La démission de Xavier Dunezat
Dans une longue lettre, Xavier Dunezat, professeur de sciences économiques et sociales, explique sa démission… Il avait été recruté comme maître de conférences en sociologie à l’université Lille 1. Extrait :
L’arrivée à la fac : entrée en désert relationnel
Je ne suis pas un enfant de chœur mais j’aimerais bien savoir comment il est possible de fabriquer ce que j’ai perçu à l’université.
Quand vous arrivez à la fac, la puce à l’oreille sur l’état de l’université peut vous être donnée par quelques signaux que l’on range traditionnellement dans les « problèmes individuels » mais que, en sociologie, nous savons être des purs produits de l’ordre social. Je pense ici à ces gens que vous croisez (rarement) dans les couloirs et qui vous fuient du regard, comme s’ils avaient peur. Je pense ici au nombre de gens en congé maladie et, visiblement, gravement malades. Je pense ici à la tristesse des regards quotidiens, à l’invisibilité des fous rires, à l’absence de pause-café collective, etc. Je pense ici – et surtout – à tous ces gens qui, lorsqu’ils n’ont plus peur de vous parler, se lancent dans des monologues qui alternent entre la leçon de sociologie et la longue anecdote qu’on comprend mal. Comme si l’accès à une certaine position dans la hiérarchie sociale vous condamnait à un drôle de comportement, si peu réceptif aux autres.
Ces quelques signaux ont alerté le novice que j’étais sur le véritable désert relationnel que constitue l’université. Dès les premières heures, vous comprenez que vous aurez peu d’interactions sur votre lieu de travail et que, si vous croyez aux vertus intégratrices du travail, vous allez en chier. Ce désert relationnel à l’université se traduit notamment de trois manières.
D’abord, les couloirs et la salle des personnels sont souvent vides, les bureaux fermés, une vague machine à café ayant la fonction symbolique de donner un peu de chaleur (liquide). Ce sont toujours les mêmes que l’on croise, en général celles et ceux qui s’épuisent dans la prise en charge des tâches collectives et qui n’ont pas toujours le temps de discuter. Non seulement les gens semblent travailler davantage à domicile mais en plus, à Lille en tout cas, bien des enseignant-e-s habitent au-delà des distances réglementaires (Voir article 5 du Décret du 6 juin 1984 modifié), en l’occurrence à Paris, parfois même à Marseille ! Evidemment, de telles distances entre lieu de travail et lieu de vie contrarient toute dynamique collective à l’université.
La Lettre de Xavier Dunezat est disponible en PDF.
Note : J’avais fait partie de la commission de spécialistes qui avait auditionné X. Dunezat à Paris 8.
Mise à jour : le lien vers la lettre, qui dirigeait auparavant vers un fichier PDF situé sur coulmont.com, vous emmènera vers un fichier PDF créé par Pierre Mercklé de Liens-socio. Cette version me semble plus “stable”. La lettre est aussi au format HTML sur liens-socio.
93 commentaires
Un commentaire par sansaloni (01/10/2007 à 18:21)
J’aimerais que Xavier Dunezat puisse justifier son choix d’une manière plus positive, à savoir en quoi il en va différemment dans l’enseignement secondaire ou dans les IUT.
Le schéma qu’il décrit s’applique, peu ou prou, à n’importe quel structure collective : piston, passe-droit, hiérachie, mépris, exploitation, planqués… Personnellement, je travaille (à un niveau assez élevé de la structure hiérarchique) dans un grand groupe, international et coté à la bourse de Londres, et j’ai pu observer à de multiples reprises la mise en oeuvre d’une dynamique identique.
Je crains que cette façon d’agir et d’être ne se généralise, pour autant que les individus choisiront cette forme de fuite plutôt que le combat collectif. Le geste de M.Dunezat n’est-il pas un geste de faiblesse, d’impuissance ? En quoi s’inscrit-il dans une dynamique de lutte collective contre ce Sarkozysme qui nous envahit, tout simplement parce qu’il sait, magnifiquement et sournoisement, surfé sur notre individualisme !!
Un commentaire par clic (01/10/2007 à 23:10)
c’est un texte que je trouves assez étrange. En tant que vacataire, j’ai bien pu voir tout ce qu’il raconte, mais je ne comprends pas pourquoi il tient absolument à lier tous les problèmes au développement d’une logique entreprenariale et à la domination masculine. Ca ne tient pas vraiment debout à mon avis et ça affaiblit son propos. Parfois ça arrive comme un cheveu sur la soupe et ça a tendance à m’énerver. Un peu comme si les problèmes n’étaient pas vraiment grave s’ils n’étaient pas liés au capitalisme. Un peu comme s’il lui fallait absolument en rajouter une couche idéologique. Ceci dit, son témoignage est intéressant. C’est amusant de voir écrit quelque chose que tout le monde sait, dont tout le monde se plaint sans véritablement s’y opposer. Est-ce qu’on va le remettre sous le tapis? c’est bien possible. Ou alors, ça va finir en discours complètement idéologique qui ne débouchera sur rien. C’est un peu l’écueil vers lequel se dirige ce texte. Bon, je dis ça, mais j’ai arrêté au milieu (énervé par une énième saillie sur les patrons qui n’ont vraiment rien à voir avec le sujet) et je regretterai peut-être ce commentaire quand j’aurais tout lu… je l’espère en fait…
Un commentaire par clic (01/10/2007 à 23:12)
“La liberté pédagogique est une vieille rengaine du personnel enseignant afin de protéger l’indépendancegnagnagna…et surtout le privilège de rendre le moins de comptes possible.”
héhé… j’aime beaucoup…
Un commentaire par clic (01/10/2007 à 23:39)
bon voila… fini le texte, et bien je ne regrette pas mon avis. Il fait pleins de remarques très justes sur le rapport à l’enseignement et aux étudiants, mais je ne comprends rien à sa critique du Sarkozysme qui mériterait à mon avis un point Eolas (on est sur un blog, ayons des références bloguesques…). Le pire, c’est que d’un tel texte, c’est surement les passages anti sarkozystes creux qui vont rester, alors que ce qui me semble vraiment intéressant est bien dans la façon dont l’université délaisse complètement l’enseignement, et se justifie en méprisant les étudiants. On verra bien.
Un commentaire par Baptiste Coulmont (02/10/2007 à 11:08)
> Clic : Je ne sais pas ce qui restera. Personnellement, c’est le passage sur le désert relationnel qui m’a marqué…
Un commentaire par Violoncelle (02/10/2007 à 11:43)
Un peu naïf, comme l’auteur le dit lui-même. Ce serait encore plus surprenant de la part d’un sociologue si ce paradoxe ne constituait lui-même une loi applicable à nombre de trajectoires. Faire de la sociologie, ou des sciences humaines, n’est-ce pas mettre à distance ? Et d’abord et avant tout : vouloir Se mettre à distance de l’objet ?
Ce texte, d’où j’ai senti du dégoût, une répugnance non masquée, m’inspire le retour du refoulé, tout chercheur y étant particulièrement exposé par sa “vocation” et son activité.
Qu’est-ce qui a motivé ce texte ? A priori, qu’importe… Mais compte tenu de sa résonance partisane, des difficultés inhérentes à la recherche, autant institutionnelles, sociales et psychologiques, que pouvons-nous en faire ?
À mon avis, rien. Mais c’est l’art et le pouvoir que de savoir monter les petits événements en épingle.
Alors, avec un peu d’imagination, pourquoi pas…
Un commentaire par J. Lautman, prof émérite (02/10/2007 à 13:10)
Reçu ce texte via une de mes ex doctorantes devenue MCF qui m’empêche d’être totalement coupé des générations ultérieures…
Rien à faire des liaisons douteuses avec l’époque Sarkozy.
Ce texte est courageux , fondé et sinistre car il met l’accent sur un point majeur : l’incapacité, ou le refus, mais je crois plus à l’incapacité des sociologues en Université à faire leur métier et à se comporter normalement, c’est à dire à passer du temps à leur bureau , à échanger, discuter , s’informer , se confronter avec des collègues . D’où la fuite . Heureusement bon nombre ont chacun leur réseau mais certains n’ont pas de réseau et évidemment, pour eux , c’est invivable, sauf à se boucher les yeux.
Pourquoi est ce ainsi ? Parce que les sociologuies universitaires français de ma génération avons été incapables de fixer un canon minimum d’acord sur ce qui peut être objet d’enseignement universitaire etr de recherche digne de ce nom ( objets, méthodes). D’où l’ouverture à un relativisme angoissant.
Oserai-je ajouter que nombreux sont ceux qui savent trop bien que la majorité des étudiants en socio ne sont pas bons et ne méritent pas que les profs et MCF fassent beaucoup d’efforts pour eux puisqu’eux mêmes n’en font guère.
Un commentaire par clac (02/10/2007 à 13:16)
Quel gâchis…
Vrai témoignage et démarche rare. A lire sans doute tant beaucoup dans cela est si vrai. A mettre sous les yeux de tant d’enseignants….
Mais quel besoin que toute magouille soit forcément libérale? Et comment peut-on être tout à la fois si triste de nos université et (apparement) s’opposer aussi à toute réforme d’elle? Et comment peut-on croire qu’ aucune sélection n’est jamais nécessaire à l’université (y compris en thèse donc…)?…
Oui, quel gâchis… de vous et de nous: restez, il y a dans le regard des étudiants de quoi remplir une vie entière.
Un commentaire par Gizmo (03/10/2007 à 6:02)
La lettre est très longue, et probablement très longuement réfléchie. Je suis économiste à Orléans, et je ne reconnais pas grand-chose dans la description générale qui est faite du milieu universitaire, même si certains faits sont évidemment peu contestables. Est-ce propre à la sociologie ? à l’université de Lille 1 ? Cette longue lettre mériterait une réponse point par point, mais globalement, la démission me semble être une fuite : dans un environnement où les contraintes sont fortes (faiblesse du personnel administratif ; accroissement des exigences en termes de pédagogie, de recherche, et d’animation collective ; manque général de moyens), je reste à l’Université JUSTEMENT pour contribuer à améliorer les choses, par petites touches successives, peu ambitieuses mais pragmatiques. Peut-être Xavier Dunezat avait-il symboliquement “surinvesti” dans la carrière universitaire ? Je ne vois dans sa démission ni courage, ni ignominie. Je lui souhaite le meilleur dans sa nouvelle-ancienne carrière, et j’espère que les jeunes doctorants lecteurs de sa lettre ne prendront pas pour universel ce qui n’est peut être qu’une contingence.
Un commentaire par clic (03/10/2007 à 9:39)
@ gizmo: j’espérais des remarques venant d’autres disciplines ou d’autres pays. J’ai tendance à comprendre les problèmes comme qu’il présente comme résultant de logiques institutionnelles et donc plutôt en lien avec l’université française en général et peu avec la sociologie:
- l’absence de formation à l’enseignement
- l’absence d’évaluation et de conséquences (en terme de carrière) de l’enseignement.
- la division entre grande école et université qui laisse aux universités les étudiants les plus faibles et peu de moyens et motive peut-être peu les enseignants. Si on rajoute le fait que la sociologie est souvent un second choix, on se retrouve plutôt avec des étudiants relativement faibles et peu motivés ce qui tend surement à démotiver les enseignants eux-même.
Voila pour le rapport aux étudiants. Quand au “désert relationnel” je n’en saisis pas vraiment les raisons. On pourrait penser que la recherche en sociologie est plutôt individuelle, donc pousse à cela, mais il me semble que c’est un peu court et pas nécessairement vrai. Peut-être que mon troisième point précédent joue. On entend si souvent les MCF se plaindre du niveau des étudiants qu’on se dit qu’en ricochet, cela doit les atteindre forcément (qu’est-ce que je vaux si mon métier consiste à enseigner à des gens qui ne valent rien?)
