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Une morale d’état civil

Une “pensée” de Michel Foucault est souvent citée : «Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même : c’est une morale d’état civil ; elle régit nos papiers.» [L'archéologie du Savoir, Gallimard, Paris, 1969, p.28]
Il n’en dit pas plus, mais, comme nous allons le voir, c’est une pensée qui diffère de l’anarchisme revendiquant l’anonymat :

Foucault, né Paul-Michel, mais utilisant le prénom de Michel, devait bien saisir les difficultés d’échapper à cet état civil, qui nous dit de rester le même, et à la morale d’état civil, portée non seulement par les agents de l’Etat, mais par tout un chacun. La vérité des individus ne se situe peut-être pas tant dans leur sexualité que dans leur acte de naissance.
J’en veux pour illustration cette demande, faite par des parents il y a quelques années, à un tribunal de l’Est. Je vais citer — en l’anonymisant — quelques passage de la “requête” écrite par l’avocat des parents (qui cite lui-même une lettre rédigée par la mère) :

Dans leur lettre du 08/12/2005, mademoiselle B* et monsieur C* justifiaient leur demande (qui a été refusée par le Procureur de la République monsieur X, selon décision du 15/01/2006)
“Nous faisons appel à vous à notre fils Fédor C* est né le … 2005 à l’hôpital … mais lors de la déclaration de naissance au service d’état civil de la Mairie de Y* par son père Roberto C*, celui-ci n’a pas mentionné le deuxième et troisième prénom de notre fils. Cela m’a beaucoup affectée, car depuis le début de ma grossesse, nous avions décidé que le deuxième prénom serait celui de mon père: Johnny, qui est décédé en 2004 et que j’aime de tout mon coeur, puis troisième prénom celui de son grand-père paternel, Toussaint. Malheureusement on a certifié à mon concubin qu’il avait jusqu’à vendredi pour faire la déclaration de naissance, mais à la mairie l’officier d’état civil lui a dit que c’était trop tard, ce qui l’a perturbé, d’où cet oubli. D’autre part il n’a pas précisé l’accent sur la lettre “e” de Fédor et n’a pas précisé aussi ma profession “vaissellière”. Pour l’ensemble de ces raisons nous vous demandons la possibilité d’effectuer ces modifications sur l’état civil de notre fils.”

(… L’avocat poursuit ainsi …)

L’acte de naisance de l’enfant est également entaché d’une erreur matérielle en ce que la profession de la mère a été indiquée comme “sans profession” alors que cette dernière exerce la profession de “vaissellière”
Monsieur Roberto C* aurait du, sur ce point, préciser que la mère de l’enfant exerce la profession de vaissellière mais lorsque la question lui a été posée, il a indiqué qu’elle ne travaillait pas, alors qu’en fait mademoiselle B* était en congé de maternité (ce qui n’est pas la même chose que la mention “sans profession”). Là encore les mentions faites à l’état civil étant déclaratives, les erreurs ou omissions peuvent être rectifiées à la demande des parents, si ces demandes ne sont pas contraires à l’ordre public ou l’intérêt de l’enfant.
Tout acte à portée juridique peut être rectifié si la demande est légitime.
En l’espèce les parents de l’enfant Fédor souhaitent que leur fils porte les prénoms qu’ils ont choisis pour lui, avec le bon orthographe (sic).
Mademoiselle B* souhaite quant à elle que sont fils sache, à la lecture de l’acte de naissance, qu’elle travaillait aussi au moment de sa naissance, même si de fait elle était en arrêt lors de la déclaration aux services de l’état civil.

Il y a plusieurs choses dans cette demande. Il y a une demande que je trouve désormais “classique”, après en avoir vu plusieurs dizaines, d’adjonction des prénoms des ascendants, oubliés lors de la déclaration. Il y a une demande plus pointilleuse d’accentuation de la lettre “e” [en 2001, la cour d'appel de Montpellier précisait à des parents que le "i-accent-aigu" n'était pas possible en Français].
Et il y a enfin une demande qui révèle l’investissement émotionnel que des parents peuvent mettre, maintenant, dans des papiers, chargés de dire — malgré eux — l’histoire de la famille. L’acte de naissance n’est pas perçu comme un instrument, pour l’Etat, d’identification des personnes et des citoyens, il est vu comme un support narratif. Les juristes l’ont remarqué depuis une vingtaine d’années, car ils étaient peut-être les premiers surpris par ce qui leur apparaît parfois comme une aberration : “les caractères de la personnalité juridique jouent un rôle important dans la constitution du sentiment d’identité” [Gutman, Le sentiment d’identité. Étude de droit des personnes et de la famille, LGDJ, 2000, p.12]. L’identification (en tant que travail étatique) est utilisée pour construire un discours sur soi. D’autres juristes sont surpris par ces usages : elles s’aperçoivent que, pour beaucoup de non-juristes « l’état civil ne fait que raconter leur histoire personnelle » et n’est pas perçu comme la “preuve authentique de la situation juridique du sujet de droit” [Neirinck, C., 2008. L’État civil dans tous ses états., Paris: L.G.D.J., p.16]. Agnès Fine, anthropologue, l’indique aussi : « les juristes s’accordent à observer qu’il existe aujourd’hui une véritable mutation des fonctions de l’état civil. Alors que celui-ci n’était naguère envisagé que comme moyen de preuve de l’identité civile, il occupe désormais un rôle reconnu dans la constitution de l’identité psychologique » [Fine, A. 2008. États civils en questions. Papiers, identités, sentiment de soi., Paris: Éditions du CTHS, p.16].
La “morale d’état-civil” place la vérité de l’individu dans son état civil (et il doit donc lui correspondre), mais considère en même temps cet état civil comme adaptable à l’histoire (et à la vérité) des individus : il doit être assez souple pour être modifié, car « notre vie intime, notre intériorité profonde [n'échappe pas] au monde extérieur des actes officiels et des papiers » [Fine, op cit, p.42].

