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Le prénom, la nation : l’affaire Amirouche

Billet publié le 19/10/2009

Trouvé aujourd’hui dans un vieux numéro du Journal Officiel de la République Française scanné et mis en ligne sur le site de l’Assemblée nationale… une intervention d’un député RPR, en 1980, Pierre Bas (photo reproduite ci-contre). Cet honorable membre de l’Académie des Sciences d’Outre Mer, député de Paris, maire d’arrondissement… s’était alors ému :

Etat civil (prénom).
25698. —11 février 1980. — M. Pierre Bas appelle l’ attention de M. le Premier ministre sur un article de La Voix du combattant qui donne l’information suivante. « Le Livre d’or pour une future maman » diffusé par les caisses françaises d’ allocations familiales, qui propose 5938 prénoms aux – familles, comporte notamment : « Amirouche, prénom kabyle illustré par un célèbre résistant algériens ». Je trouve parfaitement normal que dans un pays où, pour des raisons historiques, une partie de la population est de religion musulmane, tout en étant assez souvent française, ce prénom kabyle traditionnel soit proposé; mais ce qui n’est pas admissible c’est le masochisme des responsables de caisses françaises d’ allocations familiales qui, parmi plusieurs autres personnes ayant porté le nom d’Amirouche, vont choisir pour le proposer aux familles françaises celui d’un adversaire résolu de la France qui avait versé le sang de jeunes Français. Il lui demande s’il a l’intention de rappeler ces responsables à la décence.

La réponse est intéressante :

Réponse. — Il est précisé à l’ honorable parlementaire que « Le Livre d’or pour une future maman » est une publication trimestrielle dont un seul numéro, celui daté de juillet-septembre 1978, a été diffusé gracieusement par certaines caisses d’allocations familiales. Cette brochure comporte effectivement un volumineux dictionnaire de 5 968 prénoms masculins et féminins dans lequel sont cités, à titre d’exemple, divers personnages historiques dont Amirouche, sans que soit attribuée, pour cela, une valeur particulière à ces illustrations. Par ailleurs, ce document a été rédigé sous l’ entière responsabilité de son éditeur et de ses auteurs, les caisses d’allocations familiales ayant tenu à faire mentionner, dès la première page, que « cet ouvrage n’ engage pas la responsabilité des établissements ou des organismes qui ont accepté de le diffuser gracieusement ». Il appartient, par conséquent, à l’ honorable parlementaire, dans la mesure où il souhaite obtenir des éclaircissements à ce sujet, de s’ adresser directement au directeur de cette publication.

Vous pensez que Pierre Bas s’est tu après cela. Que nenni, notre défenseur de la pureté revient à la charge :

33221. —7 juillet 1980. —M. Pierre Bas expose à M. le ministre
de la santé et de la sécurité sociale qu’il a lu avec le plus grand intérêt la réponse, parue au Journal officiel du 9 juin 1980, à sa question 25698 du 11 février 1980. De quoi s’agissait-il ? « Un livre d’or pour une future maman », diffusé par les caisses d’allocations familiales françaises, donnait 5 968 prénoms à choisir aux familles parmi lesquelles notamment celui de : « Amirouche, prénom kabyle illustré par un célèbre résistant algérien ». Les milieux d’anciens combattants, spécialement ceux de la guerre d’ Algérie, se sont émus à juste titre de cette provocation, et l’ attitude des caisses d’ allocations familiales avait été jugée masochiste, c’ est le moins que l’ on puisse dire. Le ministre expose que, certes, les caisses ont bien distribué la brochure mais qu’elles ont pris soin de faire mentionner, dès la première page, que cet ouvrage n’ engage pas la responsabilité des établissements ou des organismes qui avaient accepté de le diffuser gracieusement.
De qui se moque-t-on? Ces caisses, en acceptant de diffuser par leurs services un texte choquant pour la France, engageaient leur propre responsabilité. Elles n’ont pas à s’abriter derrière une précaution imprimée à telle ou telle page du document distribué, elles sont responsables du scandale. Et c’ est pourquoi il lui demande de ne pas couvrir la faute commise mais, au contraire, de donner des instructions pour que le sang versé en Afrique du Nord, pour des raisons que l’histoire jugera, mais en tout cas qui fut un sang français versé, ne soit pas ignoré dans les caisses d’allocations familiales en magnifiant les adversaires. II appartient aux adversaires de glorifier leurs héros, ils ne s’en font pas faute, ils sont parfaitement dans leur droit. Il n’ appartient pas à la France de glorifier les hommes qui ont fait tuer certains de ses enfants, et le ministre de la santé et de la sécurité sociale n’ a pas à couvrir une telle action qui sera jugée assurément sévèrement et qui l’est déjà.

Réponse. — Le ministre de la santé et de la sécurité sociale confirme qu’ un seul numéro de la revue Le Livre d’or pour une future maman, celui daté de juillet-septembre 1978, a été diffusé, de manière limitée, par certaines caisses d’ allocations familiales. Depuis lors, aucune parution de ce document n’est intervenue. Toutefois, l’ attention des gestionnaires des caisses d’allocations familiales a été appelée sur le contenu de cet opuscule ainsi que sur les critiques qu’il a pu susciter de la part de l’honorable parlementaire.

Je ne commenterai pas plus.

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