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Archive for 2010

Un mot par mois, et des compte-rendus en direct

couv-sociologie325_01couv-sociologie325_03La revue Sociologie à laquelle je participe a une stratégie de publication, disons… multisupport : une version “papier” éditée par les Presses universitaires de France, une version PDF sur cairn.info, et une version html sur revues.org. Chaque version a ses spécificités.
Le site de la revue Sociologie sur revues.org s’étoffe régulièrement, et pas seulement quand un nouveau numéro est publié. Chaque mois, un morceau de l’oeuvre collective du comité de rédaction, Les 100 mots de la sociologie, un Que-Sais-Je ? publié en 2010, sera mis en ligne. Ce mois-ci Stratification sociale, par Philippe Coulangeon. Et, pour ne pas attendre les 99 prochains mois pour découvrir les 99 autres mots, il est fort recommandé d’acheter le livre.
Des compte-rendus d’ouvrage sont aussi en ligne, dont le tout dernier, La fortune du Ghetto au sujet de La loi du ghetto.

Basques et bretons au collège

Dans un quotidien, récemment, l’un des frères Fassin disait que la culture, ce n’est pas une explication, c’est ce qu’il faut expliquer. Pour cela, il faut probablement encore croire que la culture existe un tant soit peu, ce qui n’est pas vraiment mon cas.
Cependant, il faut reconnaître que certaines personnes construisent activement des identités collectives et qu’on ne peut les effacer aussi rapidement. J’avais déjà mentionné l’existence de prénoms bretons : depuis une cinquantaine d’années, des promoteurs de la culture bretonne publient dictionnaires, calendriers, listes… comprenant ce qu’ils appellent des “prénoms bretons”. Si l’on agrège différentes listes, l’on finit par obtenir une grosse liste de prénoms bretons.
Le “fichier des prénoms” de l’INSEE propose des données au niveau national et au niveau de chaque département. Mais rien en dessous : rien au niveau des communes ou des cantons.
Mais, peut-être par inadvertance, l’éducation nationale, elle, donne accès à des données intéressantes. Une bonne partie des académies publient les résultats nominatifs au brevet des collèges. Henry Ciesielski a repéré cela et a réussi à récupérer une bonne partie de cette liste.
L’on dispose ainsi d’informations assez fines au niveau de chaque collège. La suite est le résultat d’une collaboration entre Henry et moi. Les 4800 collèges ont été géolocalisés (assez grossièrement et avec des erreurs, car nous ne disposions que de la commune, pas de l’adresse postale complète). Et, pour chaque collège, la proportion de “prénoms bretons” parmi les admis au brevet a été calculée.
La carte suivante permet de voir, rapidement, qu’il y a plus de prénoms bretons en Bretagne qu’en dehors. Il est bien dommage que les académies limitrophes n’aient pas publié les résultats au brevet : l’on aurait pu voir où s’arrêtait la frontière culturelle… [Notez : la taille des points est fonction du nombre de prénoms bretons, la couleur fonction de la proportion.]

Des résultats plus fins sont disponibles : les collèges “Diwan” regroupent plus d’enfants avec des prénoms bretons.
La carte suivante m’intéresse plus. En effet, les promoteurs de la culture bretonne semblent avoir réussi un double essai : rendre visible les prénoms bretons à l’état civil pour une minorité non négligeable d’enfants, et diffuser à l’ensemble de la Bretagne-région cette pratique. Cela dans un contexte intéressant : plus personne ou presque ne parle breton…
Les promoteurs du basque n’en sont pas là encore. Voyez la carte : seuls une poignée de collèges contiennent une proportion importante de prénoms basques, et cela est limité à l’extrême sud-ouest du Sud-Ouest. Autant les Morgane, les Gwenn et les Ewen se sont diffusés au delà du monde des bretonisants, autant les Bixente, les Ainhoa et les Aguxtin restent confinés au pied des Pyrénées-Atlantiques. [Ce n’est peut-être pas vrai pour quelques prénoms, mais, pris collectivement, ils n’ont aucune existence en dehors de la micro-région.]

Prenez ces deux cartes comme un début de recherche, une première visualisation des effets à la fois de la libéralisation du choix du prénom et, je le pense, des entreprises politiques de différenciation culturelle.

