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Les billets de September, 2010 (ordre chronologique)

Liste de choses variées

Allons-y, mettons en liste des choses qui n’étaient pas encore en liste.

  1. Pour une fois, Phersv et Maïa Mazaurette parlent de la même chose : Cthulhu.
  2. Des statistiques sur les noms des rues, en France, à partir des données d’Open Street Maps, chez David Madore : peu de femmes, beaucoup d’Eglises.
  3. Je suis cité dans La sexualité féminine de A à Z de Ovidie, aux éditions La Musardine ;-)
  4. L’année dernière, j’avais trouvé un vieux ticket de métro dans un vieux livre. Un collectionneur de tickets de métro (techniquement un ticketdemétrophile) me l’a racheté (5 euros). Ce ticket va se retrouver publié dans une Petite histoire du ticket de métro parisien. Là se trouve le véritable défi de l’édition électronique : pouvoir insérer, entre les pages, des vieux tickets de métro.
  5. Cette petite vidéo, à peine quelques secondes, m’a beaucoup fait rire.

    [via matoo]

a dégommé gloomy ?

Depuis 2008, “Pandore” rédige Kalai Elpides, un blog consacré à son expérience de candidate aux postes de maîtres de conférences.
Pandore a créé tout un vocabulaire. Un gloomy, par exemple :

En numéro un, il y a Gloomy. Gloomy n’a qu’une publication dans une revue qui est d’ailleurs la publication de la seule conférence affichée dans son CV, Gloomy n’a même pas pris la peine de changer le titre. Gloomy n’a pas fait de postdoc, A priori, Gloomy n’a pas été auditionné ailleurs. Gloomy n’a pas postulé au CNRS, ni même peut-être dans une autre université. Gloomy n’a rien fait d’autre que d’être le doctorant du président de la commission de spécialiste. Godechot, Oh Godechot, ils ne savent pas ce qu’ils font, ils sont devenus fous! (source)

Les commissions deviennent des “KKK” (KKK : Komissions Konsultatives Korruptibles : assemblée secrète de décideurs choisis pour offrir une configuration propice à entériner les décisions souterraines dites “de couloir”).
Un style fleuri, forcément ironique, parsème ses billets de références jamais entièrement explicitées (références littéraires, musicales et professionnelles) :

Un jour que j’étais au Ministère pour prostiputer, j’étais en avance (je suis toujours en avance, c’est pour ça que je ne pourrai jamais travailler au CNRS quand je serai grande. Demandez au troll, il vous dira que pour travailler au CNRS, il faut se lever à 16h pour aller à son rendez-vous de 14h30 pour finir le rapport de la semaine dernière!). Donc un jour que j’étais en avance pour une séance de prostiputage, je furetais dans les couloirs plein de quinquagénaires en costumes velours et piles de bouquins sous le bras. Comme je suis née sous le signe chinois de la fouine, mon sang badeaud n’a fait qu’un tour quand j’ai vu une porte entrouverte. Elle était petite comme dans les histoires d’Alice à Wonderland, il fallait escalader une grande marche… mais une fois dedans, j’ai découvert que je me trouvais DANS la Galaxie! (source)

C’est l’ensemble de ces choses, avec l’anonymat (ce pourrait être une collègue proche), qui a fait le succès de ses textes.
Enfin, après trois sessions de candidatures, “Pandore” a été recrutée.

Petite sociologie de la signalétique

J’ai rédigé un compte-rendu pour liens-socio.org, sur le livre de Jérôme Denis et David Pontille, Petite sociologie de la signalétique [amazon].
Le compte-rendu est là bas en ligne sur liens-socio, et je le reproduis ci-dessous :

De très nombreuses études sur le métro : des musiciens (Anne-Marie Green) aux personnes « encombrantes » (Emmanuel Soutrenon), l’environnement humain est bien connu. Restaient, peut-être, les « non-humains ». Jérôme Denis et David Pontille réparent cet affront fait aux objets dans une « sociologie de la signalétique ». Cette recherche centrée sur « ceux qui cherchent à déléguer des formes d’action à des dispositifs graphiques » (p.18) commence par un premier chapitre qui pose l’établissement de « la norme » graphique – les standards suivis par la RATP depuis quelques années. Il était sans doute nécessaire de poser le contexte, le passage de la RATP à une forme commerciale d’interaction avec les usagers. Mais j’ai trouvé ailleurs l’intérêt de l’ouvrage.