Voila, je n’ai pas trop d’idée mais c’est vrai que j’aurais aimé savoir si dans d’autres département, les gens se reconnaissent dans cette description. Ceci dit et pour finir, je trouves qu’il en rajoute un peu (parfois beaucoup) tout le temps, mais globalement et si on modère quelque peu le propos, l’essentiel de ce qu’il dit me semble juste.
Un commentaire par Christian BAUDELOT (03/10/2007 à 9:42)
La fac vue du lycée ! Une première qui doit tous nous faire beaucoup réfléchir sur les conditions de travail à l’université, le désert relationnel, l’absence, mère de tous les phantasmes et des haines, la recherche du salut par les publications, le mépris pour la pédagogie….
Dans sa caricature parfois un peu naïve, le tableau est tragique et juste. Ouvrons le débat et changeons les choses.
Un commentaire par Baptiste Coulmont (03/10/2007 à 10:21)
Pour l’instant, je pense que la lettre de X. Dunezat est surtout diffusée à travers des listes de diffusion de sociologues (et de science-politistes). Je ne sais pas comment réagiraient géographes, historiens, philosophes, littéraires… Un des intérêts de cette lettre est d’ouvrir une discussion (et je pense qu’elle a un peu commencé). Les positions des unes et des autres face au texte sont en tout cas intéressantes.
Un commentaire par clic (03/10/2007 à 10:34)
@ baptiste: j’ai fait un peu de pub, au hasard de mes lectures de blog. Je continuerai un peu. Ton blog étant probablement le blog de sociologie le plus lu, s’il peut y avoir une discussion, c’est probablement ici.
Un commentaire par alsaleh (03/10/2007 à 11:33)
J’ai rencontré le même désert relationnel; Et puis, au bout d’un an de volontarisme sociabilisant, je connaissais plein de gens sympas et accueillants, tant parmi les enseignants que les personnels et les étudiants.
Je vais dire un truc con, mais il faut sourire aux autres, leur dire un bonjour avec le prénom, et, au bout d’un moment, ça se décoince, car tout le monde, secrètement, ne rêve que de ça, même si par peur ou inhibition ou je-ne-sais-quoi, on rentre les antennes…
;-)
Un commentaire par Tom Roud (03/10/2007 à 14:01)
Texte intéressant, mais à mon avis la situation décrite est un peu extrême.
Il y a des choses généralisables à mon avis :
- la dévalorisation de l’enseignement, mais c’est un problème structurel : les MdC ne sont évalués que sur la recherche. D’où une distortion très forte entre ce que ce jeune MdC, qui venait manifestement surtout pour enseigner, a ressenti et la réalité. Il ne parle d’ailleurs que d’enseignement, pas de recherche; or il n’y a de fait à l’université aucune incitation à s’investir dans l’enseignement, juste la conscience des bons profs.
- le manque de relations entre enseignants. Là aussi, il y a un vrai problème dû à mon avis au manque de poste. Comme il dit, on préfère recruter des vacataires pour faire les TD. Du coup, il n’y a pas d’équipes éducatives stables; les vacataires/moniteurs ne sont dans l’établissement que pour faire des enseignements et il n’est pas toujours possible de monter une vraie équipe pédagogique.
- Sur sa vision de son propre recrutement : il a bénéficié des intérférences destructives entre deux candidats locaux et est donc sorti du haut du panier du reste des candidats valables. Même s’il y a des magouilles, cela signifie que lui était probablement le meilleur, donc son recrutement à été probablement juste par une espèce de “Ruse de la raison”. Là encore, ce genre de choses arrive partout
- c’est vrai qu’il n’y a pas de formation pédagogique des MdC, mais les moniteurs doivent suivre des formations CIES, qui si elles sont bien utilisées et organisées peuvent vraiment être intéressantes. Le fait qu’il ait enseigné au lycée a probablement joué un rôle déterminant dans son recrutement : il avait l’expérience du terrain de l’enseignement.
- il y a aussi probablement un problème de public. Quoi qu’on en dise et d’expérience, tous les étudiants sont loin d’être très motivés. Les profs jouent un rôle, mais c’est aussi un problème de société qui dévalorise sa propre université
Mon avis général est que la situation décrite est un peu extrême, probablement due aussi à un effet “Fac de province” un peu isolée avec tout ce que cela implique : bisbilles locales, baronnies, manque de moyens … Il y a peut-être un biais dû à la sociologie, mais je peux imaginer que cela se passe comme ça dans d’autres disciplines. Je ne connais que Jussieu où j’ai enseigné la physique; les gens de mon équipe étaient consciencieux, Paris VII avait un côté “Fac de gauche” assez intéressant (mais parfois agaçant, comme cette manie des é-e-s :P) dans la manière d’organiser l’enseignement (obligation de rotation, nombreuses réunions pédagogiques). En revanche, les problèmes structurels dont je parle plus haut (manque d’incitation à enseigner, recrutement de plus en plus fréquent de non-permanent) crée partout des problèmes.
Deux trucs pour finir :
- c’est dommage que les gens motivés démissionnent. J’imagine que la pyramide des âges en sociologie est la même que partout ailleurs : d’ici quelques années, notre MdC aurait pris de la bouteille et aurait pu changer les choses. Plus généralement, comme il y a décalage entre les opinions politiques proclamées de certains chercheurs bien au chaud dans leur poste statutaire et leurs attitudes face aux étudiants (avant la thèse, pendant, et après), il faut des gens pour jouer la mouche du coche et réformer le système de l’intérieur. Je comprends qu’on se décourage, mais on n’a pas le choix, il faut se battre.
- beaucoup de gens démissionnent de postes McF ou du CNRS. Pour des raisons totalement différentes en général : ils trouvent des postes de recherche bien mieux à l’étranger.
Un commentaire par Clik Clak (03/10/2007 à 14:12)
Il fallait l’écrire, le faire, tout ce qu’on veut. Néanmoins, cela reste un sport de riches. Il retombe largement sur ses pieds. Je me demande s’il n’aurait pas mieux fait de tenter de combattre en interne, quitte à y perdre de l’énergie. Mais il semble croire à ses idéaux, cet enseignant.
Chapeau bas tout de même.
Un commentaire par Baptiste Coulmont (03/10/2007 à 17:27)
Christian Baudelot résume bien la position de l’auteur : “la fac vue du lycée” ! Il trouve toujours des titres forts.
> Tom Roud : merci pour la comparaison inter-disciplinaire (et trans-facs)
Un commentaire par thi (03/10/2007 à 21:07)
Mais qui est donc ce Baudelot ? Je plaisante…
Par contre j’en suis à “Fabrication d’un-e local-e” dans la lettre de Xavier Dunezat et rien n’est une surprise jusqu’ici, tout est une bonne confirmation (cela me rappelle le livre de Judith lazar “secrets de familles…”) : je trouve le ton juste et sincère. Rageur même et donc un peu familier pour qui fréquente les arcanes finalement si peu “universitaires” de l’Université.
Maintenant vos commentaires m’inquiètent : encore du Sarkosy !! Mais qui à donc inventé ce produit publicitaire diabolique ?
Un commentaire par kodak (03/10/2007 à 22:15)
La lettre de démission de M. Dunezat est arrivée dans ma boîte mail via une association de doctorants et jeunes docteurs en cinéma dont je suis membre. Elle cadre avec une discussion que nous avons et que je qualifierais de « récurrente et inquiète » sur notre devenir au sein de l’université et plus largement sur le fonctionnement universitaire.
Ce que raconte M. Dunezat est totalement transposable dans notre filière et dans la plupart des facultés d’arts (changeons simplement le rapport de 100 candidats pour 30 postes par an au rapport de 100 candidats pour 5 postes). Ce qu’il raconte du concours de recrutement, des manœuvres des commissions de spécialistes, des profils de postes bétonnés pour le candidat local, des enseignants vacataires corvéables et soumis (s’ils veulent avoir un poste un jour) est hélas un refrain connu chez nous, et sans doute ailleurs aussi. J’ai même entendu dans un colloque une intervenante qu’on présentait comme la toute nouvelle recrue sur tel poste alors que le concours n’était même pas terminé : imaginez l’effet d’une telle annonce sur ceux qui dans la salle étaient eux aussi candidats, qui croyaient peut-être encore (les naïfs !) à leurs chances.
Je n’épiloguerai pas sur les propos de M. Dunezat en matière de pédagogie, d’organisation des enseignements et de répartition des tâches administratives entre les enseignants, sinon pour dire que la situation qu’il décrit correspond grosso-modo à celle que je connais dans la fac parisienne où je suis vacataire. Mêmes maux, mêmes remèdes, y compris jusque dans la décision univoque de réduire le nombre de semaines de cours et dans le délire répressif face au « copier-coller ». Quant à la mission « d’orientation et d’insertion professionnelle » désormais requise dans l’enseignement supérieur, elle n’émeut guère les enseignants de nos filières habitués à former des « précaires par définition ». Les plus avisés ont tout de même remarqué que nos « précaires » à nous se nomment « intermittents », ce qui n’est sans doute pas le mode d’insertion professionnelle rêvé par le ministère.
Je préfère la naïveté (même feinte) de M. Dunezat à la distance pincée que certains commentaires prennent vis-à-vis de ses propos : surinvesti mais défaitiste, courageux mais en fuite, sa description est juste mais il en rajoute, etc. Quant aux aspects partisans, carrément « anti-sarkozistes », ils sont de trop, vraiment ! N’a-t-il pas vu que le vent avait tourné ? Ah si seulement il avait appris à sourire aux autres, à les appeler par leur prénom, il serait resté parmi nous !
Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
La démission « publique » de M. Dunezat dérange ceux qui s’accommodent de ce qu’il dénonce. Au mieux, ils diront qu’ailleurs (en province !) c’est sans doute comme ça, mais que chez eux tout va bien. Et qu’ils sont là pour veiller au grain, qu’ils restent, eux, pour se battre.
L’université n’était pas faite pour M. Dunezat. Il a le courage d’en partir, et de le dire. Combien sont ceux qui au cours de leurs études font un constat à peu près identique au sien, et renoncent ? Combien sont ceux qui soutiennent, qui se qualifient, qui publient, qui enseignent comme vacataire, qui se re-qualifient, qui auditionnent 5, 10, 20 fois même, et qui renoncent ? L’université n’était pas faite pour eux non plus ? Eux n’auront jamais la « chance » d’en partir, ni celle de le dire publiquement. La démission « publique » de M. Dunezat a le mérite de dire les raisons de nombre de « démissions » secrètes.
Un commentaire par thi (04/10/2007 à 0:05)
j’ai finalement terminé la lettre de Xavier Dunezat et j’asquiesse sur tout.
En particulier je souscrit au dernier commentaire posté par KODAC sur ce blog : certains des avis émis ici paraissent prendre une distance qui me parait “déplacée” par rapport à la réalité qu’énonce - et non dénonce - M. Dumezat.
Savez-vous chers amis sociologues que certains d’entre nous ont aussi entrepris la même démarche que lui - et sans le coussin d’un poste au Lycée - ? Et pour les mêmes raisons !
Un commentaire par kiki (04/10/2007 à 9:50)
Ce texte ouvre un vrai débat. Je crois que son auteur était en effet fait pour la fac et que son départ est très dommage.
Les anecdotes sur le localisme, l’absence de considération de l’enseignement, etc., ne surprendront pas grand monde qui connait un peu le fonctionnement de l’université. Ce qui m’a le plus touché, c’est la partie sur l’invisibilisation des enseignants, MCF comme précaires. J’ai passé deux ans comme ATER dans une autre université de Lille sans jamais avoir été reçu par quiconque ou pris un café avec un autre prof ou chercheur (excepté la relation qui m’avait pistonné… bah oui… mais cette relation étant un-e turbo-prof, il était dur de se voir…).
