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Archives de la catégorie : 'prénoms'

Et on accueille Didier et Nathalie… Les prénoms dans les jeux télévisés.

Dans «Le petit peuple des sociologues», j’ai montré comment les sociologues français avaient cherché à individualiser les personnes auprès desquelles ils enquêtent, en leur donnant des prénoms fictifs.
Les sociologues ne sont pas les seules à donner des prénoms. Les présentateurs et présentatrices de jeux télévisés aussi. Mais aujourd’hui plus qu’avant. Quand on regarde, sur le site de l’INA, les premiers jeux télévisés (comme Gros lot en 1957), on voit que les candidats sont appelés par leur nom de famille. Madame Nanin en 1958 dans Télé match. Mais aujourd’hui, on va nous annoncer “Sébastien, notre champion”. Un prénom, sans nom de famille.
De quand date ce changement ? J’ai, pour répondre à cette question cruciale, examiné la présentation des candidats dans une bonne soixantaine de jeux télévisés depuis 1968, principalement en me fiant à des extraits sur le site de l’INA ou sur Youtube. Voici le résultat :
Le graphique suivant représente chaque jeu télévisé par un point. Ce point est placé en bas (zéro) si le jeu télévisé n’utilise pas le prénom tout seul. Et en haut s’il utilise le prénom seul. La courbe rouge estime la probabilité d’utilisation du prénom seul à partir d’une regression logistique.
 

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Avant 1976, aucun jeu télévisé n’utilise le prénom seul. Les candidats sont “Monsieur Dupont” ou “Jean-Christophe Dupont”. En 1976 (pour la première fois dans mon corpus), Les Jeux de 20h font intervenir des candidats qui n’ont qu’un prénom : “C’est une jolie Florence”, nous dit-on.
Dans les années 1980, et notamment avec les multiples jeux télévisés diffusés sur La Cinq, les prénoms se diffusent: les nouveaux jeux télévisés créés à partir de 1990 ont une probabilité très élevée de présenter les candidates et les candidats uniquement à l’aide de leur prénom. Et Des chiffres et des lettres, créé en 1972, et qui utilisait le nom de famille, s’est enfin mis, très tardivement, à utiliser les prénoms, au cours des années 2000.

Cette étude a ses limites :

  1. Le corpus est limité, et il me manque des jeux entre 1978 et 1983. Justement une période qui semble être une période de basculement
  2. Il faudrait examiner plus en détail les usages des noms et prénoms au cours des jeux eux-mêmes : je me suis limité à l’introduction des candidats, et à ce qui est écrit sur leur badge
  3. Il faudrait examiner la permanence du vouvoiement associé au prénom
  4. Je n’ai pris en compte que des jeux d’adultes (parce que les enfants, on les tutoie et on les appelle par leur prénom), ou se présentent des individus, en excluant les jeux où se présentent des familles (qui, par nécessité, sont référencées par un nom de famille)
  5. Et plein d’autres limites

Les prénoms et la mention, édition 2018

Entre l’année dernière et cette année, tous les candidats ou presque ont changé. Mais si les personnes ont changé, ce n’est pas le cas de leurs prénoms. Prenons les Juliette. Les Juliette qui ont passé le bac en 2017 ne sont pas celles qui ont passé le bac en 2018. Et même plus : les Juliette de 2017 n’ont pas les mêmes parents que les Juliette de 2018. Et pourtant leur nombre est presque le même (2200), et leur taux d’accès à la mention Très bien est identique (20%). En tant qu’individu, elles sont toutes différentes. En tant que groupe (du simple fait de partager un prénom) elles sont semblables. Les Juliette de 2018 sont, en tant que groupe, et au regard du taux d’accès à la mention Très bien, identiques aux Juliette de 2017.
Cette année, 25% des Garance (qui ont eu plus que 8 au bac général et technologique et qui ont autorisé la diffusion de leurs résultats) ont obtenu la mention Très bien. C’est le cas de 5% des Océane ou des Anthony. Les prénoms les plus donnés vers 2000 (quand ces bachelier.e.s sont né.e.s), Léa, Thomas et Camille, ont des taux moyens de proportion Très bien. Vous remarquerez aussi assez vite la plus grande excellence scolaire féminine : à la droite du graphique, on ne trouve que des prénoms féminins bourgeois (Garance, Apolline, Diane…). A gauche, ce sont surtout des prénoms masculins et de classes populaires (Steven, Ryan, Christopher, Allan).


