle a fait le tour des universitaires et donc du crédit qui lui a été porté.
    source : griffonages

    Le faux n’est pas si grossier que ça… le mauvais scan d’une lettre officielle ressemble à ce que l’on reçoit assez souvent : la forme y est.
    J’aime bien les canulars… et j’aimerais bien savoir quelle est son origine.

    Mise à jour : voici le démenti ministériel :
    heures complémentaires démenti

    Deuxième mise à jour : le ministère va porter plainte :
    Le ministère victime d’un “faux courrier” et porte plainte :

    Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est victime d’un “faux courrier” intitulé “charges d’enseignement et heures complémentaires”, qui “évoque une augmentation de la charge d’enseignement des enseignants chercheurs pour réduire le déficit public”. Le ministère oppose un démenti formel à ce faux et va porter plainte pour faux et usage de faux auprès du procureur de la République.

    L’Affaire Olesniak, épisode 7

    L’épisode précédent s’était terminé sur un cliffhanger : “et s’engouffre dans le métro à la station Pigalle….
    L’épisode de cette semaine commence par :

    Nous décidons alors de l’interpeller.
    Après avoir décliné notre qualité, la dame Philippe sur notre demande accepte de nous suivre jusqu’à notre service.

    Pas de course poursuite dans le métro, pas de filature de longue durée. En remarquant que “Mme Philippe” choisissait le métro plutôt que la voiture, ils l’arrêtent. Si elle était monté dans une voiture, ils l’auraient aussi interpellé immédiatement (et auraient fouillé la voiture, ce qui aurait donné de nombreux éléments intéressants).

    Le jour même, les policiers notifient à “Mme Philippe” sa garde à vue et lui posent quelques questions.

    (…) Je me nomme Roix, née Quatrefer Isabelle le 07 juillet 1943 à Saint Germain en Laye, de Pierre et de Marie Lerun. Je suis de nationalité française. Je suis mariée à Roix Philippe né le 8 décembre 1941 à Paris 13e depuis trois ans. J’ai deux enfants Martine âgée de 2 ans et demi et Régis âgée (sic) d’un an 1/2. J’ai le brevet élémentaire.
    Je demeure à Holleville au lieu dit Petit-pont (Manche) c’est une ferme. Mon mari est imprimeur aux presses des Lilas, 8 rue Jean Dupoint à Paris XIXe. Il gane (sic) mensuellement 600 francs. Il est gérant de la société. Il est actuellement en province. (…) Je suis sans profession.
    Sur les faits :
    Q. Vous avez été interpellée par Nous dans le métro Pigalle. Nous vous avons pris en filature depuis la loge de Mme Olesniak. Vous avez monté la rue des Martyrs puis pris le terre-plein central pour prendre le métro. Quelles sont vos relations avec M. et Mme Olesniak.
    R. Je ne connais pas ces personnes.
    Q. Nous étions chez Mme Olesniak lors de votre arrivée, dissimulée (sic) dans la cuisine. Vous avez demandé si Mme Olesniak avait confiance en le client acheteur de films livrés par vous. Qu’avez-vous à répondre ?
    R. Je ne vais pas vous répondre avant mon inculpation et je refuse de répondre plus avant et de signer.

    Elle a du caractère, cette Mme Philippe, dont nous connaissons maintenant la véritable identité (même si je suis obligé, pour des raisons de protection de la vie privée, de modifier noms, prénoms, âges, lieu de résidence, etc…). Isabelle Roix a environ 26 ans lors de son interpellation. Son mari est plus âgé qu’elle (de deux ans et demi). Ils ont deux enfants.
    Elle refuse de répondre aux questions des policiers qui l’ont interpellé. Elle passera donc la nuit au commissariat… même si, sur elle, les policiers ne trouvent aucune revue pornographique, aucun film.


