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Archive for 2012

Une interview (sur data-publica)

Suis-je un data-geek ? Interview sur le blog de data-publica.com.

Les combinaisons du cœur

Le style télégraphique des annonces matrimoniales publiées par le Chasseur français à la fin des années quarante ouvre la porte d’un monde perdu.

François de Singly, dans un texte célèbre Les manœuvres de séduction (RFS, 1983), avait analysé un corpus de 645 annonces (datant de la fin des années 1970).
Un autre article, que je ne connais pas “Images de la femme et du mari, les annonces de mariage du Chasseur français (RHMC, 1980).

Et sur internet : ilovebanco (avec quelques pages scannées); ici aussi; des annonces de 1924

Identifier les chiens (3)

Sgt Sniff a lot  par http://www.flickr.com/photos/nalbertini/6224914311/À partir de la fin du XIXe siècle, il apparaît à certaines personnes très important de pouvoir identifier individuellement les chiens, d’être certain qu’Azor est bel et bien l’Azor auquel on pense, et pas un autre. Les raisons sont multiples. Il s’agit, dans le cadre de l’engouement pour les “races pures” de chiens, de s’assurer de la pureté des reproducteurs (lices et étalons). Il s’agit aussi, pour les propriétaires, de pouvoir retrouver un chien qui aurait “divagué” et se serait retrouvé à la Fourrière, en instance d’exécution. Il s’agit enfin — j’arrêterai ici la liste — pour les assurances, de savoir quel chien est assuré, afin d’éviter les contestations.
Des techniques diverses ont été employées, qui avaient toutes pour objectif d’externaliser le crédit ou la confiance dans un dispositif. Photographies, descriptions fouillées, marquage au fer rouge… devaient permettre de transposer les caractéristiques individuelles des chiens dans des papiers ou d’associer une marque spécifique à un chien individuel.
Je vais m’intéresser ici à une technique d’identification qui a échoué, et qui avait pourtant tout pour plaire : l’empreinte nasale.
Comme l’écrit Etienne Létard (vétérinaire) en 1924 dans la Revue des abattoirs :

on a tenté de découvrir un procédé vraiment scientifique et certain de l’identification.
En 1922, Petersen, directeur du service de l’identité judiciaire de l’Etat de Minnesota, inaugurait une méthode que M. André Leroy a fait connaître en France, et très analogue au bertillonnage, ou prise d’empreinte des doigts, utilisée chez l’homme (…)
Létard, Etienne. “Les livres généalogiques”, Revue des abattoirs, 1924, p.192

Comme on le voit, cette méthode est un transfert direct d’une méthode d’identification policière des humains (l’empreinte digitale) vers les animaux, transfert opéré par un certain “Petersen” qui dirigeait le service chargé de l’identification des récidivistes. Ce procédé est repris par des vétérinaires, qui l’appliquent d’abord aux bovins, et, rapidement, aux chiens.
On trouve alors en France plusieurs vétérinaires qui, entre les années vingt et les années soixante, promeuvent cette méthode. Létard, comme on vient de le voir, mais aussi Dechambre, Leroy, Aubry…
Aubry est le plus prolifique de ces vétérinaires. Dès 1923, dans L’Eleveur, il se demande si “le procédé des empreintes digitales adopté par la police judiciaire à la suite des travaux du docteur Bertillon ne pourrait (…) pas être étudié et mise au point, pour l’identification des chiens”. Et on le retrouve écrire sur le même sujet dans Le Chasseur français en 1948 (“L’empreinte nasale du chien, précision nécessaire de son état civil”), et en 1949 encore dans le même magazine.
Les réflexions autour de cette méthode culmine à la fin des années 1930, quand Louis-Arthur David soutient une thèse de doctorat vétérinaire (à l’école d’Alfort). Thèse dans laquelle il tente de rationaliser cette technique.