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Pour les années précédentes, voir 2017, ou en 2016 ou encore en 20152014,2013, 2012 ou 2011. Vous pouvez aussi lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante].

Taisez-vous, Vicomte arriéré !

La Troisième République, surtout après 1877, a définitivement permis à la France d’enterrer la monarchie et ses cortèges nobiliaires. Mais les titres de noblesse, eux, n’ont jamais disparu. Encore aujourd’hui, l’Etat délivre les titres d’investiture aux descendants aînés mâles légitimes issus d’un mariage catholique (pour la noblesse d’Ancien régime). Et ce n’est pas l’enracinement de la République qui a fait disparaître les titres de noblesse du Journal officiel.

Par exemple, en 1914, on trouve un député vicomte (de Villebois-Mareuil)

En 1921 un baron (des Lyons de Feuchin)

En 1940 un marquis (de La Ferronnays)

Donc 70 ans après l’instauration de la République, des députés apparaissaient encore sous leur titre de noblesse. Et cela ne cesse pas en 1945. On trouve encore des marquis au tout début de la Quatrième République :

Dans le Journal officiel (Assemblée nationale), la pratique va cesser autour de 1950. Le “Marquis de Moustier” devient “Roland de Moustier” et le prénom remplace le titre, à une période historique d’émergence du prénom comme “lieu où s’affirme la volonté” écrivait Jean Carbonnier. D’ailleurs “Marquis” semble dès lors devenir une insulte, du moins pour les élus communistes, comme le montre cet extrait du 16 février 1952 :

ou encore cet extrait du 18 juin 1953 :

Merci à @RemiMathis sur twitter, à Gallica et au site d’archive de l’Assemblée nationale

Entrepreneur de soi-même

On peut penser que, quand on porte un prénom démodé, on le met moins en avant que quand on porte un prénom moins démodé. Mais c’est difficile d’en être certain, les usages quotidiens du prénom étant fluctuants et échappant au regard et à l’oreille du sociologue.
Mais on peut essayer de vérifier cela pour les enseignes commerciales. J’utilise ici la base Sirene, qui compte près de 4 millions d’entrepreneurs individuels (artisans, commerçants, professions libérales, etc…). Je dispose, pour ces personnes, de leur prénom et de l’enseigne commerciale de leur entreprise. Ainsi « Line Lefevbre » peut être la patronne de « Fleurs de Line ». Il est alors possible de vérifier que les personnes portant un prénom au succès récent utilisent plus souvent ce prénom dans leur enseigne commerciale que les personnes ayant un prénom dont le succès remonte au premier tiers du XXe siècle. « Huguette Garcia » ne sera pas la patronne de « Patisseries Huguette » mais de « Aux Délices des croissants ».


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C’est en effet ce que l’on observe: Plus le prénom a un succès récent, plus les porteurs de ce prénom ont tendance à l’utiliser pour leur enseigne commerciale. Dans le détail, on repère que les «très vieux» prénoms (ceux dont le succès était important vers 1900) sont plus utilisés que les prénoms des années 1910-1940. Mais c’est que ces «très vieux» prénoms (Emile, Gabrielle, Paul, Victor…) ont aussi connu un second succès au début du XXIe siècle. A l’inverse les prénoms «trop jeunes», ceux dont le succès date d’après 2000, sont peut être trop peu sérieux, trop infantiles encore, pour être utilisés comme enseigne. Et enfin on remarque aussi que celles et ceux qui portent un prénom arabe (Mohamed, Said, Youssef…) utilisent beaucoup moins leur prénom que ce qui serait attendu en raison de leur caractère désuet ou non (ce sont les points oranges sur le graphique).

La demi-vie du « Top 20 »

Les prénoms les plus populaires à un moment donné ne le sont plus quelques années après. Mais combien de temps faut-il pour que la totalité du “top 10” ou du “top 50” soit renouvelée ? La question pose problème, car certains prénoms, comme Marie, Paul, Louis restent, pendant presque tout le XXe siècle et le début du XXIe siècle, parmi les prénoms les plus donnés. Oh, certes, leur fréquence diminue fortement, mais ils restent dans le Top 20 pendant très longtemps.
C’est pourquoi je m’intéresse ici à la “demi-vie” du top 20. La demi-vie est une notion très utilisée en physique. Prenez 100 atomes de plutonium (ou un peu plus). C’est radioactif. Au bout de combien de temps la moitié des noyaux se seront désintégrés ? On va considérer Huguette comme une sorte de noyau radioactif.

