Billet

Carrières de députés

Billet publié le 01/09/2011

Il s’agit ici d’explorer un peu qui sont nos députés (et il s’agit de le faire aujourd’hui en accompagnement du congrès de l’AFSP). J’ai proposé à une collègue, Catherine Achin (qui avait commencé à le faire), de récupérer, sur le site de l’Assemblée nationale, des informations biographiques sur les 577 députés. Le site de l’A.N. est suffisamment bien fait pour que, avec le package XML, on puisse demander à R d’aspirer tout seul certaines informations. (Encore merci à François Guillem d’avoir mis en ligne son tutoriel et répondu à mes questions).
Professeure Achin ne s’intéressait pas seulement aux caractéristiques actuelles des députés, mais à leur carrière. Comment sont-ils arrivés où ils en sont aujourd’hui ? Car l’on devient député à un âge fort avancé : l’âge à la première élection réussie est de 46 ans en moyenne. Ils ont du faire autre chose avant, mais quoi donc ?
Plus de 95% des députés au moment de leur élection, avaient déjà été détenteurs d’un mandat local : ce sont visiblement des professionnels de la politique. Les 5% restants, qui n’indiquent pas, sur le site de l’assemblée nationale, avoir déjà été élus, sont en partie des petits cachottiers, comme Edwige Antier (élue dès 1977 en Nouvelle Calédonie, puis en 2001 à Paris). Dans les paragraphes qui suivent, je n’étudie pas le cumul des mandats, mais la présence, ou non, avant dans la carrière, d’autres mandats (qui sont peut-être terminés).

Voici les séquences de carrière les plus fréquentes
C-M-G-D (d’abord conseiller municipal, puis maire, puis conseiller général, puis député) : 58 députés
C-D : de conseiller municipal à député : 49 députés
C-M-D de conseiller municipal à maire, à député : 43 députés

Toutes les carrières ne se terminent pas par “D” (Députés), certains se lançant aussi dans des carrières locales après la députation. R, ici, signifie membre d’un conseil régional.

Ne se trouvent, dessous, que les successions de mandats les plus fréquentes, car avec les permutations possibles G-D-R-M et autres… il y a une centaine de séquences possibles

C-M-G-D	58
C-D     49
C-M-D   43
D       29
C-G-D	26
C-G-M-D	22
C-R-D	22
G-C-M-D	20
C-M-R-D	19
G-C-D	14
C-M-G-R-D 12
R-D	12
C-D-M	11
D-C-M	9
D-R	8

… etc…

Voici une autre représentation. Les députés (chaque ligne correspond à un°e député°e) sont classés en fonction de l’année de leur premier mandat électif. Nous n’étudions ici que les mandats municipaux (conseillers, ici M, et maires, ici MA). Les carrières “toutes vertes” (uniquement député) sont rares : ceux qui commencent députés acquièrent rapidement un mandat municipal. Un député, ici, finit “bleu” ou “marron” (il a, à un moment de sa carrière, un mandat municipal), et commence “jaune” ou “rouge” (conseiller municipal ou maire).

Une conclusion ? La carrière locale est toujours bien intéressante. Et les députés hostiles au cumul des mandats, quand un mandat local s’ouvre à eux, ne résistent pas souvent.

L’idée que j’avais au départ, avec toutes ces données, était de faire de l'”analyse de séquence” (pour en savoir encore plus il existe cet article par Laurent Lesnard et Thibaut de Saint Pol, Introduction aux méthodes d’appariement optimal (Optimal Matching Analysis). J’ai d’ailleurs utilisé, avec R, le package TraMineR. Mais cela n’a d’intérêt que pour un connaisseur de la vie politique française et, surtout, les données “brutes” extraites directement du site de l’A.N. nécessitent un nettoyage. Je reviendrai peut-être sur ces données un jour. [d’ici là, les voici deputes-20110831.zip]

9 commentaires

Un commentaire par Pancake Maurice (01/09/2011 à 18:35)

Pour compléter, une sociologie des députés de la Vème : http://www.laviedesidees.fr/Qui-sont-les-deputes-francais-de.html

