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Archive for 2012

Pour servir à l’histoire récente de l’obscénité

Il y a quelques mois, le propriétaire d’un magasin parisien vendant des “sex-toys” a été condamné pour s’être installé trop près d’une école. Depuis le 27 avril, le magasin est fermé.
La société n’a donc pas arrêté, loin de là, d’être lieu de débats autour de la signification et des dangers des objets phalliques. Plus largement, parce que les objets sont souvent associés à un sexe plutôt qu’à un autre, ils prennent un genre qui n’est pas que leur genre grammatical. Un ouvrage récent aborde ce thème , Les objets ont-ils un genre ? (sous la direction d’Elisabeth Anstett et Marie-Luce Gélard), dans lequel se trouve un chapitre, que j’ai rédigé. Dans cet article intitulé “les économies de l’obscénité“, j’essaie de comprendre le traitement policier des “godmichés” à la fin des années 1960, quand ces gadgets pour adultes étaient fabriqués artisanalement, ou importés d’Allemagne, cachés dans des coffres de voiture et utilisés dans des films “faits-maison”. J’y décrit les différents circuits qui permettaient à ces objets de circuler : circuits matériels, et circuits de significations.
Les autres chapitres, de facture plus anthropologique, décrivent la jupe nationale du Laos, les cuillères, et, ce qui m’a bien intéressé, le “bleu de travail” (chapitre d’Anne Monjaret). Enfin, un chapitre de Bjarne Rogan décrit comme je ne l’avais jamais vu les sexualisations des collections et des modes de collectionner : une activité de femmes oisives collectionnant des timbres (XIXe siècle) devient une activité masculine, la philatélie, dotée de sociétés savantes… et excluant les femmes.

En public

En quelques jours, à la fois suite à un article mentionnant mes recherches dans Le Monde (24 avril) et à la sortie d’un film (Le Prénom), ma personne et mon dernier livre — Sociologie des prénoms — ont retrouvé une actualité. J’ai cité à plusieurs reprises la boutade de Boltanski, qui s’amuse de voir le sociologue spécialiste des kinésithérapeutes intervenir à la radio à chaque fois qu’un kiné est assassiné. Me voici dans la position de celui qu’on invite quand un prénom (ou le bon goût) est assassiné.
Cela ne me dérange pas, bien au contraire. J’essaie de faire passer deux ou trois choses quand j’interviens : 1- le prénom est affaire d’État (il y a une socio-histoire du prénom, il y a un encadrement juridique, même libéralisé), 2- les prénoms peuvent être des indicateurs (plus ou moins flou) de différentes caractéristiques sociales collectives (le sexe, la génération, une origine sociale…) et 3- les usages du prénom (manière de choisir, de les utiliser…) sont variés, et peuvent relever d’une approche sociologique.
Règle du jeu radiophonique ou télévisé, il faut que l’idée passe, en 30 secondes, avec un exemple “vivant”.
Interviews filmées récentes :

Les autres interventions enregistrées ou filmées sont disponibles sur une page dédiée.

La procuration à Paris (suite)

Il y a eu presque autant de procurations au second tour des présidentielles, le 7 mai 2012, qu’au premier tour, à Paris du moins. 9,3% au premier tour, 8,4% au second tour.
Et là encore, les relations observées au premier tour se retrouvent au second tour :

Une relation positive relie, au niveau du bureau de vote, la proportion d’Inscrits votant pour Sarkozy et la proportions d’Inscrits utilisant le vote par procuration.
Et une relation négative (et quasi inverse) relie de la même manière Hollande et la procuration :

Mais creusons un peu. Nous allons voir si, à proportion constante de vote pour Sarkozy, la relation est vérifiée. Concentrons-nous, par exemple, sur les seuls bureaux de vote où Sarkozy a eu un score moyen (entre 20 et 30% des voix) :

Oh, surprise : à taux de sarkozysme constant, la relation Procuration~Hollande devient positive.
Nous pouvons comprendre les inter-relations entre votes pour Sarkozy, pour Hollande et par procuration comme dessinant un espace à trois dimensions, dans lequel se trouve un nuage de points (chaque point — un bureau de vote — ayant pour coordonnées les proportions de votes pour H, pour S et par procuration).

