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Le Parisien dentelé : un objet obscène vers 1890

Maxence Rodemacq est l’auteur d’un mémoire de master d’histoire intitulé L’industrie de l’obscénité. Commerce pornographique et culture de masse à Paris (1855 – 1930), réalisé sous la direction de Dominique Kalifa en 2010. Son travail s’inscrit dans une série de travaux récents en histoire de la sexualité. Pour dire bref, il se concentre sur le marché de la pornographie alors que les études un peu plus anciennes, celles d’Alain Corbin ou celle d’Annie Stora-Lamarre s’intéressaient aux formes culturelles ou s’intéressaient à la pornographie « dans le cadre de la censure politique ou encore celui de la “morale anticléricale” ». Mais à la fin du XIXe siècle, la pornographie se détache de tout discours politique pour viser autre chose.
A partir de sources policières et judiciaires, combinées à des textes publiés (notamment dans la presse de l’époque), Rodemacq donne à voir comment le marché s’organisait avant 1930. Les sources policières posent des problèmes bien analysés : pour les policiers aussi, l’outrage aux bonnes moeurs est un délit commercial, et ils s’intéressent plus aux vendeurs qu’aux clients. Le client intéressant, c’est « l’ “acheteur” qui achète pour revendre ensuite – par exemple le “commis acheteur” ». Les autres n’apportent pas grand chose au dossier policier.
Mais les sources policières ont de réels intérêts pour la recherche : elles conservent des documents qui ont disparu et qui donnent une idée de l’étendue de ce qui est alors considéré comme “obscène”. Des publicités et des catalogues notamment, qui donnent une idée des prix au détail. Une entreprise de “caoutchouc dilaté”, la Maison A. Claverie, propose ainsi, à la fin du XIXe siècle, divers préservatifs :

Le “Parisien” peut “servir plusieurs fois” : il “est en caoutchouc dilaté de qualité tout à fait supérieure [et] possède à son extrémité une petite poche ou ampoule qui sert à recevoir la semence de l’homme. Ce qui fait que le visiteur n’est pas gêné dans son fonctionnement au moment psychologique. On s’en sert comem du préservatif ordinaire, en le déroulant sur le visiteur“.
Le “Parisien dentelé […] a en plus un anneau dentelé soudé au bas de l’ampoule. De sorte qu’en étant très commode pour l’homme, il procure un plus grand plaisir à la femme”.
Le caoutchouc est devenu la matière centrale de l’obscénité par “objets” : il permet aussi la fabrication de godemichés (il suffit d’un moule, permettant la fabrication en série). Ces derniers deviennent, à un moment précis de l’histoire, des objets nécessaires aux mises en scènes photographiques : aux débuts de la photographie, le temps de pause est trop long pour que les modèles hommes puissent conserver leur érection.

Le mémoire de Maxence Rodemacq est consultable au Centre d’histoire du XIXe siècle à l’université Paris I.

La variété des productions culturelles

Deux fois par semaine, je fais le tour du quartier Château Rouge, juste au Nord de Barbès, pour y recueillir les affiches des églises évangéliques et pentecôtistes “noires” ou “africaines”. L’affichage sauvage est répandu dans quelques rues, autour de la station de métro. Les afficheurs se livrent à une concurrence permanente pour l’espace des murs aveugles et des barrières de chantier (d’autres gestionnaires d’espace s’y opposent). On voit, sur la photo ci-contre, un “Messager de Dieu” dire “Sans toi, je ne suis rien” mais aussi une affiche politique “Kabila dégage”, ainsi qu’une comédie, “Le string qui tue“.
Mais aujourd’hui, j’ai aussi trouvé l’indice d’une production culturelle moins légitime :
Il s’agit de publicité pour un film pornographique qui propose des scènes “dans des arbres”, et qui n’a rien à envier aux couvertures de “Hot Vidéo” qui parsèment les vitrines des vendeurs de journaux. Le messager de Dieu aura fort à faire pour lutter contre le messager de la luxure.
Je ne connais pas de travaux ethnographiques portant sur la pornographie “africaine” (ses marchés, ses modes de diffusion, ses formes de “captation” de ce que les vidéastes pensent être les fantasmes rentables…). Il semble cependant, d’après divers indices, que certaines formes de régulation par les “bonnes moeurs” ne fonctionnent plus très bien. J’avais été en contact avec des personnes cherchant à ouvrir des sex-shops en Afrique. Dans un site consacré au Cameroun, on peut lire qu’après une descente de police, les DVD reviennent à Youndé… Et, récemment, dans les Inrockuptibles un petit article donnaient quelques informations.
Sur l’affiche de Château-Rouge, aucun lieu de vente précis n’est indiqué. Juste “Château Rouge” : les petits revendeurs à la sauvette, qui proposent, sur des étals en carton, de fausses montres, des légumes exotiques ou des DVD, doivent parfois proposer ce genre de DVD.
 

