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Liste de choses

Il faut suivre, de près, le travail d’Eli, son ethnographie de Paris 8 et ses colloques décommunisés. Il faut aussi le suivre dans sa tentative de donner un sens à la production de thèses en sociologie.
Faut-il savoir où se fabriquent les dernières poupées gonflables françaises (ça c’est de l’identité nationale, non ?)
Il faudrait toujours se méfier des moines qui sentent le fromage, non ?
Il faudra probablement acheter, ou photocopier, mon manuel si l’on veut suivre mon cours “Genèse des sciences sociales 2″ à Paris 8. Mais est-ce éthique ? Le manuel correspond en partie à l’esprit du cours (disons, aux deux tiers), et j’ai bien envie de mettre à l’épreuve ce texte, afin de voir si, dans l’éventualité d’une deuxième édition, des parties doivent être réécrites, ou écrites entièrement. Mais demander à un public captif d’acheter le manuel, c’est un peu “limite”, non ?
[Autre question "éthique" ou plutôt de pratique, concernant les droits d'auteur : pour celles et ceux qui en ont déjà reçu, les utilisez-vous comme identiques au "traitement" ou comme "fonds de recherche" ?]

Citation

Un collègue attirait récemment mon attention sur un roman policier, Paris blues de Maurice Attia. L’action se passe dans les années 70, et plus particulièrement au département de cinéma de l’université de Vincennes. Ce collègue a été surpris — autant que moi — de voir figurer l’un de mes livres dans la bibliographie [1] :

Notes :
[1] Oui, c’est un roman policier avec bibliographie. Et non, je ne donne pas le nom du coupable dans Sex-shops…

Petite joie : « à recommander vivement »

Le manuel n’est pas le genre le plus légitime, et, de fait, l’on trouve peu de compte-rendus de celui que j’ai écrit avec Céline Béraud. Je suis donc très heureux de voir que Brice Gilardi, sur Liens-socio l’a apprécié et le recommande :

En résumé, ce livre dense de 193 pages permet à la fois d’ « expliquer et de comprendre », sur le fond comme sur la forme, la sociologie française d’aujourd’hui, car il nous immerge dans sa genèse, en mêlant astucieusement structure institutionnelle et conceptuelle. Il est à recommander vivement à tous les étudiants, et aux autres, qui souhaitent mieux se familiariser avec la tradition sociologique française, et qui verront en ce texte un complément fort utile aux manuels déjà existants.
lire le reste du compte-rendu

Par ailleurs, un doctorant japonais avait écrit, au sujet du même manuel :

は、フランスを中心とした社会学史の概説です。バランスがよく、読みやすい本です。今のフランスで社会学がどういうものとして考えられているかを知るには、最適な一冊ではないかと思います。
source

ce qui est vraiment gentil
En attendant la traduction en arabe (prévue chez un éditeur libanais), et pour en savoir plus : j’ai créé une page consacrée à Les courants contemporains de la sociologie.

Recensement 2010

J’ai été recensé hier.

J’ai été surpris par la concision du questionnaire, à peine deux pages.

Quelques interviews

[Attention, publicité éhontée] Parler de mes travaux me fait plaisir, et c’est sans doute pour cela qu’on peut me trouver sur SecondSexe.com ou sur les sites d’étudiants en journalisme de Toulouse (actutoulouse.fr) ou de Marseille. J’accepte en général les demandes d’interview des étudiants (je n’ai eu qu’une mauvaise expérience, avec des étudiants d’une école parisienne, qui n’ont pas rempli leur part du contrat, m’envoyer le reportage vidéo qu’ils avaient fait).

J’accepte aussi ce qui peut être considéré comme extérieur à la “valorisation”. Pour la deuxième fois en trois ans, j’ai été interviewé pour une émission de la chaine TPS-Star, “En attendant minuit”, diffusée en fin de soirée avant le film pour adultes.

Les deux fois, j’ai été agréablement surpris par les journalistes venant filmer (1 et 2). Ma vanité est toutefois ici blessée par les reflets sur mes lunettes et par certains effets de mise en scène.

J’ai aussi été filmé pour une émission de la chaine Direct 8, Business : l’interview s’est passée dans un magasin “pour adultes” du centre de Paris. Je ne sais pas encore ce que les journalistes ont gardé de mes paroles.

Un petit panonceau indiquait, sur la porte d’entrée, qu’il était recommandé de ne pas photographier l’intérieur du magasin. Mais comme j’étais filmé, j’en ai profité pour prendre quelques photos et un petit film (voir plus bas). Autant poursuivre l’amusement jusqu’au bout et filmer ceux qui me filment.