Pour Denis et Pontille, le métro (même s’il fut choisi comme abri contre les bombes pendant la dernière Guerre mondiale) est un assemblage « fragile ». Le terme est assez présent pour qu’un lecteur amusé le remarque (entre autres p.48, p.55, p.73, p.110, p.151). Comment comprendre cette fragilité ? Elle est d’abord liée à un parti-pris théorique. « [I]l n’est plus possible aujourd’hui de prétendre analyser les lieux publics et les formes de sociabilité qui y ont cours en prenant pour acquis leur dimension structurée et pré-ordonnée » (p.11) : il faut comprendre le travail d’ordonnancement, les « activités ordinaires » qui permettent à la signalétique d’être fabriquée, mise en place et maintenue. Les auteurs vont donc insister sur le caractère « en construction » des mondes et des choses observées.

L’on trouve alors de la fragilité tout au long de l’ouvrage (c’est peut-être pour cette raison qu’il se nomme « petite sociologie de la signalétique »). Le chapitre 2, qui décrit la place, dans l’entreprise RATP, des départements de la signalétique (création et maintenance) souligne « la grande fragilité du dispositif de la signalétique au sein de l’entreprise ». Il lui est fait une petite place dans une organisation du travail structurée autour du monde industriel du transport des voyageurs plus qu’autour du monde commercial de l’information aux usagers. Les professionnels de la signalétique (sémiologues et autres designers ou typographes) doivent donc lutter pour s’imposer face à l’imagination des ouvriers, des responsables de station ou des publicitaires. La norme signalétique doit donc être en permanence négociée.

Les chapitres 4 et 5 reposent sur l’observation du travail des ouvriers qui placent les panneaux et qui les maintiennent. La fragilité, ici, est encore à rapporter aux standards de la signalétique : c’est l’alignement « entre les règles, les corps des agents, ceux des objets graphiques (…) et l’environnement » qui est fragile. Dans ces deux chapitres, qui ne s’appuient pas sur « l’interprétation des signes », mais sur le travail de placement et de maintien, c’est la mise en place d’un « ordre » qui est décrite : mais un ordre social qui est toujours le « résultat temporaire » des actions. Ce qui apparaît aux voyageurs comme une forme immuable (les panneaux de signalisation du métro) est en réalité le fruit du travail quotidien des ouvriers.

Ces chapitres sont d’autant plus intéressants qu’ils s’éloignent un peu des panneaux pour laisser s’exprimer les ouvriers suivis. Certes, ces ouvriers n’ont ni classe, ni origine sociale, ni âge (mais ce sont des hommes). Herbert, Léonard, David et Jonathan n’ont pas d’histoire et leurs prénoms apparaissent interchangeables. Mais les auteurs saisissent bien ce que j’appellerai la place dominée de ces « travailleurs invisibles » du métro. Comment cette invisibilité est-elle objectivée ? À l’aide d’une réflexion sur les « ficelles du métier » : s’il faut y recourir, c’est parce que les objets ont été pensés, fabriqués… sans envisager les ouvriers qui les répareraient (et il est nécessaire de bricoler pour les faire tenir). Les ficelles du métier sont un moyen utilisé pour « apaiser les tensions » liées à la division du travail.

J’ai laissé de côté le chapitre 3, qui est certes situé au cœur de l’ouvrage mais qui m’apparaît proposer un petit déplacement théorique. Dans ce chapitre, les auteurs s’intéressent à une question classique « peut-on suivre une règle ? » en étudiant les conceptions plus ou moins implicite des règles suivies portées par les créateurs de signalétique. Si « chaque composant de la signalétique peut (…) être considéré comme un micro-instrument de discipline », alors il faut étudier les « représentations des compétences et des actions des utilisateurs (de signalétique) telles qu’elles ont été mobilisées et présupposées » par les concepteurs de signalétique. Ces concepteurs proposent, plus ou moins explicitement, des anthropologies associées à leurs objets.

