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Liberté de culte

Billet publié le 11/10/2005

Les sociologues américains Finke et Stark ont développé une théorie de l’engagement religieux fondée sur les bases d’un choix rationnel : les fidèles cherchent à maximiser, sous certaines contraintes, les profits attendus de la pratique d’une certaine religion: profits “intramondains” (la maximisation d’un capital religieux), profits “ultramondains” (les bénéfices attendus, dans l’au-delà). Les formes strictes de religion, exigeant un engagement fort, intense, permettent d’éviter les passagers clandestins (celles et ceux qui pourraient bénéficier sans pratiquer et qui dilueraient ainsi le capital constitué par les “vrais” pratiquants). Cette éviction augmente le profit attendu par ceux qui restent, rend l’engagement plus rentable… et contribue à l’augmentation du nombre de fidèles. Le résultat est contre-intuitif : il est souvent dit que c’est le caractère trop “hors du monde” de certaines Eglises qui leur fait perdre des adhérents.
Cette théorie, résumée ici à très gros traits, ne fonctionne bien que dans un régime de liberté de culte, toutes les formes de contrôle étatique apparaissant comme une barrière mise à la liberté d’entreprendre. De même que pour l’économie libérale, c’est la protection des droits des travailleurs qui promeut le chômage, de même ce sont pour Finke et Stark les bâtons mis dans les roues des mouvements religieux qui expliquent en partie le désengagement de certains du marché des biens de salut — et donc une pratique religieuse moins forte et moins répandue.
Dans ce cadre, les “nouveaux mouvements religieux”, ces PME du religieux, jouent un grand rôle théorique : leur naissance, leur éventuelle croissance ou disparition… permet de tester certaines hypothèses.

La France ne représente pas, pour Finke et Stark, un modèle de liberté des cultes. Le catholicisme y joue un trop grand rôle, la concurrence n’est pas assez développée. Et ils pourraient apporter au moulin de leur réflexion les manifestations récentes d’élus contre la Scientologie : Anne Hidalgo, adjointe au maire de Paris, manifeste contre la Scientologie (fichier vidéo quicktime). Certains petits villages d’Alsace organisent même des référendums contre l’installation de lieu de culte jéhovistes (fichier .mov), ce que le journal de TF1 relate avec un plaisir non dissimulé.

1 commentaire

Un commentaire par cossaw (13/10/2005 à 8:20)

Quand ils parlent de “choix”, s’agit-il de choix conscient, délibéré ?
J4ai un gros doute à ce sujet. La religion est une partie tellement implanté chez beaucoup de gens au travers de l’éducation qu’ils reçoivent qu’on peut se demander si la notion de choix de confession (*) est défendable pour la majorité des gens. Si on naît dans une famille juive / catholique / orthodoxe, etc. on risque de le rester et de ne pas avoir suffisamment de recul pour se poser les questions d’optimisation. Certes, il existe des possibilités de “changer” de religion, mais la question que je me pose est celle de la quantité de personnes que cela peut/pourrait dans la pratique (et non la théorie pure) concerner.

ps (*) : tiens, ça me rappelle un R.E.M