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Grandes croisades à Paris :
Pasteurs, Prophètes et Apôtres africains

Billet publié le 07/09/2008

Château Rouge, à Paris (XVIIIe arr.), une centaine de mètres au nord de Barbès, est un quartier “africain” : quartier de résidence, et surtout quartier de commerce. Les commerces ethniques et les opérations de rénovation urbaine ont été étudiés à plusieurs reprises par des collègues sociologues, urbanistes ou anthropologues, et leurs travaux donnent d’intéressantes informations sur le contexte.

Mais ce qui peut frapper certains observateurs, lors d’un passage à Château Rouge, c’est la multitude d’affiches et de posters pour des “croisades”, des “prophètes” et des “miracles”. Dans l’espace délimité par quelques rues les publicités religieuses pour des églises africaines recouvrent les murs aveugles et les barrières de chantiers.
Sébastien Fath s’était déjà penché dessus, dans une série de photos intitulées Eglises africaines à Château Rouge, et je prends ici sa succession.

Ce que révèle la présence de ces affiches, c’est d’abord l’existence d’églises protestantes (évangéliques, pentecôtistes, indépendantes…) ou situées sur les franges extérieures du protestantisme, églises “africaines”, présentes en France, et intensément occupées à évangéliser. Eglises “noires” ou églises “africaines” ? Comme les églises antillaises ne seront pas abordées ici, je parlerai d’églises africaines (je ne sais d’ailleurs pas si le livre de Pap Ndiaye, La condition noire aborde les questions religieuses).

“Un fait majeur des mutations religieuses récentes”
Le foisonnement d’églises protestantes “d’expression africaine” dans la région parisienne est connu des sociologues des religions, mais n’a pas encore fait l’objet de beaucoup d’enquêtes spécifiques (si ce n’est aux frontières de la discipline, où intérêts pastoraux et intérêts scientifiques se croisent). Pourtant, une thèse sur ce sujet, qui mêle questions d’urbanisme (on va le voir), questions religieuses et le thème omniprésent du racisme et de la discrimination… une thèse sur le sujet aurait de grandes chances de trouver des financements [par exemple avec cette bourse]

C’est donc encore vers Sébastien Fath que l’on va se tourner : il fournit, dans quelques articles et dans une dizaines de pages fort synthétiques (dans Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France (1800-2005)) un point d’entrée vers les dimensions sociologique du phénomène. Il écrit notamment, au sujet des “nombreuses Eglises africaines qui se sont développées depuis trente-cinq ans”, que “leur identité ethnique dresse parfois une frontière presque étanche avec l’univers religieux environnant. Généralement de type charismatique, elles opèrent suivant un régime d’oralité, porté par des pasteurs-prophètes qui revendiquent une expertise thérapeutique. Opérant bien souvent en large indépendance par rapport aux réseaux évangéliques déjà constitués, elles posent un vrai défi à l’observateur. Comment les repérer et les étudier?
Posons ici que la vingtaine d’affiches recueillies peut constituer une porte d’entrée vers un repérage et une étude. Cette méthode d’objectivation a une portée limitée, mais elle a un intérêt : photographier les affiches religieuses de Château-Rouge pendant une longue période (un an serait un minimum, pour avoir une idée des variations saisonnières) construirait des données uniformes. L’on passerait à côté des églises qui s’appuient sur des réseaux tribaux ou familiaux et qui ne font pas de publicité. L’on passerait aussi à côté des plus petites entreprises religieuses (même si des “demi-A4” sont aussi affichés qui ne réclament pas beaucoup d’investissement).
Que voit-on si l’on lit ces affiches ?

Des indices d’une répartition inégale des capitaux
Qualité de la mise en page, taille et qualité du papier ou des photos donnent un indice, peut-être, de la richesse matérielle de l’église en question. Mention d’un site internet… Mais la fréquence des fautes d’orthographe est beaucoup plus discriminante et fournit un indice objectif (même si leur calcul oblige à un travail lent et peu agréable). L’absence de faute d’orthographe serait compris comme l’indication qu’un groupe au capital culturel plus élevé a contribué à l’affiche.