Pour en savoir plus :

Conseils pour un cours (textes en anglais)

J’ai besoin de votre aide, de vos conseils, de vos suggestions. Je vais donner ce semestre un cours de sociologie en français et en anglais, cours centré sur la lecture de textes en anglais (des textes courts) et sur leur traduction en français. Il y a des tonnes de textes non-traduits, mais je cherche des articles ou des chapitres qui présentent des spécificités de traduction, des concepts ou des descriptions intéressantes.
J’ai quelques idées sous la main, de quoi faire quelques cours présentant à la fois un vocabulaire particulier, des manières de rédiger et des traditions disciplinaires. Par exemple, je ne pense pas que le texte de Garfinkel sur les “Conditions of Successful Degradation Ceremonies” a été traduit.
Des idées ?

A peek into google’s unconscious mind

Google Scribe suggests what words you can use. It can write entire stories about Beyonce and things popping up…
Kind of like a cadavre exquis, with google’s own cadaver.

Mon 11 septembre


Il y a de beaux récits personnels répondant à la question que faisiez-vous ce jour-là. Je ne sais pas trop écrire ainsi.
Mais le 11 septembre, j’ai écrit. Voici le contexte. L’image ci-dessus est une photographie prise en 2000 du salon de l’appartement que j’occupais alors à New York, ayant pris la succession de Muriel D., avant que n’arrive, pour m’y succéder, Pascaline D.. Si ça se trouve, Romain L. est aussi dans le même appartement.
Le 11, parce qu’il faisait beau et que je n’enseignais pas, je suis parti lire de vieux papiers aux archives de l’Eglise méthodiste unie, dans le New Jersey.

Voici ce que, le lendemain, j’écrivis dans un mail collectif largement destiné aux connaissances les plus variées qui pouvaient se poser des questions sur ma survie éventuelle. D’où le style, plus matter of fact qu’émotif :

(…) Hier, comme je n’enseignais pas, je suis allé travailler aux archives de l’United methodist Church, à Drew University, Madison, dans le New Jersey, et c’est à 50 km de NY environ. Levé à 6h30, train à 7h40 à Penn Station, et arrivée à 8h45 à Madison. C’est vers 9h30 qu’une des responsables des archives est venu prévenir tout le monde (j’étais le seul chercheur présent). A 10h, tout le monde est monté au premier étage car on venait d’apprendre qu’une tour s’était effondrée.
Il est assez vite apparu que je ne pourrais pas rentrer à NY, car tout était
bloqué, et impossible de pénétrer dans Manhattan. J’ai essayé de continuer à travailler, sans grand succès, passant mon temps sur nyt.com et yahoo.com (yahoo a toujours bien fonctionné, tout au long de la crise). Bien sur, les téléphones vers NY ou vers la France étaient tres problématiques, mais le mail a toujours fonctionné.
Drew University, à l’origine un college de théologie qui s’est agrandi, a
très vite organisé des groupes de prière et un service d’aide psychologique. (…)

Mes mails, le 11 septembre, étaient encore plus secs.


----- Original Message -----
From: Baptiste Coulmont
To: christian.b***@ens.fr
Cc: olivier.g***@ens.fr
Sent: Tuesday, September 11, 2001
Subject: tout va bien

Bonjour,

J'etais dans le New Jersey ce matin, donc tout va bien de mon cote.
Je risque de rester coince cette nuit, mais ce n'est rien de grave.

Baptiste Coulmont

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Baptiste Coulmont - bc4@nyu.edu
http://homepages.nyu.edu/~bc4
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J’étais coincé pour plusieurs raisons. D’abord parce que j’avais l’habitude de toujours sortir sans carte bancaire (l’idée de la perdre et de devoir faire opposition m’inquiétait trop). Et parce que je ne sortais qu’avec une trentaine de dollars, de quoi faire l’aller-retour, et manger. Pas de quoi payer une nuit d’hotel. Ensuite parce que les trains vers New York avaient été tous stoppés.
J’ai été hébergé par l’une des employées des archives, qui, je me souviens, prenait le soir un verre de vin, de préférence du rouge. C’est peut-être de là que date une habitude que j’ai aussi prise. Attaque terroriste ou pas.