Nota :
Les règles concernant la mention de la profession sont explicitées dans “L’instruction générale relative à l’état civil”. On y voit comment certains groupes (les “officiers de réserve”, par exemple) ont réussi à faire plier l’état civil à leurs demandes.

Le titre et le grade ne doivent être indiqués que lorsqu’ils sont nécessaires pour désigner la profession effectivement exercée (ex. : docteur en médecine) ou pour la préciser (ex. : conseiller à la Cour de cassation). Toutefois, en vertu de l’article 14 de la loi du 1er décembre 1956, les officiers de réserve ont le droit de faire indiquer leur qualité dans les actes de l’état civil les concernant. Les intéressés doivent, lorsqu’ils demandent le bénéfice de ces dispositions, justifier de leur qualité par un document officiel.
La profession qui doit être indiquée s’entend non seulement de celle actuellement exercée par les intéressés, mais également de celle qu’ils exerçaient en dernier lieu avant de cesser leur activité professionnelle. Il convient, dans cette hypothèse, de préciser « ancien », « en retraite », ou « honoraire », ou en cas de chômage, de préciser « sans emploi ».
Lorsqu’une personne n’a jamais exercé une profession, il convient d’indiquer « sans profession ».

La défrancisation

Il est possible de franciser ses prénoms et son nom de famille en acquérant la nationalité française. C’est une procédure à la signification ambigüe : d’un côté elle permet à des citoyens de ne plus être perçus — à distance — comme des étrangers; de l’autre elle manifeste une sorte de “nationalisme onomastique” [on appelle "onomastique" la science des noms propres]. Dans les faits aussi, une certaine ambigüité demeure : c’est une procédure facultative… mais c’est la première question qui apparaît sur le formulaire de naturalisation.
Parfois, la francisation passe mal. Le nouveau nom, ou le nouveau prénom, n’est pas utilisé car il apparaît trop étranger à soi-même. Ou alors plusieurs “nationalismes onomastiques” entrent en conflit.

Je suis d’origine marocaine et j’ai changé mon nom suite à ma naturalisation fin 2005, donc j’ai traduit mon nom de naissance (proposition faite par le ministère des affaires étrangères), ce qui a donné le nom Castel, un nom tout à fait noble et joli.

Au fur à mesure, je rencontre des soucis à la fois en France et au Maroc et qui deviennent très lourds à gérer. En France, on me pose la question « êtes-vous mariée » et on me regarde de travers quand je dis non!. Etant une personne très réservée, je n’aime pas parler de ma vie privée, mais ce nom suscite la curiosité des gens qui n’arrêtent pas de me poser des questions. Même en cas de contrôle de routine par la police, je me retrouve gênée par leurs questions.

Au Maroc, le nom Castel est refusé par les autorités marocaines à partir du moment où vous êtes au Maroc, aucune possibilité d’acceptation d’un nom français. Donc à l’aéroport je me fais toujours embêter parce qu’on me demande la carte d’identité marocaine et non la française. Le consulat du Maroc ici a refusé également ce nom et on me traite d’avoir renié mon pays natal.

Il est vrai qu’au moment où j’ai changé de nom, je n’ai pas réfléchi aux conséquences et que cela allait me rendre malade. Je pensais que mon nom natal allait disparaître sur les papiers, mais je me suis rendue compte que ce nom est mentionnée sur mon acte de naissance. Aujourd’hui je suis au bord de la dépression à cause de ce double patronyme et cela fait 6 ans que je vis avec ça, je ne supporte plus cette situation et j’aimerais savoir si c’est possible en France de récupérer mon nom de naissance tout simplement pour retrouver la paix et la sérenité.

Ce texte (reçu par mail) est touchant : en changeant de nom de famille, Mme Castel se retrouve sous le soupçon de fausse identité en France (son corps ne ressemble pas à son identité de papier) ou de reniement au Maroc (où changer d’identité civile au profit de l’ancienne puissance coloniale semble mal perçu). Parce que ces deux pays associent, à des degrés divers, le nom à l’appartenance nationale, les individus se trouvent au coeurs de conflits qui leur échappent.

Si madame Castel avait francisé son prénom, par exemple de Samia en Virginie, il lui aurait été possible de dé-franciser son prénom en montrant que seul Samia a, depuis sa naturalisation, été utilisé, et qu’un double état-civil pose problème dans la vie quotidienne.

Mais la dé-francisation du nom de famille n’est pas possible : le “Service du Sceau au ministère de la justice”, qui s’occupe de ces changements de noms de famille, a développé une jurisprudence très restrictive qui interdit de prendre un “nom étranger”. Certains descendants de migrants d’Europe de l’Est, souvent juifs, qui avaient pris, après 1945, des noms de famille “francisés” cherchent aujourd’hui à reprendre ces noms d’origine. Un collectif, la force du nom, s’est constitué au cours des dernières années. Un DVD, “Et leur nom, ils l’ont changé”, a été produit, qui montre bien les différences entre générations, les plus âgés n’ayant pas l’investissement émotionnel de leurs enfants.

