Billet

Incartades sexuelles

Billet publié le 30/08/2007

Comment réagir lorsqu’un homme politique conservateur américain (ou un pasteur évangélique) est arrêté pour avoir proposé à un policier en civil quelques dollars en échange d’une fellation ?
Les exemples, mettant plus ou moins en jeu des pratiques homosexuelles d’hommes politiques républicains, sont nombreux ces dernières années :
– l’ancien gouverneur du New Jersey était marié et démocrate, relativement progressiste, mais son affaire extraconjugale avec un jeune israélien (embauché comme expert en lutte antiterroriste) s’est mal terminée…
– l’ancien maire de Spokane dans l’Oregon, Républicain férocement conservateur, menait une double vie sur internet et appréciait les contacts électroniques avec des adolescents, tout en respectant la frontière légale des 18 ans… Dénoncé par un quotidien local, qui avait piégé le maire pendant plusieurs semaines en embauchant une personne se faisant passer pour un jeune de 18 ans… il est décédé quelques mois plus tard… Un épisode de Frontline : a hidden life, lui a été consacré (disponible en ligne gratuitement)
– un ancien député fédéral, républicain lui aussi, a été exposé publiquement quelques semaines avant les dernières élections. Il envoyait des mails à double entendre à d’anciens stagiaires. Vanity Fair a retracé son histoire.
– l’ancien président de la National Evangelical Association avait été dénoncé par un prostitué avec lequel il entretenait une relation (payante) depuis plusieurs mois — et auprès duquel il s’approvisionnait en meth. Sébastien Fath avait analysé ce scandale.
– un député du parlement de Floride, conservateur bon teint, président de diverses commissions parlementaires visant à a défense de l’ordre, des enfants ou autres… Républicain, anti-gay… est arrêté dans les toilettes publiques d’un parc : il avait proposé à un policier en civil 20 dollars pour le sucer.
– un sénateur fédéral de l’Idaho, homme politique de stature nationale depuis plus d’une dizaine d’année, vient de plaider coupable dans une affaire de sollicitations sexuelles dans les toilettes publiques d’un aéroport. Foncièrement anti-gay, défenseur de la prière à l’école, des armes à feu (il est membre important de la NRA, le lobby associé…)… mais entouré, depuis 1982, de rumeurs quant à sa sexualité.

La première réaction est souvent du type schadenfreude : le malheur qui frappe ces hommes — leurs vies sont détruites — révèle aussi l’hypocrisie du conservatisme moral. Ces leaders politiques ou religieux drappés dans leur “cuirasse de vertu” (shield of righteousness écrit Humphreys dans son Commerce des pissotières récemment traduit) essayaient d’imposer aux autres l’inverse de ce qu’ils pratiquaient pendant leur temps libre (ou leurs heures de travail, parfois). Et l’on s’amuserait beaucoup de découvrir ici en France chez certains Vicomtes antiturcs, ou chez certains députés tourquennois antigays, certaines inclinations aux plaisirs variés de la chair.
Mais d’autres réactions sont immédiatement plus complexes : ces affaires signalent l’inégalité de traitement de l’homosexualité, toujours utilisée dans un contexte de dénonciation. Participer à la dénonciation — même sous le haut patronage du commentaire “sociologique” — ne revient-il pas à consommer du temps qui pourrait être utilisé à lutter contre l’homophobie ? Je n’ai pas, en tête, de dénonciation inverse de l’hétérosexualité d’un homme politique publiquement gay… mais j’ai en tête les incartades hétérosexuelles de sénateurs américains, non sanctionnées.
Et, plus largement, sont absentes les interrogations sur le rôle des policiers dans une partie de ces histoires, policiers volontaires pour piéger des hommes dans des toilettes publiques. Des commentateurs, aux Etats-Unis, dénoncent facilement une mauvaise sexualité (anonyme, dans des lieux publics…) et en glorifient une autre (dans le cadre du mariage, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel). Que penser, pourtant, de ces “entrapments“, qui s’arrêtent avant tout acte sexuel, et qui reviennent à rendre passibles de poursuites des claquettes et des gestes à double sens. La drague serait permise ailleurs, mais pas dans des toilettes. Les policiers de Minneapolis, qui ont arrêté le sénateur de l’Idaho, ont arrêté plus de 40 personnes en quelques mois. Ils allaient même jusqu’à répondre à des annonces, sur internet, d’hommes cherchant des coups rapides à l’aéroport.