Une géographie des lieux de culte
Les affiches sont à Château-Rouge, mais les lieux de culte sont ailleurs. Un seul se trouve, rue Doudeauville, dans une salle de sport. Tous les autres se trouvent en banlieue. La carte ci-dessous (merci google maps !) montre la répartition spatiale des lieux de cultes mentionnés sur une petite trentaine d’affiches différentes :


Voir la carte plus détaillée

Les assemblées se tiennent en banlieue, mais pas n’importe où en banlieue. J’ai ici colorié en rouge la zone dans laquelle je m’attends à trouver d’autres lieux de cultes (lors de mes prochaines récoltes d’affiches).
– c’est dans les banlieues populaires et à forte présence immigrée que se réunissent ces églises : Saint Denis, Bobigny, Montreuil, etc…
– c’est souvent dans des zones industrielles, ou, Plaine Saint-Denis, dans des centres de réunion. L’Espace Labriche le dit explicitement : “Salles pour Cultes”. Ces églises sont jeunes, n’ont pas encore construit ou acheté leurs bâtiments : elles louent une salle pour quelques heures.
– Quand elles possèdent leurs bâtiments, ou qu’elles louent, depuis longtemps, une salle, cela peut donner lieu à des conflits locaux, comme à Montreuil en 2005 : le maire avait interrompu des cultes évangéliques [voir par exemple : “Montreuil: un pasteur dénonce une autre intervention du maire en plein culte”, Agence France Presse, 11/02/2005 ; “La Fédération protestante de France annonce le dépôt d’une plainte contre le maire de Montreuil”, Associated Press, 20/07/2005]

Les affiches se trouvent dans Paris intra muros et les lieux de culte en banlieue : l’idée se renforce que Château Rouge constitue un “hub” (un centre connecteur de différents réseaux), un lieu parcouru par des personnes des différentes villes de banlieue. Afficher à Château-Rouge, c’est espérer toucher toutes celles et tous ceux qui viennent y travailler ou y acheter.
Dans ce quartier (Château-Rouge / La Goutte d’Or), 36% des habitants sont nés à l’étranger (c’est le double de la proportion parisienne), et, depuis une vingtaine d’années, la multiplication de commerces africains en a fait — pour reprendre le titre d’un article — « une centralité africaine à Paris ». C’est la conséquence d’une augmentation de la population africaine à Paris, mais aussi en banlieue : Château-Rouge est un lieu de passage, où se retrouvent, pour acheter et vendre, des résidants de la petite ou grande couronne. Château Rouge, pour certains guides touristiques, c’est l’Afrique à Paris : “For the price of a subway ticket you are transported in the heart of Africa“.
Sophie Bouly de Lesdain le souligne : après les Maghrébins et les Asiatiques, “au cours des années quatre-vingt-dix, les Africains du sud du Sahara sont passés de l’autre côté de la caisse enregistreuse” (“Chateau-Rouge, une centralité africaine à Paris”, Ethnologie française, 1999, n°1, 86-99, aussi sur HAL-SHS.) De clients ils sont devenus commerçants.
Ces commerçants résident le plus souvent en banlieue : ils viennent travailler à Château-Rouge. Une partie des clients aussi (parfois même de plus loin) : le quartier devient un lieu de rencontre, de sociabilité. C’est ainsi que l’on peut comprendre comment “les associations ethniques liées à des communautés marchandes urbaines [contribuent] à fonder au centre de leur activité un espace religieux” (comme l’écrit Vasoodeven Vuddamalay dans un article des Annales de la Recherche Urbaine).