Il en faut bien un…

De Luc Boltanski j’apprécie particulièrement cette citation :

Je pense qu’il y a actuellement un degré de professionnalisation et de spécialisation que je regrette. Vous avez des gens qui font une excellente thèse, par exemple, sur, je ne sais pas moi, sur les kinésithérapeutes par exemple et puis, ensuite, toute leur vie ils vont rester spécialistes des kinésithérapeutes et puis, quand il y a un drame chez les kinésithérapeutes, ils vont parler à la radio des kinésithérapeutes.
références

J’y pense à chaque fois qu’une journaliste m’appelle : de quoi le spécialiste est-il le nom ? Cette semaine, ce ne fut pas suite à un drame chez les kinés mais à un procès impliquant un magasin vendant des gadgets pour adultes. En 2006-2007, un groupe de députés a réussi à modifier une loi datant de 1987 interdisant l’installation des sex-shops à proximité des écoles, en étendant à la fois la zone d’interdiction, la définition des magasins soumis à la loi et celle des associations pouvant porter plainte contre ces magasins. Depuis 2007 donc, j’attendais le test judiciaire, la mise à l’épreuve de cette loi.
En avril 2011, deux associations décident de porter plainte contre un magasin du centre de Paris. Le procès a eu lieu mercredi dernier, et quelques journalistes (ou assimilées) ont cherché à recueillir mon discours, ce qui a parfois donné à des propos retranscrits dans les articles suivants :

Parce qu’un sociologue expert ès procès contre les marchands de sex-toys, il en fallait bien un.

Réseaux de sociologues : l’état actuel de la sociologie française

Plusieurs articles récents viennent éclairer l’état actuel de la sociologie française. Un article de Demazière, un autre de Stéphane Beaud. Je voulais apporter ma contribution au débat. Beaud et Demazières diagnostiquent la sociologie française depuis leur position, et les méchantes langues disent que ces articles reflètent moins l’état actuel de la sociologie française que l’état actuel de Beaud et Demazière. Mon approche est différente : de par mes fonctions au CNU, et intéressé par l’objectivation statistique de la discipline, j’ai recueilli le jury de soutenance de tous les candidats à la qualification en section 19 cette année (un peu plus de 500) [ce qui vient compléter l'étude de la proximité entre sections du CNU et permettra de mieux rédiger le rapport annuel de la section].
On sait, par les travaux de Godechot notamment [un exemple ici], que les jurys de soutenance permettent d’établir d’intéressants constats. Beaud, par exemple, à la fois par sa position institutionnelle, ses intérêts scientifiques, sa connaissance du comportement des collègues… n’invite pas n’importe qui aux soutenances de ses doctorantes. Et c’est la même chose pour tous les autres.
Ces invitations et co-participations permettent de dresser une sorte de carte de la sociologie française, en utilisant un algorithme qui rapproche les personnes qui s’invitent les unes les autres aux jurys de thèse.

Cliquez pour télécharger un fichier PDF zoomable (mais pas toujours très lisible)

Sur ce graphe présentant une sélection des données [1] vous constaterez qu’au Nord se trouve une certaine sociologie économique (autour de Flichy, Cochoy, Paradeise, Vatin, Grossetti, Segrestin, Licoppe) Weber et Steiner se trouvent un peu plus au sud de ces personnes.
Au Sud-Sud commence l’empire du STAPS, avec During, qui se poursuit au Sud-Est où se trouve plusieurs représentant de la sociologie/anthropologie du corps, ou ce qu’on appelle les “STAPS” : Andrieu, Héas, Le Breton, Bodin, Duret. Dans la même zone se trouve aussi plusieurs représentants de la sociologie du travail (Bercot, Lallemand, Demazière, Gadéa) : une représentation n’utilisant que deux dimension fait se superposer des personnes ayant peu de liens.
A l’Ouest se trouve les islamisants ou les spécialistes des relations interethniques Roy, Fregosi, Khosrokhavar, Gole, Streiff-fenart.
Au coeur de la constellation vont se trouver les politistes (Spire, Deloye, Gaiti, Offerlé, Sommier) et un groupe où je retiens les noms de Beaud, Mauger, Schwartz, Lagrave Marry, Carricaburu, Fabiani, Sapiro…
Au total, les liens multiples engendrés par les jurys de soutenances ne dessinent pas un monde fragmenté, où une faction serait ostracisée par toutes les autres. Au contraire, des liens multiples relient tout le monde avec tout le monde.
Certes la méthode ici utilisée a ses nombreuses limites : il faudrait, sur une période plus longue, mettre en valeur les liens répétés, ou les invitations rendues. Pour l’instant, mes données permettent de repérer certains liens habituels (qui sont épais, sur le graphe), mais ces liens sont peu nombreux (et tendraient à faire ressortir les politistes). Rendez-vous l’année prochaine pour une étude sur deux ans.
 
Notes : [1] n’ont été retenues que les individus invitées au moins 2 fois ou ayant été directeures d’au moins une thèse.

Sarkozy, Le Pen, la présidentielle

Les relations entre préférences partisanes ne sont pas simples. Voyons par exemple ce qui se passe entre le premier et le deuxième tour des présidentielles de 2007. Le graphique suivant essaye de mettre en relation trois choses. Chaque point représente une commune. La couleur du point est fonction de la proportion de votes que reçut Le Pen au premier tour des présidentielles de 2007. L’abscisse des points correspond à la participation au 2e tour (la proportion de votes exprimés parmi les inscrits). L’ordonnée correspond à la proportion des votes des inscrits que reçut Sarkozy au 2e tour.

