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Archives de la catégorie : 'prénoms'

Et sans transition… une page de pub

  • Cette page de pub, ce sera ce portrait flatteur paru dans Sciences Humaines (numéro de février 2012), par Marie Deshayes — qui a bien perçu ma fausse modestie.
  • En ce jour où un juge aux affaires familiales a rendu possible d’appeler son enfant Daemon, vous trouverez, sur le site de La Vie des idées un entretien vidéo réalisé avec Pauline Peretz. 5 questions sur les prénoms : Le prénom, support personnel de l’identité ?

  • Si vous êtes lecteur du magazine Marie-France, vous trouverez, autour de la page 70 du numéro de février 2012, un article de Stéphanie Torre sur Sociologie des prénoms
  • Toutes les Suédoises…

    Le premier compte-rendu “de taille” de mon Sociologie des prénoms vient d’être publié, sous forme tronquée sur nonfiction et sous-forme entière sur le Carnet de recherche de Marie-Anne Paveau, auteure du compte-rendu, Pensée du discours : « Nom d’un prénom ! (4) Toutes les Suédoises s’appellent Ingrid.
    Ce compte-rendu pose plusieurs questions, et il faut que je prenne du temps pour y répondre (et améliorer ainsi une hypothétique deuxième édition du «Repères», si la première se vend bien).

    Identifier les chiens (2)

    Le premier moment, dans cette histoire de l’identification, était l’obligation du collier (1845). Le deuxième moment intervient quelques années après : à partir de 1856, et jusqu’au début des années 1970, existe en France une taxe municipale sur les chiens.
    Pourquoi en fais-je une étape dans le processus d’identification ? Parce que c’est en relation avec l’impôt que l’État développe des outils visant à rendre le monde social “legible” (lisible et légiférable), pour reprendre le terme utilisé par James C. Scott. Par le recensement, le cadastre, l’état civil, l’unification des mesures… l’État et ses agents visent à rendre administrables à distance des populations et des individus qui, sans ces outils, restent obscurs. Pour pouvoir imposer (taxer) il faut pouvoir imposer (son point de vue). Il est, je pense, classique d’étudier la mise en place de certains impôts en relation avec ce projet étatique de repérage des individus. Difficile de taxer sans savoir combien d’individus, de transactions, de têtes de bétail, de fenêtres… existent (sauf à passer par l’intermédiaire, souvent intéressé, des notables locaux, qui ont d’autres intérêts à défendre). Pas de pouvoir sans savoir.
    On connaît bien l’application de ces idées aux humains : connaître leur nombre, leur identité civile, permet de savoir combien de bouches sont à nourrir, combien de bras peuvent être mobilisés, combien de naissances sont à prévoir. La taxe sur les chiens domestiques a-t-elle eu les mêmes effets ? L’entreprise de “legibility” de l’État s’étend-elle aux non-humains après s’être étendue aux humains & citoyens ?
    La taxe sur les chiens était justifiée de plusieurs manières. Elle visait à la fois à donner aux communes de nouvelles ressources, et à faire diminuer le nombre de chiens. Faire des communes des communautés autonomes nécessitait quelques impôts nouveaux. Je passe sur ce point. Mais pourquoi vouloir faire baisser le nombre de chiens ? Ils sont vus, à cette époque, comme des bouches inutiles : ils consomment ce que les Français pourraient manger. Ils sont aussi vus comme la source possible de dangers sanitaires (comme la rage), la source de puanteurs (en ville). Dans une certaine mesure aussi, des chiens sont vus comme “utiles” : les chiens “de garde”, les chiens destinés aux aveugles.


    [Extrait d'un traité des impôts d'un nommé Esquirou]
     