Pasteurs et institutions
Ces églises évangéliques africaines sont faiblement structurées : les pasteurs-prophètes sont souvent indépendants et les affiches mettent en scène l’autonomie. Il existe bien une “Communauté des Eglises Africaines en France” (CEAF, www.ceaf.fr) qui rassemble une quarantaine d’assemblées locales et qui tente de mettre de l’ordre, en insistant sur la formation théologique. Mais aucune des églises mentionnées dans les affiches recueillies ne semble en faire partie.
Une partie des pasteurs est constituée d’itinérants : en les cherchant sur internet, on les trouve prêcher à Bruxelles, Aix La Chapelle ou en Afrique. Les affiches mentionnent souvent leur origine nationale : le “Prophète Ithiel Dossou” est du Bénin, le “Rev DR Samuel Osaghae” est du Nigeria, l'”Evêque Pascal Mukuna” est de Kinshasa, et

L’Evangéliste Kiziamina est un serviteur de Dieu de renommé internationnal avec des dons particuliers des Miracles et Paroles de connaissance et prphétique, est également député en RDC [République démocratique du Congo]

Mais les origines sont aussi européennes : plusieurs affiches mentionnent des réunions de pasteurs venus de Belgique, de Hollande ou d’Allemagne. Sébastien Fath l’écrit : il faut comprendre la Plaine Saint Denis comme un espace religieux européen.

On peut estimer, à partir des affiches, l’âge des pasteurs : les cheveux blancs sont très rares. Il me semble que tous (sauf un) ont moins de 45 ou 50 ans. Les affiches sont peut-être le moyen utilisé par des pasteurs ayant commencé à étendre leur surface et leur réputation, mais dont la renommée a encore besoin du soutien d’une campagne.

Les femmes jouent un rôle mineur dans les affiches. Numériquement, elles ne représentent qu’une petite minorité des personnages photographiés. Symboliquement, elles sont épouses et accompagnent l’oeuvre de leur mari, même si leur accès au divin est similaire :
Jocelyne Goma est présentée ainsi sur le site internet de son église (qu’elle partage avec son mari) : “A l’âge de 20 ans, Jocelyne vit une expérience extraordinaire. A son domicile, un ange la visite et lui ordonne de se tourner en pureté et en vérité vers Jésus-Christ.
Rôle mineur, mais surtout, rôle banalisé. Le protestantisme évangélique n’est pas monosexe. La “Conférence des femmes” du CRC illustre cela (affiche non reproduite), ainsi que la présence de “Soeurs”, d’une pasteure ou d’une “maman présidente” dans d’autres affiches.

Il devient aussi possible d’estimer, à partir des titres revendiqués par les personnes photographiées sur les affiches, le type de charisme revendiqué (ainsi que la place dans une hiérarchie). Certains se présentent comme “Evêques”, c’est à dire comme des supérieurs hiérarchiques garants de la vérité de par la place qu’ils détiennent dans l’institution : leurs subalternes détiennent un “charisme de fonction”. D’autres se présentent comme “DR” ou “Dr”, docteurs, garants — car théologiens — de la vérité du message. Jean-Paul Willaime parle de “charisme idéologique” pour décrire le type de charisme disponible dans ce cadre où prime l’orthodoxie de la prédication (pour en savoir plus, lire son Sociologie du protestantisme en collection Que-Sais-Je-?) . D’autres, enfin et plus souvent, se présentent en tant que “prophètes”, interfaces entre Dieu faiseur de miracles et les hommes : l’indice pointe, ici, vers une église pentecôtiste.
La place sur l’affiche : en haut / en bas — dans un cartouche ou non ; la taille relative des têtes… donne une idée de la taille des personnes dans la “cité de l’inspiration” (pour boltanskiser un peu) : seul, en couple, en trio, muni de titres ou non, les personnages n’ont pas le même rôle ni le même poids. Les affiches sont peuplées d’un petit personnel religieux : chanteurs, “soeurs”, “frères” qu’il ne faudrait pas oublier.