Selon David,

l’empreinte nasale chez les canidés est non seulement un moyen d’identification, mais jusqu’à maintenant le seul vraiment efficace. Il est le seul à posséder les trois qualités requises pour une bonne identification. L’empreinte est en effet permanente, elle est individuelle, et indépendante d’une intervention manuelle quelconque

Ainsi, Médor n’est pas Azor… à vue de nez.

Cette méthode d’identification par les empreintes nasales est alors adoptée par la Société centrale canine, qui demande, pour l’établissement des pedigrees, plusieurs empreintes de truffe.
Mais au moment même où cette méthode, de technique virtuelle, devient technique actuelle, des critiques se font entendre. Dès 1948, dans L’Eleveur, J. Brégi (vétérinaire?) remarque ce qui fera échouer ce dispositif :

Il reste pour les empreintes de truffe à trouver le technicien de l’identité judiciaire qui codifiera leur classement en famille, avec nomenclature de quelques coïncidences bien choisies pour obtenir d’un coup d’oeil la vérification et la certitude (…) La chose n’est certainement pas plus compliquée que ce qui a été fait pour les empreintes digitales des quelques centaines de mille fichers du ‘Casier central’ de la Préfecture de Police

Et c’est même la diffusion de la technique qui causera sa chute : la Société centrale canine détenant des empreintes de truffe, elle devrait pouvoir certifier, en cas de doute, l’identité d’un chien. Mais elle en est incapable : à la fin des années soixante, les dénonciations se multiplient. “Le procédé n’est pas aussi merveilleux qu’on nous l’a dit” écrit Pierre Alaux, qui s’estime floué, dans La vie canine (avril 1970). Un vétérinaire, Théret dans un magazine de chiens (Field Trials) écrit en 1969 : “nous n’attachons personnellement qu’une bien faible valeur à la prise de l’empreinte de la truffe”. Un autre vétérinaire, Meynard, dans le Journal du chasseur écrit que “cette méthode ne semble avoir fourni dans la pratique que des résultats des plus inconstants”. Quéinnec, “président du club du levrier de course du midi de la France” et professeur de zootechnie à l’école vétérinaire de Toulouse écrit lui aussi dans La vie canine qu’il a “constaté depuis très longtemps l’inanité absolue des empreintes nasales”.
Ces prises de parole ne sont pas isolées. Une thèse soutenue en 1971 à l’école d’Alfort vient réviser la thèse de 1938 soutenu dans le même lieu.

Dans cette thèse, Françoise Hervé-Breau vient apporter sa caution au tatouage… technique d’identification qui avait déjà été, de toute manière, mis en place pour l’identification des chiens par un arrêté du ministère de l’Agriculture (16 février 1971).
L’empreinte nasale échoue pour de nombreuses raisons, mais en grande partie parce qu’il n’existe pas de corps de fonctionnaires formé à la prise uniforme de ces empreintes, ni de corps chargé de l’appariement entre empreintes à fin de reconnaissance et d’identification. L’état-civil n’est pas qu’une forme juridique, c’est un enchaînement d’actions et c’est le produit du travail d’agents “neutres, objectifs, bref détachés du corps social” écrit Gérard Noiriel en 1993.
[Les volets précédent de cette exploration des techniques d’identification des chiens sont ici : 1- le collier, 2- l’impôt, et l’identification contemporaine.]

Bibliographie indicative :

About, Ilsen, et Vincent Denis. 2010. Histoire de l’identification des personnes. Paris: Editions La Découverte.

Guillo, Dominique. 2008. « Bertillon, l’anthropologie criminelle et l’histoire naturelle : des réponses au brouillage des identités ». Crime, Histoire & Sociétés / Crime, History & Societies 12 (1): 97-117.

Noiriel, Gérard. 1993. « L’identification des citoyens. Naissance de l’état civil républicain ». Genèses 13: 3-28. doi:10.3406/genes.1993.1196.

Photo : Sgt. Sniff-a-lot par nicola.albertini sur flickr

Guide d’utilisation de la BnF (site François Mitterrand)

La Bibliothèque nationale de France (BnF) est un bel outil. Mais il faut savoir s’en servir pour le rentabiliser. Quelques conseils ici pour les utilisatrices du “Rez-de-jardin” (la partie réservés aux chercheurs).