Dans le dessin précédent, le “plan de régression” est dessiné en bleuté (les deux graphiques représentent la même chose, j’ai juste pivoté le premier graphique pour donner une idée du volume). La vidéo suivante vous donnera une idée un peu plus précise de la position des points dans l’espace.


Régression linéaire (2 variables, 3 dimensions)

Tout ceci pour dire, donc, que “à proportion de votes pour Sarkozy (resp. Hollande) constante”, alors la corrélation est positive pour Hollande (resp. Sarkozy).

Il reste encore beaucoup à creuser, la procuration ayant fait l’objet de peu de travaux, ce que je vais faire avec Arthur Charpentier (Freakonometrics).

Annexe : La régression linéaire
(Où tproc est la proportion de procurations parmi les inscrits, thol le score de Hollande sur les Inscrits, tsark le score de Sarkozy parmi les Inscrits)

Call:
lm(formula = tproc ~ thol + tsark, data = paris)

Residuals:
    Min      1Q  Median      3Q     Max
-4.6247 -0.9979 -0.1020  0.8853  5.0478 

Coefficients:
             Estimate Std. Error t value Pr(>|t|)
(Intercept) -22.11458    1.59313  -13.88   <2e-16 ***
thol          0.33611    0.02078   16.17   <2e-16 ***
tsark         0.38963    0.01877   20.76   <2e-16 ***
---
Signif. codes:  0 ‘***’ 0.001 ‘**’ 0.01 ‘*’ 0.05 ‘.’ 0.1 ‘ ’ 1 

Residual standard error: 1.398 on 861 degrees of freedom
Multiple R-squared: 0.5408,	Adjusted R-squared: 0.5397
F-statistic: 506.9 on 2 and 861 DF,  p-value: < 2.2e-16

Prendre une veste

Si je continue à passer à la télé, il va falloir acheter une autre veste :

(Penser aussi à élargir la palette de couleur des chemises)

La procuration à Lyon

Les relations observées entre les candidats et la fréquence du vote par procuration se repèrent-elles ailleurs qu’à Paris ? On peut commencer par regarder ce qui se passe dans une autre grande ville, Lyon.
Tout d’abord, une petite carte. Où l’on voit que les arrondissements centraux de Lyon, 1er, 2e et 6e, pratiquent plus la procuration que le 8e arrondissement.

Comme à Paris, la relation est positive entre la fréquence de la procuration et le taux de participation (graphique non reproduit).
Et les grandes corrélations perçues à Paris sont encore valables à Lyon. Les bureaux de vote favorables à l’extrême gauche ont peu de procurations :


Idem avec les bureaux de vote où Mélenchon réalise un score élevé.

La relation est encore négative pour ce qui est des votes lepénistes :

Et ce n’est pas le candidat Hollande qui se trouve faire un score élevé dans les bureaux de vote où la procuration est élevée.

Comme à Paris, donc, on observe une relation positive entre votes Sarkozy et votes par procurations [entre bureaux de votes "sarkozystes" et bureaux de votes "à procuration"]

Mais à la différence de Paris, on observe une relation positive entre votes pour Eva Joly et votes par procuration, avec, cependant, une forte variance.

[Idem avec le vote Bayrou, qui, à Paris comme à Lyon, est positivement relié -- par bureau de vote -- au vote par procuration]
J’ai donc bien tendance à croire que le vote par procuration n’est pas socialement neutre ni politiquement neutre. Bien que le droit soit offert à tous, et que la libéralisation de la procédure avait pour but de favoriser le vote, il me semble que le recours à ce droit est plus le fait de certaines personnes que d’autres. Est-ce pour des raisons “objectives” (du type : les ménages aisés partent plus en vacances que les autres), ou pour des raisons d’engagement politique (du type : je suis empêché de voter, mais je vais tout faire pour voter pour mon candidat) ou de socialisation politique… il semble bien que les “procurateurs” soient le reflet inversé des abstentionnistes.