    Un magasin en Suède, en 1973
    (source : Marciliroff - flickr)

    29 janvier 1969
    Procès verbal
    Audition de Mme Roix
    (…)
    Mon mari était imprimeur. Il était gérant de la Société « Presses des Lilas » (…) A la suite d’un dépôt de bilan le 1er septembre dernier, manquant d’argent, nous avons été obligés, mon mari et moi, de nous débrouiller pour les besoins de notre ménage et de nos deux enfants. Mon mari a eu l’idée d’éditer des revues légères mais il s’est aperçu rapidement que seules les revues pornographiques pouvaient avoir du succès. C’est ainsi qu’à deux reprises, il s’est rendu en voiture en Suède. Lors du premier voyage, j’étais en sa compagnie. Dans ce pays, les revues pornographiques sont en vente libre. Nous nous sommes rendus à plusieurs adresses dont je ne me souviens pas et nous sommes revenus en France avec un certain nombre de ces revues. Nous avions peut-être cinq cents revues. C’est mon mari qui en connaît le nombre exact. Nous avons cherché une clientèle pour écouler nos revues, notamment à Pigalle. Nous avons prospecté les kiosques. Mon mari a cherché ailleurs d’autres clients. Par des camelots, nous avons fait la connaissance de Monsieur et Mme Olesniak chez qui nous avons écoulé des films pornographiques et un peu de revues suédoises. Les films sont de même origine que les revues. Nous avons fournis également des photos en couleurs.
    Il reste en notre possession actuellement des revues et peut-être un film mais pas de photo. Ces marchandises sont déposées actuellement dans une chambre qui nous est réservée à mon époux et à moi-même dans l’appartement de mes beaux-parents Monsieur et Madame Roix 2 rue Paul Paul à Villejuif. Je me trompe, ces revues sont déposées dans une chambre chez mes parents à Champigny 41 rue Dupont-Durand. Mes parents ignorent la présence de ces revues. Ils ignorent également notre activité. Mon mari est actuellement en traitement à l’Hopital des 15/20 pour une opération de la rétine. Il doit être opéré aujourd’hui ou demain.

    Le lendemain donc, après une nuit passée au commissariat, Mme Roix commence à décrire dans le détail le commerce pornographique auquel elle se livrait. Plusieurs éléments apparaissent : d’abord Philippe Roix, son mari, est imprimeur, et son entreprise a fait faillite. Dans cette affaire, nous avons, avec les policiers, remonté lentement une “filière” : au départ, une détaillante (Mme Olesniak), puis un “noeud” (son poste de remplaçante dans un kiosque du quartier)… nous sommes désormais face à la “grossiste”, qui nous indique être en contact avec un “fabricant” (son mari, imprimeur). Mais nous voyons aussi que les frontières ne sont pas si simples entre segments du marché : Olesniak s’approvisionne aussi auprès de “Sayed” (qui a disparu et qui avait probablement volé les films), les “rabatteurs nord-africains” jouent un rôle important d’intermédiaires. Et Philippe Roix a-t-il vraiment imprimé ces revues pornos ?
    C’est en Suède que les époux Roix trouvent les revues nécessaires à un petit commerce : 500 magazines qu’ils importent clandestinement en France. La Suède s’était en effet dotée, à la fin des années soixante, d’un commerce pornographique légal, qui était rapidement apparu, pour les entrepreneurs d’autres pays, comme un modèle possible, et une source d’approvisionnement certaine. Les petites entreprises d’importation sont donc relativement fréquentes dans les sources policières et judiciaires, et Pigalle était le lieu d’écoulement principal (en tout cas, du point de vue des policiers). En 1971 par exemple, trois japonais sont arrêtés à la frontière (leur marchandise provenait du Danemark).

    Les policiers ont donc fait ici un pas important vers l’aboutissement de leurs recherches. Leur but, désormais, est de retrouver le mari d’Isabelle Roix… mais aussi de vérifier ce qui se trouve chez les parents (ou les beaux-parents) de la personne qu’ils viennent d’arrêter. Pourquoi cette hésitation, d’ailleurs, entre le lieu où sont entreposés les revues ?

