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Archive for 2011

Un nouveau CNU19

La réunion d’installation du CNU19, la 19e section du conseil national des universités, “sociologie, démographie”, a eu lieu ce matin, dans une heureuse ambiance collégiale, à “Supméca” (Saint-Ouen), où nous étions tous, élus et nommés, convoqués à 10h par le Ministre.
L’un des seuls problèmes de cette réunion, de mon point de vue, concernait les nominations très tardives. En effet, si les sections sont composées de 2/3 d’élus, le dernier tiers est nommé, après les résultats des élections, par le Ministère de la recherche. Et, cette année, les nominations n’ont toujours pas eu lieu officiellement (du moins, elles n’ont pas été publiées et n’étaient pas complètes). C’est très dommageable, car cela empêche d’essayer de se connaître avant les réunions formelles. [mise à jour : je m’aperçois ne pas avoir été assez précis. Les collègues nommés étaient bien nommés et présents ce matin. Mais certains n’avaient pas encore de suppléants.]
Dans quelques jours, nous connaîtrons officiellement la liste des nommés : je ne donnerai donc pas de liste incomplète ici.
Cette réunion était principalement consacrée à l’élection du “bureau” de la 19e section. Ont été élus :
– président, Olivier Martin (Paris 5)
– première vice présidente, Isabelle Astier (Amiens)
– second vice-président, Sylvain Laurens (Limoges)
– assesseure, Céline Bessière (Paris 9)
C’est ce bureau paritaire qui, maintenant, travaille : à l’élection de la “Commission permanente” du CNU cette après-midi. À la répartition des dossiers entre rapporteures demain.

Pour en savoir plus : réflexion sur ma candidature (en novembre 2010), précisions sur ma candidature (en septembre 2011).
Et ailleurs : un rappel de ce qui s’est passé lors du précédent CNU, sur agora.

La bourgeoisie par les prénoms

Pour accompagner la série Nom d’un prénom du blog de Marie-Anne Paveau, voici le “top 20” des prénoms les plus donnés en 2010 dans le « Carnet du jour » du Figaro.

Comme l’année dernière, Louise et Joséphine restent en premières positions, et, parmi les 10 premiers, 9 se trouvaient déjà dans le palmarès l’année dernière.
Par rapport au palmarès de 1991, il en reste 5 (Camille, Alix, Charlotte, Marie, Victoria/Victoire).
Le Carnet des prénoms, édition 2011 est téléchargeable.

À Amiens aussi, on a nos prophètes

Joël Gombin m’indique aujourd’hui sur twitter que les églises évangéliques “africaines” se trouvent aussi à Amiens. Il en veut pour preuve l’affiche suivante :

Affiche qui ne dépareillerait pas à Paris : on y retrouve les mêmes ingrédients (hommes en costumes, micro, “conférence”, mention d’une divinité…).
Mais que vont-ils faire à Amiens, ces pasteurs ? La population de cette ville de 130 000 habitants est-elle suffisante pour faire vivre une église à la fois protestante et en lien avec les migrations congolaises ou ivoiriennes ?
L’affiche qu’a trouvée Joël n’est pas isolée. Des tentatives d’installation ont même lieu dans des villes beaucoup plus petites. Noyon, 14 000 habitants, a vu l’arrivée de l’Eglise évangélique “Jésus-Christ le Rédempteur” l’année dernière.

Si les églises “africaines” sont surtout concentrées en banlieue nord de Paris (comme on peut le constater en lisant la thèse de Frédéric Dejean ou sur mon blog), l’expansion vers le Nord est rapide. Peut-être parce que l’immigration africaine, elle aussi, s’est déployée vers le Nord et que l’offre suit la demande. Peut-être aussi parce que la concurrence entre pasteurs-prophètes est tellement forte en région parisienne que le salut, pour un entrepreneur, se trouve là où elle est moins forte, voire inexistante : l’offre précède la demande. Peut-être enfin que s’installer entre Paris et Bruxelles (deux pôles importants pour ces églises) est associé à quelques avantages “transnationaux” (s’associer, par exemple, comme dans l’affiche d’Amiens, à des pasteurs parisiens d’un côté, bruxellois de l’autre).

Blogs sociologiques

Les blogs de sociologues n’ont jamais été très nombreux en France. Les choses ont un peu changé avec l’émergence d’Hypotheses.org, mais l’écriture est souvent collective.
Quelques blogs sont encore, pour moi, “nouveaux” :

  Antérieurement sur le même thème : 2008, 2005, 2003

Quand s’arrêter ?

Il est conseillé d’arrêter l’enquête ethnographique quand est atteinte une certaine “saturation”.

Lorsqu’une hypothèse, par rectifications successives, atteint un degré de pertinence, vient un moment où les données empiriques diverses lui apportent une confirmation régulière. Cette régularité, est-il besoin de le dire, n’a jamais rien d’une «loi» de la nature, mais renvoie simplement à la notion approximative de «bonne résistance» dans des situations empiriques variées. Alors on peut estimer que cette hypothèse est «saturée», c’est-à-dire qu’elle se comporte suffisamment bien au cours de nombreuses mises à l’épreuve pour pouvoir être considérée comme fiable.
(p. 286 de la postface au Hobo de Nels Anderson, le fameux texte sur “l’empirisme irréductible”)

La petite recherche que je mène actuellement sur les affichage des assemblées pentecôtistes africaines en région parisienne n’est pas vraiment ethnographique… Je constitue un corpus. Mais quand saurais-je que j’ai atteint un moment de saturation. Pas de saturation des hypothèses, mais de saturation des données ?
Je me dis actuellement que c’est quand j’aurai une vision assez complète des personnes présentes sur les affiches. On peut représenter cela par des points noirs (les personnes) sur des affiches (des carrés gris). Quand une personne se trouve sur une affiche, alors un point noir relie un carré gris.
Le dessin suivant montre six mois d’observation.