Désormais, il suffit d’à peine 10 ans pour que la moitié des prénoms du “top 20” soient sortis de ce “top 20”. Et les prénoms donnés aux garçons ont cessé d’être lents à se renouveler.

Lien vers le code R (calculs et graphique, sur github)

Mon homonyme : un autre est je

Un grand nombre d’entre nous a fait l’expérience de découvrir un homonyme. Avec mon prénom relativement rare et mon nom de famille peu fréquent, je sais qu’il existe quand même un autre Baptiste Coulmont (ici). Un autre est je.
Mais peut-on estimer la proportion de personnes qui, en France, ont un homonyme. Est-ce que cela concerne 10% de la population ou 99% ?
Si j’avais accès au Répertoire national d’identification des personnes physiques, de l’INSEE, ça nous donnerait des informations solides. D’ailleurs, si quelqu’un de l’INSEE me lit, peut-elle faire ce calcul ? Faute d’accès privilégié, peut-on estimer cette proportion d’une autre manière ?

Je vais le faire ici à partir des listes électorales de Paris et Marseille, qui, au total, comptent près de 1,8 million d’individus. En combinant ces deux listes, la proportion d’homonymes, à savoir de personnes qui ont le même nom et le même premier prénom, est de 18,93% (soyons précis, car on peut l’être, ici). Les listes électorales ne concernent que les citoyens français majeurs et inscrits, ce qui ne représente pas la population vivant en France. En se restreignant à Paris, la proportion est de 17%, à Marseille, de 11%.

Combinons ces deux listes électorales, et répartissons les individus au hasard dans cette liste (pour éviter la proximité des noms de famille). On sélectionne un groupe de 1000 individus, quelle est la proportion d’homonymes (elle est faible). Et dans un groupe de 2000, 3000… 50 000, 500 000 individus ? La progression est régulière, très très régulière : c’est l’intérêt de travailler avec des “big data”, elles génèrent de la régularité.

homonymes-paris-marseille

Une telle courbe ressemble à quelque chose. Et l’on sait que les noms et les prénoms suivent (grosso-modo) des lois de puissance (ou de Pareto, ou de Zipf). En passant à un graphique log-log (où les échelles des abscisses et des ordonnées sont des échelles logarithmiques), nous devrions voir apparaître une belle droite.

homonymes-paris-marseille-log

Ca ressemble à une droite… mais est-ce vraiment une droite ? Une régression linéaire nous donne une droite, qui, comme on peut le constater, montre que la courbe de fréquence n’est pas une droite. C’est un problème : si c’était une droite, j’aurai pu “prédire” la proportion d’homonymes dans un groupe de 30 millions d’individus, ou dans un groupe de 65 millions.

homonymes-paris-marseille-log-regr-lin

Peut-être que la mauvaise estimation est due aux (relativement) petits effectifs, quand les groupes comptent moins de 500 000 individus. Mais si on fait porter la régression sur la partie de la courbe la plus à droite, cette qui semble être la plus droite… on voit bien que cette courbe n’est pas linéaire. (Même si l’erreur standard résiduelle est très faible et le R^2 de 0,9999…).
Ci dessous, les “diagnostics plots” d’une telle régression :

homonymes-paris-marseille-diagnostic

Mais ça ne pouvait de toute façon pas être une droite : la proportion maximale est bornée à 100% !

Donc c’est plus complexe, et une estimation de la proportion d’homonymes dans un groupe de 30 millions d’individus basée sur une extrapolation à partir de la régression linéaire… se trompera.

Face à ça, que faire… Who you gonna call ?

Ghostbusters_logo.svg

J’ai contacté Arthur Charpentier, qui a rapidement vu que ce problème était un analogue — en plus complexe — du paradoxe des anniversaires, dont la modélisation est tout sauf évidente. On sait que si un groupe compte plus de 23 personnes, alors il y a plus de 50% de chance que deux personnes aient leur anniversaire le même jour. Quelle doit être la taille d’un groupe pour qu’il y ait au moins deux homonymes dans ce groupe? Si la population de départ ressemble à celle de Marseille et Paris, alors il faut un groupe d’environ 1750 personnes.
homonymes-paris-marseille-proba
Dans des groupes de 6000 individus tirés au hasard dans la population des électeurs parisiens, il y près de 100% de chance d’avoir au moins un couple d’homonymes.