Une petite vidéo sans le son :
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Le deuxième prénom

Comme devoir de fin de semestre, les étudiantes qui suivent un de mes cours doivent réaliser un entretien enregistré, et retranscrit, portant sur le choix des prénoms. Je suis en train de corriger ces travaux et je suis attentif aux choix des deuxièmes prénoms.
Il y a peu d’études à leur sujet. Je ne connais que celle de Bernard Vernier dans Le visage et le nom, contribution à l’étude des systèmes de parenté (Paris, PUF, coll. « Ethnologies controverses », 1999 pp.112-113), dans laquelle il remarque que ces seconds prénoms mènent une “existence clandestine”.
On peut se rendre compte, individuellement, de la clandestinité de leur existence en cherchant à dresser l’arbre généalogique de sa famille. Si l’on connaît assez bien les deuxièmes, troisièmes, voire quatrièmes prénoms de ses frères et soeurs, de ses parents, on connaît plus difficilement ceux de ses cousins ou de ses grands-parents. Les deuxièmes prénoms ne “structurent pas la parenté”, mais ils peuvent servir d’indicateur d’un espace familial restreint, un peu plus large que la famille “nucléaire”, beaucoup moins large que l’ensemble des personnes avec qui l’on entretien un lien de parenté.
Ce qui intéressait Vernier, en bon anthropologue, c’était la transmission assez fréquente du prénom d’un membre de la famille comme deuxième prénom donné à un nouveau membre de la famille. Prénom d’un grand-père, prénom d’un parrain (qui serait aussi un oncle ou un cousin…) : ce qui, au XIXe siècle, aurait été donné comme premier prénom se retrouve derrière l’identité individuelle assurée par le premier prénom.
Mais à la lecture des entretiens, d’autres pratiques apparaissent, qui ne pouvaient intéresser Vernier. Ce dernier écrivait, en gros : “Anthropologues, abandonnez l’études du premier prénom aux sociologues, leur choix n’est géré que par la mode, le goût et des luttes de classes sociales. Etudiez plutôt les seconds prénoms, qui conservent, dans les sociétés individualistes, certaines des logiques de la parenté.”
Mais d’autres pratiques apparaissent à la lecture des entretiens. Le deuxième prénom se retrouve comme dépositaire de “la liste” dressée par les parents pour trouver un prénom. Ce deuxième prénom c’est celui qu’on aimait un peu moins, disent certains enquêtés. Ou alors il est le dépositaire du choix d’un frère ou d’un cousin : un aîné a choisi un prénom, mais, comme le collier de nouilles fabriqué en maternelle, il est un peu caché et n’est porté qu’à certaines occasions.
Certains parents donnent à leurs enfants une série de prénoms alors que personne, dans leur famille, n’en avait donné aux générations précédentes. C’est ce que choisissent, parfois, les enfants d’immigrés du Maghreb pour leurs propres enfants. Pas seulement pour combiner un prénom vu comme non discriminant (prononçable en français et “pour le CV”) et un prénom arabe. C’est parfois pour donner en seconde position un prénom apprécié par une grand-mère ou un grand-père. Sans pouvoir creuser, il me semble que c’est aussi lié à une nationalisation récente des prénoms (comme le montre l’exemple marocain ci-dessous) :

L’état-civil marocain est lié — dans quelle mesure ? — à un prénom marocain, mais l’existence de nombreux MRE (“marocain-e-s résidant à l’étranger”) peut poser problème. Deux prénoms peuvent, peut-être, réduire ces problèmes : un prénom marocain pour le Maroc et ses exigences nationales, un prénom francophone pour la France et ses discriminations…

Tout ça reste à creuser…

Cabines de sex-shops et impôts

Un petit article paru dans la Voix du Nord a attiré mon attention : il parlait de masturbation payante et de nettoyage de cabines. Je me permets de le reproduire en grande partie.

La patronne de sex-shop, les impôts et la pompe à fric
samedi 16.01.2010, 05:05 – La Voix du Nord
(…)
Chacun connaît l’une des méthodes employées pour contrôler un restaurant. On compte le nombre de dosettes individuelles de sucre. Cela offre une idée de la masse de cafés consommés dans l’établissement et donc de repas servis. Et pour un sex-shop, quel mètre étalon ? (…)

Dans la ligne de mire de la direction des services fiscaux du Nord, une dame de 46 ans, patronne, entre autres, d’une société gérant un sex-shop à Rouen et un autre dans le centre de Lille… Le fisc s’interroge sur des déclarations allant du 1er décembre 2003 au 31 décembre 2005. Les contrôleurs finiront par faire preuve – comment dire ? – d’une certaine dextérité.

Preuve par l’essuie-tout

À Lille, la maison propose le confort de seize cabines et salon consacrés au visionnage de films X. Rouen ? Douze cabines et un salon… Rigoureux, les polyvalents se penchent… sur les chiffres présentés. Une comptabilité trop raide à leurs yeux. Selon les observations des agents du fisc, les cahiers présentés laissent figurer une fréquentation d’un client par jour et par cabine. Or, d’après des repérages – un testing ? – réalisés par les fonctionnaires, les lieux sont régulièrement pleins. « On fait même la queue », précise, presque sans sourire, un fin connaisseur du dossier. Qui, ici, jouera le rôle du sucre ? L’idée jaillira très vite. L’essuie-tout fourni au client, pardi ! Résultat : au regard des sommes présentées par la patronne, la consommation par client égale… neuf mètres de papier tendre.