Quels “produits” ?
Les “produits” proposés par ces entreprises religieuses montrent une “aptitude paradoxale à concilier individualisme et discours théocentré” (là encore, Fath, “Les protestants évangéliques français”, Etudes, 2005-4, p.351-361, disponible sur cairn.info). Cette aptitude se perçoit dans l’Evangile de la prospérité promu par certaines églises. La CRC écrit : “De nombreux chrétiens croient que leur bénédiction consiste à occuper un simple poste au sein d’une société, alors qu’en réalité, Dieu veut propulser au rang de Chef d’entreprise la plupart d’entre eux.
Des liens sont établis entre salut et santé physique : “L’Evangéliste Kiziamina” demande sur une affiche : “Amenez des malades, aveugles, possedés des esprits malins, … pour expérimenter la puissance du nom de Jésus-chrit dans nos vies“.
La pasteure Françoise Vangu (Flamme de Feu, une église récente de l’Entente congolaise des œuvres chrétiennes) organise une journée “Spéciale rentrée scolaire”.
D’autres proposent “délivrance”, “gloire, victoire et succès, guérisons et miracles”, mais toujours au nom de Jésus, et en provenance de Dieu (par l’intermédiaire du pasteur-prophète)

Prenons un peu de recul avec cette offre symbolique, et penchons-nous sur la forme des réunions religieuses, le cadre général. L’on remarque qu’il ne s’agit pas, dans ces affiches, des cultes hebdomadaires habituels. Les différentes affiches oscillent entre deux pôles. Les “croisades d’évangélisation” souvent mentionnées dans ces affiches sont la réunion de deux choses : la “croisade” d’un côté, une période d’activité intense, mais une période éphémère ; l’évangélisation de l’autre, qui a pour but ultime un changement d’identité, la conversion. Ce sont presque les deux types de religiosité mentionnés par Danièle Hervieu-Léger dans “Le Pèlerin et le converti

Elle y opposait la religiosité catholique du début du XXe siècle (celle qui avait en son centre la figure du pratiquant) à la religiosité contemporaine structurée autour de deux pôles : celle du
pèlerin (activité intense, mais pendant un temps donné), celle du converti (changement de vie, nouvelle identité…).

Pas seulement des “croisades d’évangélisation” – on y trouve aussi des propositions culturelles plus larges. Un pasteur propose ainsi une “conférence-débat” :

Grande conférence débat : La malédiction des Noirs, Mythe, Manipulation ou Réalité
Des siècles d’eslavages, des décennies de colonisation et d’apartheid, des populations entières qui croupissent sous le joug de la misère économique, des foyers de tension présents un peu partout sur le continent africain, l’Homme Noir semble condamné à être à la traîne.

Le point de départ est biblique (la malédiction de Cham), mais il semble qu’un agenda autre est proposé ici : pas un miracle ou une guérison, mais une édification par la “prise de conscience” d’une discrimination structurelle.

En étudiant les “itinéraires des églises évangéliques ethniques au sein de la société française”, Sébastien Fath distingue les “niches communautaires”, les “lieux d’intégration” et les “communautés transitionnelles”. Je ne suis pas certain de réussir à utiliser ces distinctions pour donner du sens à ces affiches. Mais certaines d’entre elles, c’est indéniable, jouent avec les symboles de la République : le “Bleu Blanc Rouge” me semble être utilisé bien trop souvent pour n’être que le résultat du hasard. De là à penser que ce qui se montre sur les affiches est — par clin d’oeil — une annonce de ce qui se joue dans les assemblées ou les églises, c’est un pas que je ne franchirai pas : les études ethnographiques sont sur ce point nécessaires.

En conclusion
J’ai essayé ici de me servir d’une série d’affiches recueillies au cours des trois dernières semaines comme données pour un premier travail d’objectivation. Il est trop tentant d’utiliser ces affiches comme simple illustration, en laissant de côté ce qu’elles disent (parfois malgré elles). Le va-et-vient entre les quelques textes sur les églises d’expression africaines et ces affiches me laisse penser qu’elles peuvent constituer le matériaux d’une petite recherche sociologique. Alain Chenu n’a-t-il pas, à partir d’un magazine, publié cette année dans la Revue française de sociologie une “Sociologie des couvertures de Paris-Match“.