La suite de la réflexion est chez Arthur Charpentier, sur freakonometrics.

Le beau linge

Il y a le tissu social. Et il y a le beau linge social [*]. Mais parfois le beau linge est caché dans de vieilles armoires grinçantes. Ouvrons une de ces armoires : les noms à particules (et, parfois, à armoiries). Je vais m’appuyer sur les résultats nominatifs au bac général et technologique, entre 2012 et 2017, soit 2,2 millions d’individus.
Parmi eux, 25 000 ont un nom à particule (la particule ici étant “de”, “du”, “des” ou “d'” : d’Hauterives, de La Tour d’Aigues, des Restifs, Chabault du Fals, etc…), et parmi eux quelques De Souza. 68 000 ont un des 30 noms de famille les plus fréquents en France (Martin, Durand) mais aussi Da Silva. Les autres, qui sont donc 2,1 millions environ, représentent le tout-venant.
Si la particule ne disait rien (mais vraiment rien du tout) de la position sociale, alors les prénoms des bacheliers à particule devraient ressembler très fort aux prénoms des bacheliers sans particule. Si l’on pense que la particule est quand même un signe d’immigration potentiellement lointaine, alors on peut comparer avec les prénoms de celles et ceux qui ont un nom de famille très fréquent en France (un des trente noms de famille les plus fréquents). Les choix de monsieur et madame Dupont ne devraient pas trop différer des choix de Monsieur et Madame du Pont.

Le tableau des prénoms les plus fréquents ne révèle que peu de différences. Les prénoms des “Dupont” (c’est à dire des personnes ayant un des 30 noms de famille les plus fréquents en France) sont, grosso modo, rangés dans le même ordre que les prénoms de l’ensemble de la population des bacheliers. Les prénoms des “du Pont” (c’est à dire des personnes ayant un nom à particule) montrent de légères différences de rang : on y préfère Marie à Camille, on apprécie un peu moins Léa et Manon. On adoooore Louis et Paul.

rang DUPONT TOUS DU PONT
1 Camille Camille Marie
2 Thomas Thomas Antoine
3 Manon Marie Thomas
4 Lea Manon Alexandre
5 Marie Lea Camille
6 Pauline Alexandre Louis
7 Antoine Antoine Paul
8 Mathilde Maxime Guillaume
9 Maxime Nicolas Nicolas
10 Nicolas Pauline Pierre
11 Alexandre Mathilde Lea
12 Marine Chloe Charlotte
13 Julie Marine Marine
14 Chloe Laura Hugo
15 Quentin Julie Mathilde
16 Clement Quentin Manon
17 Julien Clement Maxime
18 Guillaume Pierre Quentin
19 Laura Marion Pauline
20 Valentin Julien Alexis

Sources : Résultats nominatifs au bac

Ainsi, pour ce qui est des choix les plus fréquents, les choix des Dupont et des du Pont se ressemblent. Les prénoms les plus fréquents n’ont qu’un faible pouvoir de distinction.

Le diable est dans les détails. Certains prénoms (des prénoms relativement fréquents, présents chez plus de 500 bacheliers et bachelières) ne sont pas répartis de la même manière entre Dupont et du Pont. Examinons la “sur-représentation” et la “sous-représentation” de ces prénoms fréquents. Pour ce faire, on divise la fréquence du prénom dans la population à particule par la fréquence du prénom dans la population complète. Quand ce rapport est supérieur à 1, cela signifie que les du Pont choisissent un peu plus souvent ce prénom que la population générale. Et l’on fait la même chose pour les Dupont.

Là, les différences apparaissent très visibles. Les parents à particules choisissent Sixtine, Maylis et Stanislas beaucoup plus souvent que le commun des mortels. Les Dupont, eux, ont des choix peu spécifiques : à la fois Teddy et Thibaud, Andy et Léonie : c’est que l’on trouve de tout dans les Dupont, qu’ils ont des choix très peu différents des choix du commun des mortels.

rang (de surreprésentation) DUPONT DU PONT
1 Solenne Sixtine
2 Alexane Maylis
3 Suzanne Stanislas
4 Andy Gaspard
5 Timothe Albane
6 Xavier Hugues
7 Segolene Hortense
8 Cassandra Henri
9 Joffrey Philippine
10 Gwenaelle Marin
11 Gabin Bertrand
12 Teddy Diane
13 Thibaud Victoire
14 Antony Alix
15 Charlene Astrid
16 Corentin Alban
17 Leonie Joseph
18 Coraline Malo
19 Etienne Amaury
20 Leopold Augustin