    Le décret d’application de la loi du 2 mai 1855 va différencier deux types de chiens : les “chiens d’agrément ou servant à la chasse”, qui seront les plus taxés, et les “chiens de garde” (d’aveugle, gardant les troupeaux, les ateliers…). Les “possesseurs” de chiens doivent faire une déclaration à la mairie.
    Très rapidement, de nombreux problèmes juridiques vont se faire jour. Un “vieux chien infirme”, qui auparavant servait de “chien de garde” (peu taxé), devient-il maintenant un “chien d’agrément” (car, sourd et aveugle, il ne peut plus faire la garde) ? Le Conseil d’État va développer une jurisprudence foisonnante sur cette question (Dès 1861, le “Répertoire méthodique et alphabétique de législation” des Dalloz frères, comporte une bonne douzaines de pages rien que sur cette loi et les problèmes qu’elle pose.)
    Pour ce qui nous concerne, la loi permet désormais comptages et dénombrements : Benedict-Henry Revoil dans un ouvrage de 1867, Histoire physiologique et anecdotique des chiens écrit ainsi que : “il y avait en France, en 1866, 1 960 789 chiens soumis à la taxe”. Elle incite aussi à la dissimulation, voire à la destruction de nombreux chiens, ou, plutôt, à l’abandon des chiens dont on ne veut pas payer la taxe (et cette multiplication des chiens errants est un effet contraire à ce que les promoteurs de la loi espéraient).
    Mais cette loi semble avoir eu d’autres conséquences, et semble avoir contribué à rendre visible un nouvel état d’esprit concernant les chiens :

    Avec la taxe, le chien est désormais un citoyen.
     
    Références :
    Sandra-Fraysse, Agnès. “1856 vue par Le Charivari: Année bestiaire ou année zoo ?“, Sociétés et représentations, 2009, n°27, p.39-64 [où j'ai découvert la caricature de Daumier]
    Kete, Kathleen. The Beast in the Boudoir: Petkeeping in Nineteenth-Century Paris. Berkeley: University of California Press, c1994 1994. http://ark.cdlib.org/ark:/13030/ft3c6004dj/

    Le “carnet des prénoms” de 1966

    Je suis tombé aujourd’hui sur ce petit article paru dans le Figaro en 1967 :

    A 45 ans de distance, il est difficile de savoir quel était, pour les Françaises de l’époque, le sens qui était mis dans chaque prénom. À quelles images et quels souvenirs ils étaient associés. Et les indices, ici, sont maigres. Je suis quand-même surpris par l’idée avancée que “Sophie, Isabelle et Nathalie” sont “surannés” et que “Florence, Valérie et Véronique” sont des choix “conservateurs”.
    On remarque aussi que les lecteurs du Figaro, en 1966, avaient déjà abandonné les prénoms composés, et qu’ils seront rapidement suivis par le reste de la population.
    [Et si quelqu'un peut m'expliquer le dessin de PIEM, je suis preneur...]

    Liste de liens commentés

    Voici de la lecture :

    1. Concernant le Conseil national des universités :

      1. Liste de motions
      2. Lettre du Syndicat “SNESUP” au Ministre L. Wauquiez
      3. Section 19 : Informations (sur Agora)
      4. Communiqué de l’Association des sociologues enseignants du supérieur
      5. Et quelques mots des gestionnaires, section 06
    2. Concernant la nuit :
      1. Sur HAL-SHS, un livre entier en PDF La nuit en question(s), dirigé par Catherine Espinasse, Luc Gwiazdzinski et Edith Heurgon
    3. Concernant le choix d’un nom :
      1. Utiliser google pour avoir une idée de la tête des porteurs du prénom
      2. …chose que n’ont pas fait les parents du petit Daemon, selon La Voix du Nord
      3. U ou V ? Parfois, il vaut mieux ne pas choisir :

        - M’sieur, m’sieur, on a cours dans quelle salle ?
        - U ou V
        - U ou V ?
        - non, pas “U ou V?”, “U ou V”, c’est le nom de la salle, “U ou V”
        - …
    4. Concernant des choses variées :
      1. Apogée, le logiciel, après plus d’un an d’installation ne fonctionne toujours pas, à Paris 8
      2. La protestation par la nudité publique est-elle collective ou individuelle ? [Relire Elias, et plutôt deux fois qu'une : la première pour le "processus de civilisation" et les seuils de la pudeur; la deuxième pour la "société des individus" et ses discussions sur l'individuel et le collectif.]
      3. Un documentaire, en anglais, d’une heure sur la chirurgie esthétique appliquée à la vulve, via sexactu
    5. Concernant des statistiques :
      1. Une analyse structurale du Code de l’environnement !
      2. Une animation des mutations géographiques du vote aux USA

    Nom des chiens !

    Y a-t-il une sociologie possible des prénoms des chiens ? Réponse possible lors du prochain séminaire “Relations hommes/animaux. Questions contemporaines” de Frédéric Keck & Carole Ferret (Laboratoire d’anthropologie sociale), jeudi 1er décembre 2011 : Baptiste Coulmont : Sociologie des prénoms des chiens ; Dominique Guillo : En quel sens le chien peut-il être considéré comme un acteur social ? Les animaux et la théorie socio-anthropologique de l’action aujourd’hui. Les séances ont lieu de 10h à 13h le premier jeudi de chaque mois (sauf congés) au Collège
    de France, place Marcelin Berthelot, salle 1
    Ci-dessous, des propositions de prénoms publiées en 1922 dans le magazine “L’éleveur” :

    (On remarquera que les chiens immigrés sont censés garder des prénoms non-francisés.)