Tout doux, tout doux : encore du fétichisme

La liste des fétichismes est immense.

  • Certains peuvent faire froncer les sourcils : “ouille, ça doit faire mal”. D’autres semblent a piori plus amusants. Le fétichisme du “mohair” fait partie de la dernière catégorie.
    Mais qui peut donc apprécier autant “une partie de jambes en laine” (en dehors des soirs de grand froid) ? Les partisans et partisanes (assez peu nombreux, apparemment) se retrouvent sur une partie “adulte” de doctissimo pour échanger patrons et pelotes. Sans que l’on sache bien s’il faille crier “Fake”.
    La chose, de toute façon, avait été remarquée il y a quelques années, par Vice, par Brain Magazine et, quelque part, par Maïa Mazaurette, qui signalait ce lien Woolite. J’en parle pour garder ces liens en mémoire.
    Ailleurs (NSFW) sur Flickr.

D’autres fétichismes ?

  • La cartographie avec R, signalé par Quanti.
  • Les gens qui n’utilisent plus de savon
  • Luc Boltanski sur la Vie-des-idées, et une lecture américaine de Boltanski, sur orgtheory
  • Une allusion lettrée à Rabbi Jacob.
  • « Les formes d’un lapin ou d’un renne en chocolat avec un ruban rouge ne peuvent être enregistrées en tant que marques communautaires » PDF.
  • Fantômette, héroïne ligotée (2)

    Dans Le Figaro, du 22 juin 2006, p.5, on peut lire une toute petite interview de Marie Darrieussecq sur ses lectures d’enfant : « Fantômette était un caractère féminin positif, active, mystérieuse, érotique… Oui-Oui, au potentiel érotique moindre, avait un côté “doudou” rassurant. »
    Fantômette était donc dotée d’un potentiel érotique. Il fallait poursuivre l’enquête (commencée ici), surtout que la Bibliothèque rose tend à minimiser ce potentiel. Dans le communiqué de presse visant à ouvrir les festivités du cinquantième anniversaire de Fantômette, Darrieussecq, interviewée ne parle plus d’érotisme, mais de féminisme : « “Fantômette” était une héroïne extraordinaire pour la petite fille que j’étais, une féministe avant l’heure, et qui me faisait rêver. » [source].
    Dans un esprit proche, les fans adultes de Fantômette considèrent que toute lecture sexualisante des romans de Georges Chaulet est perverse.
    L’enquête se poursuivra donc chez d’autres romancières :
    Dans Sous réserve de Hélène Frappat (Allia, 2004), Fantômette apparaît comme une tueuse, « dans un roman où la justicière égorge un journaliste dont elle désapprouve les avances ». Ce roman « s’appelait Loi Blanche car son héroïne, Fantômette, avait la passion des couteaux. » Une tueuse donc, mais pas vraiment érotique.
    Dans le roman Premier rôle, d’Alice Massat (Denoël, 2008), le potentiel érotique de Fantômette est liée à son loup. Ce roman se conclut par une soirée dans laquelle participants et participantes doivent porter le masque de Fantômette, devenue l’héroïne d’un film : « À l’origine, c’est vrai, c’était pour les enfants, mais ils en ont fait un film policier, avec une héroïne aux pouvoirs spéciaux. Mais sans vous raconter toute l’histoire, on comprend au fur et à mesure qu’elle est carrément branque, victime de troubles de l’identité. »

    *

    Mon hypothèse

    Je ferai l’hypothèse que, dans les romans de Georges Chaulet, le “potentiel érotique” de Fantômette est en partie lié aux situations d’entrave, qui reviennent suffisamment souvent pour former un motif narratif. Ces situations d’entrave, nous allons le voir, sont souvent réalisées dans des sous-sols (cuves, caves, grottes, cryptes, cales de bâteau…) ou autour d’armatures plus ou moins métalliques (cages, grilles, chaises…). Les costumes jouent un rôle (celui de Fantômette, mais aussi diverses sortes de combinaisons).

