Billet

Prénoms typiques

Billet publié le 18/08/2008

Si l’on dispose de données départementales sur les prénoms, il est possible de chercher à savoir quels sont les prénoms “typiques” d’un département.
Avec, tout de suite, le caveat suivant : la typicité est historique. Prenons, par exemple, le prénom “Loïc” : en 1946, c’est un prénom fréquent en Bretagne, inconnu ailleurs. En 2004, c’est un prénom de l’Est. L’animation suivante montre le passage de la “perturbation Loïc” entre 1946 et 2004. Sur ces cartes, plus le gris est foncé, plus le rang du prénom est proche de 1.
[flashvideo filename="../blog/fichiers/2008/loic-animation.flv" width="480" height="500" /]
(Les données sont celles du Fichier des prénoms, INSEE, via le Centre Quêtelet / CMH, elles ont été traitées avec le logiciel R. L’animation a été réalisée en gros avec ImageMagick puis ffmpeg).
J’avoue sans peine aucune que l’exemple “Loïc” est particulier : je n’ai pas trouvé, pour l’instant, d’autres prénoms voyageant aussi bien sur le territoire au cours de la deuxième moitié du XXe siècle.

Trêve de diachronie. Un peu de synchronie.

L’on pourrait — pour faire apparaître des prénoms “typiques” — commencer par repérer les prénoms les plus donnés, ceux qui ont la fréquence la plus élevée. C’est ce que représente la carte ci-dessous (pour l’année 2004). Mais comme on peut le constater, ces prénoms sont peu variés : Enzo, Théo, Lucas et Mathis suffisent à recouvrir la quasi-totalité du territoire. Se distinguent Paris (avec “Alexandre”) et la Seine-Saint-Denis (avec “Mohamed”).

les prénoms les plus fréquents

C’est que cette manière de faire (repérer les prénoms les plus fréquents) ne permet pas de distinguer entre eux les départements. Il faudrait pouvoir représenter les prénoms qui sont surtout donnés dans un département et peu ailleurs pour faire ressortir une typicité derrière l’apparente uniformité. La France n’est pas une masse uniforme : et pour chaque département l’on trouve quelques prénoms dont la fréquence est beaucoup plus élevée que la fréquence nationale. Souvent, ce sont des prénoms qui ne sont donnés, cette année là, que dans ce département et à un tout petit nombre d’enfants.
Il convient donc de ne considérer que les prénoms suffisamment donnés. Pour la carte qui est ci-dessous, le seuil a été placé à 10 (il faut que 10 nouveaux-nés reçoivent ce prénom) et le rapport entre fréquence départementale et fréquence nationale doit être supérieur à 2. (J’ai retenu, pour les prénoms donnés au moins 10 fois en 2004 dans tel département, celui qui maximise le rapport entre la fréquence départementale et la fréquence nationale).

prénoms typiques ?

Avec cette méthode, on arrive à faire surnager certains départements, voire certaines régions. La Bretagne se distingue en donnant “Gurvan” et “Klervi” ou “Youna”, inconnus ou presque ailleurs. L’Alsace avec Eren et Elif (des prénoms aussi répandus en Turquie), le sud-ouest avec quelques prénoms basquisants et la région parisienne, avec Bintou, Assa, Djibril, Liora, Constantin et Ibtissem… [une version pdf de la carte est disponible pour une lecture plus simple]
Mais cette méthode est un peu trop sensible : le seuil (10 enfants recevant ce prénom) est trop bas. Par tâtonnement, il m’apparaît qu’un seuil de 30 pour les garçons et 20 pour les filles donne des résultats géographiquement plus “jolis”, avec des prénoms différents…

Les départements où aucun prénom ne surnage sont peu nombreux, mais ils existent. Dans ces départements, la répartition des prénoms ressemble à la répartition française.

Ceci me permet de revenir sur les “prénoms bretons” déjà abordés précédemment. Pour établir le graphique de ce billet, je m’étais basé sur diverses listes de prénoms “bretons” proposés par des régionalistes ou des sites internets du type meilleursprenoms.com. Or les prénoms choisis comme “bretons” par les parents ne correspondent peut-être pas aux propositions normatives des promoteurs institutionnels d’identités locales. Un exemple : les variations sur le -wenn (Lilwenn, Louwenn, etc…).
L’on pourrait donc proposer une autre méthode, en examinant de près la liste des prénoms réellement donnés en “Bretagne” (sans référence à une liste préétablie). Peut-être qu’elle diffère plus de la moyenne nationale que les listes de prénoms donnés dans d’autres régions. Et il faudrait examiner l’évolution, sur les soixante dernières années, de cette différence. Comme on le voit avec l’exemple “Loïc”, un prénom peut ne pas rester indéfiniment “breton”.