  1. Préparer son casse-croûte à l’avance est possible, et préférable. La cafétéria est chère, et il est compliqué de sortir du château-fort pour aller manger. Si vous y prenez un café, demandez le “serré” (leur “espresso” est très léger).
  2. Pull ou pas pull : ça dépend des courants d’air.
  3. Les jours de pluie ou les jours humides, prenez des chaussures qui résistent aux glissades. En effet, pour entrer dans la bibliothèque, vous devrez passer par les “travelators cassés“, extrêmement glissants, si vous n’êtes pas déjà tombé sur l’esplanade. Pierre Jourde compare ces “travelators” à des coussins péteurs.
  4. Planifiez vos visites BnF à l’avance : il faut réserver ses places (pour éviter la lutte des places). En général, réserver les places une semaine à l’avance suffit. Mais pour faire cela, il faut une carte.
  5. Si vos recherches sont en science politique (salle N), sociologie (salle M) ou histoire (salle L), vous serez confrontés à un très gros problème. Une partie des places sont inutilisables, car frappées directement par le soleil l’après-midi. L’architecte (un certain Dominique Perrault), dit-on, refuse l’installation de rideaux ou de pare-soleil. Si vous êtes sur l’une des places maudites, vous serez directement au soleil, dans une serre. Votre ordinateur surchauffera (et surtout, à cause des reflets et de la lumière, vous ne distinguerez plus grand-chose sur l’écran).
    Ce problème est connu. Et les conservateurs — qui doivent faire face aux demandes de changement de place des personnes déshydratées — ont établit cette liste des places “fortement impactées par le soleil” :


    Cette liste vaut pour la salle M. Les numéros de place sont un peu différents en salle N et L.
    voir aussi ici

Comme l’écrivait récemment un utilisateur de la BnF :

“Qu’on enchaîne Dominique Perrault à l’une de ces places. Ca ne sera encore que le premier de ses supplices. Il devra aussi essayer de travailler sur les postes informatiques, aller aux toilettes en temps limité, utiliser les usuels dans deux disciplines non voisines, se nourrir au Café des temps avec des revenus de doctorant, trouver de la place sur les rayons pour les dépôts à venir, traverser l’esplanade par temps de pluie, replanter les arbres exotiques utilisés pour celle-ci, etc.
Et s’il s’en sort, il gagne un stage non rémunéré dans l’équipe qui a construit la Grande bibliothèque de Montréal.”

Et si vous suivez ces conseils, vous aurez entre les mains un bel outil.

Ailleurs : http://doyoubnf.over-blog.com/, et deux chroniques estivales (1) et (2)

Sex & fisc

La commission de déontologie de la fonction publique, qui, en 2009, avait trouvé incompatibles la fonction de vendeur de sex toys et celle policier, vient préciser sa jurisprudence, en rendant incompatibles les fonctions d’agente du fisc et de vendeuse de sex toys :

La commission a rendu un avis d’incompatibilité s’agissant de l’activité de vendeuse en « sextoys » que souhaite exercer, en cumul d’activités, un agent administratif des finances publiques, affecté au service des impôts des particuliers de Tarascon, dans la mesure où cette activité peut porter atteinte à la dignité des fonctions administratives, dès lors qu’elle s’exercera dans un périmètre local, l’intéressée étant dès lors susceptible de rencontrer des personnes avec lesquelles elle est en relation professionnelle (avis n° 11.A1883 du 14 décembre 2011).
source

Ce n’est pas la moralité qui est en cause, mais la “dignité des fonctions administratives”, que les canards et les vibromasseurs peuvent sérieusement écorner. Et, comme l’avis de la commission le précise, l’atteinte à la dignité administrative est appréciée “localement”. L’agente du fisc de Tarascon ne peut vendre à Tarascon, mais à Aix en Provence, peut-être…
[merci à Matthieu P.]
Ailleurs : sur le blog d’André Icard, avocat.