Cartographie avec R, “tutoriel”

Voici une oeuvre en voie de composition : un tutoriel pour la cartographie avec R. Considérez que le fichier, disponible à l’adresse suivante http://coulmont.com/cartes/rcarto.pdf, est pour l’instant une version très préliminaire. Disons une version 0.1
Il existe de bons “tutoriels” en ligne en français, notamment pour la régression logistique (Lemercier et Sofio 1) ou l’analyse factorielle (Sofio et Lemercier 2).
Je n’en connais pas pour la cartographie, d’où mon initiative.
Les commentaires sont les bienvenus.

Amusements cartographiques

Pour rédiger mon tutoriel cartographique pour R, je cherchais des données variées. J’ai réussi à trouver les résultats à la présidentielle de 2007, par départements. J’ai du retravailler un peu le fichier, que je donne à la collectivité :
presidentielles.csv
Avec ça, on peut faire de jolies cartes. Mes premières essaient de repérer les zones où les candidats ont reçu leur pourcentages maxi et mini de votes.
Je classe les données par intervalles avec le package classInt :
class<-classIntervals(plotvar, nclr, style=”equal”)

 

 

Je sais, ces cartes n’ont rien de formidable, on en trouve de mieux sur internet, il n’y a pas de légende… Mais vous pouvez les reproduire ces cartes. Talk about empowerment !

plotvar <- presidentielles$schivardi/presidentielles$exprime
nclr <- 6
plotclr <- brewer.pal(nclr,”RdBu”)
plotclr <- plotclr[nclr:1] # reorder colors
class <- classIntervals(plotvar, nclr, style=”equal”)
colcode <- findColours(class, plotclr)
plot(departements,col=colcode,lty=”blank”,lwd=.5)
title(main=”Votes pour Schivardi”)

Variations du recrutement, agrégation et capes

Suite à une question de David Monniaux j’ai demandé à mon collègue Charles Soulié des données sur le nombre de postes ouverts aux concours du CAPES et de l’agrégation depuis 1960. Je pense disposer de données solides.

Les données, ici, portent sur les concours externes.
Que faudrait-il ajouter ?
– le nombre de candidats, d’abord, qui varie aussi, mais pas dans les mêmes proportions (le taux de réussite à l’agrégation en 1990 est de 1 sur 5, il n’est plus que de 1 sur 10 en 2008).
– le nombre d’élèves inscrits, chaque année, dans l’enseignement secondaire (ou un indicateur comme le nombre d’élèves passant le bac, ou le brevet des collèges)

Les variations, très rapides et de grande ampleur depuis une vingtaine d’année, contribuent sans doute à perturber les possibilités de prévision des candidates. L’agrégation, par exemple, se préparait, jusqu’à récemment, en 5 ans (bac+4 et un an de préparation)… mais personne (sauf dans un ou deux bureau du ministère) ne sait, un an avant le début des concours, combien de postes seront ouverts.
Le “creux” dans les recrutements autour de 1975-1980 va sans doute avoir des conséquences très prochainement : ces recrutés, peu nombreux, vont partir à la retraite.

Mots valises

Tous en liste (sic) !

  1. L’anthropopotame, je ne sais pas qui c’est. Mais son côté “tête de mule” m’amuse. À la lecture, car je ne suis pas certain que l’avoir comme collègue m’amuserait.
  2. Énermouvant, le dernier numéro du Tigre
  3. Radical de gauche ou gauche radicale ? Ah que le français est subtil. L’un désigne un vieux croûton tout mou, du moudujnou politique. L’autre la virilité révolutionnaire sûre d’elle.

    (Bien entendu, ceci a été photographié à Paris 8, la plus radicale de gauche des université de gauche radicale.)
  4. Maomao :
    Photo aussi prise à P8 il y a quelques jours. Le “Parti maoïste de France” (whatever…) fait sa pub en A3 jaune (étrange, l’usage du jaune) sur les murs de Paris 8. Il y a un mail et un blog qui permet de contacter le maoïste : drapeaurouge.over-blog.com… Pourquoi pas vlad.illich.lenin999@gmail.com se demande un collègue ?
  5. rémonboudon discute avec sa femme (il l’écrit page 6), et ça donne La sociologie comme science, où l’on apprend que « La sociologie scientifique doit ses succès au postulat de l’individualisme méthodologique. » On aura aussi appris qu’il est marié, donc. Ceci dit, je vais l’acheter, ce Repères. J’aime les autobiographies intellectuelles, celle de Michel Crozier m’avait bien fait rire, celle de Boudon est à 9 euros 50 seulement.