Ailleurs sur internet :

13 commentaires

Un commentaire par Sam (18/08/2008 à 12:25)

Bonjour,

Pourriez-vous indiquer la légende concernant les couleurs pour la première carte ? Merci.

Tout autre chose : votre billet m’a tout de suite fait penser à ce dessin de Boulet :

http://www.bouletcorp.com/blog/archive/20071211.jpg

Un commentaire par Baptiste Coulmont (18/08/2008 à 13:18)

> Sam : Bien vu, il manque la légende. Je n’ai pas encore réussi à la dessiner avec R. [Je me sers du blog comme journal de recherche, et les documents que je présente ne sont pas finalisés]. En gros, et si je ne fais pas d’erreur : quand le département est blanc, “Loïc” est en dessous du centième rang pour le département en question, et plus le gris est foncé, plus on se rapproche du rang 1 (et il y a cent nuances de gris).
Merci pour le dessin de Boulet !

Un commentaire par Baptiste Coulmont (19/08/2008 à 8:15)

- – – Mise à jour – – – Une légende est maintenant en place.

Un commentaire par Ogo (19/08/2008 à 10:10)

Pour les prénoms surreprésentés, une alternative pourrait être de prendre les prénoms les plus surreprésentés au sens du chi2 (ou plus aisément au sens de la contribution au chi2 du tableau prénoms*département). Ca limiterait un peu la surreprésentation de prénoms minuscules.
La carte de Loïc donne à réfléchir à des modèles sociaux-spatiaux de diffusion des prénoms.
On en reparle.

Un commentaire par Baptiste Coulmont (19/08/2008 à 18:29)

> OGO : On en reparle ! L’idée d’utiliser le chi2 m’intéresse !

Un commentaire par christian Pihet (22/08/2008 à 15:46)

Superbe!
animation convaincante.

Un commentaire par Baptiste Coulmont (22/08/2008 à 19:35)

Merci !

Un commentaire par Karkaf (15/09/2008 à 15:20)

Intéressante idée que celle du prénom voyageur ! J’en apprécie d’autant plus le choix que je suis un contributeur involontaire du déplacement des Loïc de la Bretagne à l’est (né à Besançon en 1976, rang 50 si je lis bien la carte et que je ne me mélange pas dans les nuances de gris).
Mais comme vous le dites, cette approche risque de ne pas être pertinente avec d’autres prénoms. La « typicité » mérite d’être donc d’être creusée…

Un commentaire par Graphic Sociology » Baby name trends in France (10/06/2009 à 13:38)

[...] interesting yet, Coulmont also animated a map to show how the name Loic spread from Brittany across the entire country over the course of about [...]

Un commentaire par watts – gladwell smackdown on diffusion « orgtheory.net (13/08/2009 à 21:30)

[...] take a look at the diffusion of the name “Loic” across France in the 20th Century (click here… sorry, the movie can’t be embedded).  The correspondence between geographic diffusion and [...]

Un commentaire par Michael Comte (27/04/2010 à 10:55)

Passionnant cette étude. Dans le même genre, la nomenclature des chiens est intéressante:
Nomenclature canine

Un commentaire par Baptiste Coulmont » Un joli dessin (27/07/2010 à 18:53)

[...] haut, le plus breton. Et “Loïc”, situé en bas, n’est pas une erreur de casting : c’est aujourd’hui un prénom du croissant Est de la France. Si vous voulez voir ce dessin en PDF, suivez ce lien : ACP-2000. Mais si vous téléchargez le [...]

Un commentaire par serj (10/11/2010 à 18:31)

tres interressante etude, mais incomplete. le cas des yannig,loig ou erwann n’est pas le meme que celui de gurvan, gweltaz ou roparz. a savoir qu’en bretagne, l’utilisation du calendrier breton est encore tres repandu, meme l’ephemeride de france 3 ouest utilise ce calendrier breton