J’ai en revanche donné des TD un an à Lille-1 (en éco), j’y retourne souvent pour mes recherches, et je trouve le portrait un peu dur de cette fac :
- oui, pas mal de gens ont le melon et s’écoutent parler ! un peu comme dans pas mal d’endroits ! Mais ni plus ni moins qu’ailleurs (de ce que j’ai vu, comparativement à un labo de socio parisien, beaucoup moins ! ledit labo parisien était un vrai nid de guêpes, avec des égos démesurés, une recherche constante de la flatterie, un narcissisme évident, etc. etc.).
- mais il y a des gens qui s’aiment bien ! enfin, c’est l’impression que j’en ai eu. Je pense à croire que les rapports humains que j’ai observés (et vécus) n’étaient pas que factices.
- j’ai vu une vraie mobilisation des enseignants en éco lors du CPE, premiers signataires d’une pétition qui a circulé, encourageant les étudiants grévistes, organisant des débats sur le contrat de travail, les politiques d’emploi etc. Je trouve certaines parties de la lettre un peu injustes. (et oui, le slogan de la fac peut être commenté, mais il existait déja quand j’étais étudiant il y a une douzaine d’années… avant le sarkozysme, il y a eu le mitterrandisme et le chiraquisme, hélas!)
- surtout, je sais la mobilisation de certains enseignants d’économie pour les élèves en difficulté : création de dispositifs pour les étudiants étrangers, salariés, orientation et aide pour le logement, les bourses, etc. Je n’avais pas vu ça dans les autres facs où je suis passé. Je trouve le portrait de Lille 1 un peu dur, dans la mesure où sociologues et économistes travaillent pas mal ensemble (au-delà des indispensables guéguerres et clans, of course). Je sais l’ambition de beaucoup pour des enseignements de qualité, des permanences avec les étudiants, etc. Mais peut-être suis-je tombé sur les bons (et évité, par instinct ou parce que les autres ne sont en effet pas très présents…) ?!
Un commentaire par clic (04/10/2007 à 9:50)
@ Kodak:
- il peut exister des situations différentes dans différents endroits. Permettez donc que tout le monde ne parle pas de la même voix. L’intérêt d’une discussion “publique” est bien là: mieux saisir les problèmes. Si vous avez tout compris et que tout avis divergent est nécessairement mauvais, pourquoi discuter?
- “en rajouter” ou faire intervenir des explications fausses (ces problèmes sont largement antérieurs à Sarkozy) n’aide à rien. Cela ne permet pas de trouver de solutions, cela vous décridibilise, cela permet à d’éventuels adversaires politiques de balayer vos propos d’un revers de main. C’est de la très mauvaise stratégie.
Un commentaire par Philippe Cibois (04/10/2007 à 20:15)
Il existe des moyens collectifs pour lutter contre le localisme. Les mathématiciens ont mis au point un système d’affichage du ratio de locaux sur l’ensemble qui assure la publicité du système et le contrôle collectif. cf http://perso.orange.fr/cibois/Localisme07.pdf
Mais il faut que collectivement nous agissions : c’est à l’ASES, l’Association des Sociologues Enseignants du Supérieur de le faire. Ne rien faire, c’est laisser la place à ceux qui utilisent le système dans leur intérêt. La solution n’est pas individuelle (comme le fait Xavier Denuzat mais il retrouvera les mêmes problèmes, ou d’autres, ailleurs), mais collective. Un sursaut est possible.
J’invite l’ASES à ne pas avoir peur d’agir, ce qui semble le cas actuellement.
Un commentaire par christophe (05/10/2007 à 6:40)
à Kodak: je pense que la lucidité sur les conditions de travail n’empêche pas d’essayer d’être un être humain. Personnellement, j’en ai ras-le-bol des personnes qui masquent leur incapacité à vivre derrière le cynisme, des “trop-tristes” bref…
Je suis parfaitement conscient de ce qui se passe socialement, de cette transition vers une société atomisée qui est cruelle, et qui s’est accélérée ces cinq dernières années de manière spectaculaire. Mais je ne comprends pas cette équation douteuse du défaitisme et de la valeur individuelle. En se coupant les mains, il est vrai qu’on s’épargne de les salir. Mais on se coupe également les mains.
Je pense que le cas de Monsieur Dunezat est réellement une démission pour des motifs de ras-le-bol. Qu’il ait réussi à la théoriser, tant mieux pour lui. Mais ce que j’ai appris de la prudence théorique, c’est qu’une théorie de la méchanceté du monde est très souvent une théorisation de l’impuissance même du théoricien, et que la conséquence de cette impuissance particulière à une impossibilité universelle est un sophisme du désespoir. C’est vieux comme le Ménon de Platon, qui, acculé par Socrate à admettre qu’il ne sait pas ce que veut dire “savoir”, et esquivant cette conséquence, théorise l’impossibilité universelle de connaître, au lieu de reprendre les choses depuis le début.
Que le monde soit méchant, ce n’est pas nouveau. Que le travail tout court (et pas seulement à l’université, pensons aux suicides au technocentre de Renault ou à Peugeot PSA…, mais lire aussi “souffrance en France”, etc…) soit dur, c’est une chose, mais on ne peut pas en tirer la conséquence que le renoncement est une solution universalisable…
Etre conséquent, ce n’est pas forcément tirer les dernières conséquences…
Je vous invite à lire l’interview de Jacques Bouveresse, “Le philosophe et le réel”, chez Points-Seuils,
et je retourne à mes quartiers (désertés) de philosophe universitaire qui a la naïveté de croire que la noirceur du monde peut être secouée par ceux qui parviennent à garder le moral, et qui ont, du coup, la responsabilité de ne pas tirer la gueule à ceux qui vont sombrer ou qui ont déjà sombré.
N’oublions pas ce passage de la Chanson de Léo Ferré, “Les anarchistes”:
“joyeux, et c’est pour ça qu’ils sont toujours debout”.
Bien à vous,
gardez la pêche!
Christophe
Un commentaire par Troll (05/10/2007 à 21:08)
Le Sarkozy (ou sarkoziste) si souvent mis en cause dans la lettre pourrait se dire aussi que tout cela est le symptôme des privilèges attachés aux “régimes spéciaux” des universitaires (emploi à vie, synonyme d’impunité…). A réformer donc. Non ?
Un commentaire par Arnaud Parienty (06/10/2007 à 7:27)
Ayant été chargé de TD en LEA à Paris III, je partage de nombreux constats (mais pas l’analyse politique) de cette lettre. Mais que faire ?
- Venant du lycée, le copinage dans les nominations à la fac choque. Pourtant, le système lourd et rigide du second degré semble difficile à transposer au supérieur. D’ailleurs, les profs de prépa sont nommés sur décision opaque et arbitraire de l’inspection. Un certain degré de cooptation semble inévitable. Peut-être la composition des commissions doit-elle être revue ?
- L’arbitraire de l’évaluation est un scandale (absence de concertation des enseignants, chacun évalue ses étudiants dans son coin, les objectifs de l’évaluation ne sont pas précisés. On m’a même dit une fois que le programme de l’UV était vieux et que e devrais le refaire !), qui renvoie au fait que la fac ne s’intéresse qu’aux 5% d’étudiants qui iront en 3ème cycle (c’est-à-dire à sa propre reproduction). La faiblesse de l’administration (quels moyens humains pour gérer un département ?) est sûrement en cause, ainsi que le déséquilibre entre les fonctions d’enseignant et de chercheur.
- L’absence totale de formation professionnelle (enseigner est un métier ; le fonctionnement de la fac est la négation de cette évidence) est ce qui choque le plus un prof de lycée (qui a eu une formation, a lu de la pédagogie et de la didactique, se voit transmettre des méthodes, etc…).
- Autre problème, non signalé dans la lettre, mais bien connu des profs de lycée : les 25% les meilleurs des bacheliers généraux ne vont pas à la fac, mais en prépa, en IEP, etc… Il ne doit pas être gratifiant pour les profs de savoir qu’ils ne verront les bons étudiants potentiels qu’en 3ème cycle (éventuellement).
Finalement, l’équilibre de la fac ressemble à celui des pays de l’Est (on fait semblant de travailler et ils font semblant de nous payer), les profs, nantis de la sécu et d’un salaire de base, vivant leur vie ailleurs (dans la recherche pour ceux que ça intéresse, dans le conseil en entreprise, pour ceux qui veulent s’enrichir, etc…).
Une question dérangeante, pour finir : pourquoi rien de tout cela n’est-il vrai en médecine ? C’est pourtant la fac, je crois.
Un commentaire par Mathieu P. (06/10/2007 à 14:04)
Thésard et moniteur à Paris 1, j’ai lu avec intérêt cette lettre. Et aussi pas mal d’agacement face à la violence qui était faite à la langue française à coups de é-e-s, à mon avis aussi inutiles que typographiquement laids. Je passe pour m’intéresser au fond.
Pour commencer, l’auteur identifie bien de nombreux travers, en particulier le manque d’implication de certains enseignants dans le premier cycle universitaire : absence aux examens, cours routiniers ou mal préparés, par de volonté de coordination avec les chargés de TD… Cependant, cela ne me semble pas être un cas général dans les universités où je connais d’autres jeunes enseignants (Paris 1, Paris 4, Paris 7).
De même, j’ai également entendu parler comme d’un cas fréquent de la sélection d’un troisième larron, reconnu inférieur par tous, dans le cas de l’impossibilité de départager les deux meilleurs candidats.
Pour le reste, je suis sous l’impression que si l’auteur de la lettre choisit la démission comme issue, c’est que son mélange de naïveté et d’aveuglement idéologique. Pour commencer la naïveté sur les missions de l’Université. L’auteur s’insurge ainsi, en des termes très peu mesurés, contre la volonté de professionalisation des cursus universitaires. Dans une filière connue pour son manque de débouchés, cela me semble une attitude tout aussi nuisible pour les étudiants que celle consistant à ne s’intéresser qu’à ceux qui iront en troisième cycle. Les étudiants que j’ai eu en face de moi tenaient d’ailleurs un discours en ce sens : beaucoup ne venaient pas à l’université pour apprendre quoi que ce soit, mais pour obtenir leur diplôme leur permettant d’accéder à un emploi bien rémunéré (le contenu dudit diplôme ne leur important qu’en ce qu’il importerait au futur employeur).
Au niveau des collègues, il a déjà été signalé comme le prisme de la discrimination sexuelle biaisait le regard de l’auteur. Je me demande si cela n’a pas contribué à son isolement parmi ses collègues.
Enfin, il me semble, à discuter avec d’autres doctorants, que l’effet des réseaux sur le recrutement diminue régulièrement quand on s’éloigne des humanités pour aller vers les sciences. Le cas que je connais le mieux, l’économie, est à mi-chemin, avec des universités qui ne recrutent pratiquement que des candidats locaux, et d’autres qui au contraire se sont formellement interdit le recrutement de locaux. Ces dernières, face aux problèmes pour les jeunes docteurs de trouver une place (les autres établissements recrutant local) les poussent à l’expatriation.
Un commentaire par christian Pihet (06/10/2007 à 22:01)
J’ai également lu la lettre de M. Dumezat à partir de ce blog. Que puis-je ajouter aux différents commentaires ?
Je suis géographe, président de commission de spécialistes dans mon université ( de taille moyenne, Angers) et également président de section (39) au CNRS. Je redis donc que bien des constats émis par l’auteur et différents commentateurs ne peuvent sans doute être remis en cause bien qu’ils apparaissent extrêmes et parfois désespérants mais que l’ensemble ou le fonds du texte ne me convainc pas vraiment.