    Quelques preuves de ligotage récurrent

    En 1961, dans les premières aventures, Les exploits de Fantômette, le ligotage est évoqué rapidement, sur un bateau en train de couler :

    [Le colonel] se baissa, empoigna un cordage et ligota Fantômette, toujours évanouie, après lui avoir retiré son poignard qu’il planta sur le pont. Puis il la prit sous son bras, entra dans la cabine et descendit au fond de la cale par un court escalier.
    source : Les exploits de Fantômette, 1961, p.158

    Deux ans plus tard, dans Fantômette au carnaval, l’auteur multiplie les ligotages. Page 125 « Ce fut soudain, inattendu. Un voile noir lui tomba sur le visage tandis qu’elle se sentait soulevée de terre, puis maintenue solidement. Elle sentit qu’on lui immobilisait bras et jambes pour les attacher. » Fantômette se retrouve « ficelée comme une andouille de Vire » (p.127). Mais aussi p. 150, où Fantômette est de nouveau ligotée, et où elle déclare, étrangement, « Je veux bien qu’on m’attache », tout en évoquant diverses formes de « supplices chinois ». Idem (double ligotage) dans Fantômette contre la Main Jaune (1971), où le personnage évoque encore explicitement un supplice. Attachée à un gouvernail, elle déclare : « Tiens! C’est donc ça qu’on appelle le supplice de la roue ? » (p.69). Ré-attachée une centaine de pages plus loin, elle proteste « Encore ! C’est une manie que vous avez, de ficeler les gens ? » (p.174).

    Dans Fantômette et la télévision (1966), Fantômette « était allongée par terre, sur le dos. La corde qui lui immobilisait bras et jambes était passée, par surcroît de précaution, dans un anneau de fer scellé au mur. » (p.138)

    Entre 1968 et 1975, les scènes de ligotage font partie des scènes attendues. Dans Fantômette dans le piège (1972) elle est aveuglée par une sorte de sac, ligotée et enserrée dans un pneu (la scène formera la couverture et sera illustrée).

    un voile noir s’abat sur ses yeux, en même temps qu’une sorte de cercle tombant du ciel, lui enserre les bras en les immobilisant. Elle tente de ses débattre, mais sent qu’on lui attache les jambes avec une corde.

    La panoplie parfaite du petit sadomasochiste

    Dans Fantômette contre le Hibou, les méchants portent des costumes à mi-chemin entre ceux du Ku-Klux-Klan, ceux des Grands Inquisiteurs et des bourreaux. Dans Fantômette chez les Corsaires (1973), c’est toute la panoplie du sadomasochiste qui est conviée. Menottes, entraves, caves, cages et fouets… sont combinés à une situation où les personnages féminins capturées par des sortes de pirates sont réduites en esclavage :

    « Si vous m’obéissez au doigt et à l’oeil, ça ira. Si vous faites les fortes têtes, il y aura cet accessoire pour vous calmer… »
    Du pouce, il désigne le fouet accroché au mur.
    (…)
    Dominguez décroche une chaîne reliée à deux anneaux. L’ensemble ressemble assez à des menottes. Il se baisse, ouvre les anneaux qui sont en deux parties, les referme sur les chevilles de la grande Ficelle. Puis il sort une clé de sa poche et verrouille les anneaux. Ficelle pousse un cri :
    « Mais qu’est-ce qui vous prend ? Vous me mettez des chaînes aux pieds, comme aux esclaves, dans l’ancien temps ? »
    Dominguez se met à rire.
    « Et que crois-tu donc que tu es ? Une esclave, ma petite, tout bonnement ! »
    source : Fantômette chez les Corsaires (1973), pages 80-82

    Le thème du cachot revient en force dans Fantômette et le Masque d’Argent (1973), où deux hommes l’entraînent sous terre :