Note : j’ai récupéré les données sur le site de la ville de Lyon, avec R (package XML).

La France de la procuration

Deux cartes rapides, sur la fréquence de la procuration, par département, en 2002, aux premier et deuxième tours.
On se souvient qu’en 2002, Le Pen (père) s’était qualifié pour le deuxième tour.
La carte de la procuration, au premier tour, ressemblait à cela :

Et au deuxième tour, à ceci :

Il y eu, en 2002, presque deux fois plus de procurations au deuxième tour (755 000) qu’au premier (400 000).
Et, entre les deux tours, quelques constantes : les Corses aiment les procurations encore plus que les Parisiens.

Elle vote pour qui par procuration ?

La procuration, une arme contre l’abstention ? Mon collègue Camille Peugny m’a alerté hier sur l’existence d’une colonne “nombre de votes par procuration” dans certains jeux de données sur les présidentielles. Et il semble bien que oui : A Paris aux présidentielles de 2012, par bureau de vote, plus la proportion de procurations est importante, plus la participation est élevée :

Intéressant, intéressant… Avec un grand nombre de bureaux de votes, et la connaissance de ce chiffre, on pourrait certainement repérer des relations entre les votants par procuration et leurs choix. Voici ce que donne une étude rapide sur les quelques 850 bureaux de vote que compte la capitale.
Voyons… Peut-être sont-ce les “petits” candidats qui bénéficient des procurations.
Mais ça ne marche pas vraiment avec Eva Joly : la relation est négative, mais faiblement, entre la proportions de votes par procuration et le vote vert. Dans le graphique suivant comme dans les autres, un point représente un bureau de vote, l’abscisse correspond à la proportion de votes par procuration dans ce bureau (en % des votes exprimés) et l’ordonnée représente le pourcentage de vote pour la candidate. La ligne est une droite de régression.

Mélenchon alors. Il y a des personnes qui veulent vraiment voter pour lui, qui s’arrangent pour que leur choix compte… Mais ça ne marche pas non plus avec Mélenchon… même pas du tout. Plus le bureau de vote compte de votes par procuration, moins Mélenchon a de voix. [Pardonnez la coquille dans le graphique sur son nom]

La candidature d’extrême droite, à Paris, est un peu dans la même situation : Plus il y a de procurations, moins il y a de votes pour Le Pen.

Mais alors, ça doit bénéficier aux gros candidats. Hollande, avec son cortège de faux travailleurs ? Non plus : la relation, là encore, est négative. Plus la proportion de votes par procuration est importante, moins il y a de votes pour Hollande.

Mais qui donc bénéficie alors des procurations ? Le candidat des vrais travailleurs, de ceux qui ne peuvent se déplacer le dimanche parce qu’ils ont un vrai travail ? Ou le candidat de celles et ceux qui partent en vacances et qui connaissent assez bien les règles juridiques pour établir des procurations ?

Je vous laisse juges.
Et vous invite à voter. Par procuration ou non.

Mise à jour :
Une cartographie du vote par procuration à Paris :

La procuration est surtout utilisée dans les arrondissements aisés.

Sources :
http://opendata.paris.fr/opendata/jsp/site/Portal.jsp?document_id=133&portlet_id=102

Changer de prénom (article du Monde)

