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Entrepreneur de soi-même

Billet publié le 08/01/2018

On peut penser que, quand on porte un prénom démodé, on le met moins en avant que quand on porte un prénom moins démodé. Mais c’est difficile d’en être certain, les usages quotidiens du prénom étant fluctuants et échappant au regard et à l’oreille du sociologue.
Mais on peut essayer de vérifier cela pour les enseignes commerciales. J’utilise ici la base Sirene, qui compte près de 4 millions d’entrepreneurs individuels (artisans, commerçants, professions libérales, etc…). Je dispose, pour ces personnes, de leur prénom et de l’enseigne commerciale de leur entreprise. Ainsi « Line Lefevbre » peut être la patronne de « Fleurs de Line ». Il est alors possible de vérifier que les personnes portant un prénom au succès récent utilisent plus souvent ce prénom dans leur enseigne commerciale que les personnes ayant un prénom dont le succès remonte au premier tiers du XXe siècle. « Huguette Garcia » ne sera pas la patronne de « Patisseries Huguette » mais de « Aux Délices des croissants ».


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C’est en effet ce que l’on observe: Plus le prénom a un succès récent, plus les porteurs de ce prénom ont tendance à l’utiliser pour leur enseigne commerciale. Dans le détail, on repère que les «très vieux» prénoms (ceux dont le succès était important vers 1900) sont plus utilisés que les prénoms des années 1910-1940. Mais c’est que ces «très vieux» prénoms (Emile, Gabrielle, Paul, Victor…) ont aussi connu un second succès au début du XXIe siècle. A l’inverse les prénoms «trop jeunes», ceux dont le succès date d’après 2000, sont peut être trop peu sérieux, trop infantiles encore, pour être utilisés comme enseigne. Et enfin on remarque aussi que celles et ceux qui portent un prénom arabe (Mohamed, Said, Youssef…) utilisent beaucoup moins leur prénom que ce qui serait attendu en raison de leur caractère désuet ou non (ce sont les points oranges sur le graphique).

5 commentaires

Un commentaire par Arthur Katossky (09/01/2018 à 14:36)

Est-ce que vous avez la date de fondation de l’entreprise, ou la date de dernier changement de nom? Cela permettrait de confirmer que la forte de présence des prénoms “vieux” sont dûs à un revival récent.

Un commentaire par Baptiste Coulmont (09/01/2018 à 14:42)

Oui j’ai la date de création de l’entreprise. Il faut que je regarde de plus près.

Un commentaire par Régis (10/01/2018 à 12:14)

La mise en avant du prénom dans l’intitulé de l’entreprise ne correspond-elle pas à une tendance récente, tout comme l’usage plus fréquent du prénom dans la conversation même formelle? Est-ce que les Bonbons Ursule et Bertrade n’ont pas pris le pas sur la Confiserie des sœurs Tartempion?

Un commentaire par Jay Livingston (10/01/2018 à 16:19)

[My French is not so good, and perhaps I have misunderstood this post. If so, I apologize for any idiocies in this comment.]

Quant aux prénoms «trop jeunes»: Est-ce c’est possible que les enseignes qui portent ces prénoms sont moins non parce-que les prénoms sont trop infantiles, mais parce-que les gens avec les prénoms jeunes sont trop jeunes pour fonder des entreprises. Ici, aux EUA, par example, je suppose que il n’y a que peu d’entreprises qui utilise Noah comme enseigne. Ce prénom est vieux comme l’Inondation, mais aux EUA, 90% des Noah ont moins de 15 ans. Mon neveu Noah est doué, sans doute, mais il n’a que six ans. Il n’est pas entrepreneur – pas encore.

Un commentaire par Baptiste Coulmont (10/01/2018 à 18:18)

Hi Jay ! J’ai calculé la proportion des “Noah” qui mettaient leur prénom sur l’enseigne de leur entreprise (I computed a ratio : the Sirene database gives the first name and last name of every individual entrepreneur in France, and the name of their business (“Enseigne”). Even if a huge majority of “Noah” (or “Enzo”, in France) are very young, which is reflected on the year of the peak-frequency, the population on which I compute the ratio is the adult entrepreneur population.