    Fantômette ne peut rien voir, mais elle se rend compte que des poignes solides la soulèvent, l’entraînent au long des couloirs du sous-sol. Elle se débat, essaie de se libérer, donne des coups de pied, mais sans résultat. Ses adversaires sont au nombre de deux, lui semble-t-il. Le premier lui a rabattu sa cape sur sa tête, le second lui maintient les jambes. Elle sent qu’on la soulève, qu’on la porte et qu’on la dépose (p.137) sur le sol. Elle entend le claquement de la porte, suivi d’un glissement de verrous. Elle dégage aussitôt sa tête de la cape, regarde autour d’elle. La pièce est une sorte de cachot
    source : Fantômette et le Masque d’Argent (1973) p.136

    Esclavage, cachot… y aurait-il d’autres réminiscences d’incarcération féminine ? On trouve une aventure intéressante dans Fantômette et le secret du désert (1973), livre dans lequel non seulement Fantômette est attachée en plein désert, sur un roc, “les bras en croix”, par des “liens de cuir” par un chef de tribu arabe, mais aussi enfermée, un moment dans le harem (du même chef ou d’un autre). Dans le harem, elle est rhabillée entièrement, à la mode locale. La scène de ligotage présente une caractéristique intéressante. Fantômette y est une participante volontaire :

    « Si tu refuses ce que je t’offre, je te fais attacher à ce pic et je t’abandonne là jusqu’à ce que tes os blanchissent au soleil. »
    Fantômette médite un moment en sifflotant entre ses dents, puis elle se lève, sort du gourbi et va tranquillement s’adosser à l’aiguille de pierre.
    p.71-72

    Ligotage et jeux d’eau

    Dans Fantômette et le palais sous la mer (1974), le thème du ligotage est encore associé à celui de la mer. Les trois héroïnes (en combinaison moulante de plongée) sont ligotées… par ceux-là même qui avaient déjà ligotées les mêmes personnages, dans le premier épisode de la série (1961). L’auteur, on le voit, a de la suite dans les idées.
    Dans Pas de vacances pour Fantômette (1984), elle est enfermée dans une machine à laver industrielle (une sorte de cage en métal, mais vouée à être mise à l’eau) :

    oui je viens d’imaginer un moyen simple et efficace. Nous allons la fourrer dans une des machines à laver et ouvrir le robinet d’eau. Quand la machine sera remplie, notre amie se noiera gentiment…
    Pas de vacances pour Fantômette (1984)p.12

    Dans Fantômette en plein mystère l’héroïne est non seulement ligotée, mais aussi jetée dans l’eau (et sauvée in extremis par Œil de Lynx).

    *

    Ligotage et humiliation

    Que se passe-t-il une fois Fantômette ligotée ? Le plus souvent, les ligoteurs s’en vont. Mais, assez fréquemment quand même, ils cherchent à humilier Fantômette. En lui soufflant de la fumée de cigare sur le visage (Fantômette contre Charlemagne, 1974, p.102), car, dans les années 60 et 70, les méchants fûment pas mal, et même les gentils (la pipe, pour Œil de Lynx le journaliste).

    Dans Fantômette contre Charlemagne (1974), une double scène de ligotage (un ligotage simple suivi d’un double ligotage sur une grille en fer) :

    La jeune justicière est entraînée jusqu’au premier étage du cinéma, puis soigneusement ficelée à une chaise. Le Furet allume alors un cigare, souffle la fumée au nez de sa prisonnière et fait un petit discours. (…)
    source : Fantômette contre Charlemagne (1974), p.102

    On peut aussi humilier Fantômette en mangeant ou en dînant face à elle (un thème fréquent). En la menaçant enfin de supplices encore plus vicieux :

    « Ah! Tu ne veux pas parler ? Parfait! on va te délier la langue. Ah! on veut jouer au plus fin avec moi… Eh bien, nous allons voir qui aura le dernier mot. Je vais un peu te chatouiller la plante des pieds avec la flamme de cette bougie, et il faudra bien que tu parles! »
    source : Fantômette et la télévision (1966), p.159.

    Dans Fantômette en danger (1983), le ligotage est associé au monde médical. Fantômette est attachée par des entraves en métal sur une table d’opération et trois médecins la menacent.

    Et soudain elle sent ses bras s’immobiliser. On la soulève d’un coup, on la porte sur le fauteuil d’opérations. Des cercles de métal se referment sur ses poignets et sur ses chevilles. La capture n’a pas duré cinq secondes, preuve que les infirmiers ont l’habitude de ce genre de chose.