Si vous arrivez ici suite à l’article du Monde (daté du 24 avril 2012), voici quelques précisions sur mon travail.
Comme précisé dans la partie Recherche du site, je mène actuellement une recherche sur les changements de prénoms dans le cadre d’une convention avec la Mission de recherche droit et justice. Cette recherche est centrée sur la procédure judiciaire : je ne m’intéresse qu’aux personnes faisant appel à la justice pour changer leur acte de naissance.
C’est après avoir écrit Sociologie des prénoms qu’une recherche sur les changements de prénom m’a semblé intéressante, pour comprendre une partie des usages des prénoms. Les sociologues savent beaucoup de choses sur le choix du prénom (par les parents), et peu de choses sur ce que l’on fait, ensuite, avec ce prénom.
Vous pouvez, si vous voulez en savoir plus, acheter Sociologie des prénoms, ou m’écrire en utilisant l’adresse suivante : prenoms@coulmont.com (sans accent).
Ces changements de prénom (comme les changements de nom) mettent en lumière « l’emprise du national sur le nominal » (pour reprendre l’expression de Nicole Lapierre) mais aussi les usages “narratifs” de l’état civil.

En France, aujourd’hui, le choix du prénom est libéralisé, il appartient pleinement aux parents. Il n’en va pas encore de même du choix d’un nouveau prénom (par les parents ou par l’enfant lui-même), qui est encore soumis à un contrôle judiciaire. Et il n’en va pas de même dans tous les pays. Le Maroc (comme le montre l’attestation consulaire copiée ci-contre) demande à ses citoyens d’avoir un prénom traditionnel marocain, ce qui peut poser problème à des parents cherchant à inscrire leur enfant dans deux espaces nationaux, s’ils ne vérifient pas le caractère marocain du prénom choisi.
La Turquie (et certains consulats turcs) cherche à maintenir les frontières de son alphabet, ce qui contraint certains enfants turcs, mais nés en France, à modifier, parfois très légèrement, leur prénom. Cette “tension alphabétique” s’est faite plus forte depuis une douzaine d’années, suite, notamment, à des revendications kurdes.

Aslan (Senem), 2009. Incoherent State: The Controversy over Kurdish Naming in Turkey. European Journal of Turkish Studies, (10). http://ejts.revues.org/index4142.html :
Especially in the post-2000 period, Kurdish activists sought to construct unique Kurdish names [...] with letters that do not exist in the official alphabet [...] [T]he pro-Kurdish Democratic People’s Party (DEHAP) and the Free Society Party (ÖTP) organized a campaign for the registration of Kurdish names that include letters q, x, and w, which do not exist in the official alphabet. Administrators of these parties collectively applied to courts to replace their names with explicit Kurdish names such as Xemgin, Berxwedan, Warjin, Qalferat, and Hêzîl Avaşîn.

En France, la procédure de “francisation” des noms et prénoms, proposée lors de la naturalisation (ou de l’acquisition de la nationalité), continue à entretenir un lien entre appartenance nationale et identité “nominale”. Nombreuses sont les personnes à demander à la justice une “défrancisation“, suite à la francisation d’un prénom [Mais ces personnes ne constituent qu'une petite partie des personnes qui ont francisé leur prénom].
 
L’« emprise du national sur le nominal » n’est qu’un aspect — éclairant, mais partiel — des changements de prénom. Une autre facette éclaire les demandes : l’état civil est considéré par les demandeurs comme une cristallisation de leur histoire personnelle. Pour beaucoup, les papiers disent une partie de la vérité des personnes (“C’est quoi ton vrai prénom ?”). Agir sur l’état civil permet ici de rectifier une histoire, de lui donner une unité, de choisir une lignée maternelle ou paternelle, de restaurer l’influence d’un aïeul, de s’inscrire dans un monde plutôt que dans un autre. C’est peut-être cela que Michel Foucault appelait la morale d’état civil.
 
N’hésitez pas à me contacter. Par mail à prenoms@coulmont.com ou en laissant un commentaire à ce billet.