Le goût, mesure de la position sociale

Les travaux sur les prénoms, dans les années 1980 et 1990, ont montré que des milieux sociaux différents (par le diplôme, l’origine nationale, le revenu, la profession…) choisissaient des prénoms tendanciellement différents (Besnard et Grange 1993; Lieberson 2000; Gerhards 2005). Pour prendre un exemple simple, les employés et ouvriers, au début des années 1990, choisissent plus souvent que les cadres de prénommer leur enfant « Jordan » ou « Cindy ». Mais le choix des prénoms est libre, il dépend du goût des parents, et l’on trouvera certainement des parents de tel milieu social choisissant, pour leur enfant, des prénoms plutôt associé à un autre milieu.
Cette relation entre caractéristiques sociales des parents et prénoms apparaissant relativement stable, quelques chercheurs ont tenté de « retourner » la relation. Il ne s’agit plus ici de repérer quel prénom est choisi par tel groupe, mais de repérer ce qu’ont en commun ceux qui choisissent tel prénom. Dans ces recherches, les prénoms servent à faire apparaître une « topologie sociale » qui n’est pas construite à partir des grandes catégories habituelles de description de la société (diplôme, revenu, profession…).
Il y a eu plusieurs tentatives en ce sens, depuis le début des années 2000.
Dès 2001, John Levi Martin (Martin 2001), en commentant Lieberson, écrit que si l’on repère une disjonction entre les prénoms choisis et ce qui est mesuré par le « SES » (statut socio-économique, en langage sociologique étatsunien), cela ne doit pas nous conduire à dire que les prénoms ne sont pas un bon indicateur, mais doit plutôt nous indiquer que « taste is a superior measure of social location », que le goût est une mesure plus précise de la position sociale. La fin de son papier est consacrée à un premier test de cette hypothèse.
Les autres études sont un peu plus récentes (Mateos, Longley, et O’Sullivan 2011; Bloothooft et Onland 2011; Bloothooft et Groot 2008) et s’appuient sur des méthodes sensiblement similaires (que l’on trouve à l’état d’ébauche chez J. Levi Martin).
Tous ont en commun de commencer par réduire la diversité des prénoms, qui sont très nombreux et souvent très rares. Cette réduction s’obtient en considérant que deux prénoms peuvent être socialement « proches ». Bloothooft et Groot choisissent de considérer comme proches des prénoms donnés fréquemment à des frères et sœurs : aux Pays-Bas, les Johannes ont « souvent » comme sœur des Maria, et les Kevin des Melissa. Les groupes de prénoms ainsi constitués sont associés à des différences sociales.
Quelques remarques très rapides :

  1. – faire du goût une chose importante pour la sociologie est « classiquement » bourdieusien, depuis La Distinction (Bourdieu 1980), dont il est inutile de répéter, pour les lecteurs de ce blog, le sous-titre ;
  2. – … mais : ces tentatives de recomposition de la topologie sociale s’inscrivent dans de nombreuses réflections portant par exemple, sur la pertinence des nomenclatures nationales comme les « CSP »/« PCS » ou internationales
  3. – … mais : ces tentatives cependant prennent comme acquis la recherche d’une forme de description qui s’attache au plus près des pratiques des individus (sans la médiation par des institutions quasi-juridiques ayant « investi » dans des « formes » stables, comme des nomenclatures)…