     

    Est-ce dans les cordes de Fantômette ?

    Fantômette ligotée, OK. Fantômette ligoteuse ? Oui, parfois. C’est avant tout quelqu’un qui apprécie un bon ligotage. Fantômette brise la glace (1976) s’ouvre par une scène dans laquelle Fantômette regarde une jeune fille se faire ligoter.

    A la lecture, Fantômette ligote peu. Je ne retiendrai ici qu’un seul ligotage, parce qu’il est parfait. C’est le ligotage d’une femme (+1), dans une sorte de cage en métal (un avion, +1), en costume (+1). Il ne manque que le sous-sol…

    Conclusions

    Dans une interview donnée à Hervé Guibert dans L’Autre journal en 1986, Georges Chaulet déclarait que “dans la Bibliothèque rose on ne peut se permettre ni épouvante, ni sexualité, ni argot. C’est une convention tacite qu’on suit une fois pour toute”. Mais comme on le voit, la sexualité affleure, jamais explicite, dès lors qu’elle est évacuée.

    Références

    Ont été consultés les Fantômettes suivants
    Les exploits de Fantomette, 1961
    Fantômette contre le Hibou, 1962
    Fantômette au carnaval, 1963
    Fantômette contre Fantômette, 1964
    Fantômette et l’île de la sorcière, 1964, 1984
    Pas de vacances pour Fantômette, 1965, 1984
    Fantômette et la télévision, 1966
    Fantômette et le brigand, 1968 et 1974
    Fantômette et son prince, 1968
    Fantômette et la lampe merveilleuse, 1969
    Fantômette et le trésor du Pharaon, 1970
    Fantômette chez le roi, 1970, 1974
    Fantômette à la mer de sable, 1971
    Fantômette contre la Main Jaune, 1971
    Fantômette et la maison hantée, 1971, 1983
    Fantômette dans le piège, 1972
    Fantômette viendra ce soir, 1972
    Fantômette chez les corsaires, 1973
    Fantômette et le secret du désert, 1973
    Fantômette et le Masque d’Argent, 1973
    Fantômette et la Dent du Diable, 1973
    Fantômette contre Charlemagne, 1974
    Fantômette et la grosse bête, 1974
    Fantômette et le palais sous la mer, 1974
    Olé Fantômette, 1975
    Fantômette contre Diabola, 1975
    Fantômette viendra ce soir
    Fantômette brise la glace, 1976
    Fantastique Fantômette, 1980
    Fantômette en danger, 1983
    Fantômette en plein mystère, 1984
    Fantômette contre le géant, 1984

    Fantômette héroïne sexuée

    Fantômette finit-elle toujours ligotée, à un moment où à un autre de ses aventures ? C’est à dire, temporairement, privée de ce que les anglophones appellent l’agency, la capacité d’action. Ce serait à la fois étrange, mais attendu pour un personnage féminin né au tout début des années soixante, c’est à dire quand les jeunes filles pouvaient à la fois espérer des études bien plus longues que celles de leur mère, mais aussi une carrière, bref, un peu plus de pouvoir — mais aussi savoir, peut-être inconsciemment, que le monde social resterait dominé par les hommes… bref, se retrouver, à un moment, ligotée.

    À en croire les illustrations disponibles sur internet, sur les sites Generation Fantomette ou Mille Pompons, il semble bien que oui, Fantômette se retrouvera ligotée. Il faudrait relire l’ensemble de la production de Georges Chaulet, ou lui demander (il est toujours vivant), pour faire l’inventaire précis des situations de ligotage.
    Il faudrait aussi étudier la réception des romans. Des indices parsèment l’oeuvre, probablement laissés intentionnellement par l’auteur : la meilleure amie de Françoise (le nom civil de Fantômette) est “Ficelle” (c’est à dire une petite corde), on sait aussi que “Ficelle” voue une admiration sans bornes à Fantômette. N’ayant pas relu ces romans récemment, je ne sais pas si l’on y trouve des phrases pleines de sous-entendus, comme “Ficelle serra très fort Françoise…”, mais cela ne m’étonnerait pas. Cela indiquerait, de manière sub-liminale, ce qui finit par arriver : Fantômette ligotée.
    Quelques recherches, rapides, sur internet, permettent de déceler des lectures proches.
    Pascale Molinier (U. Paris 13), parle de Fantômette comme d’une perverse discrète dans son costume fétiche [source : Les Cahiers du genre, 2008, n°45, p.171]. L’on appréciera le “double entendre” sur “fétiche”.
    On trouve aussi une mention de Fantômette à l’article “Bondage“, dans Wikipedia, qui cite un passage d’un ouvrage d’Anne Larue (U Paris13) :