Les communes qui avaient “beaucoup” voté pour Le Pen (en bleu) se trouvent être, au 2e tour, des communes avec une participation plutôt faible, mais avec un vote pour Sarkozy plutôt fort. À l’inverse les communes “rouges” se trouvent être relativement plus participantes, mais votant plutôt faiblement pour Sarkozy.
Ce graphique considère que les communes sont toutes équivalentes : j’aurai pu — mais le devai-je — ajouter une quatrième variable, et faire varier la taille des points en fonction de la taille de la commune.

Proximités disciplinaires

Comment, en France, est organisée la proximité entre disciplines universitaires? Est-ce que la psychologie et la sociologie sont proches ? Est-ce que la géophysique et la géographie partagent beaucoup ?
On pourrait regarder “qui cite qui” dans les articles académiques. On peut aussi estimer la proximité à partir du travail du Conseil national des universités. Pour devenir Maître de conférences, en France, il faut être “qualifié” par une section du CNU au moins. On peut l’être dans deux sections ou plus. Et certaines sections partagent des qualifiés. La 04 (science politique) et la 19 (sociologie, démographie) partagent des qualifiés. La 25 et la 26 (mathématiques) aussi.
Et au niveau global ?

Au niveau global [lien vers le PDF], il apparaît deux groupements bien séparés. Avec des intermédiaires, comme l’économie, la gestion, les STAPS, la psychologie, avec un pied dans les lettres, un pied vers les maths ou la médecine.
Je me suis servi ici, outre du package igraph de R, de données qui ne concernent que les doubles qualifs MCF.

Origine des données : Thomas (Loic) et Rossi (Pasquin) “Etude de la promotion 2011 des qualifiés aux fonctions de maître de conférences et de professeur des universités“. Ministère de l’enseignement supérieur et de la Recherche, DGRH A1-1

La transparence dans les recrutements

Depuis la mise en place du wiki-auditions, en 2007, on en sait un peu plus sur le recrutement en sociologie-démographie, parce qu’il est possible d’avoir une information synthétique sur la composition des comités de sélection, la liste des auditionnés et autres classements.
Certains département de sociologie résistent encore. L’année dernière, un comité de Paris13 n’avait pas voulu diffuser le classement auquel il avait aboutit. Un autre comité, à Reims, avait fait de même, restant sourd aux demandes de la communauté des sociologues.
Les raisons de ce refus de la transparence sont diverses, mais un argument revient souvent : “c’est illégal de diffuser le classement avant que le Conseil d’administration se soit prononcé”.
Cet argument est fallacieux : quand des avocats examinent les textes juridiques régissant le recrutement universitaire, il concluent que cet argument ne tient pas la route. Quand des juristes se demandent si la diffusion des classements est légale, ils concluent que oui, la diffusion des classements est légale.
De plus, « Le rapport 2010 du comité de suivi de la loi LRU écrit : En outre, l’autonomie des universités doit aller de pair, là encore, avec une exigence de transparence des établissements sur leurs pratiques et critères de recrutement et d’évaluation. »
Enfin, vous trouverez tout cela, et bien plus, sur le site de l’Opération Poste de la SMAI.
En espérant que les derniers récalcitrants à la diffusion de l’information entendent cela…

Et sans transition… une page de pub

  • Cette page de pub, ce sera ce portrait flatteur paru dans Sciences Humaines (numéro de février 2012), par Marie Deshayes — qui a bien perçu ma fausse modestie.
  • En ce jour où un juge aux affaires familiales a rendu possible d’appeler son enfant Daemon, vous trouverez, sur le site de La Vie des idées un entretien vidéo réalisé avec Pauline Peretz. 5 questions sur les prénoms : Le prénom, support personnel de l’identité ?

  • Si vous êtes lecteur du magazine Marie-France, vous trouverez, autour de la page 70 du numéro de février 2012, un article de Stéphanie Torre sur Sociologie des prénoms
  • Des erreurs dommageables

    Il n’y a rien de pire que d’écrire pour personne. C’est pourquoi j’ai découvert avec un certain plaisir qu’un de mes articles [celui-ci] n’était pas “exempt[] d’erreurs dommageables”. Plaisir, car, au minimum, cela signifie qu’il avait été lu.
    Dans une thèse de 2006 [Le Religieux dans la ville du premier vingtième siècle — La paroisse Notre-Dame Saint-Alban d’une guerre à l’autre] portant sur une paroisse lyonnaise, Natalie Malabre étudie l’action de l’abbé Remillieux, que j’avais analysé en tant que promoteur des fiançailles catholiques. A la différence de Natalie [sans h] Malabre, je ne m’étais pas appuyé sur des archives, mais sur de la littérature secondaire : j’ai donc raté une bonne partie du sens que les fiançailles avaient pour Remillieux, et le rôle qu’elle jouaient pour les « Compagnes de Saint-François ».
    D’où l’intérêt, toujours, de s’appuyer sur des sources primaires.
    [Note : je constate avec amusement que l'auteure, en citant mon article, se trompe d'année, en l'indiquant publié en 2003. Il y aurait donc pire que de ne pas être lu... être mal cité ?]