    Trois petites choses à lire

    Choisir le bon personnage par Gérard Rimbert :

    Dans le même genre, des jeunes en errance (drogue, prostitution et tout le tralala) disent qu’ils “mettent une disquette” quand ils servent à l’éducateur un récit pour éducateur, au psychologue un récit pour psychologue, etc.

    Unmistakeably German par Romain Garcier :

    Citroën lance ces jours ci en Angleterre sa nouvelle berline, la C5. La campagne de publicité convoque, en s’en moquant, l’imaginaire géographique lié aux voitures de qualité. Le slogan est imparable : « New Citroën C5. Unmistakeably German. Made in France. » La vidéo de la pub met en scène une espèce d’aristocrate en culotte de peau dans une Bavière suprakitsch…

    Affres scientifiques, par David Madore :

    Si κ est le premier point fixe de α↦בα, est-ce que l’étape Vκ de la hiérarchie de von Neumann est close par Σ0-Remplacement ? (Ça me surprendrait parce que κ n’est pas si grand que ça, mais je n’arrive pas à trouver de contre-exemple.)

    Tentative de cambriolage

    Voici quelques photos de la tentative de cambriolage dont je parlais hier. Tout d’abord, une vue partielle de la salle de cours en question :
    Tentative de cambriolageVoyez le faux plafond, il commence à perdre son “intégrité structurelle” et menace de tomber en bloc sur les occupants de la salle. Les oiseaux qui résident dessus (on les entend en cours se promener sur nos têtes) commencent même à s’inquiéter.

    A destination des cambrioleurs éventuels : les ordinateurs situés derrière ce mur sont de vieilles machines sans lecteur de DVD. Ce n’est pas rentable de les voler.

    Le trou de la salle ***Puis un plan plus serré, où l’on voit encore les gravats, qui n’ont pas été nettoyés… alors que le trou remonte maintenant à plusieurs jours. Donc, nous enseignons — et elles étudient — dans des conditions de travail qui ne sont pas seulement dégradées, mais dégradantes. La propreté minimum n’est même plus présente. [Et le maigre outillage des hommes et femmes de ménage de l’université ne leur permettrait pas de ramasser ces gravats, qui sont peut-être conservés comme preuve à destination de la police.]
    Je n’ai jamais vu cela ailleurs : ni à Jussieu (amiantée, mais, dans mon souvenir, plus propre), ni à Nanterre, ni à l’EHESS (sauf période post-occupation-anarchiste), ni à Paris 5 (c’est sale, mais pas sale pareil)…
    La pauvreté des universités françaises se traduit donc de manière différente suivant les lieux.

    Petites informations universitaires

    Après le classement de Shanghaï, des petits malins ont inventé “L’Echelle de Vincennes” :

    Sans négliger les critères de Shanghaï ou de l’École des Mines, son échelle dite « de Vincennes » (en l’honneur de l’université arrivée en tête en 2008) ajoute un grand nombre de paramètres tels que : la modicité des droits d’inscription. Le nombre d’étudiants accueillis au mètre carré (plus il y a d’étudiants et mieux c’est). Le nombre d’anciens étudiants qui ont effectué une carrière de réalisateurs de cinéma.(…) Le nombre de disciplines nouvelles créées dans cette institution de l’enseignement supérieur. Le nombre de cours n’ayant aucun équivalent dans d’autres établissements. Le nombre de modes intellectuelles associées à l’université en question (ex. : post-modernisme, cinématographie marxiste, trotskysme digital, dialectique de la linogravure, libertarisme fédéré, ultra-libéralisme collectiviste, etc.).
    La qualité de vie du campus et de son environnement ne sont pas oubliées, avec des critères tels que : la présence d’une station de métro à proximité, la présence de lieux culturels importants (stades, basiliques, musées, studios de cinéma) à proximité, l’intensité de la vie sociale dans les couloirs et la vivacité des groupes politiques dans le hall de l’université.
    En appliquant ces critères, c’est l’Université Paris VIII « Vincennes à Saint-Denis » qui prend la tête du classement, suivie par l’Université de Californie à Los Angeles, (…)
    Confrontée à ce classement qui la place en 12e position des meilleures écoles dans le monde, l’Université de Harvard a émis un communique officiel un peu aigre qui affirme que, “ si le barème avait pris en compte la qualité des toilettes publiques, l’Université de Saint-Denis n’aurait jamais pu atteindre la première place, ni même la centième ”.
    Mauvais perdants, Harvard ? “ Il est vrai que les toilettes de Paris 8, c’est un poème ” déclarait Christophe Willem, ancien étudiant et lauréat de La Nouvelle Star en 2006.