Pour aller plus loin
Fath, Sébastien. Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France (1800-2005), Genève, Labor et Fides, 2005
Fath, Sébastien. Les protestants évangéliques français, la corde raide d’un militantisme sans frontière, Etudes, 2005-4, 351-361
Bouly de Lesdain, Sophie. “Chateau-Rouge, une centralité africaine à Paris”, Ethnologie française, 1999, n°1, 86-99
Vuddamalay, Vasoodeven. “Commerces ethniques et espaces religieux dans la grande ville (PDF)“, Annales de la recherche urbaine, 2004, n°96
Entretien avec l’historien Afe Adogame, Religioscope
Fancello, Sandra. “Réveil de l’ethnicité akan et pentecôtisme ‘indigène’ en Europe“, Diversité urbaine, 2007-1, 51-67

Presse

  • Le Monde : “Les évangéliques, en plein essor, peinent à trouver des lieux de culte” (08/03/2007) ; “Les Eglises d’expression africaine se multiplient en banlieue parisienne” (08/05/2005) ; “Les Eglises afro-chrétiennes font de la France une terre d’évangélisation.” (03/01/2001) ; “Les Eglises protestantes d’expressions africaines ont fêté leurs quinze ans à Montreuil” (01/11/2005)
  • AFP : Le foisonnement des églises évangéliques “ethniques” (03/12/2004)
  • La Croix : “Des croyants aux marges de leurs Eglises” (30/01/2006)
  • Et, l’année prochaine, le colloque de l’association française de sociologie des religions, Dieu change en ville : religion, espace et immigration (2 et 3 février 2009)

    34 commentaires

    Un commentaire par Enro (07/09/2008 à 18:18)

    Une lecture parfaite à l’heure de “L’Afrique enchantée” sur France inter. Bravo pour le timing ! ^_^

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (07/09/2008 à 18:35)

    Merci ! Une des variables à ajouter dans l’objectivation statistique de ces affiches, c’est la mention, ou non, de chanteurs et chanteuses (ou d’un groupe) : certains semblent être des semi-professionnels présents dans plusieurs “croisades d’évangélisation” différentes.

    Un commentaire par Minardo (08/09/2008 à 10:31)

    Passionnante petite étude. Il faut songer à une publication, non ?

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (08/09/2008 à 10:42)

    > Minardo : Je vais d’abord essayer de recueillir un plus grand nombre d’affiches (j’en ai une bonne vingtaine) pour pouvoir dresser quelques statistiques (% femmes, % sites internet, % chanteurs, %fautes d’orthographes…). Disons que ce billet constitue une première étape, l’état de ma réflexion en ce moment.

    Un commentaire par PM (08/09/2008 à 13:49)

    Egalement beaucoup d’affiches de ce genre autour de la gare de Saint-Denis RER D (notamment,dans le tunnel piéton qui passe sous les voies)… tu pourras éventuellement compléter ta collection.
    P

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (08/09/2008 à 14:00)

    >PM : Merci ! Pour l’instant «l’unité de lieu» de Château-Rouge me suffit, mais je vais peut-être pouvoir envoyer des étudiants faire des photos du côté du RER…

    Un commentaire par Vincent (08/09/2008 à 14:10)

    Très intéressant !
    Pour info – et c’est dommage – il n’y a rien sur la religion dans La condition noire de Pap Ndiaye.

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (09/09/2008 à 10:53)

    > Vincent : merci du commentaire et de l’info sur le livre de P. N.

    Un commentaire par FATH Sébastien (09/09/2008 à 21:12)

    Superbe enquête !
    Bravo Baptiste. tu démontres qu’il y a là un vrai matériau d’investigation, particulièrement sur les points suivants : registres de visibilité du religieux, réseaux (sur le mode de la glocalisation: du local au global), géographie des lieux de culte.
    Bon courage pour la poursuite de cette investigation, qui mérite publication.

    Pour le reste, et en particulier la fonction sociale jouée par ces communautés (entre niche et lien d’intégration en passant par tous les gradiants intermédiaires), je te suis tout à fait : il est difficile, voire impossible, d’y répondre par l’analyse des affiches. Pour ce genre de questionnement, il faut aller sur place, faire de l’observation de terrain.

    Dossiers à suivre ! Je serais ravi d’en parler avec toi autour d’un café.

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (10/09/2008 à 16:52)

    > Sébastien : Merci beaucoup de ces encouragements !