    Filiations. Le sang, le nom, le quotidien

    Kim Jong Il est mort, vive Kim Il Sung (président éternel), et vive Kim Jong Un. Ici, nous savons que l’un est le fils de l’autre, et que le troisième est le fils du premier. Ils partagent “le sang”, base, pour beaucoup d’entre nous, de la famille.
    Mais les Kim ne sont pas présentés ainsi par la propagande nord-coréenne. Ne parlant pas coréen, mon accès à la propagande est limité aux articles de kcna, la Korean Central News Agency, qui publie chaque jour, dans un anglais exotique, les communiqués de presse de l’Elysée local.
    Kim Jong Il est présenté comme le Great Father of people. Quand sa naissance est décrite, elle l’est ainsi : He was born in Mt. Paektu, the sacred mountain of the revolution, as the son of guerrillas and grew up to be a great revolutionary., sans que soit mentionné son “père” (Kim Il Sung), juste le fait que les parents (de sang) de Kim Jong Il étaient des maquisards.
    Comment donc la filiation est indiquée, si ce n’est par le “sang”. Elle l’est par deux autres éléments, à savoir “le nom” et “le quotidien”, pour reprendre des termes wébériens (florencewébériens, pas maxwébériens) maintenant classiques.

    Ici, être fils de, c’est continuer à faire vivre le nom :

    source :
    Kim Jong Il, supreme incarnation of the revolutionary moral obligation, set a great example in perpetuating the memory of President Kim Il Sung unknown in human political history, thus making sure that the august name of the President, his undying revolutionary career and exploits always shine along with the eternal history of Juche Korea

    Mais faire vivre le nom ne suffit pas à justifier l’héritage (les autres frères Kim pourraient fort bien le faire). La troisième dimension est donc celle du “quotidien”, ce que Weber (toujours Florence) appelle “le quotidien”, ou la parenté quotidienne, celle qui est faite de soins, les liens créés par le partage de la vie quotidienne, dans ses dimensions matérielles.

    Le “quotidien” justifiant la filiation (idéologique) se trouve par exemple mentionné ici :

    source
    Kim Jong Il pushed forward the revolution and construction in line with the idea and intention of the President as the dearest comrade and the most loyal comrade-in-arms of the President.

    La filiation semble donc indiquée, indirectement, par “le nom” et “le quotidien”. Du moins entre Kim Il Sung et Kim Jong Il. Entre ce dernier et Kim Jong Un, les choses sont un peu différentes. Il est fait mention d’identité.

    source
    the Korean people are vowing to be faithful to the idea and cause of General Kim Jong Un, who is identical to Kim Jong Il.
    &nbsp,
    source
    The Korean people [...] have Kim Jong Un, great successor to the revolutionary cause of Juche and prominent leader of the party and the army and people of the DPRK who is standing in the van of the Korean revolution. He is another great person produced by Korea who is identical to Kim Jong Il.

    L’expression “the van of the Korean revolution” est un peu étrange, en rapprochant deux images, celle du combi volkswagen (conduite par un petit coréen en survêtement marron) suivi par une armée de révolutionnaires en armes. Mais passons. Je n’ai pas encore trouvé sur kcna de mention du “quotidien” partagé par Kim Jong Un et son “père” Kim Jong Il.

    Un dernier point. La propagande mentionne aussi un terme qui, en anglais, est multiforme. Les “générations”. Par exemple ici :

    source
    Standing in the van of the Korean revolution at present is Kim Jong Un, great successor to the revolutionary cause of Juche and outstanding leader of our party, army and people.
    Kim Jong Un’s leadership provides a sure guarantee for creditably carrying to completion the revolutionary cause of Juche through generations, the cause started by Kim Il Sung and led by Kim Jong Il to victory.

    Je ne sais pas si les “générations”, ici, se réfèrent à la succession des générations biologiques, ou à l’idée que le régime nord-coréen durera “pendant des générations” (c’est à dire longtemps, même si l’auteur ce ce billet espère que ce sera le moins longtemps possible).

    Quelques petits commentaires pour finir. Premier commentaire, maxwébérien cette fois : quand le porteur de charisme meurt, le charisme est parfois transféré au sein de la famille, le nouveau porteur étant le fils (ou un frère). On remarque ici que cette forme de transmission du charisme, si elle est objectivement familiale, prend des formes extérieures un peu différentes (quand la légitimation ne passe pas explicitement par le partage du sang). Deuxième commentaire : puis-je me permettre, sérieusement, ce discours sur la propagande coréenne, sans parler coréen ?

     
    Références :
    Weber, Florence, 2005. Le sang, le nom, le quotidien. Une sociologie de la parenté pratique, Montreuil: Aux lieux d’être.

    Toutes les Suédoises…

    Le premier compte-rendu “de taille” de mon Sociologie des prénoms vient d’être publié, sous forme tronquée sur nonfiction et sous-forme entière sur le Carnet de recherche de Marie-Anne Paveau, auteure du compte-rendu, Pensée du discours : « Nom d’un prénom ! (4) Toutes les Suédoises s’appellent Ingrid.
    Ce compte-rendu pose plusieurs questions, et il faut que je prenne du temps pour y répondre (et améliorer ainsi une hypothétique deuxième édition du «Repères», si la première se vend bien).

