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Dé-gay-ification

Billet publié le 18/11/2005

Key West est avec Provincetown (Massachusetts) et Fire Island (sur Long Island, NY), un village de vacances réputé pour être gay. Bed and Breakfast avec sauna communautaire, hotels “all-male“… finissaient d’en faire la réputation. Et bien voilà que, d’après le New ork Times, Key West Is Going Straight : Key West nous la joue hétéro. Le succès de la rénovation-commercialisation de ce petit bout d’île au sud de Miami a attiré à la fois les chaînes commerciales (Hard Rock Café, Margaritaville) et l’un des publics les plus stéréotypé des Etats-Unis, les “fraternity brothers” (ou frat boys : les membres masculins des sociétés d’étudiants, réputés pour leur alcoolisme, leur peu d’intérêt universitaire et leur “hétéronormativité” assumée).
D’habitude, comme dans cet article récent du Washington Post sur une église pentecôtiste dans un quartier en voie de gentrification, les homosexuels mâles sont présentés comme les bobos en France : ils arrivent dans des quartiers en voie d’embourgeoisement. Dans l’article du NYT, c’est une sorte de retournement pervers qui est présenté : trop de succès tue la poule.

La constitution de ces lieux de vacances gaies au XXe siècle est très intéressante, et deux ouvrages sont à lire par celles et ceux que ça intéresse : Cherry Grove, Fire Island de Esther Newton (trois étoiles à mon classement personnel), et Provincetown de Karen Krahulik (que je suis en train de lire).

3 commentaires

Un commentaire par ralphy (18/11/2005 à 21:31)

Je note avec intérêt que si un article présentait une localité comme étant hétéro, elle amasserait moult commentaires scandalisés à l’homophobie. Un même article, mais présentant une localité comme homo, et l’article passe comme normal. Amusant.

Un commentaire par gratyn (18/11/2005 à 23:58)

ralphy>
Ta première phrase est au conditionnel. Ta deuxième phrase est un mensonge (malheureusement).

Un commentaire par coulmont (19/11/2005 à 9:00)

Il y a très peu d’études sur les hétérolands : ces espaces sont vus comme “naturels”, neutres… et pas comme le résultats de processus sociaux. Par exemple, la rue Oberkampf à Paris (ou les environs de la Bastille comme la rue de Lappe) pourraient très bien être l’objet d’une étude qui porterait sur leur caractère étrangement hétérosexuel (sans qu’il soit directement question d’homophobie). Mais pour la plupart des “acteurs sociaux”, cette scène est juste transparente : l’hétérosexualité ne se voit pas.
Telle cette cadre dans une grande entreprise française, qui me disait qu’elle était gênée de rentrer dans un bistro dans le Marais : “on a l’air de les gêner” disait-elle en parlant des autres. Essayer de lui faire comprendre que l’expérience d’un gay ou d’une lesbienne entrant dans un bar “normal” (de son point de vue) et pouvant se sentir gêné par l’exhibition de l’hétérosexualité… était impossible : elle ne voyait pas du tout la symétrie, ou la possibilité de rendre symétrique les expériences sociales.