    La bourgeoisie par les prénoms

    Pour accompagner la série Nom d’un prénom du blog de Marie-Anne Paveau, voici le “top 20″ des prénoms les plus donnés en 2010 dans le « Carnet du jour » du Figaro.

    Comme l’année dernière, Louise et Joséphine restent en premières positions, et, parmi les 10 premiers, 9 se trouvaient déjà dans le palmarès l’année dernière.
    Par rapport au palmarès de 1991, il en reste 5 (Camille, Alix, Charlotte, Marie, Victoria/Victoire).
    Le Carnet des prénoms, édition 2011 est téléchargeable.

    Des prénoms… multisupports

    1- Sociologie des prénoms est maintenant disponible sur le portail “Cairn” (en version PDF, à 3 euros le chapitre. Étrangement, le livre n’est disponible qu’à la découpe, pas en bloc).
     
    2- Autre “multisupport” : le billet sur les prénoms turcs et la mode [PDF] est maintenant disponible sur HAL-SHS. Le site “coulmont.com” est en effet censuré dans les universités de Turquie dont les filtres font un peu de surchauffe.
     
    Note : Le filtrage, j’appelle ça la silençure, la censure silencieuse, privée, démultipliée, ramifiée, celle dont on s’aperçoit rarement.
    Depuis plusieurs années, l’accès à ce site (coulmont.com) est interdit à de nombreux internautes. Collégiens, lycéennes, voire même universitaires.
    Il est probable que l’URL fait partie d’une liste de sites interdits… de laquelle il est impossible de sortir. La belle ville de Bruges offre ainsi un wifi gratuit dans tout son centre ville, mais ce wifi gratuit restreint l’accès à certains sites (heureusement, pas à sexactu.com).

    Des prénoms à la mode en Turquie ?

    Par Elifsu Sabuncu (https://penserclasser.wordpress.com/) et Baptiste Coulmont
     

    L’INSEE turc [Turkish Statistical Institute] met à disposition deux fichiers donnant le rang des 100 premiers prénoms, depuis 19501.

    La belle longévité de certains prénoms, la mort d’autres

    Certains prénoms connaissent une belle longévité : Zeynep, prénom féminin, est dans le “top 10″ de 1950 à 2010; Mehmet, prénom masculin, est presque constamment le prénom le plus donné. On le voit assez facilement dans le graphique suivant, qui donne le rang de quatre prénoms masculins et quatre prénoms féminins depuis 1950 en Turquie.

    Mais cette image de grande stabilité est trompeuse. On voit déjà que Elif, prénom féminin, connaît un succès grandissant, et que Hasan, prénom classique, a tendance être de moins en moins donné (relativement aux autres).

    Et l’on pourrait tout aussi bien, comme nous le faisons dans le graphique suivant, insister sur les abandons. Certains prénoms, très populaires dans les années 1950, quittent le palmarès, abandonnés par les parents, qui ne nomment plus leur fille, ni leur garçon, ainsi.

    Ainsi Serife disparaît du “top 100″ avant 2000, et Bayram, prénom masculin, un peu après 2000. Visiblement, tous les grands-pères et toutes les grands-mères n’arrivent pas à transmettre leurs prénoms. En Turquie comme en France, les prénoms des vieux ne sont plus toujours les prénoms des plus jeunes.