Quelques observations
- les mécanismes de fonctionnement des CSE sont plus complexes, moins “mécaniques” et plus contradictoires que ce qui est décrit. De ce que j’ai vécu, il me semble qu’avec le filtre préalable opéré par le CNU, les débats s’organisent autour du profil mis au concours et de la stratégie des (ou du labo). Très vite, ils se centrent sur un petit nombre de candidats - locaux ou non - et alors les participants vont énoncer les différents paramètres du choix, assez souvent vécus en termes de risques. Viendra-t-il ou non? Quelles “plus-value” - réseaux nationaux et internationaux - peut-il (elle) apporter? Comment va-t-il s’intégrer dans l’équilibre d’ensemble de la communauté?
Nier que des “préselections” existent serait grotesque. Cela existe mais en ce qui me concerne, mes observations m’amènent à proposer l’hypothèse qu’il existe au sein de la CSE une pluralité de ces présélections et que le classement final va dépendre de l’évaluation des risques et avantages que tel ou telle va apporter par son recrutement. Et de l’adhésion à cette évaluation que le candidat ou son “défenseur” va susciter. Ce qui fait que les jeux sont peut-être plus rarement faits à l’avance que ce qu’on imagine.
Par ailleurs, il faut revenir sur le profilage des postes. M. Dumezat en fait un portrait un peu mécanique à partir de la préselection d’un “bon” étudiant. Là-aussi, je nuance, tout au moins à partir de ma posture de géographe. Le profilage d’un poste se fait bien souvent assez longtemps à l’avance, à cause des exigences de calendrier du ministère, voire une année ou plus lorsqu’il s’agit de remplacer un départ à la retraite. C’est donc plutôt en fonction de ce poste - exemple: géographie de l’environnement, d’une aire culturelle ou d’un processus - que les présélections vont débuter et non pas l’inverse. Le pouvoir étant diffus dans l’université, plusieurs types de préselections vont s’opérer : celle autour du - des - candidat local,- locaux - s’il y en a , celle recherchée à l’extérieur par d’autres membres de la CSE. Comme l’arrivée d’un nouveau collègue change les rapports internes, chacun va essayer de s’en prémunir ou de minimiser les risques en ouvrant le débat et en prenant date au sein de la CSE. D’où l’évaluation assez souvent partagée qui s’opère lors de la phase finale du recrutement. Du fait des exigences posées, ce sont plutôt de bons candidats qui sont présélectionnés et je rejoins ici l’analyse de Tom Roud. Le scandale d’un pistonné médiocre serait trop important et rejaillirait sur son promoteur…
- Pour le reste du texte, notamment sur le “désert relationnel”, je partage partiellement le constat. Néanmoins il est possible d’améliorer cela. Les organisations existent à l’université comme ailleurs et ce serait faire injure à un sociologue que d’écrire qu’elles ne fonctionnent pas et ne créent pas du lien. Mais il faut prendre le temps de les découvrir et d’analyser leurs divers intérêts. Là-aussi ce n’est pas au géographe de faire remarquer au sociologue que l’observation puis la participation sont des démarches successives qui nécessitent de la patience et de la modestie.
En définitive, un témoignage qui provoque le débat. Et qui devrait nous pousser à réagir plus collectivement et à nous organiser mieux, l’enjeu de la réussite des étudiants étant considérable dans le contexte actuel.
Un commentaire par Baptiste Coulmont (07/10/2007 à 10:37)
A tous : Merci beaucoup d’avoir pris le temps de commenter le texte de Xavier Dunezat, et d’avoir apporté des perspectives extérieures à la sociologie. Le dernier commentaire de Christian Pihet me semble bien expliquer le fonctionnement des commissions de spécialistes… et les raisons du profilage des postes parfois plusieurs années avant leur ouverture.
L’intérêt pour la lettre de démission semble grand, à la lecture des statistiques d’accès au site, au nombre de commentaires, aux discussions entre collègues… et au coup de téléphone d’une journaliste qui cherchait à entrer en contact avec Xavier Dunezat.
Un commentaire par a* (09/10/2007 à 14:22)
Moi aussi j’ai trouvé ce texte réaliste (malheureusement), si ce n’est le machisme, bcp de femmes ont ici les mêmes pratiques que les hommes tant sur le plan relationnel que pédagogique.. et de jeunes hommes s’investissent en pédagogie.. Indifférence, repli sur sa “recherche”, lourdeur de l’institution, manque de moyens, réformes continues, dispersion dans de multiples activités “inévitables”.. bien des raisons au laxisme, à la hiérarchisation des investissements, au délaissement des étudiants de L au profit des meilleurs de M, l’usage extrême des étudiants est quand même très rare… Et quoi faire collectivement maintenant ??!! Tous démissionnés ?? Je pense que si vous avez démissionné c’est aussi que le grand nord français est bien loin de votre bretagne natale et que la vie d’un turbo prof est bien pénible et couteuse, je ne suis pas naÏve, ni idéaliste.. Une collègue anonyme
Un commentaire par Briend (14/10/2007 à 19:53)
En tant qu’ancienne élève de X.Dunezat je peux affirmer que cet homme est un grand idéaliste et qu’il rêve les yeux ouverts. Mais ce n’est pas tout, il est inspiré et il va toujours au bout de ses idées. C’est ce qui le rend fort. C’est un homme honnête et généreux qui donne beaucoup sans réclamer en retour et en tant que prof c’est dingue! Il est le premier et sûrement dans mon parcours le dernier à offrir autant et à permettre d’apprendre si facilement. Il nous a fait comprendre qu’il n’y avait pas besoin d’être autaint et d’instaurer une distance pour être un bon prof.
Respect et merci pour tout.
Un commentaire par Baptiste Coulmont (15/10/2007 à 12:41)
Merci “Briend” ! Il n’y avait pas encore eu de commentaires d’élèves de Xavier Dunézat.
Un commentaire par Micha (15/10/2007 à 17:16)
Bonjour,
Je suis entrée à l’université en 1961 comme étudiante en Pharmacie et en suis sortie en 2004, maître de conférences. L’essentiel de ce qui y est décrit, je le reconnais comme mon vécu. Une coûteuse dépense vaine dans les concours de professeur. J’avais participé au Forum du Sénat au printemps 2001 en envoyant plusieurs contributions. On ne peut pas dire que c’est nouveau. Hélas !
http://www.senat.fr/consult/universitaires.html
Ma position de retraitée m’oblige maintenant à la réserve, mais je suis triste de voir que le système se perpétue.
Merci et bon courage à tous pour la suite et changer enfin.
Un commentaire par Yorick (15/10/2007 à 17:31)
Bien que courageuse (Xavier insiste sur le fait qu’un autre poste l’attendait en cas de démission), cette démarche ne fait malheureusement que révéler au grand public la réalité des recrutements MCF en France.
A mon sens, le probleme n’est pas forcement de recruter “local” (apres tout, pourquoi pas, toutes les entreprises font ca alors pourquoi pas les labos ? Et oui, les labos sont des entreprises comme les autres, il va falloir s’y habituer, simplement au lieu de produire des objets manufactures ils produisent des services et de la connaissance…mais arrêtons d’appeller cela des “concours”, vu l’argent que ca coûte, pitié !), le problème c’est la différence de niveau que cela entraine entre les universités francaises (ou on recrute des locaux souvent moins performants que les candidats externes) et l’Amerique du Nord par exemple. Ici, beaucoup moins de recrutement local (ou alors le candidat a VRAIMENT un sacré dossier scientifique, genre il a 20 publications dans des bonnes voire tres bonnes revues, y compris Nature ou Science), une compétition accrue pour les postes, et un niveau moyen nettement supérieur, en terme de production scientifique : on ne demande pas aux enseignants fraîchement nommés de faire 300 heures de TP ininteressants par an à des groupes de 40 étudiants dont la moitié s’en fout. Ici, ils PAYENT, les étudiants, et cher en plus, donc ils bossent, et quand ils finissent, leur titre a une valeur : il n’y a pas toutes écoles d’ingenieurs comme en France qui font que quand tu rentres en fac tu finis MDC, instit ou chomeur : ici l’Université a une valeur, personne ne te demande d’ordonnance quand tu es “docteur” et post-doc est un vrai statut ! Pourquoi ca marche pas comme ca chez nous ? Parce que les Universitaires, en principe, ils sont CONTRE l’economie de marché, la productivité, le libéralisme etc etc…Dans les Universités américaines les plus prestigieuses (princeton, stanford, mc gill etc), ca marche à la compétition mais ca n’empeche pas les profs d’avoir une sacrée éthique ni de faire des super cours (en plus ils sont évalués par les étudiants, impossible en France !). Une seule solution : une refonte totale du système universitaire francais, c’est malheureux mais c’est comme ca, pas d’autres solutions. Et puis ARRETONS ce systeme de fonctionnariat qui fait que celui qui fait des super cours et publie dans des bonnes revues gagne autant que celui qui ne fait rien, PITIE !
Un commentaire par cybele (15/10/2007 à 17:47)
Je suis actuellement en poste dans une université Anglaise. Ce que dit cette lettre est totalement exact. Ici, les professeurs sont à leur bureau toute la journée lorsqu’ils ne font pas cours. Les élèves peuvent venir les voir à n’importe quel moment, pour toute question. Ils sont joignables par mail, par téléphone, etc…bref disponibles pour les élèves. Rien à voir avec les universités françaises donc…
Un commentaire par basile (15/10/2007 à 17:53)
Enseignant vacataire à la fac de lettres de Nice pendant plusieurs années et en même temps prof dans le secondaire, j’ai vécu les mêmes choses que X.Dunezat, sans pouvoir véritablement mettre de mots là dessus. Etudiants méprisés, cours granguignolesques, couloirs vides et froids, regards fuyants des Collègues. Salle des profs, vide. Conflits incroyables et mesquins entre les enseignants. Tout cela mis sur le compte de “manque de moyens”. Je n’ai pas demandé à ce que mon contrat soit renouvelé. Je n’ai pas connu ça dans d’autres organisations : une fac de sciences humaines inhumaine. Les étudiants dociles, souvent traités comme de la m…, ne bronchent pas ou alors entre eux, a demi mot, alors qu’il y a aurait vraiment de quoi tout péter. Moi non plus, je ne vois pas le lien avec Sarkozy, le libéralisme ou le sexisme… les profs sont à 90% responsables de cette situation, le étudiants sont responsables du reste parce qu’il se laissent faire. Quelques uns (profs ou étudiants) sauvent l’honneur mais il s’épuisent vite face à l’incroyable inertie de ce monde là.
Un commentaire par tomroud.com » Blog Archive » Le Monde me cite ;) (15/10/2007 à 18:02)
[...] Via le blog de Baptiste Coulmont, j’avais participé à la discussion sur la lettre de démission de X. Dunezat. [...]
Un commentaire par basile (15/10/2007 à 18:29)
Quant aux filières BTS ou IUT, X.Dunezat semble les mépriser, il est donc lui aussi formaté par le système qui veut que tout ce qui rapproche enseignement en entreprise soit suspect.. Quelques étudiants, plus malins, se rendent compte que c’est là l’un des seuls moyens d’accéder un jour à une formaton qualifiante reconnue. Après un ou deux ans de fac, ils essaient d’y entrer mais les places sont de plus en plus chères et réservées en priorités aux titulaires de bac STI ou - éventuellement - S. Elles peuvent déboucher sur des masters pro de plus en plus recherchés. Je ne comprends pas cette malédiction de l’Ecole et de l’université française qui persiste à mépriser - la plupart du temps - le monde de l’entreprise. Il faudrait que celà soit bien expliqué clairement aux bacheliers : “dans 80% des cas, la fac va, au mieux enrichir ta culture mais ce n’est pas ton doctorat en ethnomusicologie occitane qui remplira ta marmite plus tard”. Je m’arrête là j’ai pas envie que l’on croie que je suis de droite.