Les réactions du sénateur de l’Idaho et du député local floridien sont inverses. Le républicain de Floride n’a pas plaidé coupable, bien au contraire : il se défend bec et ongle, publiquement, devant les caméras. S’il a proposé 20 dollars au policier ce n’était pas pour une fellation, mais pour “ne pas devenir une statistique”… dans sa défense tordue, le député raconte qu’il avait peur des grands Noirs qui trainaient dans le parc et qu’il souhaitait se faire raccompagner par le policier jusqu’à sa voiture. Est-il utile de préciser que ce discours n’a pas été apprécié par les associations antiracistes américaines. Mais le caractère mineur du personnage (un député local) a confiné le scandale à la Floride. Le sénateur, lui, a plaidé coupable, mais il déclare maintenant qu’il n’avait pas vraiment compris l’enjeu (même s’il participe, depuis les années soixante-dix, à l’élaboration des lois en tant que député de l’Idaho, puis député fédéral et sénateur…) : “je ne suis pas gay et je n’ai jamais été gay” a-t-il déclaré publiquement, hier, sa femme à ses côtés (les commentateurs soulignent qu’elle portait des lunettes noires et avait l’air “malade”). Il est à croire que, dans les deux cas, leur position sera rapidement intenable.

6 commentaires

Un commentaire par Le codex d’Olenka | 22 Phalle : Dragonne, pyrophage (01/09/2007 à 22:36)

[...] voici ma liste de cinq blogs qui méritent d’être lus : RabatjoieTV, Fran6art, Brave patrie, Baptiste Coulmont et Du spectacle. Bien sûr, je vous invite à consulter la liste totale des blogs que je lis, même [...]

Un commentaire par zaza à montréal (02/09/2007 à 18:42)

bon texte, merci.
la haine(=la peur)que je voue à l’homophobie et à l’intolérance sociale décuple ma joie lorsque je lis que la vie de ces politiciens est complètement détruite…en dignes héritiers de leurs actes…bon c’est pas catho-catho ni très altruiste de penser de la sorte, certes…mais quel bonheur que la présomption et de phallacieux préjugés moraux soient jugées de la sorte!
j’attends le jour avec impatience où les républicains critiqueront les moeurs dissolues des démocrates (rappelons-nous le grand Bill – clinton, pas gates, pffff….-et la claque d critiques acerbes suite à ses légèretées d’avec la p’tit’stagiaire…), et que l’un deux leur répondra crânement “ben nous, on n est pas des pédés, lalalère!”
mais ça ferait mauvais genre, c’est certain.
l’idéal, c’est que la grande gueule démocrate soit une cousine elle-aussi, et ça finirait en franche rigolade!
ou en baston…
évidemment, sur le fond…
les états-unis sont un peu-beaucoup…-comme le Canada.
dans les villes, les gens semblent plus tolérants à la différence de préférences.
en campagne, c est idem qu’en France dans le cantal profond (s’il existe encore, le genre de coin paumé où il n’y a ni noirs, ni rebeus, ni tapettes…et le premier des trois qui débarque, ben il reçoit le traitement réservé aux extaterrestres…
puis l’on apprend à se connaitre…
j’ai lu plusieurs histoires ici, sur des gays (j’ai du mal avec ce mot, on dirait qu’on est toutes assez blondes pour tout le temps sourire et préférer la superficialité…saperlipopette, pas tout le temps, les amis, pas tout le temps!!!!je préfère presque “pédale”, mais là je m’éloigne, et tout dépend le ton et la bouche qui sussurrent ces mots…bref!…)qui débarquaient en plein mileiu de nulle part, et que les débuts furent hésitants et cureux pour les locaux, mais qu’avec le temps, et un soupçon d’esprit, l’intégration était même plutôt très réussie!
la conclusion, c’est:quand on connait, on accepte.
je m’éloigne peut-être, mais nos associations devraient rebondir sur ce genre de scandales. préférer l’humour, après tout, on est contents. Genre celles qui défendent les droits des gays et lesbiennes de les défendre bec et ongles, ça arrive à tout le monde d’être un peu pédé, bon, pervers, c’est moins bien, faut se contenir tout de même, mais pédé, c est ok!
genre…
mais l’on préfère agresser les paysans du Middlewest profond avec les droits au mariage et à l’adoption (genre les motardes butch en robe blanches ou le coiffeur un rien follasse avec un p’tit noir dans les bras, non, mais vous vous rendez compte, ma pov’dâme, comme y sont-y fous à la ville….), et c’est bien aussi…peut-être un peu précipité dans le timing, restent encore deux trois préjugés persistants, c’est tout…
et la dénonciation en France à ce sujet, on y vient quand?
on a bien failli avec le pacs, il me semble…avec toutes les saloperies qui furent dites…
ça en remettrait certains en place…
mais là encore, pas très joli-joli…
leur vie détruite?
contre toutes celles en face qui en chient grave à cause d’une question de préférence?
je trouve que parfois, le karma fait preuve de bien de clémence.