Sources : Résultats nominatifs au bac

Alors que nous serions bien en peine de distinguer les Dupont sur le tissu social (ce sont, collectivement, des omnivores culturels), les du Pont, eux, s’y distinguent bien, notamment par leurs choix spécifiques : ils sous-utilisent les prénoms les plus fréquents, et ils sur-utilisent un corpus de prénoms rares. Ainsi, alors que rien ne devrait distinguer les Dupont des du Pont, si la particule n’était vraiment rien, certaines de leurs pratiques culturelles les différencient encore, à la marge, du reste de la société. Quand donc arriveront-ils à s’intégrer ?

[*] La métaphore n’est pas seulement filée, elle est ici cousue de fil d’or.

Le mystère des garçons en avance

L’avance scolaire des garçons m’étonne, depuis quelques temps déjà (voir les épisodes précédents ici ou encore ). J’ai commencé à explorer les données du “Panel 2007” (qui suit des élèves sur plusieurs années), mais ce n’est pas encore assez abouti.
L’avance scolaire des garçons est bizarre car elle n’est pas entièrement liée à leurs performances scolaires : à notes égales, les garçons sautent plus souvent une classe que les filles. Et cela se vérifie quelque soit la série ou filière du bac et quelque soit l’origine sociale des élèves. Cela peut s’illustrer avec les résultats nominatifs au bac, en prenant les prénoms comme des indicateurs (flous) d’origine sociale.
En abscisse : le pourcentage de mention “Très bien”. En ordonnées : le pourcentage d’élèves en avance. Chaque point représente un groupe d’élèves portant un prénom donné plus de 200 fois. La ligne bleue montre la relation (issue d’une régression linéaire) entre la proportion de garçons obtenant la mention Très bien et la proportion de garçons “en avance”. La ligne rouge montre la même chose pour les filles. Quelque soit l’année (non représentée), quelque soit la série, quelque soit l’origine sociale, les garçons, en moyenne, ont plus souvent sauté une classe que les filles qui ont les mêmes performances scolaires.

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Quand on connaît les primes diverses accordées à la précocité, on ne peut s’empêcher de penser que, décidément, les avantages masculins commencent tôt dans la vie.

Les prénoms et la mention, édition 2017

Le monde social est fait de routine et de familiarité. De surprises parfois, de fascinations, mais d’habitudes aussi. C’est pourquoi, cette année encore, les toutes nouvelles bachelières prénommées Diane ont plus souvent obtenu la mention « Très bien » que leurs camarades prénommées Cindy ou Morgan.
Plus de 20% des Adèle, Diane, Anna, Théophile et Juliette ont obtenu la plus haute mention. C’est le cas de 5% environ des Cassandra, Anissa et Anthony.

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Pour en savoir plus, j’ai écrit un petit texte pour l’INED On ne nomme jamais, on classe.
Et j’ai aussi, au cours des années précédentes, montré l’intérêt de cette étude : en 2016 ou encore en 20152014,2013, 2012 ou 2011. Vous pouvez aussi lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante].

 

Enfin un mini-site interactif qui vous permet de consulter les résultats de votre prénom est disponible ici : http://coulmont.com/bac/

The little guys of French sociology. Anonyms and pseudonyms in sociological litterature.

This text is a quick and dirty translation of the main arguments of le petit peuple des sociologues” (published in Genèses, 2017, n.107).

First names are often used to identify characters in books and article written by French sociologists. This is rather new. Why are French sociologists increasingly using first names? Who gets to be called by a first name?

This paper is an analysis of the argumentative styles in sociology. It is also an analysis of the consequences of anonymization. Sociologists write that they anonymize in order to protect the privacy of the people who were interviewed or observed: they use pseudonyms to anonymize. But this ethical framing hinders the analysis of the consequences of anonymization. In the last part of the article, I propose an analysis of the power relations that are intertwined with the uses of a first name. One should note that the use of first names in everyday social relations is different in France and the USA. The use of “tu” instead of “vous” and the use of first names are both a way to mark closeness and a way to mark hierarchy, depending on the reciprocity of these uses.