Indications bibliographiques

Besnard, Philippe, et Cyril Grange. 1993. « La fin de la diffusion verticale des goûts? (Prénoms de l’élite et du vulgum) ». L’Année sociologique 43: 269-294.
Bloothooft, Gerrit, et Loek Groot. 2008. « Name Clustering on the Basis of Parental Preferences ». Names: A Journal of Onomastics 56 (3): 111-163. doi:10.1179/175622708X332851. [lien]
Bloothooft, Gerrit, et David Onland. 2011. « Socioeconomic Determinants of First Names ». Names: A Journal of Onomastics 59 (1): 25-41. doi:10.1179/002777311X12942225544679. [lien]
Bourdieu, Pierre. 1980. La Distinction. Paris: Editions de Minuit.
Gerhards, Jürgen. 2005. The Name Game. Cultural Modernization and First Names. Londres (Royaume Uni): Transaction Publishers.
Lieberson, Stanley. 2000. A Matter of Taste. How Names, Fashions, and Culture Change. New Haven et Londres: Yale University Press.
Martin, John Levi. 2001. « What’s in a Phoneme? Comments on Stanley Lieberson’s A Matter of Taste ». Communication en congrès présenté à la Special session « Author Meets Critics », Eastern Sociological Society.
Mateos, Pablo, Paul A. Longley, et David O’Sullivan. 2011. « Ethnicity and Population Structure in Personal Naming Networks ». PLoS ONE 6 (9): e22943. doi:10.1371/journal.pone.0022943. [plus de précisions ici]

Chiffres de vente (2)

Comme l’année dernière, voici un résumé des ventes de mes livres au cours des dernières années.

Années Sex-shops Les courants… Socio des prénoms
2007 410
2008 836
2009 23 652
2010 33 270
2011 47 238 1952

L’année dernière, Pierre Mercklé avait fait de même (avec un graphique et un cliffhanger à la fin de son billet).

Retour sur… une étrange expérience

Une chose étrange a eu lieu au cours des derniers jours. Un petit travail réalisé sur les prénoms et la mention “très bien” au bac — réalisé dans le cadre de mes “loisirs sérieux” autour de la sociologie des prénoms — a connu un important retentissement, sans commune mesure avec le temps de travail nécessaire pour produire le graphique. Parce que cela ne m’était pas arrivé en un peu plus de 8 ans de blog — et 17 ans de site internet — j’ai pris le temps de rédiger quelques notes.
Tout commence dimanche 8 juillet un peu avant 17h quand je publie le billet Prénoms et mentions au bac, édition 2012. La veille (samedi 7), @freakonometrics, sur twitter, avait mentionné l’étude que j’avais réalisée en 2011,

et cela avait été “retwitté” et commenté par plusieurs personnes [une vingtaine]. J’en préviens certains de la mise à jour, notamment @phwatrelot, journaliste, qui rediffuse l’information. @SH_lelabo (Xavier Molénat, de Sciences humaines, qui fait un travail de veille minutieuse) twitte “Au bac 2012, plus de 25% des Irene ont eu mention TB (contre 5 Mohamed sur 400)” (qui est retwitté plus d’une vingtaine de fois).

Trois heures après je reçois un mail d’une journaliste du Monde spécialisée dans les questions d’éducation, qui souhaite faire une interview. Ce sera le premier signe d’intérêt au delà de twitter [mais elle a peut-être eu connaissance de mon billet par twitter : @marylinebaumard “followe” en effet @phwatrelot]. L’interview se fait lundi matin (le 9, vers 9h30), par téléphone.

À peu près au moment de l’interview, face à quelques commentaires sur twitter,


je commence à préciser ceci : “attention, le prénom lui-même n’a aucune influence, il est le reflet indirect de l’origine sociale des parents”.

Vers 13h lundi 9 juillet je commence à comprendre que ce qui se passe est un peu différent de ce que j’ai pu connaître auparavant. Camille Peugny, avec qui je partage mon bureau, dit que j’ai souvent été mentionné sur facebook.
Le magazine “Slate” a déjà publié — en début de matinée ? — un article qui synthétise ce que j’ai fait en 2011 et 2012, sous le titre “La liste des prénoms pour avoir mention «Très Bien» au bac”. D’autres sites ont aussi fait de même.

@Duncan_rdvav écrit “La reprise importante du billet de @coulmont sur les prénoms est un test à grande échelle pour vérifier qui confond causalité et corrélation

À 14h53, le compte twitter de @humourdedroite (suivi par plus de 130 000 personnes) diffuse un lien vers mon site.