Le prénom du jour : MJ a.k.a. « le ver dans la langue »

Le contentieux sur le choix des prénoms, depuis la loi du 8 janvier 1993, est devenu résiduel, très peu fréquent, car les parents peuvent donner les prénoms qu’ils souhaitent à leurs enfants. On trouve, en cherchant, une douzaine de décisions de cours d’appel sur lexis-nexis. Ainsi :
Cristale a été jugé non ridicule ou non contraire à l’intérêt de l’enfant (C.A. Aix, 16 Janvier 1996), tout comme Tokalie (C.A. Caen, 30 avril 1998), Zébulon (C.A. Besançon, 18 novembre 1999), Quays (C.A. Douai, 6 mars 2000), Mégane (associé à Renaud, C.A. Rennes, 4 mai 2000), Mickey (C.A. Douai, 15 mai 2000), Bilbo (C.A. Papeete, 12 février 2004), Loïna (contraction de Loïc et Anna, C.A. Reims, 1er avril 2004), Vauxanne et Souanne (C.A. Reims, 6 mai 2004)

Mais d’autres prénoms ont été jugés contraires à l’intérêt de l’enfant : Titeuf n’est pas possible (Cass 1ere civ, 15 février 2012, suite à C.A. Versailles 7 octobre 2010), Folavril non plus (C.A. Rennes, 4 Novembre 1996) : l’enfant est devenu Zoé; idem avec Joyeux et Patriste (C.A. Montpellier, 4 octobre 2006, qui accepte Soleil). Dans les deux derniers arrêts mentionnés, c’est le sens des prénoms qui pose encore problème : ces prénoms signifient trop.

L’imagination des parents, dans un régime de choix sans contraintes explicites, peut fleurir. Castpucine a été jugé acceptable (C.A. Reims, 26 septembre 2002) : “Dans la mesure où la famille de naissance de l’enfant naturel est bretonne d’origine, le prénom Castpucine qui se prononce capucine peut être admis car il fait référence à la Commune de SAINT CAST LE GUILDO et traduit l’attachement de la famille à ancrer les membres de la famille dans sa province d’origine. Il ne saurait ainsi être contraire à l’intérêt de l’enfant.
La mère de l’enfant, toutefois, n’a pas très bien vécu l’aventure judiciaire. Sur un forum, à la question de savoir si elle aime le prénom Capucine, elle répond : “C’est adorable. Ma fille de bientot 3 ans le porte et ça lui va très bien. Pour la petite info, mon mari étant originaire de ST CAST prononcé ST [KA] dans les Côtes d’Armor, nous l’avons orthographié CASTPUCINE, ce qui nous a valu 2 années de procès et 15 000 frs de frais d’avocats mais nous avons gagné en appel. A cause d’un Substitut que n’a rien d’autre à faire que d’ennuyer le monde. (source).
L’on peut trouver le “ST-muet” un peu tordu, mais, portant comme prénom “Baptiste” (avec un “P-muet”), je ne jetterai pas la première pierre.
 
Les jeux sur la graphie peuvent poser problème.

Et Martì non et Martí non, mais Marti oui (C.A. Montpellier, 26 novembre 2001) : c’est parce que “en français le i avec un accent aigu sur le i n’existe pas” que la Cour interdit l’inscription de Martí sur l’acte de naissance. Signe que la graphie tient à coeur aux parents, on trouve, en catalan (ou en occitan, je ne saurai dire), un résumé de l’affaire. Les parents, en 2008, ont vu leur demande jugée irrecevable par la Cour européenne des droits de l’homme (25 septembre 2008, req. n/ 27977/04).

Tout cela pour en venir à une affaire que je n’ai découvert que récemment, dans laquelle un tribunal juge contraire à l’intérêt d’un enfant le prénom “MJ” (composé de deux lettres majuscules accolées). Le courrier picard en rendait compte l’année dernière :

[leur] fils, né le 25 mai 2010 [est] prénommé MJ, en hommage à Michael Jackson.
Stéphane N* et sa compagne ont toujours donné des prénoms originaux à leurs enfants. L’aînée s’appelle Mélodime, la cadette Djoly. Ce n’est qu’avec le petit dernier que l’administration coince.
(…)
Le délai écoulé contrarie doublement le couple : «On aurait dû nous dire non tout de suite, on aurait accepté. On me demande de le dénommer quand il a six mois. Alors qu’il commence à prononcer son nom, ses sœurs l’ont toujours appelé ainsi, c’est trop tard ! ».
(…)
«Nous venons de trouver des origines à ce prénom avec la même orthographe, qui remontent aux Vikings ! Cela signifiait il y a des centaines d’année : “le ver dans la langue” »

Je n’ai malheureusement pas le jugement dans l’affaire MJ, qui n’a pas donné lieu à d’autres articles que celui du Courrier picard. Il est possible que l’IGREC (l’instruction générale relative à l’état civil) serve de guide aux juges.