    Identifier les chiens (2)

    Le premier moment, dans cette histoire de l’identification, était l’obligation du collier (1845). Le deuxième moment intervient quelques années après : à partir de 1856, et jusqu’au début des années 1970, existe en France une taxe municipale sur les chiens.
    Pourquoi en fais-je une étape dans le processus d’identification ? Parce que c’est en relation avec l’impôt que l’État développe des outils visant à rendre le monde social “legible” (lisible et légiférable), pour reprendre le terme utilisé par James C. Scott. Par le recensement, le cadastre, l’état civil, l’unification des mesures… l’État et ses agents visent à rendre administrables à distance des populations et des individus qui, sans ces outils, restent obscurs. Pour pouvoir imposer (taxer) il faut pouvoir imposer (son point de vue). Il est, je pense, classique d’étudier la mise en place de certains impôts en relation avec ce projet étatique de repérage des individus. Difficile de taxer sans savoir combien d’individus, de transactions, de têtes de bétail, de fenêtres… existent (sauf à passer par l’intermédiaire, souvent intéressé, des notables locaux, qui ont d’autres intérêts à défendre). Pas de pouvoir sans savoir.
    On connaît bien l’application de ces idées aux humains : connaître leur nombre, leur identité civile, permet de savoir combien de bouches sont à nourrir, combien de bras peuvent être mobilisés, combien de naissances sont à prévoir. La taxe sur les chiens domestiques a-t-elle eu les mêmes effets ? L’entreprise de “legibility” de l’État s’étend-elle aux non-humains après s’être étendue aux humains & citoyens ?
    La taxe sur les chiens était justifiée de plusieurs manières. Elle visait à la fois à donner aux communes de nouvelles ressources, et à faire diminuer le nombre de chiens. Faire des communes des communautés autonomes nécessitait quelques impôts nouveaux. Je passe sur ce point. Mais pourquoi vouloir faire baisser le nombre de chiens ? Ils sont vus, à cette époque, comme des bouches inutiles : ils consomment ce que les Français pourraient manger. Ils sont aussi vus comme la source possible de dangers sanitaires (comme la rage), la source de puanteurs (en ville). Dans une certaine mesure aussi, des chiens sont vus comme “utiles” : les chiens “de garde”, les chiens destinés aux aveugles.


    [Extrait d'un traité des impôts d'un nommé Esquirou]
     

    Le décret d’application de la loi du 2 mai 1855 va différencier deux types de chiens : les “chiens d’agrément ou servant à la chasse”, qui seront les plus taxés, et les “chiens de garde” (d’aveugle, gardant les troupeaux, les ateliers…). Les “possesseurs” de chiens doivent faire une déclaration à la mairie.
    Très rapidement, de nombreux problèmes juridiques vont se faire jour. Un “vieux chien infirme”, qui auparavant servait de “chien de garde” (peu taxé), devient-il maintenant un “chien d’agrément” (car, sourd et aveugle, il ne peut plus faire la garde) ? Le Conseil d’État va développer une jurisprudence foisonnante sur cette question (Dès 1861, le “Répertoire méthodique et alphabétique de législation” des Dalloz frères, comporte une bonne douzaines de pages rien que sur cette loi et les problèmes qu’elle pose.)
    Pour ce qui nous concerne, la loi permet désormais comptages et dénombrements : Benedict-Henry Revoil dans un ouvrage de 1867, Histoire physiologique et anecdotique des chiens écrit ainsi que : “il y avait en France, en 1866, 1 960 789 chiens soumis à la taxe”. Elle incite aussi à la dissimulation, voire à la destruction de nombreux chiens, ou, plutôt, à l’abandon des chiens dont on ne veut pas payer la taxe (et cette multiplication des chiens errants est un effet contraire à ce que les promoteurs de la loi espéraient).
    Mais cette loi semble avoir eu d’autres conséquences, et semble avoir contribué à rendre visible un nouvel état d’esprit concernant les chiens :

    Avec la taxe, le chien est désormais un citoyen.
     
    Références :
    Sandra-Fraysse, Agnès. “1856 vue par Le Charivari: Année bestiaire ou année zoo ?“, Sociétés et représentations, 2009, n°27, p.39-64 [où j'ai découvert la caricature de Daumier]
    Kete, Kathleen. The Beast in the Boudoir: Petkeeping in Nineteenth-Century Paris. Berkeley: University of California Press, c1994 1994. http://ark.cdlib.org/ark:/13030/ft3c6004dj/

    Ah… 36 000 communes feront toujours la différence

    Je viens de découvrir que l’IGN mettait maintenant gratuitement à disposition de tous le fichier shapefile GEOFLA communes, qui permet de produire des cartes de toutes les communes de France. Combinez cette carte avec des données en provenance de l’INSEE (par exemple sur la répartition des revenus), et hop :

    Sur cette carte, plus c’est bleu, plus, en gros, “c’est riche”, et plus c’est rouge, plus, en gros, “c’est pauvre”. [l'indicateur est la médiane du revenu fiscal des ménages divisé par le nombre d'unité de consommation du ménage, en 2009]
    Cette carte a été réalisé avec R, assez simplement : voir mon tutoriel sur la cartographie avec R pour en savoir plus, et en faire autant.

    Identifier les chiens (1)

    Partons à l’exploration de l’identification des chiens. Etudions la genèse de la mise en place de techniques d’identification. Posons comme point de départ l’année 1845.
    Le 27 mai 1845, le préfet de police (à Paris), publie une ordonnance visant à lutter contre la rage (l’hydrophobie) et la divagation (les chiens errants) :

    Cette ordonnance (ici une reproduction affichée à Saint-Denis au début des années 1850) demande plusieurs choses, et notamment ceci : les chiens devront porter un collier indiquant le nom et l’adresse du propriétaire.