Au début de l’enchaînement des citations, les utilisateurs de twitter renvoient leurs lecteurs directement vers mon site. J’ai pu collecter une partie des citations, synthétisées ci-dessous :

La conséquence est visible sur l’image ci-dessous (qui représente le volume de trafic internet sur mon site) :

Ensuite, les utilisateurs de twitter ou de facebook citeront directement les articles parus sur d’autres sites internet (et mon site ne sera visité qu’en deuxième lieu, quand ces articles indiqueront par un lien l’URL coulmont.com). Il est beaucoup moins facile alors de suivre les tweets.

À 15h, une journaliste du Figaro.fr me téléphone. L’article sera mis en ligne à 19h. Deux étudiantes en journalisme (Marion D* et Dora C*) de l’Institut Pratique du Journalisme (Paris 9) me demandent une interview filmée pour l’un de leur cours [j’accepte, l’interview aura lieu le mardi 10 à 9h du matin]. En fin d’après-midi, le site amazon.fr indique que Sociologie des prénoms est en “rupture de stock” : la quinzaine d’exemplaires dont ils disposaient a été vendue.

Dans la nuit, la relation mention/prénom fait l’objet d’une chronique de la chaîne LCI :

Le lendemain matin (mardi 10), le quotidien 20 minutes publie un article (qui se retrouvera dans de nombreuses éditions locales du quotidien). Je n’ai pas été contacté, et le titre malheureux est : “les prénoms qui favorisent les mentions au bac“.

Ce même mardi, de nombreux journalistes (une petite dizaine ?, je n’ai pas gardé trace de tous) me téléphonent, dont :
– Ca m’intéresse (pour un papier plus général)
– Radio Classique
– L’étudiant
– Le Point
– Huffington Post (mais ils me demandaient de rédiger un texte, je n’ai pas donné suite)
– RMC
– i>Télé (vers 17h30, impossible de donner suite)

Le déclencheur de tous ces appels semble être la publication dans Le Monde de l’article pour lequel j’avais été interviewé la veille (publié mardi en fin de matinée, daté du mercredi) et, en même temps, d’une dépêche de l’AFP (un peu après 12h).

Le soir, vers 19h30, le sujet est abordé dans le “Grand journal”, sur Canal+


Comme on le constatera sur la vidéo, le public semble sceptique (et @vincentglad a sans doute voulu dire trop de choses en 2 minutes).

Le lendemain matin, mercredi 11 juillet, Le Monde met en ligne l’article publié la veille dans la version papier. Ce sera un article très “partagé”. Plusieurs quotidiens publient des versions plus ou moins courtes de la dépêche de l’AFP.
Dans la matinée, je suis contacté par Europe 1 pour une interview, qui aura lieu à 18h30.

Les choses se calment à partir du jeudi 12 juillet, et cela se repère sur le volume des visites sur mon site :

[On repère le “pic” de la fin de la journée, le 10, correspondant à la chronique du “Grand journal”.]

Que retenir de cela ?

D’abord qu’il y eu de la variété dans la réception. Je ne citerai que ce tweet, qui m’a fait sourire :

Aïsha Bah ‏@_Shishaa :
@KarenNoirteCMoi je ne vois pas en plus sur quoi est basé son “étude sociologique” étant donné que les copies sont anonymes
source

… et je ne parlerai pas de la reprise du billet sur les nombreux sites fascisants, antisémites ou d’extrême-droite.

Ensuite :

Comment comprendre l’intérêt pour les proportions différentielles de mentions associées aux groupes-prénoms, cette année et pas l’année dernière (alors que j’avais fait la même chose l’année dernière) ? C’est peut-être la répétition, deux ans de suite, de la même étude, qui a aidé. Dès le 7 juillet (lendemain du jour de publication des résultats du bac), le tweet de @freakonometrics prépare le terrain (rétrospectivement). Le 8 juillet, une partie de ceux qui ont été intéressés par les résultats de 2011 vont diffuser mon billet “édition 2012”. La répétition fut d’ailleurs l’accroche de certains articles : “Depuis plusieurs années le sociologue…”.