Un commentaire par Gabriel (15/10/2007 à 18:50)
Salut,
Certains aspects de la lettre me semblent excessifs, notamment sur le désert relationnel. En revanche, la partie sur le mépris des étudiants m’a le plus frappé. Même si individuellement certains enseignants essaient de faire quelque chose, du point de vue du système universitaire, c’est le moins disant pédagogique. On essaie de grapiller sur le nombre d’heures de cours, sur le nombre d’heures d’examen, on refuse de mettre en place une réelle coordination pédagogique (au nom de la sacro-sainte autonomie pédogique ou des libertés universitaires). L’idée même de demander à certains ce qu’ils font dans leurs cours apparaît comme une insolence. Les étudiants doivent faire avec 36 sons de cloche différents. Et quand ils échouent, c’est qu’ils ont toujours été nuls.
C’est le lycée, le coupable. Le collège, le primaire, la maternelle, les parents. Mais jamais les universitaires se demandent ce qui se fait au lycée ou au collège, se tenant dans une indifférence totale vis-à-vis des collègues du secondaire
A tout cela on pourrait ajouter un passage sur l’anarchie administrative. La gestion des facs repose pour l’essentiel sur des universitaires qui ne connaissent rien au management, à la comptabilité, au droit public. Je dis pas cela pour faire de l’université une entreprise. Il suffit de voir les réunions interminables qui n’aboutissent à rien pour saisir l’inefficacité structurelle du système. Il faut mesurer l’ignorance, parfoisvfeinte, des textes légaux pour comprendre la somme des décisions arbitraires. Il faudrait former les MCF stagiaires (et les profs aussi) à des notions de gestion de projets. Mais cet état d’incapacité arrange bien du monde..
Franchement, je ne sais pas ce qu’il faudrait pour changer les choses. Ce ne sont pas les bonnes volontés qui manquent. Ni les mauvaises d’ailleurs.
Il faudrait commencer par prendre ce qui marche dans le secondaire, étoffer l’encadrement avec un système de prof principaux, plus d’heures de cours, un cahier des charges drastique au niveau pédogogique avec un corps d’inspection qui ne sombrerait pas dans l’infantilisation des enseignants. Il faudrait un peu plus d’amour-propre.
Mais de l’amour-propre, les universitaires en manquent, eux qui acceptent des bureaux minuscules (quand ils en ont !), des téléphones limités à la région (alors qu’on leur demande d’être à rayonnement international), des ordinateurs obscolètes, du papier compté à la feuille. Aussi je ne suis pas sûr que les universitaires puissent réellement changer la donne. En plus, on leur ressortira dans les dents leurs “192 heures de travail à l’année”, leurs privilèges, etc.
Ce dont on ne se rend pas compte , c’est que c’est le niveau moral de la Nation qui fout le camp (j’aime bien employer de grands mots). Des étudiants qui ne savent plus comment s’écrit Auschwitz, qui ne savent plus quand commencent la deuxième guerre mondiale, qui ont du mal à penser. L’avantage quand on ne pense plus, c’est qu’on a du temps de cerveau disponible. Pourtant, ils ne demandent que ça de penser, nombreux sont ceux quivsouffrent de ne pas être au niveau, qui ont envie de comprendre, malgré leurs lacunes, malgré les heures travaillées dans tel ou tel resto (J’ai encore en mémoire cette étudiante que j’ai collée au rattrapage et qui m’explique les larmes aux yeux ses 24 heures de travail hebdomadaires chez Flunch). Pour eux, les études c’est l’avenir d’une vie meilleure que le système leur refuse. Pour eux, la fac c’est important. Et pour nous ?
Gabriel
MCF Histoire contemporaine
Un commentaire par Michelle Schatzman (15/10/2007 à 19:22)
La description de la sociologie lilloise ressemble d’assez près à ce qu’étaient les mathématiques, en particulier pures, il y a une trentaine d’années. Mathématicienne appliquée, j’ai toujours fonctionné, depuis le début de ma thèse de troisième cycle en 1970, dans le cadre d’une vie de laboratoire, avec présence quotidienne dans les locaux, relations intenses avec les collègues, quelque soit leur âge, et les doctorants du labo. Un de mes collègues, disons physicien théoricien du côté de la mécanique des fluides, définit d’ailleurs un laboratoire comme un “gaz de doctorants”. Dans tout labo vivant, il y a plein de doctorants qui rient, qui font des farces (y compris aux profs), qui bossent souvent comme des tarés et qui de temps en temps se la coulent douce.
Des recrutements locaux, j’en ai vu beaucoup ; je me suis opposée très fortement à ces pratiques à partir des années 90, et cela m’a valu beaucoup d’ennemis. Mais les choses ont changé. L’université Lyon 1, où je suis basée, ne voulait pas sanctionner les recrutements locaux il y a dix ans; maintenant, si on fait un recrutement local dans une UFR de Lyon 1, on perd un poste : un poste est redéployé en interne si on ne peut pas présenter une justification convaincante. Il y a eu une prise de conscience: qui dit recrutement locaux dit baisse statistique de qualité du recrutement.
Cette prise de conscience de la nocivité des recrutements locaux a pris du temps. Il y a onze ans, on m’expliquait encore “Mais tu comprends, si on ne recrute pas nos propres étudiants, qui va les recruter” (sous-entendu, les pratiques des autres sons analogues, donc ne pénalisons pas nos étudiants).
Maintenant, sur la préparation en amont des recrutements, il faut se rendre compte de la difficulté de l’exercice du recrutement. La principale caractéristique en est que le recrutement des enseignants-chercheurs est sans remords. Et comme c’est une entreprise humaine, il y a des erreurs de recrutement, même si on met un maximum de chances de son côté, en évitant autant que faire se peut les conflits d’intérêt, l’absence de sérieux dans la lecture des dossiers et les rivalités entre coteries.
Or un recrutement réussi ne peut se juger que sur un terme assez long: il ne s’agit pas seulement de la qualité des travaux de recherche, mais aussi du comportement humain par rapport aux étudiants et aux collègues.
Certains revendiquent le recrutement des enseignants-chercheurs au plus près de la thèse. Je crois que ce n’est possible que si on en vient à un système de passage en revue au bout de cinq ans, avec possibilité effective de faire partir les gens qui ne donnent pas satisfaction. Il n’y a pas de raison de pérenniser les bras cassés dans un type d’emploi qui demande des athlètes intellectuels. En particulier, si on veut que le sort des vacataires et autres instables soit meilleur, il *faut* accepter que la stabilité puisse être remise en cause pour les statutaires, quand ils renoncent à faire leur travail longtemps avant l’âge de la retraite.
M. Dunezat se demandait pourquoi l’atmosphère est souvent épouvantable dans les universités. C’est facile à comprendre: c’est un monde sans sanctions, avec des enjeux généralement minables, et la tentation permanente de passer son temps à se battre contre d’autres personnes plutôt que contre sa propre incapacité à comprendre le monde. Ajoutons à cela une grande étanchéité entre les différentes disciplines intellectuelles, et on a la recette du ragoût d’enseignant-chercheur mijoté à l’amertume et aux illusions perdues dans de petits mondes repliés sur eux-mêmes.
Un commentaire par Troll (15/10/2007 à 19:34)
Et voilà… la célébrité avec Le Monde : les universitaires, qu’on se le dise, sont tous adeptes du “copinage” et du “mépris” des étudiants. Comme quoi les gauchistes invétéré-e-s, s’érigeant en parangons de la vertu, finissent toujours par réussir leur coup : faire le jeu du sarkozysme qu’ils dénoncent par ailleurs… en oubliant que la sociologie de la dénonciation (le Monde nous apprend aussi que M. Dunezat dit réfléchir avec d’autres sur une “dénonciation collective du système”) est une bien mauvaise sociologie qui oublie complètement les principes d’empathie exigés de tout bon enquêteur… Comprendre, expliquer, on ne le dira jamais assez, n’est pas dénoncer. Mais trop tard. Voilà les universitaires voués aux gémonies, sans aucune distinction, quelle que soit leur discipline, quel que soit leur investissement, quelles que soient leurs pratiques… La réforme en cours des universités, nécessaire pour sortir du jeu pervers d’une sélection par défault à l’entrée (à laquelle participent d’ailleurs les lycées) et d’une sélection par l’échec à la sortie, demandait l’instauration d’un climat de confiance évitant toute dénonciation et tout amalgame. Merci, M. Dunezat, d’y avoir contribué.
Un commentaire par Mme Perla Serfaty-Garzon (15/10/2007 à 19:59)
Professeur de psychologie sociale pendant plus de vingt ans dans une grande (!) université française, je peux témoigner de l’exactitude du portrait dressé par M. Xavier Denuzat. Le portrait était juste en 1969, lorsque j’ai été recrutée comme très jeune assistante, et il était plus que jamais juste lorsque j’ai décidé, 15 ans après être devenue maître de conférences et docteur d’Etat, de quitter l’université française pour une université à l’étranger. Les modalités de mon recrutement auraient dû m’éveiller à la suite des choses, c’est-à-dire aux modalités de l’avancement au titre de professeur … et je ne me trouve d’excuses que ma jeunesse, mon ignorance et mon candide enthousiasme à enseigner et à faire de la recherche …Je peux témoigner de couloirs déserts à Paris, dans les environs de Paris, et dans nombre de villes universitaires françaises. Je peux témoigner du manque complet de disponibilité des enseignants auprès des étudiants, des bureaux de professeurs perpétuellement fermés et des maigres “heures de bureau” concédées à contre coeur par les professeurs sous la pression de quelques administrateurs, d’ailleurs entièrement motivés par l’hostilité envers leurs collègues que par “le bien” des étudiants. Je peux, avec encore plus de vigueur, témoigner de l’injustice et du favoritisme qui, pratiquement seuls, président à l’avancement aux postes de professeur. Enfin, je peux témoigner de l’exploitation éhontée des jeunes assistants par certains professeurs (pas tous les professeurs, loin s’en faut, très heureusement), exploitation qui a duré des années et qui, bien connue de tous, n’a jamais été sanctionnée. En sciences sociales au moins, la seule issue pour progresser en recherche et ne pas renoncer à l’enseignement, dispensé par vocation, est de se rendre à l’étranger. Ce n’est pas simple, et les coûts - moraux, économiques, sociaux, etc - en sont élevés. Mais, au moins, dans ces universités où les enseignants sont évalués tous les trimestres, on n’a pas à traîner avec soi le sentiment de sa complaisance envers des pratiques malhonnêtes.
Un commentaire par B2+ (15/10/2007 à 20:44)
Bonjour,
je suis McF en langues et retrouve dans cette lettre de démission tout ce qui m’a fait fuir de l’Université après qqs années.
Avec une touche d’anti-libéralisme primaire en plus, très lassante je dois dire. Les remarques sur ce point ont déjà été bien faites sur ce blog (un grand merci à Baptiste Coulmont au passage).
Mais presque tout y est, du recrutement biaisé aux traitement des étudiants en passant par le lord travail des Iatos, le désert social, la monumentale désorganisation, l’absence de reconnaissance du travail fait, l’opacité de toutes les chaînes de décisions, le corporatisme syndicale, le mépris de collègues au melon hypertrophié, etc.