    Je voudrai apporter ma pierre au classement de Vincennes avec quelques photos des toilettes de Paris 8 (disponibles sur flickr) :
    toilettes du bâtiment B toilettes du bâtiment B

    (Notons que des photos similaires ont été prises il y a plus de deux ans et qu’aucun travail de réfection n’a été été effectué depuis. Il n’y a toujours ni savon ni serviette.)
    Les “Anciens” qui ont connu l’installation de l’université à Vincennes, racontent qu’à l’origine, il n’y avait pas de portes aux toilettes vincennoises : elles étaient considérées comme un luxe. Ils (et elles) voient dans les portes parfois présentes sur les toilettes à Saint-Denis une sensible amélioration des conditions de travail. L’absence de toute possibilité de se laver les mains n’est pas questionnée.
    Et, pour ajouter quelques critères au classement, voici quelques anecdotes plus ou moins récentes, des extraits de mails collectifs :

    La salle *** a servi de voie d’accès pour une tentative de cambriolage. Objectif : les ordinateurs de la salle *** . Le mur a été percé à l’aide d’un extincteur, suivi d’une tentative de passage par le plafond - nous ne savons pas comment ils ont été stoppés dans leurs efforts.
    Le responsable de la sécurité sur l’université n’as pas le temps de perdre son temps pour porter plainte au commissariat de Saint-Denis. Après avoir lourdement insisté, la procédure semble mise en route, après moult interventions auprès de la Présidence.

    L’action est stupide : les ordinateurs en questions sont de vieux modèles sans même lecteur de DVD… et ils pèsent quelques kilos ! Même en en volant 4 ou 5, le butin sera bien maigre.
    ou encore :

    Dans la série “Nous travaillons en toute sécurité” : une étudiante **** qui “harcèle” un enseignant de **** depuis un certain temps, est revenue à la charge à l’étage avant-hier, équipée cette fois d’un couteau effilé d’une taille respectable, pour faire la peau à ce dit enseignant. Comme il est spécialiste de ***** médiévale, je lui ai conseillé de porter dorénavant une cotte de mailles. Il a ri jaune. Une plainte est déposée via la préfecture pour une psychiatrisation rapide.
    [crédit photo : nickwheeleroz flickr]

    Il y a quelques semaine, nous recevions ce mail, qui précisait que la sécurité serait renforcée :

    De: presidence < *****>
    Date: *** mars 2008
    Objet: [allp8] Sécurité
    A l’attention de la communauté Universitaire
    Les locaux de l’Université sont soumis de façon récurrente à des effractions ou tentatives d’effractions provoquant non seulement la perte de matériel, mais aussi en instituant une forme d’insécurité préjudiciable à tous.
    La sécurité reposant avant tout sur la complémentarité des moyens mis en place, nous vous demandons de bien vouloir prendre note des mesures et demandes ci-après. Ces mesures feront l’objet d’ajustement en fonction du
    retour d’informations que vous nous transmettrez sur notre email.
    Point 1 – En semaine à compter du ***** mars, à partir de *****, l’ensemble des bâtiments ne seront accessibles que par une seule porte d’accès communément appréciée comme entrée principale. (…)