quand on choisit la vie publique, les feux de la rampe, le pouvoir et ses effets grisants, c’est la règle numbeur oine que d’avoir une vie privée irréprochable…donc si un politichien ne peut refuser une “tit’vite” entre deux cubicules (ok, c est excitant, limite incontournable dans toute libido qui se respecte et que l’on cultive), qu’il en soit ainsi…

le rôle des policiers est paticulièrement scandaleux, et il est finalement là peut-être le réel problème…je doute que ces pantins soient homophiles en dehors de leur uniforme, que l’idée même de coincer un lascad de la sorte est répugante et vile, et les moyens déployés paraissent démesurés par rapport au (non)crime dénoncé, et qu’à 300 mètres de là, une tit’vieille se fait dépouiller par des junkies, pour leur dose journalière, pour de la dope qui vient d’un des rares pays amis qui restent aux zétazuniuns, et puis y a pas de place en désintox, et pis y a même plus de social dans ce pays, alors vaut mieux coincer les ropédés dans les cabinets (au moins, y sont pas violents ceux-là, et y sentent le beau propre, pas comme les junkies, on s’entend….)que de déployer nos efforts sur les porblèmes de fond de la société nord-américaine, parce que là, y a beaucoup trop à faire…..

les pays du nord virent à droite, toute!
nous, gays, ne sommes pas différents, vous dis-je.
nous aussi, on a peur.
(de quoi, c’est un autre problème….terrorisme, au moins, là, tout est dit)
et nous sommes tellement plus conservateurs qu’on ne l’admettra jamais.
et même si l’on fait et défait les modes, nous aussi, nous suivons le mouvement….à droite….
comme le ps, peut-être serait-il temps de faire une petite introspection sur notre belle communauté…(là encore, un mot déplacé, désolé!)et l on y verrait de si tristes choses, à côté du beau et du brillant, il va sans dire, pédés nous sommes après tout!
toutes ses choses que l on dénonce, que l’on refuse : intolérance, exclusions, racisme…
à bon entendeur, cordonnier…

mais je m’égare…

merci encore pour ton article.
z.

Un commentaire par orso94 (03/09/2007 à 10:56)

Incompréhensible. Je ne comprend tout simplement pas du tout.
L’homophobie, oui… Je comprends.
Mais serait intéressant d’analyser par une approche psychologique comment il est possible de se murer ainsi dans le déni de soi.

Un commentaire par cossaw (06/09/2007 à 11:41)

Je ne suis pas certain du tout qu’il faille parler de joie quant à la découverte de ce genre de phénomène, qui est loin d’être neuf.
(à propos, le maire (gay) de Berlin avait fait scandale il y a quelques années lorsqu’il a embrassé (French Kiss ;p) une femme en public ; un acteur ouvertement gay a aussi fait scandale en révélant ses aventures féminines, mais ce sont les seuls cas que je connaisse…)

Sinon, la grosse affaire comme le lève Baptiste, c’est à la fois le double jeu des politicien et l’attitude d’une police “pousse au crime”.
Si on sait déjà depuis quelques temps que beaucoup d’homophobes ont surtout peur de leur propre attirance homosexuelle, les politiciens n’en font pas exception. Plus le standard moral proposé est élevé, plus la chute est importante, d’ailleurs et j’ai du mal à comprendre la psychologie de l’homme qui fait cela… au delà d’une honte folle de ce qu’il ressent et de l’incapacité qu’il a d’échaper à sa sexualité [cas classique du bâton qu'on tend pour se faire frapper ?]. Toujours est-il que j’ai un peu plus de sympathie pour ceux qui se sont enfermés dans une homophobie (mois que pour d’autres formes d’haine de l’autre, comme pour le député raciste floridien, ce qui n’est pas nécessairement un oxymore) parce qu’ils sont en fait surtout victimes de leur propre contexte (IMHO).

La police, là c’est une autre affaire. Il y a une différence entre guet-appens tendu à quelqu’un dont on a déjà connaissance du comportement (voleur, pédophile, etc.) et pour lequel on crée une situation de prise au piège “la main dans le sac” dira-t-on, et le comportement où la perversité d’un système comme celui décrit plus haut. Je trouve ça moralement décevent et légalement difficilement tenable dans un contexte comme le nôtre, par exemple. Les lois n’étant pas universelle (Baptiste en sait quelque chose) on confond souvent beaucoup de principes, et là (outre la loi qui oublie légèrement ses bases religieuses) on a affaire à un pendant du délit d’incitation à la débauche !

Un commentaire par Glapyn (07/09/2007 à 14:48)

Je n’ai toujours pas compris un point important à mes yeux : le sénateur de l’Idaho aurait-il eu des soucis avec la justice s’il n’avait pas accepté de donner le l’argent contre l'”offre de service” du policier camouflé ?

Un commentaire par Baptiste Coulmont (07/09/2007 à 16:08)

Il y a confusion, cher Glapyn ! C’est le député floridien qui a offert de l’argent au policier… le sénateur de l’Idaho a juste montré, par certains signes, son intention de participer à une rencontre sexuelle…