Mon propos sera cependant de dire ici que l’on peut trouver dans l’Université des petits îlots motivants, du travail en équipe, de la conception pédagogique collective, etc. je dirige aujourd’hui, en tant que McF de l’Educ. Nat., un service dans une école d’ingénieurs intégrée à l’université.
Je ne dis pas que tout y est rose, mais au moins j’ai retrouvé le plaisir de travailler dans un environnement social motivant, transparent et collectif.
(Je n’ai pas bien compris ce que disais ci-dessus à ce propos Yorick, mais mes étudiants trouvent quasiment tous un emploi d’ingénieur dans les 6 mois qui suivent).
J’ajouterai que ce nouvel environnement a pour moi une qualité qui les résume toutes, et qui fait défaut à l’université : une véritable identité avec des objectifs communs.
Merci encore à B. Coulmont, et à tous les intervenants sur ce blog.
Un commentaire par Artopi (15/10/2007 à 20:58)
Voila une démarche courageuse.. il est en effet très difficile de quitter le sérail tellement l’image qu’il renvoie est dégradée.
Juste une remarque et quelques interrogations, pour faire bref après tous ces commentaires:
- j’ai reconnu ce qui est décrit pour la fac de socio… c’est du pareil au même en gestion (mon cas), en éco ou en droit (des voisins de couloir)
- comment se fait-il que les enseignants-chercheurs (hormis ceux qui dépendent de matériel en labo) désertent les facs ? Auraient-ils d’autres activités rémunérées ?? Déclarées ?? Autorisées ????
Il reste encore quelques tabous…
Un commentaire par Zoop (15/10/2007 à 21:33)
Chapeau pour ce texte qui décrit toutes les failles du système et en souligne les soubassements sociaux. Le recrutement local est ce qui me paraît le plus scandaleux pour des établissements, les facs, qui sont au faîte du système éducatif, lequel est censé privilégier la compétence.
C’est désespérant pour des thésards après autant d’investissement personnel de se retrouver pris à un tel jeu de dupes. Cela équivaut à dire que l’école elle-même ne reconnaît pas la valeur de ses diplômes…
Un commentaire par Cosinus33 (15/10/2007 à 23:41)
Ancien universitaire, aujourd’hui chercheur dans un EPIC j’ai été sollicité une fois pour participer à une commission de spécialistes débattant de l’embauche d’un jeune maître de conférence en sciences. Ce que j’ai vu, entendu, je ne l’aurai pas cru si je ne l’avais pas vécu.
Une docte assemblée était longuement rassemblée pour discuter de cette embauche. Clairement, chacun avait son avis, basé sur son point de vue, complètement différent de celui de son voisin. En clair, chacun avait à répondre à une question, mais ne se posait pas la même.
Bref, quelqu’un a finalement été désigné, mais personne n’était capable d’expliquer pourquoi celui-là et pas un autre et pour faire quoi ! Nous étions au comble de l’irresponsabilité la plus totale, sans aucune vision constructive d’avenir.
Ayant trouvé le système extrêmement performant (au moins pour entrainer la faillite actuelle de l’université) , on essaye aujourd’hui de le généraliser au financement de la recherche via l’ANR. On y retrouve les mêmes commissions, tours de Babel irresponsables, et la même irresponsabilité. Essayez de trouver un interlocuteur pour motiver la décision prise à votre encontre…
Après avoir prouvé que le système ne marchait pas pour les embauches des jeunes maîtres de conf à l’Université (ou au CNRS), on étend la méthode au financement de la totalité de la recherche.
Je cherche du boulot ailleurs …. Ma femme a déjà trouvé… A mon tour ?
Un commentaire par L'expat (16/10/2007 à 6:26)
Ca fait plaisir de voir que certaines personnes decident de finalement presenter au public ce que tous les gens qui vivent a l’universite connaissent bien…
Meme si l’echantillon de personnes qui parcourt ce site web est sans doute statistiquement biaise, je note que la grande majorite des commentaires va dans le sens du temoignagne de Mr Dunezat.
Bon, et si on parlait des autres institutions sclerosees et perverties ? Le CNRS par exemple… en matiere de copinage, ca fait reference !
Un commentaire par Zoop (16/10/2007 à 9:25)
Un petit ajout : je pense que certains universitaires seraient disposés à recevoir plus largement les étudiants lors de permanences dans leur bureau… s’ils avaient un bureau ! Dans les universités anglo-saxonnes, les enseignants ont un bureau personnel où ils peuvent travailler et donc rester durant des heures. C’est loin d’être le cas dans toutes les universités françaises. A Paris III, en lettres, même les Professeurs n’ont pas de bureau individuel, les entretiens pour débattre de l’avancement du master de tel ou tel étudiant se font… dans la salle des profs, dans le bruit des conversations et de la machine à café. Il y a là un problème d’espace et de moyens caractérisé.
Un commentaire par Baptiste Coulmont (16/10/2007 à 9:34)
> Zoop : je pense aussi que l’absence de bureaux est peu compris hors de l’université. Un exemple à Paris 8, au département de sociologie. Pour une trentaine d’enseignants titulaires, et une dizaine de vacataires/non-titulaires… il n’y a qu’une “salle des enseignants” (avec deux ordinateurs qui fonctionnent), et aucun bureau… même partagé, ni même pour le directeur ou la directrice du département.
Un commentaire par Marianne Nardin (16/10/2007 à 11:32)
En tant que mère de famille, dont un des enfants est en 3ème année à l’université de Paris, ayant moi-même fréquenté l’université entre 1975 et 1981, je voudrais porter un certain témoignage. Les tensions au sein du système universitaire étaient déjà d’actualité, mais les rapports semblent s’être d’avantage sclérosés. Les étudiants sont à l’image de leurs enseignants, sans relations avec leurs pairs, face à un enseignement dont ils ne voient pas les applications concrètes et qui finit par les ennuyer. Les enseignants défendent leur thèse en cours, mais ne les débattent pas. Les échanges n’existent pas. Les uniques préoccupations des étudiants finissent par s’orienter vers l’optique de gagner les bons points pour passer dans l’année supérieure. Le système de notes permet des rééquilibrages entre matières pour obtenir la moyenne nécessaire, mais sans règles précises établies. On apprend déjà à naviguer à vue, en se débrouillant. Où est l’exemple de l’attitude citoyenne ? Quel gâchis de la part de nos enseignants dans leur rôle d’apprentissage ! Que peuvent faire les parents sinon les encourager à prendre une autre voie pour ceux qui le peuvent ? Et n’est-ce pas là le drame ? Qui peut quoi à l’université ? Son rôle est-il de reproduire un modèle qui ne satisfait personne, qui ne leurre que les plus naïfs, ou n’intéresse que les plus conciliants avec le modèle ?
Un commentaire par Ax2x (16/10/2007 à 12:35)
J’ai lu la lettre. J’ai trouve enfin resume ce qui m’a fait abandonner une potentielle carriere universitaire, apres un DEA. (je m’excuse pour les accents, mais le clavier est qwerty). Apres un passage par le secteur prive et un autre par celui de la fonction publique internationale (ou je suis reste), je n’ai jamais eu a affronter un milieu aussi clot, violent et injuste que le monde universitaire Francais. Je pense que dans la lettre la question de l’evaluation des professeurs est centrale (pourquoi pas par leurs pairs..) ainsi que la remise en cause de leur statut a vie. La question est : quel est l’avantage pour l’etudiant d’avoir un professeur qui a un statut de professeur a vie, bien sur si l’on tente de remettre l’etudiant au centre des preoccupations universitaires. Une evaluation par les eleves de leurs professeurs pourrait etre envisagee, comme elle se fait tres souvent a l’etranger.
Un commentaire par Informatick (16/10/2007 à 13:12)
La Sorbonne : un banal produit commercial
Par Valéry Rasplus, sociologue, membre du comité de rédaction de la revue « Des lois et des hommes ».
Le 8 octobre 2006, une antenne de la prestigieuse université française la Sorbonne ouvrait ses portes à Abu Dhabi, capitale des Émirats arabes unis.
Ce petit pays de 2,6 millions d’habitants (dont 70 % d’immigrés) avait acheté quelque temps auparavant la célèbre marque « Louvre » pour un peu plus d’un milliard d’euros.
http://www.lefigaro.fr/debats/20070924.FIG000000145_la_sorbonne_un_banal_produit_commercial.html
Un commentaire par Tangra (16/10/2007 à 14:02)
Les pratiques dénoncées par M. Dunezat sont abjectes, et je le félicite pour son courage. Cependant, ce genre de témoignages personnels, écrits souvent sous l’émotion (ici déception bien perceptible), prennent une importance disproportionnée sur la place publique. Le résultat en est des généralisations, et une stigmatisation de plus du milieu universitaire. M. Dunezat est bien clair sur la subjectivité de sa lettre, mais tous ceux qui vont le citer vont omettre ce détail (il suffit de voir l’article paru dans Le Monde, où on se contente de citer hors-contexte les phrases choc).
Certes, il y a beaucoup de choses qui vont mal à l’Université en France, mais les choses sont en train de changer de l’intérieur. Malheureusement, les gens racontent rarement les bonnes expériences, et les journaux s’y intéressent moins. J’ai moi même fait ma thèse de doctorat à Lille 1 (l’université dont parle M. Dunezat), mais dans une autre discipline, et l’ambiance y était très très différente. Ca m’aurait arrangé qu’ils recrutent les locaux, j’aurais eu plus de chances d’avoir un poste. Mais ce n’est pas le cas, et ils essayent de priviligier les candidats extérieurs. Il existait quelques enseignants correspondant à la description faite par M. Dunezat, mais ils étaient assez marginaux. Ces exceptions mises à part, je n’ai vu ni mépris pour l’étudiant, ni examens corrigés sans barème, ni programmes farfelus. Au jurys, on était une 20 aine au moins. Je compatis avec tous mes anciens collègues qui liront cette lettre et qui s’en sentiront tâchés, alors qu’ils sont si nombreux à faire plein d’efforts pour construire une autre Université, sans attendre les réformes venant du haut.
Un commentaire par un oeil franco étranger (16/10/2007 à 14:06)
Mon profil : francais ayant débuté ses études en France (licence) et ayant obtenu son doctorat a l étranger, actuellement en post doc, passant la qualification mais de moins en moins intéressé à revenir vers la France.
J ai assez aimé cette lettre dans les constatations qu’elle tire, une ambiance que j ai vécu, alors étudiant en France, et que j ai été heureux de ne plus vivre une fois à l’étranger, au canada).
Puisque le ton est a la parole libre, alors soyons directs:
Comme un certain nombre d’entre vous, je diverge dans les raisons d’une telle situation qui tiennent bien plus, selon moi, de la mentalité francaise (a laquelle je m’identifie d ailleurs) que de l’influence d’une politique libérale.
Les différences de moyens des universités étrangeres sont manifestes et sont sans doute en partie la cause du mieux etre des profs et etudiants (malgré une pression quant a l’objectif de publication a mon avis supérieure ici, du fait de l’inexistance de l’emploi a vie notamment).
Je pense qu’il y a aussi une différence au niveau comportemental entre chercheurs francais et canadiens. Ayant signé les premiers appels de SLR, je m’en désolidarise de plus en plus tant je trouve que l’objectif sous jacent vise à maintenir un certain nombre de privilèges (ou d’acquis, c est selon).
J’ai appris a apprécier l’idée de compétition constructive entre chercheurs, ce qui laisse également la place a la collaboration. J’apprécie l’idée de méritocratie(meme si je concois que les organismes décisionnaires sont parfois tres partiaux) et j ai changé d’idée depuis mon arrivée au Canada quant aux principes de sélection et de couts des études (meme si je suis partisan d un accès a l’éducation pour tous).
