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Les billets de December, 2009 (ordre chronologique)

Animaux (varia)

Il y a quelques mois, j’écrivais quelques lignes sur le cimetière des chiens d’Asnières. Aurais-je attendu quelques mois que j’aurai pu améliorer ce que j’ai produit : un article de Bérénice Gaillemin, (Vivre et construire la mort des animaux) publié dans le numéro 2009-3 d’Ethnologie française vient se pencher sur la forme qu’ont pris, récemment, les tombes des animaux. C’est sur “le déploiement (…) d’un culte non contraignant” qu’insiste Gaillemin : « Malgré quelques interdits, le cimetière offre une grande liberté, notamment celle qui consiste à s’adresser aux morts via les épitaphes (…) Chacun peut désormais investir l’espace de ses propres références personnelles, réinventer l’hommage conventionnel aux défunts. »
Note : je n’ai pas trouvé d’informations synthétiques sur B. Gaillemin. Le « Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative » de Paris 10 ne permet visiblement pas à ses doctorants de disposer d’une page web.

*

« What do animals do all day ? » est un article de John Levi Martin, professeur de sociologie à l’université de Chicago. Ce n’est pas un article tout récent. Il date de 2000. Mais il est fort amusant. En s’appuyant sur l’analyse statistique d’un livre pour enfants, What do people do all day, JL Martin décrit les “relations socio-logiques entre espèces animales et emplois dans l’imagination populaire”. Voici l’une de ses conclusions, en image :
johnlevimartin-animals

What do animals do all day?: The division of labor, class bodies, and totemic thinking in the popular imagination [PDF], Poetics Volume 27, Issues 2-3, March 2000, Pages 195-231

Liste rapide

Deux ou trois liens et choses publiées sur internet ou ailleurs :

  • De la difficulté de devenir enseignant-chercheur par Olivier Martin. C’est un peu trop court, mais ça donne des informations. Extraits :

    En dix ans (1998-2007), 1581 individus différents ont obtenu leur qualification au poste de maître de conférences en « sociologie (et démographie) ». Environ un tiers d’entre eux (34,6 %) ont été recrutés comme maîtres de conférences (…) Le parcours qui conduit de la thèse à un poste de maître de conférences laisse sur le chemin cinq sixièmes des docteurs et deux tiers des qualifiés. (…)
    Une analyse « toutes choses étant égales par ailleurs » (par régression logistique) permet d’identifier les facteurs influençant les probabilités de recrutement : celles-ci augmentent de manière significative si le candidat possède une agrégation du secondaire en sciences sociales (dans un rapport de 3 contre 1). A l’opposé, ces chances dimunent significativement si le doctorat a été soutenu à Paris (rapport 0,7 contre 1) ou si le doctorat ne rélève pas des disciplines sociologiques ou démographiques. En revanche, de manière peut-être plus surprenante, les chances d’être recrutés ne varient pas selon le sexe, l’âge du candidat et le type de cursus (cursus universitaire, grande école, école normale, instituts d’études politiques…).

  • Quand, sur un blog, Nathalie Heinich est critiquée, elle répond. Ou du moins, elle l’a fait, une fois, quand J.M.V, sur “Italians Do It Better“, a fait part de son désamour :

    On fait tous des erreurs de jeunesse. Pour les uns, ce sera Mao, pour les autres, la psychanalyse. Moi, mon erreur de jeunesse, ça a été, pendant des années, de m’enthousiasmer pour les travaux de Nathalie Heinich, d’acheter tous ses livres, un à un, et d’imaginer que j’étais plus intelligent après les avoir lus.

    Il relève ensuite une série d’erreurs matérielles plus ou moins importantes (je vous laisse lire)
    Sur le coup, probablement, de la colère et de l’énervement, N. H. (ou quelqu’un qui se fait passer pour elle) a répondu dans les commentaires :

    cela excède, à l’évidence, ses capacités de compréhension, peut-être devrait-il s’abstenir de lire et, plus encore, de critiquer des livres de sociologie? Après tout, Tintin ferait peut-être aussi bien l’affaire pour occuper ses loisirs?

    Les suites sont ici

  • Des photos de Paris 8, et notamment de l’ancien hall converti en salle d’exposition vide :

    I fully expect that when the exhibit opens here, the chaotic political space that used to be there will be entirely replaced by fancy text and artfully chosen photos that aestheticize the messiness and incoherence and spontaneity of actual political action on campus. The genius of the culture industry that seizes on 1968 and other such glorious resistance fantasies lies in their ability to turn political spontaneity into a theme to be ritually commemorated and reinvoked.

  • Et pour finir :
    Le top 10 des jouets sexistes.

    Adorée Villany, danseuse nue

    Quelques pages dans le livre de Jean Da Silva, Du Velu au Lisse : Histoire et esthétique de l’épilation intime, m’ont appris qu’au début du XXe siècle avaient eu lieu plusieurs procès contre des danseuses nues.