    Sous la stabilité, de nombreux mouvements

    Les abandons (c’est à dire des prénoms qui passent sous la barre du 100e rang) sont très fréquents. Pour les filles : seuls 12 prénoms dans le “top 100″ de 1950 sont encore présents dans le “top 100″ en 2010 : Zeynep, Elif, Zehra, Fatma, Meryem, Ayşe, Medine, Hatice, Rabia, Emine, Melek, Esma. Les 88 autres prénoms de 2010 sont des prénoms “neufs” (ou peut-être, comme en France, d’anciens prénoms revenus au goût du jour2). Il en va de même pour les garçons, même si les changements sont un peu moins rapides (En 2010, il reste encore 29 prénoms présents en 1950, Yusuf, Mustafa, Mehmet, Ahmet, Ömer, Ali, Ibrahim, Hüseyin, Hasan, Ismail, Hamza, Abdullah, Ramazan, Murat, Mehmet-Ali, Salih, Yakup, Osman, Kadir, Bilal, Halil, Mehmet-Emin, Abdülkadir, Halil-Ibrahim, Süleyman, Musa, Adem, Mahmut et Isa).
    Cette première différence entre garçons et filles est importante : en Turquie, tout comme dans les autres pays européens pour lesquels l’on dispose de données, les prénoms des filles se renouvellent plus vite que les prénoms des garçons. Les parents turcs en Turquie, aussi bien que ceux nés en Turquie mais immigrés en Allemagne ou en France, se permettent de donner aux filles des prénoms ayant une “carrière culturelle” plus courte que celle des prénoms masculins. Il y a plus d’inertie associée aux prénoms donnés aux garçons.

    Si des prénoms disparaissent, il faut bien que d’autres les remplacent. Et ils ne sont pas remplacés par des prénoms aussi “classiques”. Les Turcs ont bien l’équivalent de nos “Martine” (1950-1960), “Aurélie” (1980-1990) ou “Manon” (1990-2000), prénoms générationnels qui connaissent un engouement très rapidement suivi par un désintérêt.

    Le graphique montre bien le succès éphémère de quelques prénoms : Tuǧba pour les filles, ou Emrah pour les garçons ne restent pas longtemps au sommet du classement. Un prénom comme Sıla semble arriver de nulle part et disparaître aussi vite : il semble lié à la diffusion d’une série de télévision du même titre, dans lequelle une pauvre fille est recueillie par une famille riche d’Istanbul (vidéo ici)

    Certains prénoms, qui se trouvent dans le “top 10″en 2009, n’ont que quelques années de popularité réelle : Ecrin (qui viendrait de l’arabe, et qui se prononce “edjrine”), Irem, Merve, Yaǧmur, Eylül et Nisanur pour les filles, Yiǧit ou Arda pour les garçons.

    De la mode, donc !

    Le cas turc est intéressant. L’étude des variations temporelles de la popularité des prénoms s’est appuyée sur les exemples de pays comme les Etats-Unis, la France, les Pays-Bas… pour lesquels un état civil ancien permettait de repérer des phénomènes de mode. Rares sont les travaux à avoir essayé d’observer les mêmes phénomènes dans des pays, disons “extérieurs au G7″.
    Dans les études portant sur les conséquences de la migration sur le choix des prénoms, il est parfois écrit que les prénoms des immigrés et de leurs enfants sont “traditionnels”, comme si, dans “leurs pays”, il n’y avait que “tradition”.

    This corresponds to the results of Lieberson (2000), and Sue and Telles (2007), who have reported a higher use of more traditional (ethnic) first names for boys than for girls in Mexican-American families. This gender difference in naming is not easy to interpret. One possibility is that parents want traditions to be continued primarily by their male offspring.
    Becker, B. [2009], Immigrants’ emotional identification with the host society. Ethnicities, 9[2], p.200-225.

    Oftentimes, ethnic groups voluntarily give up their traditional first names and adopt names of the dominant ethnic group without state in- tervention.
    Gerhards, J. & Hans, S. [2009], From Hasan to Herbert: Name-Giving Patterns of Immigrant Parents between acculturation and Ethnic Maintenance. American Journal of Sociology, 114[4], p.1102-1128.

    De ce fait, il est implicitement sous-entendu que les pays à majorité musulmane (ou, plus largement, les pays d’émigration) auraient des “prénoms traditionnels” (Ali, Mohamed, Fatima…), qui, en plus, seraient hérités de (grand-)père à (petit-)fils. Ces pays ne connaîtraient pas la mode… et le fait de porter des prénoms ressemblant à des prénoms “musulmans” serait une preuve d’attachement à des “traditions”.

    De rares travaux ont montré que ce n’était pas le cas, la mode n’est pas une spécificité occidentale. Et l’on peut, en cherchant bien, disposer maintenant de données statistiques au niveau national, qui le prouvent.

    Peut-on repérer autre chose ?

    Accessoirement, les données turques permettent d’autres interprétations. Par exemple, le succès récent de Muhammed (que l’on voit dans le graphique précédent), semble remplacer Mehmet. Si l’on fait l’hypothèse que Mehmet, forme turquisée de “Mohamed”, pouvait être lié au nationalisme des parents (préférant des prénoms “turcs” pour leurs enfants), alors on peut supposer que Muhammed est donné par des parents plus islamistes que nationalistes (ou trouvant désuet le recours à une forme éloignée de l’arabe).