Pour redresser la commerçante, défendue par Gérard Frézal, du barreau de Rouen, le fisc, représenté par l’avocat parisien Jean-Marie Bouquet, se placera, lui, sur une base de deux mètres par client et réclamera plus de 120 000 € d’arriérés. Deux mètres par client ? Les impôts ne sont pas les seuls experts en redressement… Décision le 29 janvier. •

LAKHDAR BELAÏD

L’autre quotidien du Nord, Nord-Eclair a quelques autres informations :

Quand le fisc s’intéresse au sexe, Publié le samedi 16 janvier 2010 à 06h00

Aurélia C., 47 ans, s’occupe, comme le dit le président Jean-Marc Défossez, d’un « commerce de détail d’articles spécialisés dans le sexe ». L’établissement, vaste et bien connu des juristes puisqu’il jouxte une célèbre salle de ventes aux enchères, est établi rue des Jardins à Lille.
Un autre établissement similaire est établi à Rouen et une succursale existait, au moment des faits, à Tourcoing. Mais elle a fermé : « Dans cette ville, un sex-shop, ça ne marche pas » souligne Aurélia C.

Curieuses recettes des cabines

Bref, la société « Carré Blanc », gérée par Aurélia C., son mari et son fils, se retrouve dans le collimateur de l’administration des impôts. Ce ne sont pas tellement les objets revendus qui posent problème mais plutôt une TVA trafiquée – c’est du moins la thèse de l’accusation – et les recettes curieuses des cabines où l’on peut visionner des films pornos.
À Lille, par exemple, il existe 12 cabines pour les spectateurs isolés et un salon où l’on peut regarder les films de façon plus conviviale avec une amie.
« L’administration, en divisant les recettes officielles par le nombre de jours ouvrables, a eu l’impression qu’on ne visionnait qu’un ou deux films par jour » résume le président Défossez. Comme le dit l’administration des impôts : « Le service a évalué les prestations d’après les quantités d’essuie-tout achetées et consommées ». Et là, la comptabilité des sex-shops de Lille et Rouen capote : 21 262 mètres d’essuie-tout ont été consommés en 2007, 28 350 en 2006, 21 262 en 2005.
Bref, même à raison de 2 m d’essuie-tout par visionnage de film, base très large retenue par l’administration, on arrive à des totaux de films visionnés et payés bien plus importants que le nombre officiel. « Le vérificateur des impôts estime à 18 mètres la longueur d’essuie-tout utilisée en moyenne chaque jour » souligne le président. « Il faut tout de même prendre en compte les besoins du personnel qui utilise aussi ces torchons en papier » objecte la prévenue.
Il n’empêche que la société est redressée singulièrement. La face cachée de la comptabilité est estimée à 67 000 euros et à 47 000 euros. Ce sont en tout cas les sommes exigées par Me Bouquet pour le fisc. Les magistrats ajoutent que, déjà en 2002, la même société a fait l’objet de récriminations similaires.
Le procureur Didier Cocquio n’y va pas de main morte en réclamant 10 mois de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende. Me Frézal, du barreau de Rouen, conteste les prétentions de l’administration. Prononcé du jugement dans quelques semaines.
DIDIER SPECQ

Les services des impôts ont donc mesuré la longueur totale des essuie-tout achetés par le sex-shop et estimé ensuite un nombre de clients annuels. Des sociologues verraient dans ces rouleaux de sopalin un “indicateur” — l’objectivation n’est pas leur monopole.
Une chose n’est pas précisée dans les articles nordistes : à quoi servent ces feuilles d’essuie-tout ? Les cabines, dans lesquelles sont diffusées des films pornographiques, sont des lieux de masturbation et doivent être nettoyées régulièrement. Comme le disait une employée de sex-shop interrogée par Irene Roca Ortiz, “les hommes des fois, ben, ils sont maladroits, et ils visent pas là où ils devraient viser“.

Mais ces cabines sont aussi des lieux honteux : personne ne protestera en ne recevant pas de ticket ou de reçu, ce qui permet assez facilement aux sex-shops de sous-estimer les recettes engendrées par ces dispositifs. Divers procès ont rappelé que la délivrance d’un ticket était obligatoire ou fortement souhaitée (voir aussi ce procès ou encore celui-ci)… et que, sans cette trace, il fallait pouvoir estimer le nombre de clients :

pour reconstituer le chiffre d’affaires et le montant du bénéfice réalisé par la société MARATHON à raison de son activité de projection de films à caractère pornographique, le vérificateur s’est fondé sur la consommation électrique de l’établissement ; qu’il a déduit la consommation électrique liée à l’éclairage, au chauffage et aux travaux réalisés dans les locaux ; que le montant des recettes a été obtenu en déterminant, en fonction de la consommation électrique horaire de chaque cabine et du prix moyen horaire d’une projection, le nombre total annuel de projections

source

Mais je n’avais jamais entendu parler de l’objectivation par l’essuie-tout.