    Ainsi, en 1908, Mlle Germaine Aymos est poursuivie, avec le directeur des Folies-Pigalle après une action de la “Ligue contre la licence des rues”. Les attendus du tribunal sont intéressants. Les juges de la 9e chambre soulignent que « les parties sexuelles [de la danseuse] étaient dissimulées par un morceau de taffetas de soie rose » et que « M. le commissaire de police mentionne, selon les termes mêmes de son rapport, qu’il a pu observer que la demoiselle Aymos était “rasée aux aisselles et au pubis” ». Pour les juges « cette précaution (…) loin de prêter à la nudité un élément obscène, était de nature, au contraire, à atténuer son caractère licencieux »
    Ceci pourrait surprendre et amuser : il était prêté aux poils un aspect obscène que l’épilation, ou le rasage, faisait par nature disparaître.
    Le procès, intéressant, peut être suivi en partie dans un ouvrage, Le nu au théâtre, publié en 1909 et disponible sur Gallica. Vous y trouverez cette photo de Germaine Aymos :
    germaine aymos
    Le rasage des poils pubiens, cependant, n’est pas ce qui a sauvé la danseuse. Les juges remarquent qu’elle est une “artiste de talent” et qu’elle a le soutien de Jules Claretie, « membre de l’Académie française dont l’autorité et la sincérité en matière artistique et théâtrale ne peuvent être mises en doute ». [voir aussi un article dans le Mercure de France, 16/08/1908]
    Si l’on se penche un peu plus près sur les attendus, et si l’on compare avec un procès qui a lieu au même moment (où plusieurs actrices sont condamnées), on peut penser que ce qui a sauvé Mlle Aymos fut l’absence de mouvements. Elle était nue, certes, mais elle ne bougeait pas et semblait être une statue. Alors que deux femmes qui se caressent se « livrent à des gestes qui évoquent dans l’esprit des pratiques lesbiennes », d’après les mots du président Pacton (Le Nu au théâtre, p.278). On trouvera un commentaire comparant ces deux procès dans un article de Georges Claretie (le fils de Jules Claretie mentionné plus hautLe Figaro, 28/07/1908).

    Les danseuses nues continuent à être poursuivies après 1908. Certaines semblent même construire leur carrière sur la nudité. C’est probablement le cas d’Adorée Villany, jugée en 1911 à Munich et en 1913 en France.

    La Bibliothèque du Congrès possède plusieurs photographies de Villany dans ses oeuvres :
    mcmahanphoto_2082_180959582
    Voir aussi ce cliché la montrant dans la “Danse de Phryné”.
    Georges Claretie, décidément spécialiste — comme son père — de la défense des danseuses nues, rend compte, dans le Figaro, en mai 1913, de ce procès
    villany figaro Villany défend la nudité théâtrale comme le seul moyen à sa disposition d’exprimer des sentiments intenses : pour incarner la sur-douleur elle dit avoir besoin d’être nue. Elle obtient le soutien d’un peintre. Mais elle est condamnée à 200 francs d’amende : ses représentations, bien qu’en principe “privées” étaient accessibles à tous (pour le prix de 5 f.) et une série de prospectus vantant la “danse ultra-moderne” de Villany avaient été envoyés.

    villany-matin
    Un autre article, dans Le Matin, mai 1913

    *

    Et alors ? Alors c’est tout.

    Cartographies

    La semaine dernière, deux collègues m’ont contacté, apparemment indépendamment l’un de l’autre, pour me poser la même question : “pour cartographier [insérer thème de recherche], que faut-il utiliser ?”. Dans les deux cas, parce qu’ils travaillent sur des pays européens, les fonds de cartes précis sont payants ou difficile à trouver. Nous, Européens, n’avons rien d’équivalent aux fichiers Tiger du recensement US. Essayez-donc de trouver un fond de carte des communes françaises au format E00 ou shapefile… (ou un fond de carte représentant la zone couverte par chaque bureau de vote en 2007).
    Pour cartographier, par exemple, la localisation des boulangeries en Île de France, j’ai trouvé un fonds de carte utilisable. Le projet OpenStreetMap, sorte de carto-wiki, commence à être assez bien renseigné, grâce au travail de milliers de contributeurs.
    exemple : Paris, 19e arrondissement.
    Les données sont librement téléchargeables, ce qui permet de produire ensuite ses propres cartes. OpenStreetMap donne ainsi naissance à OpenCycleMap et à d’autres sites.
    Il est ainsi possible de trouver des fichiers “shapefile” proposant les frontières administratives de certains pays (parfois assez précis jusqu’au niveau de la commune). Pour la France par exemple : ici et .