    Un premier classement des prénoms origine etymologique (“arabe”, “turc”, “persan”…) donne des résultats incertains (ci-dessous, pour les prénoms des filles). Les prénoms “turcs” (en bleu) ont tendance à être de moins en moins nombreux dans le “top 100″, alors que les prénoms “arabes” se maintiennent. Apparaît très visible, en revanche, l’augmentation du nombre de prénoms “difficiles à classer”, prénoms neufs ou sans ancrage.

    Sources et bibliographie
    Données turques :
    http://tuik.gov.tr/PreIstatistikTablo.do?istab_id=1331 #filles
    et
    http://tuik.gov.tr/PreIstatistikTablo.do?istab_id=1332 #garçons

    Aslan, S. [2009], Incoherent State: The Controversy over Kurdish Naming. European Journal of Turkish Studies, [10]. Available at: http://ejts.revues.org/index4142.html [Consulté août 16, 2011].
    Bulliet, R.W. [1978], First Names and Political Change in Modern Turkey. International Journal of Middle East Studies, 9[4], p.489-495.
    Borrmans, M. [1968], Prénoms arabes et changement social en Tunisie. IBLA, revue de l’Institut des Belles Lettres Arabes, 121, p.97-112.

    Notes
    1 Ces données ne représentent pas directement les naissances, mais les personnes nées une année donnée, et encore vivantes vers 2009. Nous allons faire ici comme si ces données étaient assez fidèles aux naissances.
    2 Mais pour le savoir, il faudrait disposer de données remontant aux siècles précédents. Les spécialistes d’histoire turque nous renseigneront en commentaire.

    Des réseaux de prénoms

    Les prénoms indiquent indirectement et grossièrement l’âge (un Téo est probablement plus jeune qu’un Maurice), le sexe (un Léa est très probablement une Léa), mais aussi l’origine nationale ou régionale d’une partie des ancêtres du porteur (une Samira n’a pas les mêmes parents qu’une Nolwenn).
    Parce qu’il existe des entrepreneurs identitaires, intéressés par la stabilisation de formes culturelles, l’on trouve des dictionnaires de prénoms, arabes, occitans, turcs ou bretons. Mais toutes les formes culturelles n’ont pas leurs entrepreneurs. Comment “mettre ensemble” des prénoms qui ont toutes chances d’aller ensemble ?
    Un article récent de Pablo Mateos et alii, publié dans PLoS One (Ethnicity and Population Structure in Personal Naming Networks), expose une méthode, qui s’appuie sur le fait qu’aux prénoms sont associés des noms de famille : Nolwenn est plus probablement une Le Kergourvehnec’h qu’une Aattabah. Et les Aattabah ont peut-être pour prénom Samira, Yanis et Inès.
    En disposant d’une très grande liste d’individus, il est possible de recomposer des relations de proximité qu’entretiennent les prénoms (et les noms de famille). On peut résumer graphiquement cela ainsi (graphique issu de l’article cité plus haut) :

    Le premier graphique représente un réseau “bimodal”, les deux suivants (B et C) les deux réseaux unimodaux que l’on peut déduire du premier, si l’on se concentre sur les noms de famille (B) ou les prénoms (C). Les auteurs de l’article exposent l’intérêt de cette méthode (et certaines des opérations nécessaires pour repérer les relations significatives entre prénoms).
    Disposant d’une liste nominative de plus de 400000 bacheliers, j’ai appliqué une partie des recettes, et cela donne des choses plus ou moins intéressantes.
     
    Graphe (illisible)

     
    Extrait 1 : au coeur de la composante principale

     
    Extrait 2 : une composante “ethnique”

     
    Extrait 3 : une autre composante “ethnique”

     
    Cette méthode peut se comprendre comme une méthode de classification automatique : l’on part d’une liste de “Jean Dupont” et l’on aboutit à mettre en évidence des groupes de prénoms qui sont indirectement liés entre eux (par le nom de famille).
    Et cette classification combine ici deux choses : d’un côté le choix des parents pour un prénom (choix qui exprime tout une série d’éléments, principalement le goût pour telle ou telle sonorité, mais aussi des attachements identitaires); de l’autre une forme héritée (on ne choisit pas son nom de famille, très souvent encore le nom de famille de son père).