To explore these themes I have read the 8 main French sociological journals from 1960 to 2015 (every 5 years) and, for each issue, I have counted the number of articles that used first names to refer to the people interviewed, observed or surveyed. There are many ways to refer to someone: the name (Monsieur Dupont), the first name (Pierre), the first letter (P.), a combination of letters (P. D.), some letters or numbers (“A” for the first interviewee, or “Interviewee n.1”), a position (“the head of the bureau”, “the cousin of…”), or even dates (“Interview realized on 1/1/2000”)… but I only focused on the presence or not of a first name.

The first result is the increasing use of first names:

 

year

Number of Articles

Number of articles
with first names

Proportion (%)

1960

55

0

0

1965

76

0

0

1970

66

1

2

1975

98

2

2

1980

82

4

5

1985

111

3

3

1990

142

6

4

1995

165

9

5

2000

177

12

7

2005

155

15

10

2010

182

37

20

2015

132

44

33

Table 1: The increasing use of first names in French sociological articles

 

In 2010, 182 articles were published in the main journals. 37 articles anonymized the surveyed people with a first name: 20% of the corpus.

Why do French sociologist use first names?

  • (1) Recent sociology textbooks and manuals [I have read 53 methodology textbooks published between 1945 and 2016] recommend first names to anonymize (whereas there was no recommendation for anonymization in older sociology textbooks) but sociologist never write in their article why they chose to use first names instead of another anonymization technic. It has become a routine.
  • (2) First names are increasingly used in French society: beginning in the 1970s first names are increasingly used in professional settings and in various social settings.
  • (3) First names are useful in a narrative context, and the “narrative turn” in French sociology may have increased this use. They establish recurring characters: “Sophie” is more memorable than “interviewee n.37”. First names are also useful as a narrative technic, to differenciate characters within a sociological text : whereas “Baptiste Coulmont” or “Coulmont” would be another sociologist [such as “as Coulmont (2011) shows…”] , “Baptiste” (without a last name) would be an interviewee [“at some time during our conversation, Baptiste stated that…”], and the main author refers to herself/himself as “the sociologist”.
  • (4) Using a first name is a generational marker : “young” sociologists use first names as a routine (that is, sociologists who were “young” in the 1990 and that, increasingly, get involved in the editorial board of these journal) – to establish this, I looked at the journals : the newer the journal is (some were created in the 1950, some in the 1960, some in the 1970…), the larger is the frequency of first names. I also looked at the “prize for the young author” (prix du jeune auteur, best graduate paper): articles written by “young” sociologists use first names at a much higher frequency than articles written by other sociologists.

Who gets a first name?

Because first names are used as marker of familiarity and as marker of hierarchy, it is crucial to understand who gets a first name in the sociological literature. I looked closely at 123 articles published in 2010. 58 articles do not use any pseudonyms (purely quantitative article, purely theoretical articles, or article about historical individuals: Mao Zedong, Charles de Gaulle…). 65 articles refer to individual actors, and among those articles, 33 are using first names.

  1. Surveyed people (interviewees, people met during fieldwork…) getting first names are: “genitally mutilated migrant women”, “farm workers”, “supermarket cashier”, “students”, “women”, “homeless people”, “pupils”, “migrants”, “civil servants”, “young women”, “musicians”, “campaigner / political canvasser”. Very often, those people have very little power.
  2. Surveyed people without a first name are: “high class bourgeois”, “writers”, “supervisors”, “wine-grower”, “high ranking official in the European commission”, “head of service”, “veterinarian”, “engineer”, “manager”, “senior citizen”, “activist”… Mostly, those are people in a power position, often presented as male (or in the French grammatical male formulation: “les ingénieurs”).

In 15 articles, the authors used first names for some surveyed people, and another reference for the other surveyed people. The more power someone has, the less likely he [rarely she] is to get a first name. On the same page, the blue collar workers is assigned a first name, the manager gets “the manager”; children have a first name (“Léa”) parents get a name (“Madame Dupont, la mère de Léa” : “Mrs Dupont, mother of Léa”)

Sociologists (almost) never write that they used first names to refer to people with whom they used first names during their fieldwork. Naming is a “a staging of the methodological self” (une mise en scène de soi): the use of first names to refer to the little guys shows “whose side we are on” (we are close to the little guys, whom we refer to by a first name, we exhibit a distance with the upper class, whom we refer to by a title). But as a consequence domination always appears disembodied: domination is always performed by “managers”, “head of services”, never embodied in a “Jean-Luc”.