    Chose très intéressante, il est possible de télécharger en PDF les cartes d’OpenStreetMap (en cliquant sur l’onglet “Export”) et ensuite de les imprimer.

    View Larger Map

    A venir : quelques mots sur Rgdal, Maptools et les projections cartographiques avec R. En attendant, vous pouvez consulter le blog d’Arthur Charpentier.

    Cartographie avec R (suite)

    Je cherche à donner à voir, par des points sur une carte, la localisation d’églises (ou de boulangeries, ou de sex-shops, ou de lobbyistes…) en région parisienne. Il est possible de créer un “mashup” avec google maps, ou une carte dans google earth, mais cela ne donne pas de jolis fichiers PDF utilisables dans une publication scientifique qui se respecte. Imaginons que je dispose des données “Longitude / Latitude” des églises.

    Il me faut un fond de carte. On trouve une carte de la France (avec les frontières administratives) sur “cloudmade” : http://downloads.cloudmade.com/europe/france. Il faut télécharger le fichier : “france.shapefiles.zip”
    On trouve aussi, ailleurs, une carte des principales rues, routes, autoroutes… d’Île de France : http://download.geofabrik.de/osm/europe/france/ : il faut télécharger la carte de l’Île de France : ile-de-france.shp.zip

    Ces cartes “open source” proviennent du projet OpenStreetMap : il y a des erreurs, des morceaux non complets, des manques. Mais à notre échelle, cela suffira. Les fichiers téléchargés sont des “shapefiles”. Ils consistent en 4 fichiers différents : un fichier .prj qui contient des informations concernant la projection, puis trois autres fichiers contenant les données elles-mêmes (un fichier dbf, un fichier shp et un fichier shx).

    Ouvrons maintenant R.

    library(maptools) #charge le package "maptools"
    france<-readShapeLines(
    "Desktop/france/france_administrative.shp",
    proj4string=CRS("+proj=longlat")
    )
    

    l’instruction précédente demande à R de charger les informations de la carte de France dans “france”.

    summary(france) # donne la structure de "france" 

    On constate que dans cette “Data frame” il est indiqué, par “ADMIN_LEVE” le type de frontière administrative: 8 pour les communes, 6 pour les départements.

    routesidf<-readShapeLines(
    "Desktop/ile-de-france/roads.shp",
    proj4string=CRS("+proj=longlat")
    )
    summary(routesidf)

    permet de constater que le type de route est indiqué par “type” : “primary”, “secondary”, “residential”…

    les fichiers peuvent être longs à se charger : ce sont des objets très lourds et il serait préférable de demander à ne charger qu’une petite partie des fichiers (par exemple les routes principales et pas tous les chemins communaux). Mais je ne sais pas le faire… pas encore du moins.

    plot(france,xlim=c(2.35,2.45),ylim=c(48.87,48.97),lty=3)

    donne l’image suivante. Seul un regard averti y discernera le nord de Paris et une partie de la Seine-Saint-Denis :
    Paris-Nord
    Rendons cette carte un peu plus lisible :

    plot(france[france$ADMIN_LEVE==6,],add=TRUE,lwd=2)
    plot(routeidf[routeidf$type=="primary",],add=TRUE,lwd=2,col="lightgray")
    plot(routeidf[routeidf$type=="secondary",],add=TRUE,lwd=2,col="lightgray")
    

    Paris-Nord2
    J’ai ajouté les routes principales (de type “primary” et “secondary”), j’ai indiqué certaines des frontières départementales par un trait noir. Je vais maintenant ajouter mes églises, qui sont dans l’objet “coordeglises” : X indiquant la longitude et Y la latitude. :

    points(coordeglises$X,coordeglises$Y,pch=20,cex=2,col="red")

    Paris-Nord3

    Il me semble pouvoir remarquer que mes églises s’installent assez souvent à proximité de ces grandes routes, voire même à proximité du croisement de deux de ces grandes routes.

    Note : Mis à part le bel iMac sur lequel j’ai réalisé ces cartes, tout le reste fut “gratuit”. Open Source ou non. Seashore, R, OpenStreetMaps… et l’indispensable géocodage offert par google….