    « Le brigand des brigands s’appelle Le Furet : en face de Fantômette se dresse une autre bête de la nuit, qui passe son temps à la capturer. Délicieusement ligotée, kidnappée, menacée de mort par des méchants d’opérette. Elle triomphe toujours (…) »
    Anne Larue, Le Masochisme ou comment ne pas devenir un suicidé de la société, éditions Talus d’approche ISBN 2-87246-091-8, p. 129.

    Anne Larue a d’ailleurs mis en ligne, en PDF, Le Masochisme ou comment ne pas devenir un suicidé de la société :

    on se tournera vers des ouvrages aussi classiques mais apparemment plus anodins, comme Le Club des Cinq ou Fantômette. Se pourrait-il que ces innocentes lectures activent les passions masochistes ?

    Si ces lecture n’activent pas chez les enfants ces passions, elles semblent être reliées, chez certains adultes, à leurs passions contemporaines. Sur un forum pour adultes (NSFW), l’on peut lire ceci :

    J’ai découvert le bondage ( je ne savais pas ce que c’était à l’époque) dans les livres de la bibliothèque rose et verte…
    La lecture des passages ou l’héroïne (Alice ou Fantômette* par exemple) se faisait capturer provoquait un je ne sais quoi de fort agréable en moi. Et j’enrageais secrètement quand elles parvenaient a se libérer.
    *Surtout Fantômette en fait, je crois même qu’elle est responsable en grande partie de certains de mes fétichismes… Il faudrait toujours se méfier de ce que l’on donne à lire à ses enfants…

    Sur un blog — lui aussi pour adultes –, on trouve une petite digression sur la demoiselle au masque noir (NSFW) :

    Fantômette, la jeune justicière de Framboisy… Teinte framboise alors ? Cramoisi évocateur…
    Peut-être que s’il y en avait eu une version trash, ça aurait ressemblé à ça ! La Françoise de l’histoire, devenue adulte, change de bord, vire le bonnet à pompons, la cape et le collant mais garde le loup noir et devient SM…

    La série des Fantômette ayant commencé à être publiée à partir de 1961, une période de contrôle important des publications pour la jeunesse, l’auteur a du essayer de jouer avec la censure. Peut-être même a-t-il, dans ses tiroirs, quelques scènes à l’époque impubliables. Il faudrait réussir à voir si les critiques, à l’époque, étaient réticentes au ligotage [une critique de 1963, dans Enfance, trouve juste les personnages trop monolithiques et pas assez nuancés].

    Mise à jour du 16/12/2010 : Un autre indice, cette couverture :

    Mise à jour du 18/12/2010 : Un billet et des commentaires intéressants chez Maïa Mazaurette et encore une couverture sur laquelle Fantômette est ligotée :

    Mise à jour du 19/12/2010 : Poursuite des discussions sur le forum de Mille Pompons (un site de fans de Fantômette).

    Action seins nus

    J’ai reçu, sur une liste de diffusion, l’information suivante :

    Les TumulTueuses à la piscine : le retour en force!
    Quatre fois en 2008 et 2009, les militantes féministes les TumulTueuses sont allées se baigner torse nu dans des piscines de Paris. Malgré les nombreuses réactions de soutien de baigneuses et parfois de baigneurs, à deux reprises les directeurs ont fait venir la police… espérant sans doute nous ramener à plus de « décence ».
    Preuve était faite que les femmes ne peuvent toujours pas s’habiller ou se déshabiller comme elles le veulent, que certaines parties de leurs corps, comme leur torse, sont mystérieusement considérées comme sexuelles (mais pas celui des hommes), bref que nos corps sont toujours sous contrôle – si besoin policier.
    Toujours plus déterminées, nous seront de retour le 15 décembre dans une piscine de Paris pour faire appliquer, par de nouveaux moyens, l’égalité entre les hommes et les femmes.
    Venez participer à l’action avec le maillot de vos rêves…