    Porter un collier : ceci constitue une première forme de détermination de l’identité individuelle du chien, mais elle est indirecte, par l’intermédiaire du propriétaire. Nous verrons par la suite comment se déploient des techniques d’identification individuelle.
    L’identification canine n’est pas qu’individuelle. Il ne s’agit pas seulement de “reconnaître” un animal précis plutôt qu’un autre. La même ordonnance oblige à l’identification générique :

    Il est défendu de laisser circuler ou de conduire sur la voie publique, même en laisse et muselé, aucun Chien de la race des Bouledogues, ni de celle des Bouledogues métis ou croisés.

    Dernier point, et c’est plutôt une parenthèse dans ma réflexion actuelle : cette ordonnance précise l’employabilité des chiens. Certaines activités leur sont interdites (« il est (…) défendu d’atteler (…) des Chiens aux voitures traînées à bras ») et d’autres semblent indirectement permises (la surveillance des foyers). Le chien quitte le monde du labeur public (pas de chien de traineau en France). Et les chiens interdits de cité, comme les Bouledogues, doivent rester confinés “dans l’intérieur des habitations ou dans les cours, jardins et autres lieux non ouverts au public”. En ce qui concerne les chiens, un même mouvement éloigne de la ville (comme espace public), mouvement auquel tous les animaux ont été confrontés au XIXe siècle, et rapproche des demeures.

    Sources : Archives municipales de Saint-Denis. 20 Fi 2272 – Avis, le maire de la ville de Saint-Denis, averti d’un nouveau cas d’hydrophobie, rappelle à ses concitoyens les dispositions de l’ordonnance de police du 27 mai 1845 sur les chiens et les bouledogues. Signé le maire Giot. Imp. Prevot et Drouard. Noir et blanc. 50 x 64. (ancienne cote CT 247). – 1852

    Le “carnet des prénoms” de 1966

    Je suis tombé aujourd’hui sur ce petit article paru dans le Figaro en 1967 :

    A 45 ans de distance, il est difficile de savoir quel était, pour les Françaises de l’époque, le sens qui était mis dans chaque prénom. À quelles images et quels souvenirs ils étaient associés. Et les indices, ici, sont maigres. Je suis quand-même surpris par l’idée avancée que “Sophie, Isabelle et Nathalie” sont “surannés” et que “Florence, Valérie et Véronique” sont des choix “conservateurs”.
    On remarque aussi que les lecteurs du Figaro, en 1966, avaient déjà abandonné les prénoms composés, et qu’ils seront rapidement suivis par le reste de la population.
    [Et si quelqu'un peut m'expliquer le dessin de PIEM, je suis preneur...]

    Les cordons de la bourse : le petit financement

    La recherche en sciences sociales est faite de “petites” dépenses liées, par exemple, à la reproduction de la thèse, aux déplacements pour participer à un colloque ou rendre visite à des archives conservées hors de portée du métro.
    Et il m’apparaît que tous les laboratoires ne fonctionnent pas comme le mien (l’équipe “CSU” du “CRESPPA”, une “UMR” Paris8-CNRS). Dans mon labo, donc, existe un “comité trésorerie” composé de plusieurs personnes, dont une représentante des doctorantes. Ce comité se réunit environ une fois toutes les six semaines et les demandes sont examinées. Un compte-rendu précisant quelles demandes ont été acceptées / refusées est ensuite envoyé aux membres du labo. C’est très utile pour savoir comment les maigres financements récurrents (c’est à dire non sur projet) sont dépensés.
    Je sais bien qu’il n’en va pas de même partout. Joël Gombin écrit sur twitter que « dans mon labo, c’est examiné en conseils de labo ouverts à tous (et de droit jusqu’à 300 € par an) ». Son labo, c’est le CURAPP, à Amiens. Il répondait à une doctorante à qui son labo refuse ces “petits” défraiements, sous diverses excuses, du type : “il faut demander à l’école doctorale”, “le directeur va examiner votre demande”, “il faut demander à votre directrice”, “on ne finance pas la participation aux colloques, mais seulement les terrains”, “on ne finance pas les terrains, mais la participation aux colloques”, “c’est fini pour cette année, il n’y a plus de sous”… Mais, quand l’évaluation quadriennale ou quinquennale de l’AERES arrivera, ce labo inscrira dans son rapport d’activité les participations aux colloques et les éventuels articles de cette doctorante, qui aura travaillé gratuitement.
    C’est l’occasion, tout d’abord de rappeler l’existence de ce site, antidoctorat (dont l’unique conseil est “ne faites pas de thèse”, et dont le second est : si vous en faites une, voici les coulisses). Et ensuite de demander aux collègues : chez vous, dans votre labo/équipe/UMR… comment ça se passe ?

    Liste de liens commentés

    Voici de la lecture :

    1. Concernant le Conseil national des universités :

      1. Liste de motions
      2. Lettre du Syndicat “SNESUP” au Ministre L. Wauquiez
      3. Section 19 : Informations (sur Agora)
      4. Communiqué de l’Association des sociologues enseignants du supérieur
      5. Et quelques mots des gestionnaires, section 06
    2. Concernant la nuit :
      1. Sur HAL-SHS, un livre entier en PDF La nuit en question(s), dirigé par Catherine Espinasse, Luc Gwiazdzinski et Edith Heurgon
    3. Concernant le choix d’un nom :
      1. Utiliser google pour avoir une idée de la tête des porteurs du prénom
      2. …chose que n’ont pas fait les parents du petit Daemon, selon La Voix du Nord
      3. U ou V ? Parfois, il vaut mieux ne pas choisir :