- la sélection parce que trop souvent en France j ai vu des étudiants perdre leur temps dans des voies de garage en attendant de voir mieux mais également parce que je ne pense pas que ce soit bon de laisser trop d’étudiants s engager sur des voies avec tres peu de chance de débouchés par la suite.
- le cout des études car cela responsabilise les étudiants vis a vis de leurs études, rendrait donc un certain nombre d entre eux plus serieux. Par ailleurs cela est couplé avec l existance au Canada de moyens de financement (bourses, prets, jobs étudiants) bien plus nombreux et conséquents qu en France. Je ne suis pas originaire d un milieu bourgeois et j ai pu faire financer 6 ans d’études par ces moyens, ayant un niveau de vie tres correcte
Cependant pour mon expérience personnelle et contrairement a un précédent témoignage, j ai aimé mes années universitaires francaises, au niveau relations avec les autres étudiants. Si on ne peut etre ami avec toute sa promo, les gens que j y ai cotoyés etaient quand meme en général très sympathique et ne rechignaient pas a apporter leur aide si besoin était. Alors qu’au Canada, c’etait parfois un peu du “chacun pour sa gueule”.
L’évaluation par les élèves, j y ai gouté en tant que chargé de TD. J’en retire un sentiment positif vu que ca m’a permis de m’ameliorer (les commentaires pouvant etre consultés par les profs) et que c’etait généralement fait de maniere mature (pas de chasse aux sorcieres).
Tout ceci contribue a avoir des étudiants motivés et des profs interessés a travailler avec eux meme si la chaleur interpersonnelle dépend de chacun et que la nation francaise n’est pas reconnu à l’etranger pour etre la plus charmante et accueillante des nationalités. Un effort de chacun donc.
Voila, une petite contribution au débat qui vaut ce qu’elle vaut.
Bon courage tout le monde.
Un commentaire par un oeil franco étranger (16/10/2007 à 14:10)
Un petit détail supplémentaire, et comme le dit un autre commentaire, l’ambiance des équipes de recherche francaises que j’ai pu cotoyer me semble assez éloignée des constatations de M. Dunezat. Je les ai souvent trouvé tres soudées et assez chaleureuses. Mais mon expérience est limitée.
Un commentaire par BG (16/10/2007 à 14:15)
Bien que n’appréciant pas particulièrement la politique de notre président, il me semble que vouloir lui mettre sur le dos l’ensemble des tristes constats de cette lettre est un peu exagéré. Comme dit plus haut : ces problème sont bien antérieurs au “retour de la droite”.
Pour autant, ils me semblent bien réels et pas cantonnés à Lille I.
Chercheur CNRS dans un labo hors université, je n’ai pas de témoignage direct à apporter pour compléter ce tableau. En revanche, ce que je viens de lire colle en tout point avec ce que ma femme, en train de finir sa thèse de Droit, me raconte chaque soir. Les ATER et allocataires de Droit sont vraiment traités comme du bétail, et la pression exercée grâce à l’évocation de l’éventuel poste à venir étouffe toute tentative de critique : sur le mode carotte “faire ces cours de M2 gratuitement, c’est bon pour votre CV, pour qu’on ne vous oublie pas” (après 3 ans de monitorat et 2 d’ATER, on doit pourtant commencer à être connu sur son lieu de travail) ou sur le mode bâton “si tu ne fais pas ces fiches de TD/ces corrections/cette surveillance, tu vas te faire mal voir”.
Les Jury comprenant 5 personnes dont une majorité de chargé de TD, la surveillance de la bibliothèque, et même le déménagement de ladite bibliothèque, rien ne lui aura été épargné… Aura-t-elle un poste ? Rien n’est moins sûr, suite de l’histoire l’an prochain…
Un commentaire par un oeil franco étranger (16/10/2007 à 14:20)
>Un commentaire par L’expat (16/10/2007 à 6:26 am)
[...]
>Bon, et si on parlait des autres institutions sclerosees et perverties ? Le CNRS par >exemple… en matiere de copinage, ca fait reference !
Je vois qu on est d accord entre expats, une agence qui recoit des moyens a distribuer et qui a des équipes de recherche, ca parait un peu bizarre a l etranger…
Un commentaire par Mag (16/10/2007 à 14:51)
En ce qui concerne le recrutement local, pourquoi ne pas commencer par publier chaque année, sur un support libre (type Liens Socio, ou cet excellent blog), une cartographie des recrutements à l’échelle nationale et qui mentionnerait, non pas l’identité du recruté, mais son université d’origine ? cela circulerait très vite au sein de la communauté et il est possible que les ardeurs localistes - lorsqu’elles sévissent - en soient légèrement freinées. Le grand enjeu, et cette lettre le montre bien, c’est de faire accéder ces pratiques à l’espace public.
note de BC : c’est ce que j’ai fait sur http://www.coulmont.com/auditions/
Un commentaire par bergot (16/10/2007 à 15:05)
On retrouve dans la lettre de base et les commentaires ci-dessus “tout ce que tout le monde savait mais que personne ne disait”
Les defauts de l’emploi universitaire et donc des commissions de spécialistes sont connus (et pas seulement en sociologie):
-les postes sont “fléchés”; en clair, on sait à l’avance qui l’aura. cela peut s’appeler mandarinat mais c’est du clientélisme
-l’embauche ,lorsque le poste est “ouvert” (rarement) se fait au kilo de papier en dehors de tout autre critère
-le service rendu est défini en “horaire” (21h, 18h, 6h ou rien, il y en a) comme celui des tâcherons d’autrefois
-l’élu a rarement un bureau: c’est dit plus haut, cela semble anecdotique, mais c’est peut-être le plus fondamental
-il ne faut surtout pas présenter des travaux “appliqués”, faits en entreprise ou parus dans un journal de grande diffusion. Cela doit être validé par un Comité de lecture, composé de gens qui ont cessé de penser depuis quelques années et font publier dans des revues lues…par eux seuls. Pourtant les seules spécialités qui marchent sont tournées vers le dehors: Médecine, Droit , IUT, BTS, même si on y apprend beaucoup le …mandarin.
Dans tout ce gachis (le terme revient souvent plus haut), deux mots manquent:
ETUDIANT et COMPETENCE
Sil’on reprenait donc en positif tous les critères déclinés plus haut en négatif et que l’on y ajoutait le suivi des étudiants et la compétence, on arriverait au nirvana.
Pas sûr!
Les grandes Ecoles sont orientées vers l’extérieur, elles fournissent un bureau aux profs, leur service est défini en présence (3jours généralement), le recrutement se fait (souvent) à la compétence pour un poste ouvert ET….on s’y préoccupe du devenir de l’étudiant
Oui, mais,…. Cela marche mieux qu’à l’Université ou au lycée, mais le clientélisme n’en est pas absent. On pourrait même parler de clanisme si l’on suit les anciens dans les entreprises “à ingénieur”.
Un peu mieux donc mais non parfait. Si l’on y ajoute la discrimination contre les femmes, les gauchos ou les poètes, on en arrive à la créativité française actuelle: nulle dans le public, “peut mieux faire” dans le privé.
Trop de piston dans le moteur français et voilà pourquoi, loin de s’emballer, la croissance explose, …vers le trou
Le seul vrai critère de réussite d’un établissement de formation devrait être le parcours des anciens élèves: qui l’étudie ? (objectivement s’entend, parce que les débouchés des Grandes Ecoles, c’est Hollywood!) Ce devrait être le boulot de nos politiciens de définir les moyens des Ecoles, des lycées, de l’Université. Mais leur propre recrutement laisse à désirer, non?
Quoique… Profitons du fait que le Président et quelques ministres ne soient pas énarques et demandons au Président, au Ministre du Travail, à Kouchner et à Lagarde de faire évaluer les Universités et les Ecoles. Voeu pieux. A voir
Un commentaire par Franc (16/10/2007 à 15:49)
D’abord bravo à Xavier Denuzat ! Tout ce qu’il raconte est vrai et m’a détourné d’une carrière universitaire il y a vingt cinq ans…pour passer une agrégation de sciences sociales…
J’en ai encore un peu le regret car j’aime la recherche, j’aime me cultiver, j’aime la connaissance et j’admire ceux qui écrivent, publient, confortent mon savoir, enrichissent mon esprit critique…
J’aime, malgré moi, cette Université et je n’ai qu’une envie c’est de la défendre, qu’elle prolonge cette longue histoire tumultueuse, diverse et complexe. Et je sais que si j’écris aujourd’hui c’est pour qu’on n’oublie pas tout ce qu’on lui doit malgré nos déchirements, en dépit de toutes les frustrations qu’elle a fait naître en moi …
Malgré cela, je lui ai confié mes enfants… et après le rouleau compresseur du secondaire, j’ai vu la “machine bureaucratique” continuer de malaxer nos, mes enfants avec ses professeurs absents, les travaux longuement préparés volés ? disparus ?,la notation invraisemblable, l’arbitraire le plus total…Mais le jour où vos enfants reviennent transportés par le cours d’un prof, l’appétit qu’il a créé en eux, vous vous dîtes que tout n’est pas foutu…
Quand, je lis Denuzat, je lis du Crozier, celui du “Phénomène bureaucratique” (1967)appliqué à une industrie culturelle. Ce qui est vrai à l’Université l’est aussi en Classes Prépa : j’y enseigne…La population enseignante y est du même tonneau, le mépris au même niveau quelque-fois en pire… Le soupçon du piston y est prégnant même si vous ne pensiiez pas en bénéficier…la rumeur, la défiance !
La différence réside essentiellement dans la taille et la qualité des groupes d’élèves et le volontarisme de chacun! Mais le métier reste solitaire : nous lisons, nous écrivons, nous imaginons, nous reconstruisons…et c’est ce qui me fait vivre!
L’innovation se fait en cachette, à l’abri des regards (sauf des étudiants), faire sans avoir l’air de faire, pour ne pas choquer, rester dans la ligne, le doigt sur la couture du pantalon, “éviter la descente d’inspection”, comme si vous étiez “Monsieur Jourdain” qui innove sans en avoir l’air… “passe-muraille”. Tout ceci est courtelinesque !
Comment sortir de là ? Il y a un mot qui me vient à l’esprit c’est “confiance” : avoir confiance dans les autres malgré tout, car c’est le lien principal qui nous rattache à nos étudiants, faire en sorte que la confiance naisse et se déploye de haut en bas du système. C’est la tête qui doit insuffler cela !
Est-ce que la réforme de l’Université permettra cela ? Je ne sais pas. Je crains la professionnalisation de l’Université. Je crains le formatage pour nos étudiants au nom de l’efficience économique! Je crains que l’on affiche des objectifs déshumanisants pour nos humanités.
J’ai aimé apprendre à l’Université, j’ai aimé papillonné à l’Université, courir d’une fac à une autre, y entrer quasiment librement pour étancher ma soif de savoir…je ne crois pas que nos étudiants soient différents aujourd’hui d’autrefois : ils ont soif donnons leur à boire !
Je suis content d’avoir lu Denizat et surtout le commentaire de son élève : je suis fier de ce métier à en pleurer.
Un commentaire par Mag (16/10/2007 à 16:50)
A Baptiste : oui, j’avais vu et c’est remarquable. Je pense que sur cette base l’on pourrait imaginer quelque chose de synthétique et photographique (votre liste est extra, mais réclame du temps pour consulter les différents liens, se renseigner sur les profils etc) : une carte de géographe, qui ne retiendrait comme critère que - par exemple - une coïncicence ou non entre l’université de recrutement et l’universtité où l’élu a fait sa thèse. Même si ce type de classification “sauvage” serait largement sujette à débats, ce serait tout de même intéressant et surtout, sous cette forme cela circulerait facilement. Mais c’est une proposition facile à énoncer, et certainement moins à réaliser…
Un commentaire par ulujm (16/10/2007 à 17:09)
Concernant le piston et oui Piston piston, piston, rien d’autre.
moi meme une victime de ce genre de recrutement miserable. vous faites 8H d’avion pour servir de faire valoir. scandaleux.
pourquoi ne pas faire comme au usa.