    On trouve quelques précisions sur le site des Tumul-Tueuses.
    Il y a deux ans, en 2008, j’avais relayé quelques débats que ces actions seins-nus avaient soulevés. Mais ce qui m’intéressait, principalement, c’était l’utilisation de la piscine comme espace de lutte politique.
    Les TumulTueuses (qui doivent être une dizaine, en gros) participent de ces petits groupes féministes, comme La Barbe, qui font part de leurs revendications par d’autres canaux que la pétition ou la manifestation. Elles impliquent leur corps différemment, peut-être un peu à la manière des “zaps” de l’association Act-Up.
    Récemment, la revue Multitudes a interviewé quelques Tumul-Tueuses :

    Les gens qui nagent s’en foutent globalement, après quand ils voient la police qui débarque, ils sont quand même choqués qu’il y ait plus de flics que de TumulTueuses, alors ils demandent les tracts et, surtout les femmes, ils sont plutôt solidaires avec nous. Mais les actions piscine mettent les maîtres nageurs hommes ou femmes dans un état d’excitation incroyable, comme s’ils étaient soudain les garants d’une espèce d’ordre moral. « Il y a des enfants dans la piscine ! » « Vous ne ferez pas ça dans ma piscine ! » Ou bien on tombe sur des ultras beaufs sexistes : « Moi, ça ne me dérange pas que vous les montriez vos jolis seins, mais… » Je crois qu’en plus les maîtres nageurs ont l’habitude qu’on leur obéisse, ils sifflent et hop les gens sortent. Nous on s’en fiche.
    […]
    je n’aime pas aller à la piscine, je ne le fais pas pour y gagner la liberté d’être seins nus. En fait, ce qu’on veut démontrer, c’est l’interdit sur le corps des femmes, le contrôle du corps des femmes.
    […]
    d’une façon plus générale, la piscine, c’est un prétexte pour une action dans l’espace public sur l’inégalité de traitement social entre les corps. La revendication est immédiatement visible, elle peut immédiatement susciter la discussion, et attirer l’attention, notamment médiatique, ce qui est un enjeu fort pour l’efficacité d’une action publique et la diffusion du message politique.
    source : entretien de cinq féministes avec Pascale Molinier. Multitudes, 2010-3, n°42

    L’attraction pour les chiffres ronds

    Dire « l’âge est une construction sociale » est parfois mal compris. « Mais non, on a tous un âge. »… s’il y a bien une donnée biologique qui échappe à la construction sociale, ce serait bien celle-là. Et pourtant, il est assez simple de montrer que, plus l’on s’éloigne de l’emprise de l’Etat, moins les gens ont un âge.
    Au Maroc, dans les années soixante, voilà à quoi ressemblait la pyramide des âges :

    [graphique extrait de Pison, Gilles. “Age déclaré et âge réel : une mesure des erreurs sur l’âge en l’absence d’état civil.” Population 34.3 (1979): 637-648.]
    Une telle pyramide des âges montre que, personne ne connaissant précisément son âge, les agents recenseurs “arrondissent” autour des âges en “5” et en “0”. Il n’y a d’âge que parce qu’il y a un Etat : l’âge, en années, n’est pas une donnée qui fait sens en dehors de l’emprise de l’Etat.
    Aujourd’hui, en France, le travail de liaison entre l’âge et la personne est suffisamment ancien pour que tout le monde (ou presque) ait un âge. Mais si l’on a appris à compter son âge, tout ne se compte pas aussi facilement.
    Par exemple, à une question sur le nombre de partenaires sexuels, les enquêtés ont tendance à arrondir. Le graphique suivant s’intéresse à la distribution des “9 partenaires et plus”.

    [graphique extrait de Bozon et Bajos, Enquête sur la sexualité des français.]
    Il y a un pic à “10”, puis à “12” (une douzaine), à “15”, “20”, “30”, “40”… Entre ces pics, peu de réponses : les enquêtés aiment les chiffres ronds.

    Liste de choses variées

    Allons-y, mettons en liste des choses qui n’étaient pas encore en liste.