Un peu méchant

C’est un peu méchant, mais plus j’y pense, plus ça fait sens. La Distinction de l’un, c’est la Culture des individus de l’autre. Le Sens pratique de l’un, c’est l’homme pluriel de l’autre.

Sans commentaire

Pareto Rules !

[En fait, il faut un commentaire. Les données portent sur l’année 2004, elles proviennent du “Fichier des prénoms”, obtenu par le Centre Quêtelet. Et : il faut beaucoup plus que 10000 prénoms pour nommer 100% des naissances, mais les données auxquelles j’ai accès contiennent une catégorie globale, “Prenoms rares”, donnée en 2004 à plus de 7% des naissances, sans qu’il soit possible de savoir combien de prénoms se trouvent dans cette catégorie. Mais cela ne changerait pas du tout la forme de la courbe.]

Mots valises

Tous en liste (sic) !

  1. L’anthropopotame, je ne sais pas qui c’est. Mais son côté “tête de mule” m’amuse. À la lecture, car je ne suis pas certain que l’avoir comme collègue m’amuserait.
  2. Énermouvant, le dernier numéro du Tigre
  3. Radical de gauche ou gauche radicale ? Ah que le français est subtil. L’un désigne un vieux croûton tout mou, du moudujnou politique. L’autre la virilité révolutionnaire sûre d’elle.

    (Bien entendu, ceci a été photographié à Paris 8, la plus radicale de gauche des université de gauche radicale.)
  4. Maomao :
    Photo aussi prise à P8 il y a quelques jours. Le “Parti maoïste de France” (whatever…) fait sa pub en A3 jaune (étrange, l’usage du jaune) sur les murs de Paris 8. Il y a un mail et un blog qui permet de contacter le maoïste : drapeaurouge.over-blog.com… Pourquoi pas vlad.illich.lenin999@gmail.com se demande un collègue ?
  5. rémonboudon discute avec sa femme (il l’écrit page 6), et ça donne La sociologie comme science, où l’on apprend que « La sociologie scientifique doit ses succès au postulat de l’individualisme méthodologique. » On aura aussi appris qu’il est marié, donc. Ceci dit, je vais l’acheter, ce Repères. J’aime les autobiographies intellectuelles, celle de Michel Crozier m’avait bien fait rire, celle de Boudon est à 9 euros 50 seulement.

Variations du recrutement, agrégation et capes

Suite à une question de David Monniaux j’ai demandé à mon collègue Charles Soulié des données sur le nombre de postes ouverts aux concours du CAPES et de l’agrégation depuis 1960. Je pense disposer de données solides.

Les données, ici, portent sur les concours externes.
Que faudrait-il ajouter ?
– le nombre de candidats, d’abord, qui varie aussi, mais pas dans les mêmes proportions (le taux de réussite à l’agrégation en 1990 est de 1 sur 5, il n’est plus que de 1 sur 10 en 2008).
– le nombre d’élèves inscrits, chaque année, dans l’enseignement secondaire (ou un indicateur comme le nombre d’élèves passant le bac, ou le brevet des collèges)

Les variations, très rapides et de grande ampleur depuis une vingtaine d’année, contribuent sans doute à perturber les possibilités de prévision des candidates. L’agrégation, par exemple, se préparait, jusqu’à récemment, en 5 ans (bac+4 et un an de préparation)… mais personne (sauf dans un ou deux bureau du ministère) ne sait, un an avant le début des concours, combien de postes seront ouverts.
Le “creux” dans les recrutements autour de 1975-1980 va sans doute avoir des conséquences très prochainement : ces recrutés, peu nombreux, vont partir à la retraite.

Amusements cartographiques

Pour rédiger mon tutoriel cartographique pour R, je cherchais des données variées. J’ai réussi à trouver les résultats à la présidentielle de 2007, par départements. J’ai du retravailler un peu le fichier, que je donne à la collectivité :
presidentielles.csv
Avec ça, on peut faire de jolies cartes. Mes premières essaient de repérer les zones où les candidats ont reçu leur pourcentages maxi et mini de votes.
Je classe les données par intervalles avec le package classInt :
class<-classIntervals(plotvar, nclr, style=”equal”)

 

 

Je sais, ces cartes n’ont rien de formidable, on en trouve de mieux sur internet, il n’y a pas de légende… Mais vous pouvez les reproduire ces cartes. Talk about empowerment !