    Un commentaire par Etienne (16/09/2008 à 15:10)

    Très intéressant en effet. Il pourrait être utile de faire une comparaison avec une autre sorte d’églises évangéliques, relativement similaires dans les rites et la théologie je pense, elles aussi implantées en proche banlieue, mais qui s’adressent à un public en très forte majorité blanc. Les différences ethno-raciales semblent jouer à plein dans le recrutement. La géographie est un petit peu différente aussi, et je n’ai pas remarqué de campagnes d’affichages aussi intenses.

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (16/09/2008 à 21:30)

    > Etienne : en tout cas, je n’en ai pas vu à Château Rouge ! (Une seule affiche avec un personnage blanc pour l’instant.)

    Un commentaire par Frédéric Dejean (27/09/2008 à 23:41)

    Cela tombe bien,

    c’est justement le sujet de ma these de doctorat: Les dimensions spatiales des églises évangéliques et pentecôtistes en Seine Saint Denis et sur deux arrondissements de l’île de Montréal. Je suis gépgraphe et mon travail s’inspire largement de la sociologie et également de l’anthropologie spatiale.

    Frédéric Dejean

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (28/09/2008 à 11:54)

    > Frédéric : il faut absolument qu’on se rencontre !

    Un commentaire par Claude-Arthur DANLOY (29/09/2008 à 20:09)

    Approche très pertinente et sujet à creuser. L’icônographie néo-pentecôtiste mérite cette analyse du contenu explicite des affiches et autres supports ainsi que de leurs méta-messages implicites. Reflet d’une idéologie, significative d’une démarche particulière, nous avons là une manifestation remarquable de la mutation du paysage religieux liée à la postmodernité et à la globalisation. Bravo, continuez. Essayez de poursuivre votre collection, une mine pour l’anthropologue en milieu urbain.

    Claude-Arthur Danloy

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (29/09/2008 à 20:21)

    > Merci ! Ca m’encourage à continuer.

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (06/10/2008 à 11:45)

    > Frank : Merci aussi ! Vous m’ouvrez des pistes d’interprétation qui m’étaient inconnues.

    Un commentaire par Frédéric Djean (06/10/2008 à 16:25)

    J’ai lu avec intérêt les remarques de Franck H. Ekra. Il rappelle qu’il faut lire ces affiches avec en tête de multiples références culturelles. Pour ma part, il me semble que la construction de cette culture évanégélique africaine ne doit pas se lire au regard d’un seul couple, Afrique/Europe, mais doit au contraire multiplier les points de référence, notamment les Etats-Unis. On obtient ainsi des hybridations parfois assez étonnantes et des combinaisons culturelles inédites. Par exemple, la manière de montrer les couples (généralement toujours les mêmes poses: elle, assise et lui, derrière, ou elle la tête posée sur l’épaule du mari pasteur) peut se lire comme une référence à l’idéal du couple occidental. Pourtant, on peut également y voir une inscription dans la tradition évangélique du couple bâtisseur et inspirateur, de même qu’une référence à l’esthétique nord américaine. Autre exemple, la présence des drapeaux et l’usage de terme renvoyant à la dimension globale des événements (conférence nationale ou internationale) est là encore une mise en scène du caractère mondialisé du ministère. Je me suis intéressé à ces fameux drapeaux: il me semble que les premiers à les avoir utilisés sont les évangéliques américains, sous la forme de bannière suspendues dans l’auditorium. On retrouve ensuite cette manière de faire dans différents types d’Eglises. Une étude des noms d’églises montreraient à peu près la même chose: je suis toujours frappé par la propension de certaines églises à accoler le qualificatif “international” dans leur nom, alors même qu’il n’y a pas (encore) de dimension internationale dans les faits. Sans doute une valeur programmatique ou performative du nom.