Ligne 13…

Sans commentaire, tout est sur twitter :

Réseaux musicaux

Les outils de la sociologie des réseaux permettent bien de visualiser, entre autres, les pratiques de citations. On voit apparaître des acteurs centraux, des personnes très citées, des personnes citant beaucoup. J’ai essayé, rapidement, de voir si les citations dans “L’Enquête sur l’évolution littéraire” de Jules Huret (1891) permettait d’objectiver une partie du monde littéraire de l’époque… Mais j’ai travaillé trop rapidement [avec le logiciel R]. Cela ne donne rien de bien joli :

Même une sélection d’un sous-réseau, suivant certains critères, ne donne pas d’image suffisamment synthétique pour être immédiatement explicative.

Si, donc, un-e étudiant-e s’intéressant à la socio-histoire de la culture, au monde littéraire de la fin du XIXe siècle… voulait faire un mémoire de master… je l’accueillerai avec plaisir ! et l’encadrerai (sans grande compétence) avec joie.
Car la sociologie des réseaux appliquée aux disciplines inspirées donne des choses intéressantes :

Deux articles récents se penchent sur la place des réseaux dans la constitution d’un “monde social” ou d’une “scène musicale”.
Karim Hammou s’intéresse aux invitations dans les chansons de rap, le featuring, dans un article intitulé “Des raps en français au « rap français ». Une analyse structurale de l’émergence d’un monde social professionnel” (Histoire et mesure, 2009, vol.24, n°1).
L’article m’a intéressé pour trois raisons :
Je n’ai pas lu énormément de sociologie des réseaux, mais j’ai apprécié la multiplicité des illustrations : quoi qu’en disent certains des auteurs que j’ai lus, les sociogrammes sont très utiles pour la démonstration. Visualiser des acteurs centraux et d’autres plus marginaux se fait plus facilement avec un petit dessin, surtout quand ce qui importe n’est pas l’établissement de théorèmes d’analyse structurale, mais l’usage des outils de la sociologie des réseaux pour la compréhension des données.
featuring-hammou

J’ai aussi apprécié l’aspect diachronique : les liens ne sont pas pérennes et s’élaborent dans le temps. L’article de K. Hammou montre que les liens se font et se défont, que des acteurs qui apparaissent centraux à un moment (comme MCSolaar) prennent de la distance ensuite.
Et, dernier point apprécié aussi, l’étude porte sur le rap (et pas sur la musique classique, le jazz ou un autre style plus légitime).

Un autre article, écrit par un sociologue britannique, Nick Crossley, a pour titre “The man whose web expanded: Network dynamics in Manchester’s post/punk music scene 1976–1980” (Poetics, Volume 37, Issue 1, Pages 24-49). La problématique est très proche de celle de K. Hammou, mais il me semble que ses sources, ses données, son matériau empirique… est moins solide (Crossley s’appuie sur des sources secondaires, des sites de fans, des biographies…).
crossley-punk

It is widely acknowledged that the Manchester scene took off in the late 70s, and it is my contention that this ‘take off ’ consisted in the formation of a network between a ‘critical mass’ of key actors who, collectively, began to make things happen in the city.

Dans un article que je n’ai pas pu lire [Pretty connected: the social network of the early UK Punk Movement, Theory, Culture and Society 25 (6) (2008), pp. 89–116.] Crossley semble faire la même chose avec la scène punk londonienne.

Petite liste

Au menu : Alternatifs, J-P Brard, moyennisation et mastérisation

Dieu change…

Après avoir collectionné, sur plus d’un an et demi, une petite centaine d’affiches de prédicateurs noirs et commencé à analyser ce matériaux, le moment est venu de commencer à présenter ce travail. Le lieu dans lequel commence à se fixer certaines explications, c’est le séminaire de recherche : pour moi, ce sera celui de Martine Cohen et Sébastien Fath, Dieu change à Paris, le jeudi 18 février à partir de 14h.
J’aurai, là, l’occasion de répondre aux interrogations que mon analyse suscitera.

Quelques livres reçus gratuitement

Prenons la suite d’un billet du Polit’Bistro. J’ai récemment reçu gratuitement (hors cadeaux de Noël) plusieurs livres :

Jean Da Silva Du Velu au Lisse : Histoire et esthétique de l’épilation intime, envoyé directement par l’auteur : l’angle d’attaque de l’épilation est ici l’histoire de l’art (ou celle des arts de soi).

Michel Bozon, Sociologie de la sexualité : Domaines et approches, envoyé par les éditions Armand Colin : l’indispensable seconde édition de cet indispensable ouvrage, court et synthétique.

Ivan Ermakoff, Ruling Oneself Out: A Theory of Collective Abdications, trouvé abandonné après un désherbage de bureau, avec d’autres ouvrages plus anciens. Ca me semble être un ouvrage de sociologie historique important, notamment parce qu’il combine la lecture des archives — le travail de première main — avec des tentatives de modélisation — théorie des jeux entre autres. Combinaison que les collègues français, socio-historiens, ne font pas : trop historiens sans doute.