Une personne ne peut etre recrute dans l’universite ou elle a realise son phd.
Cela permet d’eviter une routine et stimule l’echange d’idee etc…
Un commentaire par Samdji (16/10/2007 à 18:22)
texte intérréssant par certain aspect, nottamment le passage effrayant sur la manière dont sont choisi les enseignants, l’opacité totale etc. Mais je crois en revanche que M.Dunezat n’apporte aucune réponse et que ses critiques du Sarkozysme sont totalement infondé par rapport a son constat. L’autonomie des université devrait permettre de choisir les enseignants sur leur qualité et non simplement leur localité.j’ajoute qu’en tant qu’étudiant, je souhaite réellement que l’insertion professionnelle soit prise en compte dans les objectif de l’université, et concernant les etudiants en bac pro, même si leur inscriptino est un droit, il me semble totalement légitime de les prévenir du peu de débouché que permet la sociologie. car même si c’est une matière intérréssante, une société ne peut pas survivre avec que des sociologues monsieur! Par contre je suis d’accord avec vous sur le manque de vie dans les universités. Et je vous conseil de voir la vitalité des universités americaines ou brittaniques, antre du capitalisme… franchement c’est autre chose!!
Un commentaire par Michelle Schatzman (16/10/2007 à 18:43)
Un lien avec un site mis en oeuvre par des mathématiciens et permettant de savoir qui est sélectionné pour les auditionset qui se trouve sur la liste finale de 5 au plus pour les concours d’enseignants-chercheurs. Sur le même site, on trouve aussi les résultats des autres concours (CNRS et INRIA principalement). Cela concerne les sections 25 (maths) 26 (maths applis) et 27 (informatique) du CNU, c’est un service rendu par des individus dévoués, et maintenant, tout le monde dans ces sections reste logué sur le site en question pendant la période des recrutements.
http://postes.smai.emath.fr/
Le même site permet de voir les profils de poste, s’ils sont communiqués par les établissements, et même d’avoir accès aux CV des candidats qui déposent des documents sur le site. Il est bien sûr recommandé de se faire une page ouaibe personnelle. Enfin le site contient des recommandations aux candidats.
Pourquoi ne pas mettre en oeuvre des sites analogues dans d’autres disciplines? A ma connaissance, les autres ne sont pas plus branques que les matheux…
Note de BC : c’est en cours de réalisation. Une rencontre entre un responsable de l’opération poste et des responsables associatifs étudiants en sciences sociales a eu lieu…
Un commentaire par Ludo (16/10/2007 à 19:30)
les stats montrent que beaucoup de recrutés ne le sont pas dans leurs fac d’origine…(le pdf sur la campagne de recrutement de l’an dernier dispo sur le site du ministère, j’ai pas les stats en tete, mais c’est énorme)
de plus, le “localisme” n’est pas forcement négatif, être systématiquement contre, c’est comme prendre qq en CDD pendant des années et lui dire un jour “merci, au revoir” alors qu’il fait l’affaire…c’est débile. le piston ca existe, mais y’a pas que ca…dans ma fac, les locaux étaient mauvais, ils n’ont pas été recrutés.
et quand on voit que certains posteurs craignent la professionalisation de l’université….moi ce que je craint c’est que mes étudiants soient au chomage à bac+5 ou passent le capes par désespoir…
je travaille tous les jours à l’université et on est bien loin de ce qui est écrit…c’est cliché au possible…
Un commentaire par Alexandre Jacquot (16/10/2007 à 19:55)
Pour les recrutements Xavier Dunezat fait un constat du monde tel qu’il est, et en même rend accessible a tous les règles du jeu.
J’ajouterais que ces regles du jeu, si injuste soient elles existent aussi dans le monde de l’entreprise. Je ne disserterai sur l’injustice du monde.
Il existe des étudiant sans réseaux, car les parents n’ont pas de réseaux. Un professeur, un maître de conférence qui enseigne au niveau d’une université, doit aider ces étudiants. Cela passe par une “révolution culturelle”. Le professeur, le maître de conférence doit nouer des liens avec le monde socio-économique, créer le réseaux pour ces étudiants, suivrent ce qu’il font après la fac, oul ils travaillent. Ce sont autant de portes d’entré pour la génération d’étudiante suivante.
Un commentaire par B2+ (16/10/2007 à 21:00)
@bergot (16/10/2007 à 3:05 pm) : les UFR suivent parfois le parcours de leurs anciens étudiants, en LEA par exemple pour ce que je connais. Mais ça reste souvent très approximatif par manque de moyens.
Dans les Ecoles d’Ingénieurs le suivi est bcp plus solide et précis. Dans la mienne (intégrée à l’université), 82% des étudiants ayant obtenu leur diplôme en juillet ou septembre dernier ont un emploi en CDI en ce mois d’octobre. Les statistiques sont suivies attentivement et les associations d’anciens fonctionnent souvent très bien.
A ma connaissance les UFR d’université n’ont quasiment jamais d’associations d’anciens, ce qui reflète l’absence totale de sentiment d’appartenance et d’identité partagée.
Un commentaire par Sophie M (16/10/2007 à 22:31)
La lettre de X. Dunezat s’adresse pour partie aux étudiants des universités et, en tant qu’étudiante, j’apporterai une modeste réponse/témoignage. Un aspect (mineur) du texte m’a particulièrement étonnée: pourquoi un si grand rejet vis-à-vis des démarches visant à “professionnaliser” les cursus universitaires? Etudiante en sociologie (aujourd’hui en Master 2 professionnel “Aménagement et Urbanisme”) j’ai vécu d’innombrables “crises” quant à mon orientation… quel avenir, quels débouchés? Des questions qu’il aurait certes été plus utile de poser avant de choisir cette discipline. Mais tel a été mon choix et je me félicite de l’existence de filières qui tentent de rendre un peu plus “opérantes” nos connaissances en sciences sociales (d’autant que ces filières coexistent avec celles dites de “recherche”) Comme le suggère un commentaire précédent, il est important de savoir ce que deviennent les étudiants au sortir des facs (de sciences humaines notamment); autrement, c’est le règne du “advienne que pourra”! Pourquoi l’adaptation a-minima des cursus de sciences humaines et sociales au marché du travail serait-elle si tragique? Pardon pour ces questions bassement pratiques mais, très franchement, les étudiants, il me semble, se préoccupent d’abord de cela.
Un commentaire par Mambo (16/10/2007 à 23:10)
Pour fixer le cadre de mon point de vue: je suis chercheur en sciences de la terre, j’ai fait ma these a l’universite de montpellier et suis maintenant en postdoc aux USA. A mon avis, le cas de la sociologie est un peu particulier car ce milieu scientifique (ainsi que l’économie) est en permanence déchiré et distordu par la pression de l’instrumentalisation politique (lire l’article de Jean-Pierre Garnier dans le Monde Diplomatique d’octobre, surtout la 2eme moitié)
A propos de la demission de X. Dunezat, ce n’est absolument pas une « fuite ». La demission est un acte symbolique fort. Sa lettre est courageuse et aura certainement un impact plus fort et plus rapide qu’une supposee « action de l’interieur » qu’il n’aurait de toute facon probablement jamais été capable de mener, car les fouteurs de merde, on ne les laisse pas monter en grade. D’autre part, le secondaire a tout autant besoin d’enseignants comme X.D.
- Le piston/recrutement local : Dans l’ensemble il y a progres, mais dans de nombreux endroits la pratique semble incurable. Une bonne partie du probleme provient du comportement de quelques individus qui 1) ont concentre beaucoup de pouvoir administratif et 2) sont scientifiquement mediocres et qui recuperent par la magouille ce que leurs qualites ne leur permet pas d’obtenir. Alors que faut-il faire ? Les identifier et les ecarter ? Mais qui va le faire ? Les memes qui sont a la source du probleme, et qui se seront acheté une virginité en adhérant a la dénonciation publique? Ca me rappelle les etats generaux de la recherche ou on avait denoncé (entre autre) le système du mandarinat qui faussait le système de repartition de l’argent et des postes. Et les memes mandarins de s’immiscer dans la lettre de demission collective des chefs de labo (qui reste un acte fort et sans precedent) et de parader en defenseur de la veuve et de l’orphelin en disant aux etudiant : « c’est pour vous qu’on le fait »…
- L’enseignement : en plus de tout ce qui a déjà été mentionné, je voudrais souligner le fait que bon nombre (je ne risquerais pas un pourcentage, mais je le soupconne elevé) de MdC le sont a contre-cœur. Je veux dire par la que les MdC ont en general une formation dirigée vers la recherche, ils ont fait une these de recherche, des postdocs, des etudes longues, des conditions de vie pas toujours faciles, des sacrifices…etc tout ca pour quoi ? Etre chercheurs, pas enseignants. Meme si l’association est courante, ce n’est pas le meme metier. Un poste de MdC est souvent pris par defaut de postes au CNRS ou autre institut de recherche. Dans le travail quotidien c’est toujours le temps de la recherche qui est compressé par rapport aux charges d’enseignement et administrative. C’est pourtant la recherche qui est souvent la raison de l’engagement des MdC, et en plus c’est d’apres leur recherche qu’ils sont jugés et qu’ils peuvent esperer faire progresser leur carriere. Au final ces MdC sont de mauvais enseignants et ont en plus une faible production scientifique. Pas etonnant que certains deviennent aigris.
A mon avis, il ne faut pas condamner le MdC d’etre incompetent dans une activite pour laquelle il n’est pas formé et qu’il n’a pas souhaité exercer. Il faut plutôt se demander si, pour enseigner, il ne faudrait pas recruter des enseignants (quelle idee geniale). Les 3 premieres annees de fac requierent des enseignants a plein temps, qui soient des professionnels de la pedagogie, qui se soient presentés au concours de recrutement pour enseigner, pas pour les 10-30% d’activité de recherche qu’on espere grapiller. Ce qui libere d’autre part du « temps de recherche » pour les enseignants-chercheurs de master.
Le debat est vif sur la question du concours d’entree a l’université, mais il faut de toute facon rehausser les exigences de niveau sur les etudiants, d’une manière ou d’une autre. Si ce n’est pas par la pression du concours (effet concurrence), ca doit etre imposé par le niveau inflexible des examens. Actuellement, le niveau des etudiants est tellement bas qu’il est courant que les notes d’examen soient rehaussées pour remplir les classes du cycle suivant. C’est vraiment la spirale vers le bas ! Les diplomes universitaires sont donnés, jusqu’à la these ! resultat : ils ne valent plus rien et la seule alternative au chomage est d’etre embauché par ceux-la meme qui t’ont mis dans cette merde. Le niveau des diplomes universitaires doit etre maintenu élevé coute que coute des le debut, peu importe si un nombre derisoire d’etudiants passe au debut. Il faut forcement un temps d’equilibrage.
- Autre probleme tres grave de la fac : elle tourne en cercle fermé. Elle ne fait que produire ses propres enseignants chercheurs, elle est donc son propre juge, or on est toujours indulgent avec soi-meme. C’est ce qui fait la difference essentielle des facs de medecine et de droit qui ne sont pas concernées par tous ces problemes : elles produisent avant tout des professionnels au service de la societe, seuls quelques uns se chargent de l’enseignement et qui 1) exercent en general a l’exterieur et 2) sont aussi souvent les plus brillants de leurs pairs. Ces facs sont jugées par la societe. De plus, ell