    Un commentaire par Franck H. Ekra (07/10/2008 à 9:24)

    Je souscris tout à fait à l’analyse de Frederic Djean et remercie Baptiste Coulmont pour l’espace d’échange qu’il nous offre! Il y a indéniablement un tropisme américain dans la construction de ces success story évangélique africaines. Jimmy Schwaggar et Morris Cerullo ont implementé la figure de l’évangéliste itinérant, mais très vite Reinhart Bonke et dans une plus forte mesure Benny Hinn ont incarné la figure du golden boy de la bible un peu show-off! Si on y regarde bien ces récits de vie sont travaillé par l’esthétique télévisuelle. C’est d’ailleurs le canal privilégié de transmission de ces codes. En celà encore le modèle américain prédomine. Mais pour bien comprendre cette scénographie il faut prêter attention à la coulisse plus qu’au décor. Ce qui se joue dans l’arriere-scene, c’est un renversement du sens de la missiologie. Le vingtième siècle finissant à donner lieu à un retournement de la problématique de l’évangélisation. L’Europe sécularisée est désormais terre d’évangélisation pour les africains qui désir y apporter un feu nouveau. Exporter le “bricolage africain des héros chrétien” pour reprendre le beau titre de l’étude d’André Mary inspiré de Certeau. Les prescripteurs ont changé de domiciliation. L’imaginaire est réapproprié! Le 9-3 est devenu le haut-lieu de cette géométrie sacré parce qu’il concentre le nombre de hangar ou de cave à louer. Il est intéressant de voir comment en un jour en un lieu plusieurs cultes accompli (du kibanguisme au pentecotisme en passant par le christianisme céleste!) tiennent jusquà la fin ce théatre rempli. Le projet postcolonial de provincialisation de l’Europe n’a pas encore atteint ces franges mais il est en travail. La dynamique centre périphérie et la théorie du désir mimétique ont néanmoins encore de beaux jours. Modélisez, modélisez, il en restera toujours quelques choses… Pour ce qui est de la politique de nom. F. Djean à tout à fait raison de relever son caractère d’anticipation.Là aussi il nous faut en avoir une lecture symptômale. comme les sondé des études d’opinion, les entrepreneurs religieux préfèrent écrire leur propre subjectivité. Habitué à la stigmatisation des analyste ils font un effort pour se déprendre de l’accusation communautariste. Cet élément d’une assignation identitaire vécu comme critique est présent non seulement dans la dénomination mais aussi dans la prédication. C’est la que la problématique de Fath sur les “niches communautaires”, les “lieux d’intégration” ou les “communautés transitionnelles” peut-avoir des vertus séminales. Je soupçonne d’autres catégories structurantes.

    Un commentaire par Françoise (15/10/2008 à 14:51)

    moi j’habite Mulhouse et je vois aussi de plus en plus d’affiches de ce genre dans ma ville ; ces évangélistes ( je veux vraiment dire “évangélistes”, c’est à dire des personnes qui annoncent l’Evangile ) agissent apparemment de façon indépendante par rapport aux églises évangéliques ( y compris de tendance charismatique ) déjà “installées” à Mulhouse ; parallèlement, il y a eu, ces dernières années, l’émergence de plusieures églises évangéliques “ethniques” ( africaines ) dans cette ville ; le phénomène n’est donc pas que parisien …

    Un commentaire par Jean Vilbas (21/11/2008 à 18:32)

    Bravo, Baptiste !
    Comme toujours une solide cartographie illustre la pertinence des propos :)
    As-tu repéré, au fait, la présence d’expressions religieuses sur les devantures des boutiques afro-antillaises du quartier que tu cibles ? Et une question à Franck : avez-vous vu trace d’une iconographie publicitaire comparable pour les AIC (Christianisme Céleste, Kimbanguistes, Harristes …) ?

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (21/11/2008 à 18:40)

    > Jean Vilbas : j’ai vu quelques indications, mais je ne me suis pas vraiment penché dessus.

    Un commentaire par Daniel Akawatan (25/05/2009 à 19:58)

    Evidemment ceci fait partie des principaux maux de l’Afrique ! Quand le fétichisme traditionnel et le vaudou sont acceptés à l’église, je pense que nous devons aider Kacou Philippe à faire taire cette autre honte de l’Afrique !