Une catégorie encore peu légitime

Le caractère peu légitime de l’objet “prénom” m’apparaît plus pleinement après cette expérience.
Parce que je baigne dans les études d’histoire, d’économie, de sociologie… ayant pris pour objet les prénoms, je n’ai plus conscience de son caractère encore peu légitime, quand ils sont considérés comme des variables. Et pourtant, il faut que j’en reste conscient… Certains journaux et sites internet ont classé l’information dans la rubrique “insolite”. @vincentglad, sur Canal+, introduit sa chronique en parlant d’ “études à la con” — pour dire, de suite, que la mienne est très sérieuse, malgré l’objet “prénom”. Le caractère insolite a certainement été renforcé par les lectures causalisantes, du type “le prénom détermine le succès”, qui transforme le prénom en baguette magique; ou par des lectures probabilistes, qui parlent de “chances d’obtention” de la mention en fonction du prénom. Le rétrospectif (“cette année, il y a eu X% des N qui ont eu la mention TB”) est transformé en prospectif (“Les N ont X% de chance d’obtenir de la mention TB”).

Caractère peu légitime, suite : Ecrire, comme c’est fait régulièrement,

« les enfants de cadres affichent le meilleur taux de réussite à l’examen (95,2%). En revanche, du côté des enfants d’ouvriers, 78,2% des candidats seulement décrochent leur brevet. [source]»

ne pose plus aucun problème de réception : ces choses sont connues, et en France les catégories socio-professionnelles jouent un rôle central — mais pour combien de temps encore — dans les descriptions savantes et profanes du monde social.
Mais écrire « en 2012, les Jennifer et les Samir ont beaucoup moins souvent la mention très bien que les Augustin et les Hortense » semble plus poser problème. L’on sait, pourtant, que les migrants des pays du Maghreb, ainsi que leurs enfants, sont plus souvent ouvriers et employés que cadres. L’on sait aussi qu’ouvriers et employés ont des choix de prénom parfois distincts de ceux des professions intermédiaires et des cadres.
Mais utiliser Alison plutôt qu’un des items de la nomenclature INSEE produit un effet d’étrange familiarité : étrangeté, car l’usage des prénoms n’est pas un usage habituel dans les études statistiques, familiarité car “tout le monde” fait un usage classificatoire des prénoms. Cela d’autant plus que toutes les Alison ne sont pas filles d’ouvriers : les professions et catégories socioprofessionnelles sont donc éclatées et recomposées différemment.
Y a-t-il un sens à faire des filles qui s’appellent “Alison” un groupe ayant quelque chose d’autre en commun que de s’appeler “Alison” ?

De plus, ce que le graphique fait apparaître — plus que d’autres présentations des mêmes résultats — c’est une forme de proximité entre prénoms : Jordan, Melissa et Cindy sont côtes à côtes, de même que Sandy et Sofiane, ou encore Anne-Laure et Victoire, ou, plus loin, Aude et Constance. Ce qui a intéressé, ce n’est pas seulement le “score” de son prénom ou de celui de ses enfants, c’est l’entourage de ce prénom.

Politique de la conversation

Les réactions sur mon site : Je n’ai jamais considéré mon blog comme un espace de libre expression. Il n’y a rien de pire, sur les sites des journaux, que la plupart des commentaires. Et la reprise du billet sur des sites d’extrême droite a amené des commentateurs aux idées bien arrêtées sur la place des uns et des autres. D’autres commentateurs m’imputaient des idées qu’ils avaient lu ailleurs que sur le blog, et n’ont pas manqué de faire savoir que je n’avais rien compris à rien — oubliant en même temps de lire ce que j’avais écrit.
Plus de la moitié des commentaires n’ont donc pas été publiés. Il a parfois été difficile de censurer : les critiques qui m’étaient adressées étaient valables, mais n’avaient que peu de choses à voir avec le sujet du billet. J’ai le plus souvent expliqué par mail les raisons des non-publications… parfois pour m’apercevoir que des commentateurs, dans leur grand courage, avaient indiqué une adresse fictive en plus d’un pseudonyme.