Sans commentaire

Pareto Rules !

[En fait, il faut un commentaire. Les données portent sur l’année 2004, elles proviennent du “Fichier des prénoms”, obtenu par le Centre Quêtelet. Et : il faut beaucoup plus que 10000 prénoms pour nommer 100% des naissances, mais les données auxquelles j’ai accès contiennent une catégorie globale, “Prenoms rares”, donnée en 2004 à plus de 7% des naissances, sans qu’il soit possible de savoir combien de prénoms se trouvent dans cette catégorie. Mais cela ne changerait pas du tout la forme de la courbe.]

Un peu méchant

C’est un peu méchant, mais plus j’y pense, plus ça fait sens. La Distinction de l’un, c’est la Culture des individus de l’autre. Le Sens pratique de l’un, c’est l’homme pluriel de l’autre.

Basques et bretons au collège

Dans un quotidien, récemment, l’un des frères Fassin disait que la culture, ce n’est pas une explication, c’est ce qu’il faut expliquer. Pour cela, il faut probablement encore croire que la culture existe un tant soit peu, ce qui n’est pas vraiment mon cas.
Cependant, il faut reconnaître que certaines personnes construisent activement des identités collectives et qu’on ne peut les effacer aussi rapidement. J’avais déjà mentionné l’existence de prénoms bretons : depuis une cinquantaine d’années, des promoteurs de la culture bretonne publient dictionnaires, calendriers, listes… comprenant ce qu’ils appellent des “prénoms bretons”. Si l’on agrège différentes listes, l’on finit par obtenir une grosse liste de prénoms bretons.
Le “fichier des prénoms” de l’INSEE propose des données au niveau national et au niveau de chaque département. Mais rien en dessous : rien au niveau des communes ou des cantons.
Mais, peut-être par inadvertance, l’éducation nationale, elle, donne accès à des données intéressantes. Une bonne partie des académies publient les résultats nominatifs au brevet des collèges. Henry Ciesielski a repéré cela et a réussi à récupérer une bonne partie de cette liste.
L’on dispose ainsi d’informations assez fines au niveau de chaque collège. La suite est le résultat d’une collaboration entre Henry et moi. Les 4800 collèges ont été géolocalisés (assez grossièrement et avec des erreurs, car nous ne disposions que de la commune, pas de l’adresse postale complète). Et, pour chaque collège, la proportion de “prénoms bretons” parmi les admis au brevet a été calculée.
La carte suivante permet de voir, rapidement, qu’il y a plus de prénoms bretons en Bretagne qu’en dehors. Il est bien dommage que les académies limitrophes n’aient pas publié les résultats au brevet : l’on aurait pu voir où s’arrêtait la frontière culturelle… [Notez : la taille des points est fonction du nombre de prénoms bretons, la couleur fonction de la proportion.]

Des résultats plus fins sont disponibles : les collèges “Diwan” regroupent plus d’enfants avec des prénoms bretons.
La carte suivante m’intéresse plus. En effet, les promoteurs de la culture bretonne semblent avoir réussi un double essai : rendre visible les prénoms bretons à l’état civil pour une minorité non négligeable d’enfants, et diffuser à l’ensemble de la Bretagne-région cette pratique. Cela dans un contexte intéressant : plus personne ou presque ne parle breton…
Les promoteurs du basque n’en sont pas là encore. Voyez la carte : seuls une poignée de collèges contiennent une proportion importante de prénoms basques, et cela est limité à l’extrême sud-ouest du Sud-Ouest. Autant les Morgane, les Gwenn et les Ewen se sont diffusés au delà du monde des bretonisants, autant les Bixente, les Ainhoa et les Aguxtin restent confinés au pied des Pyrénées-Atlantiques. [Ce n’est peut-être pas vrai pour quelques prénoms, mais, pris collectivement, ils n’ont aucune existence en dehors de la micro-région.]

Prenez ces deux cartes comme un début de recherche, une première visualisation des effets à la fois de la libéralisation du choix du prénom et, je le pense, des entreprises politiques de différenciation culturelle.