Marion Selz et Florence Maillochon, Le raisonnement statistique en sociologie, gagné par tirage au sort. Un bel ouvrage qui se centre, véritablement et tout au long des pages, sur le raisonnement statistique et pas sur le calcul statistique, sur le pourquoi plutôt que sur le comment.

Actualité de l’érouv

La “commission burqa” de l’Assemblée nationale a auditionné le mois dernier Caroline Fourest. Au cours de sa prise de parole, elle a mentionné les erouvim, un sujet qui me tient à coeur, ayant écrit quelques lignes à leur sujet : dans la revue en ligne Espace-Temps.net « Fin de l’érouve » et sur mon blog (au sujet d’alpinistes, ou de la mairie de Saint-Brice). Le sujet me tient tellement à coeur que, quand je visite une ville américaine, j’y cherche les érouvim. C’est difficile, car un érouve, c’est invisible : c’est un long fil de nylon tendu au sommet de pylônes. Mais alors, pourquoi est-ce un objet bon à controverser ?
Ecoutons Caroline Fourest :

Le devoir de préserver le vivre-ensemble et l’ordre public nécessite également de s’opposer aux demandes particularistes, formulées au nom du religieux – ce qui ne concerne pas qu’une seule religion ou qu’une seule dérive sectaire –, qui tendent à mettre en péril la sécurité collective et qui se multiplient.
Je pense notamment à une demande présentée par une communauté juive ultra-orthodoxe à la municipalité d’Outremont, au Québec. Il s’agissait d’installer dans la ville un érouv, clôture symbolique démarquant l’espace urbain dans lequel les observants du shabbat peuvent se déplacer. Le conseil municipal a rejeté la demande, la considérant comme incompatible avec la notion de voie publique. Mais la Cour supérieure du Québec, invoquant la liberté de religion et l’obligation d’ « accommodement raisonnable », a autorisé l’installation de l’érouv. Une demande similaire a été formulée en France, à Garges-lès-Gonesse. La communauté juive qui y réside demandait non seulement la mise en place d’un érouv, mais également la neutralisation des codes électriques à l’entrée des immeubles pendant le shabbat. Il faut imaginer ce qu’une telle demande impliquerait : savoir qui est juif pratiquant et dans quel immeuble, gérer les conflits qui ne manqueraient pas de naître entre les pratiquants et leurs voisins à qui l’on a débranché le code pour des raisons religieuses, dans le cas d’un cambriolage, voire même regrouper les juifs pratiquants dans des immeubles qui ne seront pas protégés électriquement, etc. Heureusement, en France, aucun tribunal n’a accepté l’accommodement raisonnable admis au Canada.
source

Vou pouvez aussi voir l’audition de C. Fourest (video, dailymotion).
Je n’ai pas entendu parler de l’affaire de Gonesse (je ne connaissais que celle de Saint-Brice, en 2006). Mais il me semble bien que l’érection d’erouvim est en développement en France : elle l’est au Canada, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. J’ai ainsi reçu, l’année dernière, ce mail en réaction à mon article sur les guerres hassidiques à Borough Park (Brooklyn, NY) :

---------- Message transféré ----------
De : ****** < * ******@wanadoo.fr>
Date : 29 mai 2008 14:50
Objet : Baptiste Coulmont • Fin de l’Ã(c)rouve.

Bonjour

je suis président du conseil syndical d'une copropriété
oü il y a des juifs qui voudraient faire un erouve je
voudrais savoir comment faire un erouve
selon le hallah.

Merci.

Malheureusement, malgré mes réponses, ce président de syndic n’a pas voulu m’en dire plus. J’aurai bien aimé savoir où était construit cet érouve d’immeuble, cela m’aurait permis de comparer avec les érouvim “municipaux”, qui sont souvent à l’origine de conflits internes au judaïsme (ou externes, comme dans les cas mentionnés par C. Fourest).

Olesniak, fin de l’histoire

La revue Genre, sexualité & société publie dans son numéro 2 un article où j’ai repris, sous une forme plus structurée, l’Affaire Olesniak, une série de documents judiciaires et policiers présentés ici sous forme de feuilleton.
L’article se trouve à l’adresse suivante : http://gss.revues.org/index1189.html.
Les épisodes avaient initialement été publiés ici : http://coulmont.com/blog/category/sexualit/olesniak/

Cartographie avec R (suite)

Je cherche à donner à voir, par des points sur une carte, la localisation d’églises (ou de boulangeries, ou de sex-shops, ou de lobbyistes…) en région parisienne. Il est possible de créer un “mashup” avec google maps, ou une carte dans google earth, mais cela ne donne pas de jolis fichiers PDF utilisables dans une publication scientifique qui se respecte. Imaginons que je dispose des données “Longitude / Latitude” des églises.