Poursuite de la discussion :

  1. chez David Monniaux
  2. chez Cyrille Rossant
  3. chez Laurent Haug

Dis-moi ton prénom…

J’ai reçu, suite au billet sur les prénoms et les mentions au bac, un grand nombre de demandes. “Je m’appelle Axelle, c’est quoi mes statistiques ?” ou “Je n’arrive pas à voir où se trouve Simon sur le graphique”… etc…
Voici donc une réponse collective à toutes ces demandes, le Projet mentions :

Cet outil, disponible sur http://coulmont.com/bac/, vous permet de trouver quelle fut, en 2012, la répartition des notes des candidats portant un prénom donné. Il vous donne une liste de prénoms ayant le même profil de notes, et il compare graphiquement la répartition des notes de ce prénom à la répartition moyenne. Il vous suffit d’entrer un prénom dans le formulaire [sans accent, sans cédille, sans apostrophe].
[Aides diverses apportées par Etienne O*, phnk/Fr., Cyrille Rossant…]

Prénoms et mentions au bac, édition 2012

Mise à jour
Le “Projet mentions” vous permet d’avoir accès aux statistiques, à la répartition des notes des personnes portant le même prénom que vous, et à une comparaison des résultats du “groupe-prénom” avec la moyenne des candidats.
 

 

Cette année [voir ici pour 2011], plus de 25% des Madeleine, Irene, Come et Ariane qui ont passé le bac ont reçu mention “très bien”. Plus d’une Marie-Anne, d’une Anne-Claire et d’un Gaspard sur cinq ont reçu cette mention. Même mention pour 15% et plus des Violette, Apolline, Iris, Beatrice, Judith, Domitille, Hortense, Fleur, Daphne, Noe, Lara, Henri, Adele, Rose, Augustin, Astrid et Eleonore.
À ces prénoms sont associés relativement peu d’échecs au bac, repérés ici par l’indication “Passe second groupe” (ce qui signifie rattrapage à l’oral, je pense). Seules 3% des Madeleine sont dans ce cas.
À l’opposé de cette dimension de l’espace social : aucun des quelques 125 Youssef et 105 Nabil n’ont obtenu de mention “TB”. Mais plus de 30% d’entre eux sont dans la situation de passer l’oral de rattrapage. Seules une ou deux Sandy, Alison ou Sofiane décrochent la mention TB. 4 Christopher (sur 300) et 5 Mohamed (sur 400). 8 Cassandra et 8 Sabrina sur 470. Plus d’un tiers des 140 Yacine et Linda devront passer les épreuves de rattrapage.

Cliquez pour rendre plus lisible ce graphique

La différence entre la proportion de personnes ayant reçu la mention TB et la proportion de personnes devant passer en second groupe) nous renseigne indirectement sur l’uniformité de la population. Certains prénoms semblent beaucoup plus concentrés sur l’une ou l’autre option. Pour Come, Ariane et Madeleine, la différence est de 20 points ou plus. Pour d’autres prénoms, le contraire se remarque: les Aude et les Hippolyte sont 15% à recevoir la mention TB, ils sont aussi 15% à passer au rattrapage, signalant que ces “Aude” et ces “Hippolyte” ont des origines sociales variées. [Il faudrait calculer un indice de dissimilarité/concentration pour chaque prénom]
 
Note : Pour repérer ces associations entre prénom et mention, j’ai “aspiré” sur un site internet les résultats nominatifs de plus de 340 000 personnes ayant passé le bac en 2012. Cette méthode souffre de certains biais : je pense que certains candidats n’autorisent pas la diffusion de leurs résultats. [mise à jour] Il y a eu, en 2012, plus de 700 000 candidats, dont 220 000 candidats au bac pro (que je n’ai pas étudié). Ce sont donc [corrigé] 480 000 candidats au départ, et mes données portent sur un peu moins de 350 000 personnes ayant eu une moyenne de 8 ou plus ET n’ayant pas refusé que leurs résultats soient diffusés.[fin de la mise à jour]