plotvar <- presidentielles$schivardi/presidentielles$exprime
nclr <- 6
plotclr <- brewer.pal(nclr,”RdBu”)
plotclr <- plotclr[nclr:1] # reorder colors
class <- classIntervals(plotvar, nclr, style=”equal”)
colcode <- findColours(class, plotclr)
plot(departements,col=colcode,lty=”blank”,lwd=.5)
title(main=”Votes pour Schivardi”)

Cartographie avec R, “tutoriel”

Voici une oeuvre en voie de composition : un tutoriel pour la cartographie avec R. Considérez que le fichier, disponible à l’adresse suivante http://coulmont.com/cartes/rcarto.pdf, est pour l’instant une version très préliminaire. Disons une version 0.1
Il existe de bons “tutoriels” en ligne en français, notamment pour la régression logistique (Lemercier et Sofio 1) ou l’analyse factorielle (Sofio et Lemercier 2).
Je n’en connais pas pour la cartographie, d’où mon initiative.
Les commentaires sont les bienvenus.

Mon 11 septembre


Il y a de beaux récits personnels répondant à la question que faisiez-vous ce jour-là. Je ne sais pas trop écrire ainsi.
Mais le 11 septembre, j’ai écrit. Voici le contexte. L’image ci-dessus est une photographie prise en 2000 du salon de l’appartement que j’occupais alors à New York, ayant pris la succession de Muriel D., avant que n’arrive, pour m’y succéder, Pascaline D.. Si ça se trouve, Romain L. est aussi dans le même appartement.
Le 11, parce qu’il faisait beau et que je n’enseignais pas, je suis parti lire de vieux papiers aux archives de l’Eglise méthodiste unie, dans le New Jersey.

Voici ce que, le lendemain, j’écrivis dans un mail collectif largement destiné aux connaissances les plus variées qui pouvaient se poser des questions sur ma survie éventuelle. D’où le style, plus matter of fact qu’émotif :

(…) Hier, comme je n’enseignais pas, je suis allé travailler aux archives de l’United methodist Church, à Drew University, Madison, dans le New Jersey, et c’est à 50 km de NY environ. Levé à 6h30, train à 7h40 à Penn Station, et arrivée à 8h45 à Madison. C’est vers 9h30 qu’une des responsables des archives est venu prévenir tout le monde (j’étais le seul chercheur présent). A 10h, tout le monde est monté au premier étage car on venait d’apprendre qu’une tour s’était effondrée.
Il est assez vite apparu que je ne pourrais pas rentrer à NY, car tout était
bloqué, et impossible de pénétrer dans Manhattan. J’ai essayé de continuer à travailler, sans grand succès, passant mon temps sur nyt.com et yahoo.com (yahoo a toujours bien fonctionné, tout au long de la crise). Bien sur, les téléphones vers NY ou vers la France étaient tres problématiques, mais le mail a toujours fonctionné.
Drew University, à l’origine un college de théologie qui s’est agrandi, a
très vite organisé des groupes de prière et un service d’aide psychologique. (…)

Mes mails, le 11 septembre, étaient encore plus secs.


----- Original Message -----
From: Baptiste Coulmont
To: christian.b***@ens.fr
Cc: olivier.g***@ens.fr
Sent: Tuesday, September 11, 2001
Subject: tout va bien

Bonjour,

J'etais dans le New Jersey ce matin, donc tout va bien de mon cote.
Je risque de rester coince cette nuit, mais ce n'est rien de grave.

Baptiste Coulmont

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Baptiste Coulmont - bc4@nyu.edu
http://homepages.nyu.edu/~bc4
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J’étais coincé pour plusieurs raisons. D’abord parce que j’avais l’habitude de toujours sortir sans carte bancaire (l’idée de la perdre et de devoir faire opposition m’inquiétait trop). Et parce que je ne sortais qu’avec une trentaine de dollars, de quoi faire l’aller-retour, et manger. Pas de quoi payer une nuit d’hotel. Ensuite parce que les trains vers New York avaient été tous stoppés.
J’ai été hébergé par l’une des employées des archives, qui, je me souviens, prenait le soir un verre de vin, de préférence du rouge. C’est peut-être de là que date une habitude que j’ai aussi prise. Attaque terroriste ou pas.

A peek into google’s unconscious mind

Google Scribe suggests what words you can use. It can write entire stories about Beyonce and things popping up…
Kind of like a cadavre exquis, with google’s own cadaver.