Il me faut un fond de carte. On trouve une carte de la France (avec les frontières administratives) sur “cloudmade” : http://downloads.cloudmade.com/europe/france. Il faut télécharger le fichier : “france.shapefiles.zip”
On trouve aussi, ailleurs, une carte des principales rues, routes, autoroutes… d’Île de France : http://download.geofabrik.de/osm/europe/france/ : il faut télécharger la carte de l’Île de France : ile-de-france.shp.zip

Ces cartes “open source” proviennent du projet OpenStreetMap : il y a des erreurs, des morceaux non complets, des manques. Mais à notre échelle, cela suffira. Les fichiers téléchargés sont des “shapefiles”. Ils consistent en 4 fichiers différents : un fichier .prj qui contient des informations concernant la projection, puis trois autres fichiers contenant les données elles-mêmes (un fichier dbf, un fichier shp et un fichier shx).

Ouvrons maintenant R.

library(maptools) #charge le package "maptools"
france<-readShapeLines(
"Desktop/france/france_administrative.shp",
proj4string=CRS("+proj=longlat")
)

l’instruction précédente demande à R de charger les informations de la carte de France dans “france”.

summary(france) # donne la structure de "france" 

On constate que dans cette “Data frame” il est indiqué, par “ADMIN_LEVE” le type de frontière administrative: 8 pour les communes, 6 pour les départements.

routesidf<-readShapeLines(
"Desktop/ile-de-france/roads.shp",
proj4string=CRS("+proj=longlat")
)
summary(routesidf)

permet de constater que le type de route est indiqué par “type” : “primary”, “secondary”, “residential”…

les fichiers peuvent être longs à se charger : ce sont des objets très lourds et il serait préférable de demander à ne charger qu’une petite partie des fichiers (par exemple les routes principales et pas tous les chemins communaux). Mais je ne sais pas le faire… pas encore du moins.

plot(france,xlim=c(2.35,2.45),ylim=c(48.87,48.97),lty=3)

donne l’image suivante. Seul un regard averti y discernera le nord de Paris et une partie de la Seine-Saint-Denis :
Paris-Nord
Rendons cette carte un peu plus lisible :

plot(france[france$ADMIN_LEVE==6,],add=TRUE,lwd=2)
plot(routeidf[routeidf$type=="primary",],add=TRUE,lwd=2,col="lightgray")
plot(routeidf[routeidf$type=="secondary",],add=TRUE,lwd=2,col="lightgray")

Paris-Nord2
J’ai ajouté les routes principales (de type “primary” et “secondary”), j’ai indiqué certaines des frontières départementales par un trait noir. Je vais maintenant ajouter mes églises, qui sont dans l’objet “coordeglises” : X indiquant la longitude et Y la latitude. :

points(coordeglises$X,coordeglises$Y,pch=20,cex=2,col="red")

Paris-Nord3

Il me semble pouvoir remarquer que mes églises s’installent assez souvent à proximité de ces grandes routes, voire même à proximité du croisement de deux de ces grandes routes.

Note : Mis à part le bel iMac sur lequel j’ai réalisé ces cartes, tout le reste fut “gratuit”. Open Source ou non. Seashore, R, OpenStreetMaps… et l’indispensable géocodage offert par google….

Cartographies

La semaine dernière, deux collègues m’ont contacté, apparemment indépendamment l’un de l’autre, pour me poser la même question : “pour cartographier [insérer thème de recherche], que faut-il utiliser ?”. Dans les deux cas, parce qu’ils travaillent sur des pays européens, les fonds de cartes précis sont payants ou difficile à trouver. Nous, Européens, n’avons rien d’équivalent aux fichiers Tiger du recensement US. Essayez-donc de trouver un fond de carte des communes françaises au format E00 ou shapefile… (ou un fond de carte représentant la zone couverte par chaque bureau de vote en 2007).
Pour cartographier, par exemple, la localisation des boulangeries en Île de France, j’ai trouvé un fonds de carte utilisable. Le projet OpenStreetMap, sorte de carto-wiki, commence à être assez bien renseigné, grâce au travail de milliers de contributeurs.
exemple : Paris, 19e arrondissement.
Les données sont librement téléchargeables, ce qui permet de produire ensuite ses propres cartes. OpenStreetMap donne ainsi naissance à OpenCycleMap et à d’autres sites.
Il est ainsi possible de trouver des fichiers “shapefile” proposant les frontières administratives de certains pays (parfois assez précis jusqu’au niveau de la commune). Pour la France par exemple : ici et .

Chose très intéressante, il est possible de télécharger en PDF les cartes d’OpenStreetMap (en cliquant sur l’onglet “Export”) et ensuite de les imprimer.

View Larger Map

A venir : quelques mots sur Rgdal, Maptools et les projections cartographiques avec R. En attendant, vous pouvez consulter le blog d’Arthur Charpentier.

Adorée Villany, danseuse nue

Quelques pages dans le livre de Jean Da Silva, Du Velu au Lisse : Histoire et esthétique de l’épilation intime, m’ont appris qu’au début du XXe siècle avaient eu lieu plusieurs procès contre des danseuses nues.