    Un commentaire par Pasteur Emmanuel du Cameroun en sejour a Lagos (11/06/2009 à 16:45)

    merci de me communiquer les possibilites d,accueil en milieu protestant en france
    SVP

    Un commentaire par Baptiste Coulmont » Mon premier réseau (25/08/2009 à 15:16)

    […] “Grandes Croisades d’Evangélisation”. J’en avais parlé rapidement ici : “Grandes Croisades à Paris” (billet de septembre 2008). J’ai maintenant presque 70 affiches en provenance d’une cinquantaine d’églises, […]

    Un commentaire par Baptiste Coulmont » Jeux d’échelles : circulations évangéliques (04/10/2009 à 10:26)

    […] ou “d’expression africaine” en région parisienne, en me basant sur une collection d’affiches : Cette carte incite implicitement à une lecture “locale” : les lieux de culte sont […]

    Un commentaire par fr donald (25/12/2009 à 0:22)

    c’est une honte de decouvrir tout cela ;mais nous disons merci a dieu de ce qu’il a revélé tout ce fetichisme modernisé au travers de son prophète kacou philippe. ces margouillats et feticheurs en veste sur ces affiches seront eux et leur confrererie detruit par le seigneur. même si le diable multiplie ses milliers de faux pasteur et prophètes africains parce que dieu s’est choisi pour porte parole un africain ;nous ne nous laisserons jamais séduit. http://www.matth25v6.org le cri de minuit a retenti

    Un commentaire par Tweets that mention Baptiste Coulmont » Grandes croisades à Paris : Pasteurs, Prophètes et Apôtres africains -- Topsy.com (17/01/2010 à 21:29)

    […] This post was mentioned on Twitter by Luc Mandret, coulmont. coulmont said: @LucMandret Re Château Rouge : http://coulmont.com/blog/2008/09/07/eglises-africaines/ […]

    Un commentaire par MOI APOTRE (10/03/2010 à 0:59)

    Bonjour,

    On se doit de savoir qu’il y a des hommes qui ont une telle soif d’amour que cette dernière ne peut pas être contenter par les humains seul dieu peut étancher cette soif. Lorsque l’amour ne se dirige pas vers un petit nombre de personne mais bien envers toute l’humanité au dela de toute distinction alors dieu nous apparait clairement. Le diable ne s’exprime que par nos silences, lorque l’on n’entre pas en communication avec ses voisins alors c’est que l’on ne connait pas dieu car quand on connait dieu on n’a peur de rien car il ne nous laissera pas dans de mauvaise situation a moins pour nous apprendre des choses. Ouvrons nos coeur pour un monde meilleur laissons toutes nos représentations religieuses de côté et remplacons les par l’inscription “la paix dans le monde” la seule chose qui importe à dieu est que nous nous posions la question comment faire un monde meilleur pourquoi des personnes se sont éloignées de son chemin et comment leur faire de nouveau aimer la vie.

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (11/03/2010 à 11:43)

    >”Apotre” : je pense que vous n’avez pas saisi l’esprit de mon texte.

    Un commentaire par Pasteur TCHETCHE PRIVAT (10/07/2010 à 16:45)

    Je souhaite travailler avec votre communauté et je réside en côte d’ivoire ou je peux bien vous représenter

    Un commentaire par Baptiste Coulmont (10/07/2010 à 17:59)

    > Pasteur Tchetche Privat : je ne dispose pas de communauté, malheureusement !

    Un commentaire par evangeliste prosper (18/01/2011 à 11:56)

    homme de Dieu je suis content de vous car a vous enttendre parler vous vous souciers aux ames du seigneur et je vous soutiens du cote la mais homme de Dieu j,aimerai bien que nous travaillons ensemble dans les campagnes d,evangelisation .Je suis de la nationalite camerounaise et je souhaite correspondre avec vous voila mon MAIL amalelel@yahoo.fr

    Un commentaire par Baptiste Coulmont » Des réseaux religieux d’invitations (11/02/2011 à 10:22)

    […] d’invitations Billet publié le 11/02/2011Les données recueillies à partir d’une collection de 150 affiches d’églises africaines sont très riches. J’ai déjà montré ici qu’on pouvait y déceler des indications […]