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Barcelone et ses “no-tell” hôtels

Billet publié le 30/08/2010

Lors d’un séjour à Barcelone, il y a quelques mois, je suis tombé sur des flyers pour des “hôtels pour couples” qui promettent “discrétion”, entrées spéciales pour ne pas croiser d’autres clients, réductions si l’on reste moins de 4 heures et autres miroirs inclinables.
Voici ces flyers scannés :

Je ne sais pas ce que promettent ces hôtels (fortement critiqués sur internet par des clients mécontents). J’imagine qu’ils proposent les mêmes services que le no-tell motel étudié par Lilly & Ball [J. Robert Lilly and Richard A. Ball, “No-Tell Motel: The Management of Social Invisibility,” Urban Life 10:2 (July 1981), 179-198. — note : Urban Life est devenu depuis le Journal of contemporary ethnography]
Dans leur article, Lilly et Ball décrivent un motel “confidentiel” dont la clientèle est composée de “couples hétérosexuels d’une nuit”. Ce motel a été construit à la sortie d’une ville, n’a jamais fait de publicité : il fallait échapper aux croisades morales. Les employés du motel ont pour consigne d’éloigner les clients problématiques (les familles avec enfants et ceux qui souhaitent y passer la nuit entière). Pour eux : “c’est complet”. Pour assurer l’invisibilité, les chambres sont munies d’un garage à ouverture automatique et de la possibilité de payer sans passer par l’accueil. À l’accueil, les employés s’efforcent de ne jamais regarder les clients dans les yeux. En bref, toute l’organisation vise à assurer une “ignorance institutionnelle” (les informations personnelles ne sont pas recueillies) et “co-présence fictionnelle” (tout le monde prétend que quelque chose d’autre est en train de se passer tout en sachant ce qui se passe réellement).
Et, comme l’écrivent Brekhus, Galliher et Keys : « The local police were well aware of the motel’s actual and intended use, and in fact received a special professional rate reduction when they used the motel. »
A Barcelone en 2010, le contexte est probablement différent. Mais ces hôtels promettent, eux aussi, comme le “no-tell motel” américain, discrétion.

1 commentaire

Un commentaire par Jean-no (31/08/2010 à 0:13)

à lire : “Love Hotel”, de Frédéric Boilet, qui raconte ce genre de choses au Japon, et l’excellente affaire que ça constitue pour les “gaijins” qui cherchent à se faire héberger à prix discount : les “love hotels” ne sont pas faits pour dormir, mais les réceptionnistes sont trop embarrassés lorsqu’ils veulent l’expliquer à des non-japonais, qui en profitent, donc.