Ainsi, en 1908, Mlle Germaine Aymos est poursuivie, avec le directeur des Folies-Pigalle après une action de la “Ligue contre la licence des rues”. Les attendus du tribunal sont intéressants. Les juges de la 9e chambre soulignent que « les parties sexuelles [de la danseuse] étaient dissimulées par un morceau de taffetas de soie rose » et que « M. le commissaire de police mentionne, selon les termes mêmes de son rapport, qu’il a pu observer que la demoiselle Aymos était “rasée aux aisselles et au pubis” ». Pour les juges « cette précaution (…) loin de prêter à la nudité un élément obscène, était de nature, au contraire, à atténuer son caractère licencieux »
Ceci pourrait surprendre et amuser : il était prêté aux poils un aspect obscène que l’épilation, ou le rasage, faisait par nature disparaître.
Le procès, intéressant, peut être suivi en partie dans un ouvrage, Le nu au théâtre, publié en 1909 et disponible sur Gallica. Vous y trouverez cette photo de Germaine Aymos :
germaine aymos
Le rasage des poils pubiens, cependant, n’est pas ce qui a sauvé la danseuse. Les juges remarquent qu’elle est une “artiste de talent” et qu’elle a le soutien de Jules Claretie, « membre de l’Académie française dont l’autorité et la sincérité en matière artistique et théâtrale ne peuvent être mises en doute ». [voir aussi un article dans le Mercure de France, 16/08/1908]
Si l’on se penche un peu plus près sur les attendus, et si l’on compare avec un procès qui a lieu au même moment (où plusieurs actrices sont condamnées), on peut penser que ce qui a sauvé Mlle Aymos fut l’absence de mouvements. Elle était nue, certes, mais elle ne bougeait pas et semblait être une statue. Alors que deux femmes qui se caressent se « livrent à des gestes qui évoquent dans l’esprit des pratiques lesbiennes », d’après les mots du président Pacton (Le Nu au théâtre, p.278). On trouvera un commentaire comparant ces deux procès dans un article de Georges Claretie (le fils de Jules Claretie mentionné plus hautLe Figaro, 28/07/1908).

Les danseuses nues continuent à être poursuivies après 1908. Certaines semblent même construire leur carrière sur la nudité. C’est probablement le cas d’Adorée Villany, jugée en 1911 à Munich et en 1913 en France.

La Bibliothèque du Congrès possède plusieurs photographies de Villany dans ses oeuvres :
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Voir aussi ce cliché la montrant dans la “Danse de Phryné”.
Georges Claretie, décidément spécialiste — comme son père — de la défense des danseuses nues, rend compte, dans le Figaro, en mai 1913, de ce procès
villany figaro Villany défend la nudité théâtrale comme le seul moyen à sa disposition d’exprimer des sentiments intenses : pour incarner la sur-douleur elle dit avoir besoin d’être nue. Elle obtient le soutien d’un peintre. Mais elle est condamnée à 200 francs d’amende : ses représentations, bien qu’en principe “privées” étaient accessibles à tous (pour le prix de 5 f.) et une série de prospectus vantant la “danse ultra-moderne” de Villany avaient été envoyés.

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Un autre article, dans Le Matin, mai 1913

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Et alors ? Alors c’est tout.

Liste rapide

Deux ou trois liens et choses publiées sur internet ou ailleurs :

  • De la difficulté de devenir enseignant-chercheur par Olivier Martin. C’est un peu trop court, mais ça donne des informations. Extraits :

    En dix ans (1998-2007), 1581 individus différents ont obtenu leur qualification au poste de maître de conférences en « sociologie (et démographie) ». Environ un tiers d’entre eux (34,6 %) ont été recrutés comme maîtres de conférences (…) Le parcours qui conduit de la thèse à un poste de maître de conférences laisse sur le chemin cinq sixièmes des docteurs et deux tiers des qualifiés. (…)
    Une analyse « toutes choses étant égales par ailleurs » (par régression logistique) permet d’identifier les facteurs influençant les probabilités de recrutement : celles-ci augmentent de manière significative si le candidat possède une agrégation du secondaire en sciences sociales (dans un rapport de 3 contre 1). A l’opposé, ces chances dimunent significativement si le doctorat a été soutenu à Paris (rapport 0,7 contre 1) ou si le doctorat ne rélève pas des disciplines sociologiques ou démographiques. En revanche, de manière peut-être plus surprenante, les chances d’être recrutés ne varient pas selon le sexe, l’âge du candidat et le type de cursus (cursus universitaire, grande école, école normale, instituts d’études politiques…).

  • Quand, sur un blog, Nathalie Heinich est critiquée, elle répond. Ou du moins, elle l’a fait, une fois, quand J.M.V, sur “Italians Do It Better“, a fait part de son désamour :

    On fait tous des erreurs de jeunesse. Pour les uns, ce sera Mao, pour les autres, la psychanalyse. Moi, mon erreur de jeunesse, ça a été, pendant des années, de m’enthousiasmer pour les travaux de Nathalie Heinich, d’acheter tous ses livres, un à un, et d’imaginer que j’étais plus intelligent après les avoir lus.