    Olesniak, fin de l’histoire

    La revue Genre, sexualité & société publie dans son numéro 2 un article où j’ai repris, sous une forme plus structurée, l’Affaire Olesniak, une série de documents judiciaires et policiers présentés ici sous forme de feuilleton.
    L’article se trouve à l’adresse suivante : http://gss.revues.org/index1189.html.
    Les épisodes avaient initialement été publiés ici : http://coulmont.com/blog/category/sexualit/olesniak/

    Actualité de l’érouv

    La “commission burqa” de l’Assemblée nationale a auditionné le mois dernier Caroline Fourest. Au cours de sa prise de parole, elle a mentionné les erouvim, un sujet qui me tient à coeur, ayant écrit quelques lignes à leur sujet : dans la revue en ligne Espace-Temps.net « Fin de l’érouve » et sur mon blog (au sujet d’alpinistes, ou de la mairie de Saint-Brice). Le sujet me tient tellement à coeur que, quand je visite une ville américaine, j’y cherche les érouvim. C’est difficile, car un érouve, c’est invisible : c’est un long fil de nylon tendu au sommet de pylônes. Mais alors, pourquoi est-ce un objet bon à controverser ?
    Ecoutons Caroline Fourest :

    Le devoir de préserver le vivre-ensemble et l’ordre public nécessite également de s’opposer aux demandes particularistes, formulées au nom du religieux – ce qui ne concerne pas qu’une seule religion ou qu’une seule dérive sectaire –, qui tendent à mettre en péril la sécurité collective et qui se multiplient.
    Je pense notamment à une demande présentée par une communauté juive ultra-orthodoxe à la municipalité d’Outremont, au Québec. Il s’agissait d’installer dans la ville un érouv, clôture symbolique démarquant l’espace urbain dans lequel les observants du shabbat peuvent se déplacer. Le conseil municipal a rejeté la demande, la considérant comme incompatible avec la notion de voie publique. Mais la Cour supérieure du Québec, invoquant la liberté de religion et l’obligation d’ « accommodement raisonnable », a autorisé l’installation de l’érouv. Une demande similaire a été formulée en France, à Garges-lès-Gonesse. La communauté juive qui y réside demandait non seulement la mise en place d’un érouv, mais également la neutralisation des codes électriques à l’entrée des immeubles pendant le shabbat. Il faut imaginer ce qu’une telle demande impliquerait : savoir qui est juif pratiquant et dans quel immeuble, gérer les conflits qui ne manqueraient pas de naître entre les pratiquants et leurs voisins à qui l’on a débranché le code pour des raisons religieuses, dans le cas d’un cambriolage, voire même regrouper les juifs pratiquants dans des immeubles qui ne seront pas protégés électriquement, etc. Heureusement, en France, aucun tribunal n’a accepté l’accommodement raisonnable admis au Canada.
    source

    Vou pouvez aussi voir l’audition de C. Fourest (video, dailymotion).
    Je n’ai pas entendu parler de l’affaire de Gonesse (je ne connaissais que celle de Saint-Brice, en 2006). Mais il me semble bien que l’érection d’erouvim est en développement en France : elle l’est au Canada, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. J’ai ainsi reçu, l’année dernière, ce mail en réaction à mon article sur les guerres hassidiques à Borough Park (Brooklyn, NY) :

    ---------- Message transféré ----------
    De : ****** < * ******@wanadoo.fr>
    Date : 29 mai 2008 14:50
    Objet : Baptiste Coulmont • Fin de l’Ã(c)rouve.
    
    Bonjour
    
    je suis président du conseil syndical d'une copropriété
    oü il y a des juifs qui voudraient faire un erouve je 
    voudrais savoir comment faire un erouve 
    selon le hallah.
    
    Merci.
    

    Malheureusement, malgré mes réponses, ce président de syndic n’a pas voulu m’en dire plus. J’aurai bien aimé savoir où était construit cet érouve d’immeuble, cela m’aurait permis de comparer avec les érouvim “municipaux”, qui sont souvent à l’origine de conflits internes au judaïsme (ou externes, comme dans les cas mentionnés par C. Fourest).

    Quelques livres reçus gratuitement

    Prenons la suite d’un billet du Polit’Bistro. J’ai récemment reçu gratuitement (hors cadeaux de Noël) plusieurs livres :

    Jean Da Silva Du Velu au Lisse : Histoire et esthétique de l’épilation intime, envoyé directement par l’auteur : l’angle d’attaque de l’épilation est ici l’histoire de l’art (ou celle des arts de soi).

    Michel Bozon, Sociologie de la sexualité : Domaines et approches, envoyé par les éditions Armand Colin : l’indispensable seconde édition de cet indispensable ouvrage, court et synthétique.

    Ivan Ermakoff, Ruling Oneself Out: A Theory of Collective Abdications, trouvé abandonné après un désherbage de bureau, avec d’autres ouvrages plus anciens. Ca me semble être un ouvrage de sociologie historique important, notamment parce qu’il combine la lecture des archives — le travail de première main — avec des tentatives de modélisation — théorie des jeux entre autres. Combinaison que les collègues français, socio-historiens, ne font pas : trop historiens sans doute.

    Marion Selz et Florence Maillochon, Le raisonnement statistique en sociologie, gagné par tirage au sort. Un bel ouvrage qui se centre, véritablement et tout au long des pages, sur le raisonnement statistique et pas sur le calcul statistique, sur le pourquoi plutôt que sur le comment.