    Apparemment cela n’a pas suffit…
    Parfois les faits sont plus graves : ils touchent directement les personnes travaillant à l’université :

    De: presidence < ******@***-paris8.fr>
    Date: **** 12:06:56 GMT+01:00
    Objet: [allp8] Grave incident au ***
    A la communauté universitaire,
    Je vous informe qu’une fois de plus, un incident grave s’est produit dans *****. Une collègue s’est fait agresser mardi soir par un individu qui a tenté, heureusement en vain, *****
    Cette situation est inadmissible et l’Université s’associe à toutes les démarches susceptibles d’être engagées par notre collègue.
    Dans l’attente de la mise en oeuvre du plan de sécurisation du site, élaboré par nos services, j’attire votre attention sur les risques encourus par les membres de notre communauté, en particulier à la nuit tombée. Aussi devez-vous rester extrêmement vigilants et ne pas hésiter à solliciter les vigiles pour vous faire accompagner lorsque vous quittez l’établissement.
    Pour information, la stratégie délinquante est souvent la même:*****

    Un an avant, presque jour pour jour :

    De : presidence < ****@***-paris8.fr>
    Date : ***** 10:40:27 HNEC
    AUX MEMBRES DE LA COMMUNAUTE UNIVERSITAIRE
    Notre collègue, *****, a subi une agression lourde jeudi dernier au sortir du *****
    Nous manifestons notre soutien à notre collègue dans ces moments difficiles.
    Nous demandons une vigilance particulière à tous les usagers de ***** dont la sécurisation va être réalisée comme l’a été ******
    Le Président de l’Université

    Il y a quelques années, à peine deux ans, c’était le pillage d’un UFR qui avait été relaté dans un journal gratuit.

    Ces incivilités sont rarement mentionnées publiquement. Je me souviens que, dans un autre pays, à New York, le journal étudiant de la NYU faisait, chaque semaine, un bilan des mêmes incivilités [exemple], qui allaient de l’arrestation d’étudiants îvres aux agressions violentes (la nuit, même Manhattan peut être risqué). La diffusion d’informations objectivées, la constitution de séries plus ou moins longues, a ici ma préférence… [statistiques de NYU [PDF]] en leur absence, on recourra aux anecdotes.

    Mise à jour : quelques commentaires de blogueurs sur Paris 8 :

    I’m taking an interdisciplinary class at Paris VIII, on Said’s Orientalism as applied to feminist theories as applied to works of fiction. Or something like that. Paris VIII is an entirely different entity- first of all, it’s not actually in Paris, it’s in the Saint-Denis suburb, which is, well, sketchy. The school is very run-down and dingy, and has a very odd feel. My class here is small, maybe 15-20 students, at least 10 of whom are American. I like the professor very much, and because the class is so much smaller I’m less hesitant to participate. The only drawback is that it’s 3 hours straight, and sometimes my brain starts rejecting the wave of French coming at me around hour 2 and a half.
    source

    “Run-down” and “dingy” : ce n’est pas très gentil, mais c’est une description accurate.
    à suivre