    Il relève ensuite une série d’erreurs matérielles plus ou moins importantes (je vous laisse lire)
    Sur le coup, probablement, de la colère et de l’énervement, N. H. (ou quelqu’un qui se fait passer pour elle) a répondu dans les commentaires :

    cela excède, à l’évidence, ses capacités de compréhension, peut-être devrait-il s’abstenir de lire et, plus encore, de critiquer des livres de sociologie? Après tout, Tintin ferait peut-être aussi bien l’affaire pour occuper ses loisirs?

    Les suites sont ici

  • Des photos de Paris 8, et notamment de l’ancien hall converti en salle d’exposition vide :

    I fully expect that when the exhibit opens here, the chaotic political space that used to be there will be entirely replaced by fancy text and artfully chosen photos that aestheticize the messiness and incoherence and spontaneity of actual political action on campus. The genius of the culture industry that seizes on 1968 and other such glorious resistance fantasies lies in their ability to turn political spontaneity into a theme to be ritually commemorated and reinvoked.

  • Et pour finir :
    Le top 10 des jouets sexistes.

    Animaux (varia)

    Il y a quelques mois, j’écrivais quelques lignes sur le cimetière des chiens d’Asnières. Aurais-je attendu quelques mois que j’aurai pu améliorer ce que j’ai produit : un article de Bérénice Gaillemin, (Vivre et construire la mort des animaux) publié dans le numéro 2009-3 d’Ethnologie française vient se pencher sur la forme qu’ont pris, récemment, les tombes des animaux. C’est sur “le déploiement (…) d’un culte non contraignant” qu’insiste Gaillemin : « Malgré quelques interdits, le cimetière offre une grande liberté, notamment celle qui consiste à s’adresser aux morts via les épitaphes (…) Chacun peut désormais investir l’espace de ses propres références personnelles, réinventer l’hommage conventionnel aux défunts. »
    Note : je n’ai pas trouvé d’informations synthétiques sur B. Gaillemin. Le « Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative » de Paris 10 ne permet visiblement pas à ses doctorants de disposer d’une page web.

    *

    « What do animals do all day ? » est un article de John Levi Martin, professeur de sociologie à l’université de Chicago. Ce n’est pas un article tout récent. Il date de 2000. Mais il est fort amusant. En s’appuyant sur l’analyse statistique d’un livre pour enfants, What do people do all day, JL Martin décrit les “relations socio-logiques entre espèces animales et emplois dans l’imagination populaire”. Voici l’une de ses conclusions, en image :
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    What do animals do all day?: The division of labor, class bodies, and totemic thinking in the popular imagination [PDF], Poetics Volume 27, Issues 2-3, March 2000, Pages 195-231

    Une édition “de classe exceptionnelle” !

    Dans la Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2009/2 (Tome 134), l’on peut lire, sous la plume de Dominique Merllié, une présentation d’une réédition d’un ouvrage de Durkheim. En voici de larges extraits (coupes non indiquées) :

    En 2008, c’est le tour des Formes élémentaires de la vie religieuse d’être rééditées avec une introduction aux Éditions du CNRS. En réalité, en dépit de la date du copyright comme du sérieux académique qu’on attendrait de son éditeur, [ce] n’est pas une nouvelle édition, car elle reproduit celle qui était parue en 1991 dans la collection du « Livre de poche » : même introduction, même biographie-croupion d’une vingtaine de lignes (dont une erreur de date pour les Règles), même « bibliographie » (neuf titres de 1960 à 1990) et tous les défauts de cette édition déjà relevés. Y manque notamment la carte de l’Australie qui permet de situer les tribus citées. Quant à l’établissement du texte, s’il innove quelque peu, c’est en ajoutant encore, à celles de l’édition reproduite, son propre lot de coquilles nouvelles. C’est le cas, par exemple, de la transcription des formules grecques, toutes plus ou moins estropiées, parfois drôlement (comme lorsque le mot qui se lit « guénos » est transcrit « yévoç », p. 168), parfois d’une manière qui défie la restitution (e.g. p. 92, note). C’est le cas de notes qui ont sauté (e.g. p. 162), ont perdu une partie de leur texte (e.g. p. 215), ont été déplacées par rapport aux appels (e.g. p. 119). Parmi d’autres broutilles plus ou moins gênantes (dont l’irrégularité du traitement de ce qui était en italiques chez Durkheim), le plus remarquable est un passage devenu inintelligible, p. 269 : pour la cohérence textuelle, il faut comprendre que la note 27 inclut en fait, après son contenu, à la fois une vingtaine de lignes qui devraient être dans le texte et le texte de la note appelée à la fin de ce passage. Le même phénomène se reproduit p. 293, mais, comme il s’agit de deux notes très rapprochées, le lecteur souffre moins.

    Il serait indélicat de dévoiler qui fut impliqué dans les deux éditions (au “Livre de poche” et aux éditions du CNRS). Mais un indice : cette personne voit ses œuvres complètes publiées par les mêmes éditions du CNRS, et il a été nommé, et renommé au conseil d’administration du CNRS…