Instruction générale relative à l’état civil du 11 mai 1999 (Annexe), version de fin 2008, NOR: JUSX9903625J
Section 3. – Enonciations communes aux divers actes , Sous-section 3. – Prénoms des personnes désignées dans l’acte §111 : Les prénoms doivent toujours être indiqués dans l’ordre où ils sont inscrits à l’état civil. Les prénoms simples sont séparés par une virgule, les prénoms composés comportent un trait d’union. Les prénoms précèdent toujours le nom patronymique.
La première lettre est inscrite en majuscule, les autres en minuscules.

“MJ” devrait alors être écrit “Mj”.
Mais au §276 de la même instruction générale, l’on trouve : “la liberté du choix des parents connaît certaines limites (…) Les parents ne peuvent choisir (…) par exemple, des prénoms ayant une apparence ou une consonance ridicule, péjorative ou grossière, ceux difficiles à porter en raison de leur complexité [...ou...] de vocables de pure fantaisie“.
Reste à savoir si, pour le juge aux affaires familiales du TGI local, ou pour la Cour d’appel qui devra se prononcer, “MJ” est “de pure fantaisie”, ou si “le ver dans la langue” (Wormtongue ?), finalement, n’est pas quelque peu péjoratif.

Enfin, et sans transition : les lectrices d’Abricot peuvent me trouver ce mois-ci (n°277, mai 2012) en fin de magazine :

Ci-gît scriptopolis, mais où ?

Scriptopolis a connu une sérieuse rupture d’anévrisme, ou un infarctus qui nécessite une double greffe.
Scriptopolis est un blog de sociologue créé il y a quelques années. Y écrivent Jérôme Denis et Philippe Artières (et David Pontille, le troisième mousquetaire, oublié injustement dans une première version du billet). L’un des intérêts de ce blog orienté autour de “petites enquêtes sur l’écrit et ses mondes” était de rendre accessible, de manière allusive, un regard académique sur l’écriture, l’archive, le scriptural, l’écrit, les griffures & biffures. De nombreux billets recelaient une oscillation parfois ironique, entre la permanence des marques physiques et leur caractère éphémère (visible dans la photographies accompagnant chaque billet exemple) : c’est peut-être ça, la rémanence.
Mais hier, ou il y a deux jours, @jrmdns, sur twitter, écrivait « scriptopolis est tout cassé. Il semblerait qu’on ait perdu nos archives, pensant naïvement que la sauvegarde du dossier www suffisait. »
L’archive électronique est bien fugace, et n’a aucune rémanence. Pour l’instant, scriptopolis vit encore — et en partie — dans le “cache” de google, mais pas dans archive.org . Il doit, je pense, y avoir aussi une copie partielle à la Bibliothèque nationale (qui indexe de nombreux sites et blogs français, mais qui ne permet pas la ré-exportation vers le site d’origine des textes aspirés).
Mais sera-t-il possible de reconstituer scriptopolis à partir de ces tombeaux fragmentaires ?
 
Et maintenant : ceci doit nous rappeler, surtout si nous fabriquons notre petit site artisanal, que, comme les disquettes qui se démagnétisaient, les disques durs qui tombent en panne, il faut penser, régulièrement, à copier, copier et recopier, faire des copies de sauvegardes etc… Il existe une manière payante et automatique, vaultpress, il existe surement des moyens “artisanaux” pour créer des copies régulières de l’ensemble d’un site.