Ce graphe comporte une grosse vingtaine de “composantes connexes” (de groupes non reliés entre eux). Comme le montre le graphique suivant, le nombre de composantes ne cesse d’augmenter : pour l’instant, après trois ans de recueil, je vois toujours arriver des affiches qui ne comportent aucun individu qui était déjà présent dans mon corpus. [Vous pouvez voir ce phénomène dans l’animation du réseau proposée ici].

Mais depuis début 2009, il arrive que des nouvelles affiches fassent chuter le nombre de composantes, en reliant entre elles des composantes qui n’avaient aucun lien avant.
Peut-être que la saturation sera atteinte quand une nouvelle affiche ne pourra plus que faire diminuer le nombre de composantes.

La collaboration entre prophètes

Les textes de Max Weber inspirent. Il a produit un langage commun pour une partie de la sociologie. Mais je me heurte à quelque chose.
On trouve de belles utilisations en sociologie et en histoire de ce qu’il analyse comme du charisme — né de la reconnaissance, par un groupe, des qualités extraordinaires d’un individu, que l’on peut appeler “prophète”, “chef de guerre”… Que ces qualités existent ou non, peu importe : le groupe “charismatiquement dominé” — les adeptes — croit qu’elle existent. Très nombreux, innombrables, sont les sociologues à s’être inspiré de ce que Max Weber écrit du charisme et de sa “routinisation”.
Je cherche encore un texte s’intéressant non pas à un prophète seul — et à ses relations avec le groupe de ses adeptes ou fidèles — mais à un groupe composé de plusieurs prophètes, plusieurs “porteur de charisme”. Je connais ce que Weber appelle le “charisme de fonction” (ou charisme d’office), je sais qu’il existe dans le texte wébérien, des “directions administratives qualifiées charismatiquement”. Je sais aussi qu’il y a probablement conflit (dénonciation d’untel comme “faux prophète”) mais n’y a-t-il pas une sociologue qui, quelque part, aurait trouvé un groupe de prophètes — ou de prétendant au charisme — qui collabore plutôt que d’entrer en conflit ?

Animer un réseau

Depuis 2008, je recueille des données sur des “grandes croisades”, événements organisés par des assemblées protestantes “noires” ou “africaines”, en région parisienne. La récurrence de certaines personnes sur les affiches publicitaires liées à ces “nuits de délivrance” permet de dresser un graphe, et surtout, parce qu’il y a un événement en moyenne par semaine, d’animer ce graphe :

C’est bien joli, tout ça, mais on me dit que, pour de tels réseaux dynamiques, il faut utiliser Siena.

(Fait avec R, package “igraph”, imageMagick et un peu de post-processing ensuite…)

En dents de scie

Il y a, dans un recoin caché d’Amazon, « Author Central » qui permet de créer des “pages auteurs” sur le site de vente. Quel intérêt ?
Amazon a bien compris que certains auteurs apprécient de consulter leur “rang” parmi les ventes. J’avais, il y a quelques années, installé un “script” qui aspirait une fois par jour ce chiffre. C’est plus difficile maintenant, semble-t-il… mais Amazon met à disposition des auteurs de jolis graphiques. Voici le “rang” de mes livres depuis août :

Aux Etats-Unis, Amazon donne accès aux données “Nielsen”, qui permettent de savoir dans quel “marché” son livre se vend le mieux. C’est en lisant l’article du L.A. Times que j’ai cédé à la tentation.
Je vois ainsi que “Sociologie des prénoms [lien amzn]” se vend, plus que le manuel, et le manuel plus que “Sex-shops [lien amzn]”. Et je sais que leur destin, à tous les trois, est de se retrouver, un jour, bien au chaud au fond du classement…

L’appropriation du monopole de l’évaluation

Les réformes qui ont touché le monde de l’enseignement supérieur ont conduit à une évaluationite aigüe. Différents organismes ont été créés, ou ont été réformés, pour évaluer le travail des universitaires.
Maintenant l’AERES, une agence d’évaluation, est chargée d’évaluer les procédures d’évaluation. Exactement : c’est de la méta-évaluation. Voici un extrait de la lettre envoyée récemment par la direction de l’AERES aux présidences des universités :

Pour éviter le ridicule, l’AERES ne parle pas d’une évaluation-au-carré (e²), mais d’une “validation des procédures d’évaluation des personnels”.
« Pas si vite, coco ! » a répondu l’autre instance d’évaluation, le Conseil national des universités.

Commencez-donc par évaluer la façon d’évaluer les procédures d’évaluation (e³), répond le CNU à l’AERES. Faites du e³ avant d’essayer de faire du e², voyons.

Le prix lycéen du livre d’économie et de sciences sociales

Oh, voici Sociologie des prénoms sélectionné pour participer au Prix lycéen du livre de SES. Quelles sont ses chances d’emporter le prix ? De très sérieux concurrents sont aussi dans la sélection.
À ma gauche mon collègue du département de socio de Paris 8, Nicolas Jounin — et alii avec « On bosse ici, on reste ici ». La Grève des sans-papiers : une aventure inédite. À ma droite, mon ancien “co-jury” du concours d’entrée à l’ENS, Coulangeon, avec Les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d’aujourd’hui.

Mais aussi du Pialoux & Corouge Résister à la chaine. Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue, du Gojard (Le métier de mère) et un livre intriguant que je devrais lire, Sandrine Rousseau, François-Xavier Devetter, Du balai. Essai sur le ménage à domicile et le retour de la domesticité.
Beau programme de lecture en perspective.