        - M’sieur, m’sieur, on a cours dans quelle salle ?
        - U ou V
        - U ou V ?
        - non, pas “U ou V?”, “U ou V”, c’est le nom de la salle, “U ou V”
        - …
    4. Concernant des choses variées :
      1. Apogée, le logiciel, après plus d’un an d’installation ne fonctionne toujours pas, à Paris 8
      2. La protestation par la nudité publique est-elle collective ou individuelle ? [Relire Elias, et plutôt deux fois qu'une : la première pour le "processus de civilisation" et les seuils de la pudeur; la deuxième pour la "société des individus" et ses discussions sur l'individuel et le collectif.]
      3. Un documentaire, en anglais, d’une heure sur la chirurgie esthétique appliquée à la vulve, via sexactu
    5. Concernant des statistiques :
      1. Une analyse structurale du Code de l’environnement !
      2. Une animation des mutations géographiques du vote aux USA

    Plagiat universitaire et obligation du guillemet

    Il y a à Paris8 plusieurs affaires de plagiat impliquant des docteurs, des doctorants et leurs directeurs de thèse. L’un d’entre eux, débusqué par Jean-Noël Darde, a porté plainte pour diffamation [voir ici]. Mais, ironie des ironies, le texte rédigé par ce Professeur des universités ou son avocat ne respecte pas les conventions habituelles de citation… Conventions qui sont au principe des enquêtes de Darde…
    Voici un extrait d’une lettre envoyée par JND aux instances de l’université :

    L’ordonnance a été rendue aujourd’hui, ce 28 novembre 2011. Le Président du Tribunal de Grande Instance de Paris, après avoir constaté que:
    « les propos litigieux ne sont, pour la plupart d’entre eux, ni datés de façon précise, ni mentionnés par des guillemets de sorte que le demandeur reproduit parfois en italique tant les propos tirés du blog litigieux que ses propres commentaires et que les références aux articles poursuivis sont imprécises en mêlant à ses propos, ceux du défendeur qui sont en l’espèces disséminés »,
    a considéré par ordonnance rendue le 28 novembre 2011, qu’ « il n’ [était] pas possible au juge des référés de faire droit aux demandes formées par [Prénom Nom] au regard de l’assignation en date du 26 octobre 2011 qui sera déclarée nulle en application de l’article 53 de la loi du 29 juillet 1881 » sur la liberté de la presse.
    L’ordonnance a en effet rappelé que ces formalités qui exigent que le demandeur précise clairement les propos qu’il entend poursuivre, « sont substantielles aux droits de la défense et leur inobservation entraîne la nullité de la citation elle-même ».

    Comme quoi, il faut parfois rappeler aux universitaires les conventions élémentaires de la citation, ce que fait ici le juge. Si on en est là, eh ben, c’est pas gagné…

    Nom des chiens !

    Y a-t-il une sociologie possible des prénoms des chiens ? Réponse possible lors du prochain séminaire “Relations hommes/animaux. Questions contemporaines” de Frédéric Keck & Carole Ferret (Laboratoire d’anthropologie sociale), jeudi 1er décembre 2011 : Baptiste Coulmont : Sociologie des prénoms des chiens ; Dominique Guillo : En quel sens le chien peut-il être considéré comme un acteur social ? Les animaux et la théorie socio-anthropologique de l’action aujourd’hui. Les séances ont lieu de 10h à 13h le premier jeudi de chaque mois (sauf congés) au Collège
    de France, place Marcelin Berthelot, salle 1
    Ci-dessous, des propositions de prénoms publiées en 1922 dans le magazine “L’éleveur” :

    (On remarquera que les chiens immigrés sont censés garder des prénoms non-francisés.)

    Un nouveau CNU19

    La réunion d’installation du CNU19, la 19e section du conseil national des universités, “sociologie, démographie”, a eu lieu ce matin, dans une heureuse ambiance collégiale, à “Supméca” (Saint-Ouen), où nous étions tous, élus et nommés, convoqués à 10h par le Ministre.
    L’un des seuls problèmes de cette réunion, de mon point de vue, concernait les nominations très tardives. En effet, si les sections sont composées de 2/3 d’élus, le dernier tiers est nommé, après les résultats des élections, par le Ministère de la recherche. Et, cette année, les nominations n’ont toujours pas eu lieu officiellement (du moins, elles n’ont pas été publiées et n’étaient pas complètes). C’est très dommageable, car cela empêche d’essayer de se connaître avant les réunions formelles. [mise à jour : je m'aperçois ne pas avoir été assez précis. Les collègues nommés étaient bien nommés et présents ce matin. Mais certains n'avaient pas encore de suppléants.]
    Dans quelques jours, nous connaîtrons officiellement la liste des nommés : je ne donnerai donc pas de liste incomplète ici.
    Cette réunion était principalement consacrée à l’élection du “bureau” de la 19e section. Ont été élus :
    - président, Olivier Martin (Paris 5)
    - première vice présidente, Isabelle Astier (Amiens)
    - second vice-président, Sylvain Laurens (Limoges)
    - assesseure, Céline Bessière (Paris 9)
    C’est ce bureau paritaire qui, maintenant, travaille : à l’élection de la “Commission permanente” du CNU cette après-midi. À la répartition des dossiers entre rapporteures demain.

    Pour en savoir plus : réflexion sur ma candidature (en novembre 2010), précisions sur ma candidature (en septembre 2011).
    Et ailleurs : un rappel de ce qui s’est passé lors du précédent CNU, sur agora.