Un commentaire par Ploum (01/09/2011 à 23:21)

Bonjour,
Petite question qui n’a rien à voir avec le sujet de ce post. Sur quels critères vous choisissez d’écrire “un°e député°e” plutôt que “une députée” ou “un député”. Il me semblait que vous inversiez la règle et accordiez généralement au féminin les individus de genre indéterminé et les groupes d’individus “mixtes”, plutôt que de faire comme certains qui écrivent par exemple “cher-e-s”, “chèr-e-s”, ou encore “cher(e)s”. Cela permettait d’atténuer le sexisme de la langue tout autant, voire davantage, tout en préservant la lisibilité de l’écriture. Avez-vous changé d’avis sur le sujet ?
Cordialement,
Ploum

Un commentaire par J'ai pas de titre (01/09/2011 à 23:37)

Si vous souhaitez poursuivre sur cette voie, le collectif Regards Citoyens produit énormément d’informations notamment sur l’Assemblée Nationale et je suis sûr que le croisement de vos travaux pourrait produire bien des choses fructueuses:

http://www.regardscitoyens.org/

Un commentaire par mkd (01/09/2011 à 23:47)

Bonjour. Je lis les articles de votre blog avec intérêt depuis assez longtemps…
Qu’est-ce que vous conseilleriez à un étudiant en sociologie (L3, pas vraiment à l’aise avec les maths et encore moins avec la programmation) qui voudrait apprendre à se servir de R ou d’un autre logiciel ? Je n’ai pendant mes cours eu l’occasion que d’essayer une ancienne version de Modalisa (je ne sais pas si c’est comparable à R, si la finalité est la même), pour faire quelques manipulations à partir d’une base de donnée qu’on a entré à la main.

Pour l’instant, ça a l’air tellement compliqué que je n’ai aucune idée de par où commencer.
Se faire la main avec un soft moins compliqué ? Lire un livre, des tuto ?

Merci

Un commentaire par Baptiste Coulmont (02/09/2011 à 7:39)

> Ploum : les députés ne sont que 19% à être des femmes, c’est pour ça que j’ai écrit, le plus souvent, députés, et non pas députées. Insister ici sur la mixité alors que la parité est loin d’être atteinte me semblait compliqué à faire.
> J’ai pas de titre : Exact, et les données sont téléchargeables ici http://www.regardscitoyens.org/telechargement/donnees/
> MKD : Rien ne vaut un bon cours de quelques heures pour comprendre les principes de base de R. Il y a ensuite de nombreux “tutoriels” en ligne

Un commentaire par Régis (02/09/2011 à 7:50)

Bonjour,
Quelques réflexions:
– la députation semble s’inscrire dans un cursus honorum informel. Professionnalisme ou plutôt compagnonnage?
– les députés “inauguraux” sont-ils des hauts fonctionnaires reconvertis, par exemple après des fonctions ministérielles (ces députés d’emblée ne seraient-ils pas les vrais professionnels de la politique?)
– quid des sénateurs (les idées reçues sont-elles vérifiées?)

Un commentaire par Fr. (04/09/2011 à 13:47)

La longévité des carrières est impressionnante : à vue de nez, la carrière moyenne dure vingt ans et la médiane doit être à peu près équivalente.

Un commentaire par Congrès | Polit’bistro : des politiques, du café (04/09/2011 à 14:27)

[…] le changement climatique, et je vois comment les billets de Baptiste Coulmont sur le travail des députés pourrait s’adapter à d’autres supports empiriques. L’organisation de l’ASA […]

Un commentaire par À quelle vitesse le personnel ministériel met-il les voiles ? | Polit’bistro : des politiques, du café (19/05/2012 à 15:50)

[…] La courbe représente une fonction de survie qui modélise le départ des conseillers ministériels de la même manière que le divorce dans un couple ou le décès au cours d’une maladie. L’exemple du départ des conseillers est assez trivial, mais on peut faire tourner ces modèles sur d’autres aspects du personnel politique. Un complèment aux méthodes d’analyse des carrières. […]