Billet

Prénoms et mentions au bac, édition 2014

Billet publié le 05/07/2014

bac-2014
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[Avec Rue89]
La réussite scolaire varie en fonction de l’origine sociale, du niveau de diplôme des parents et du sexe des lycéens. Le choix des prénoms varie aussi avec ces mêmes critères (origine, diplôme, sexe de l’enfant). C’est pourquoi en 2014 environ 20% des Agathe, Jeanne et Gabrielle (qui ont eu plus de 8/20 au bac) ont obtenu la mention « Très bien », c’est à dire dix fois plus que les Dylan, Jordan ou Steven. L’année dernière, ces prénoms étaient déjà à la même place.
Les prénoms les plus donnés vers 1996, Manon, Thomas, Camille et Marie, se répartissent autour de la moyenne. 9% des bacheliers ont obtenu la plus haute mention, c’est le cas de 8,5% des Thomas et 10% des Camille. Les Manon passent plus souvent au rattrapage (ou sans mention) que les Marie (qui réussissent un peu mieux). Le sociologue pensera rapidement que les Marie nées vers 1996 sont plus souvent filles de cadres que les Manon.
Ce graphique donne ainsi à voir, en touchant les individus au plus profond d’eux-même (à travers le prénom), un espace social inégalitaire. Les parents des Cassandra et Cindy, en 1996, trouvaient sans doute affreux des prénoms tels que Diane ou Zoé (des prénoms de chiens ou d’arrière-grand-mère). Ceux des Félix et des Augustin, parions-le, soupiraient en entendant Killian ou Dylan : « quel mauvais goût ! ».
En filigrane, le même graphique donne à voir, à travers certains prénoms — Mohamed, Anissa, Inès — ceux qui sont probablement les (petits-)enfants de migrants du Maghreb, dont la place est ici équivalente à celle des enfants d’ouvriers et d’employés : Mickael ou Mohamed, Mehdi ou Dorian, sont ici à la même position.
Note : le graphique a été réalisé à partir des résultats nominatifs d’un peu plus de 310 000 individus ayant eu plus de 8/20 au bac 2014. Les données manquaient pour quelques départements, mais il y a fort à parier que ces données en plus ne bouleverseront pas l’analyse.
Pour en savoir plus, vous pouvez lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante], et regarder les graphiques des années précédentes : 2013, 2012 ou 2011
Un mini-site interactif est disponible ici : http://coulmont.com/bac/

13 commentaires

Un commentaire par Benoît (05/07/2014 à 14:05)

Petite question :
Le fait que tous les prénoms les plus à droite (plus forte proportion de mention TB) soient des prénoms féminins est-il dû à une plus forte part de mentions TB chez les filles en général ou au fait que les prénoms féminins seraient plus clivants socialement que les prénoms masculins ?

Un commentaire par Baptiste Coulmont (05/07/2014 à 14:51)

Les filles ont plus de mentions TB en général. Mais la 2e partie de la question est une très bonne question aussi. Cela reste à tester.

Un commentaire par Recherche: Bac 2014, Agathe et Jeanne ont plus souvent eu la mention TB | Naissance (05/07/2014 à 22:29)

[…] de l’ouvrage "sociologie des prénoms", le sociologue Baptiste Coulmont a publié sur son site l’édition 2014 de son analyse sur le lien entre les mentions au bac et le prénom des bacheliers. Selon lui, les […]

Un commentaire par Olivier (06/07/2014 à 12:52)

Prenons mon prénom en exemple pour modérer cette analyse : les olivier sont au bas de l’échelle, non pas qu’il soit utilisé spécialement dans les souches défavorisées, mais bien parce c’est un prénom moins répandu de manière générale ces dernières années… Il faut donc prendre cela en compte aussi.

Un commentaire par Baptiste Coulmont (06/07/2014 à 15:06)

> Olivier : si vous lisez bien le graphique, vous verrez que cette variable (le nombre d’Olivier) est explicitement prise en compte. Et avec 12% de mention TB, ils se situent 5 points au dessus de la moyenne.

Un commentaire par dominic (06/07/2014 à 16:00)

Bonjour

Pourquoi en ordonnée ne mettre que le nombre d’admis et pas le nombre de candidats ? Ou alors faire le même graphique avec le nombre de recalés vs le nombre d’admis/de candidats

Un commentaire par Baptiste Coulmont (06/07/2014 à 16:29)

> Dominic : Simplement parce que les informations publiées ne contiennent pas les candidats qui échouent au bac. Je ne dispose pas du prénom de celles et ceux qui ont moins de 8/20. La mention n’est pas un indicateur de succès (puisque tous ceux qui sont dans la liste, ou presque, auront le bac après l’oral), mais un indicateur d’inégalité.

Un commentaire par Somewhere else, part 147 | Freakonometrics (08/07/2014 à 4:39)

[…] et mentions au bac, édition 2014 http://coulmont.com/blog/2014/… le billet saisonnier de […]

Un commentaire par David (08/07/2014 à 9:56)

Cette étude est vraiment bien faite, merci ! Il pourrait être intéressant de l’enrichir un jour, en la complétant avec les notes par matières/filières…

Un commentaire par Mélissa (08/07/2014 à 18:08)

Merci pour cette étude très intéressante… comme chaque année ! Je vais relayer l’information sur mon blog spécialisé sur les prénoms rétros et anciens : http://www.jolisprenoms.fr !

Un commentaire par INSOLITE : Dis-moi ton prénom, je te dirai ta chance d’avoir une mention TB au BAC | Les Trouvailles de Joséphine (14/07/2014 à 9:53)

[…] Bref, un prénom, c’est important ! Baptiste Coulmont propose sur son blog une étude assez amusante liée à ce sujet : La proportion de mention TB au Bac 2014 en fonction des prénoms : (Article à lire ici) […]

Un commentaire par EMMA (08/08/2014 à 10:13)

Bonjour,
Parfaitement hors sujet, certes. (sujet RECHERCHE). D’origine italienne, (par mes deux parents), naturalisée en mai 1968, je porte un prénom italien peu courant (contrairement à mes plus jeunes frères qui portent un prénom français) et un nom français par mariage. Puis-je, à l’heure actuelle et sans faire de démarches harassantes, franciser mon prénom ? Je me sens parfaitement française, plus française qu’italienne. J’ai toujours vécu en France, j’y ai fait mes études et travaillé. J’approche la soixantaine et cela me donnerait l’impression de rajeunir. En effet, je ne compte pas m’appeler Jacqueline, Gisèle ou Janine. J’ai eu mon bac littéraire en 1973, avec mention “assez bien”, ce qui était déjà beau pour l’époque pour une fille d’immigrés.

Un commentaire par Baptiste Coulmont (08/08/2014 à 10:27)

“Puis-je, à l’heure actuelle et sans faire de démarches harassantes, franciser mon prénom” : les démarches impliquent un avocat. Mais une très très grande partie des demandes sont acceptées, et la francisation est un argument reconnu par la jurisprudence. Contactez un avocat, il (ou elle) saura rédiger une telle requête.