    Recrutements universitaires

    C’est la saison des recrutements à l’université (et au CNRS, mais on parlera ici surtout des universités). Les candidates ont du envoyer aux universités leurs dossiers de candidature avant le premier avril. Les dossiers seront examinés ce mois-ci, pour des auditions en mai.
    Comme l’année dernière, je coordonne un “wiki auditions” concernant les candidature de la section 19 du CNU, sociologie et démographie. Ce jour, six ou sept universités ont déjà fait parvenir leurs dates d’examen des dossiers et d’auditions. Ceci devrait permettre aux candidates qui pensent pouvoir être auditionnées de programmer leur agenda.
    Une remarque, en passant : ma connaissance de la discipline étant partielle, je pense ne connaître personne dans toute une série d’universités où des postes en sociologie (ou démographie) sont ouverts : Chambéry, Grenoble, Montpellier 1, Angers et l’Ecole des Hautes études en santé publique… Je ne sais pas qui “actionner” ! Si donc vous avez une idée, ou si vous êtes membre des commissions, n’hésitez pas à me contacter, à laisser un commentaire ou même à éditer le wiki auditions (c’est facile et cela vous permettra d’éditer wikipedia, c’est le même fonctionnement).
    La période des recrutements universitaires est souvent une période de tensions personnelles, souvent liées aux traditions localistes. Je viens de vivre d’assez près une affaire dans laquelle une commission a refusé de participer au processus de recrutement. Je ne sais pas si cela se fait souvent, de voir une commission qui déclare : non, finalement, les conditions d’un processus équitable ne sont pas réunies, nous préférons nous retirer du jeu.
    Il est possible de suivre certaines de ces tensions sur internet. Par exemple, le blog d’un enseignant-chercheur d’une université du Grand Sud, intitulé L’énervé de service relate depuis quelques semaines des “anecdotes de l’intérieur”, et nous fait suivre le recrutement inévitable d’un candidat local : anecdote n°1, anecdote n°2, et anecdote n°3. Extrait :

    En effet, ce n’était pas fini. Vous vous souvenez certes que ce collègue mauvais mais grenouilleur et têtu a obtenu de faire redéfinir le profil recherche du poste de prof de manière à pouvoir candidater dessus; vous vous souvenez également qu’une de mes connaissances (venant d’une université extérieure) a également candidaté sur le poste, et que ça plonge tout le monde dans l’embarras. Il manquait à l’histoire le récit d’un petit épisode survenu entre la rédaction du profil de poste et sa publication.
    lire la suite

    Ailleurs aussi : Pablo Achard explique pourquoi il ne candidate pas au CNRS (principalement : il n’y a pas de postes et les frais de déplacements ne sont pas remboursés, contrairement aux usages presque partout hors de France).

    Pour finir : Vous pouvez vous faire une idée des postes les plus demandés cette année… en fonction du nombre de consultation des pages associées.

    Liste (11?)

    • En Chineil ne faut pas voyager avec des DVD pornographiques (et c’est le moindre des inconvénients, certainement). [merci S.G.]
    • Gay scientists… have isolated the Christian gene :
    • Viceland fr me consacre une petite interview… “socio-cul”. L’interview a été réalisée par mail, et je pensais que tout ce que j’avais écrit serait repris, mais non, les propos ont été écourtés. Hmmm… Le mieux dans l’interview, c’est, de toute façon, la photo qui l’accompagne, prise par Jean-Denis Bellot au début des années 1970, et visible sur flickr : En sortant du bureau.
    • coulmont.com perd trois places au classement wikio des blogs scientifiques. Comme on dit… une de perdue…
    • Identités politiques - Eric Fassin ouvre un blog sur mediapart. Son premier billet : “Trop (noir ou femme), ou pas assez ?
    • Blogueurs, série de photographies par Antoine Doyen

    L’Affaire Olesniak, épisode 6

    Cet épisode sera court… il constitue, rétrospectivement — mais vous n’en êtes pas encore là — une charnière. [Vous pouvez toujours relire les épisodes 5, 4, 3, 2, ou 1]
    Le 17 janvier 1969 à 19h, c’est l’heure de la “fin de la garde à vue”. Le couple Olesniak peut retourner à la maison.
    Le 23 janvier, une semaine après, un rapport de police précise :

    Rapportons que les surveillances effectuées par les officiers de police du groupe Rodriguez à proximité du domicile des époux Olesniak sont demeurées infructueuses quant à présent.
    Elles sont poursuivies dans le but d’identifier et éventuellement d’interpeller le sieur « Philippe » et sa compagne.

    Le 25 janvier, deux jours plus tard, un procès verbal de l’Officier de police principal Rodriguez signale :

    A la suite de l’interpellation des époux Olesniak pour outrages aux