    1. Pour une fois, Phersv et Maïa Mazaurette parlent de la même chose : Cthulhu.
    2. Des statistiques sur les noms des rues, en France, à partir des données d’Open Street Maps, chez David Madore : peu de femmes, beaucoup d’Eglises.
    3. Je suis cité dans La sexualité féminine de A à Z de Ovidie, aux éditions La Musardine ;-)
    4. L’année dernière, j’avais trouvé un vieux ticket de métro dans un vieux livre. Un collectionneur de tickets de métro (techniquement un ticketdemétrophile) me l’a racheté (5 euros). Ce ticket va se retrouver publié dans une Petite histoire du ticket de métro parisien. Là se trouve le véritable défi de l’édition électronique : pouvoir insérer, entre les pages, des vieux tickets de métro.
    5. Cette petite vidéo, à peine quelques secondes, m’a beaucoup fait rire.

      [via matoo]

    Barcelone et ses “no-tell” hôtels

    Lors d’un séjour à Barcelone, il y a quelques mois, je suis tombé sur des flyers pour des “hôtels pour couples” qui promettent “discrétion”, entrées spéciales pour ne pas croiser d’autres clients, réductions si l’on reste moins de 4 heures et autres miroirs inclinables.
    Voici ces flyers scannés :

    Je ne sais pas ce que promettent ces hôtels (fortement critiqués sur internet par des clients mécontents). J’imagine qu’ils proposent les mêmes services que le no-tell motel étudié par Lilly & Ball [J. Robert Lilly and Richard A. Ball, “No-Tell Motel: The Management of Social Invisibility,” Urban Life 10:2 (July 1981), 179-198. — note : Urban Life est devenu depuis le Journal of contemporary ethnography]
    Dans leur article, Lilly et Ball décrivent un motel “confidentiel” dont la clientèle est composée de “couples hétérosexuels d’une nuit”. Ce motel a été construit à la sortie d’une ville, n’a jamais fait de publicité : il fallait échapper aux croisades morales. Les employés du motel ont pour consigne d’éloigner les clients problématiques (les familles avec enfants et ceux qui souhaitent y passer la nuit entière). Pour eux : “c’est complet”. Pour assurer l’invisibilité, les chambres sont munies d’un garage à ouverture automatique et de la possibilité de payer sans passer par l’accueil. À l’accueil, les employés s’efforcent de ne jamais regarder les clients dans les yeux. En bref, toute l’organisation vise à assurer une “ignorance institutionnelle” (les informations personnelles ne sont pas recueillies) et “co-présence fictionnelle” (tout le monde prétend que quelque chose d’autre est en train de se passer tout en sachant ce qui se passe réellement).
    Et, comme l’écrivent Brekhus, Galliher et Keys : « The local police were well aware of the motel’s actual and intended use, and in fact received a special professional rate reduction when they used the motel. »
    A Barcelone en 2010, le contexte est probablement différent. Mais ces hôtels promettent, eux aussi, comme le “no-tell motel” américain, discrétion.

    Public sex, vandalisme, nus, émeutes, concours…

    Quelques liens, quelques photos, quelques images, quelques mots.
     

  • En haut des Buttes :

    [Graffiti inscrit sur les murs du Belvédère de Sybil]
    Il était intéressant d’observer les réactions des touristes : “Ils ont du faire ça la nuit. — Mais comment ? — Ils ont escaladé les grilles. — Ou alors pendant une grosse tempête. Quand il pleut, y’a personne.”
    J’ai préféré me taire et ne pas proposer de théorie.
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  • Sous la terre :
    Les panneaux publicitaires “Numériflash” ont envahi le métro. J-N Lafargue, sur hyperbate a déjà souligné l’invention en retour d’un vandalisme spécifique, visant à faire stopper ces panneaux. Il semble qu’une marque de boisson pétillante s’en soit inspiré, montrant un personnage détruire, de l’intérieur l’un de ces panneaux.
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  • Dans des bar-tabacs :
    CetteMerdeEstFolle a découvert le bon goût germanique :
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  • Dans les supermarchés :
    Le playmobil émeutier / manifestant / anarchiste et son compère le policier :

    Ce playmobil avait aussi été repéré, et acheté, par Fabio Rojas sur OrgTheory.
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  • A Toulouse :
    L’IEP de Toulouse attire surtout les derniers classés au concours commun des IEP. Pour quelles raisons ? Trop loin de Paris ? Mauvaise réputation ? Belle analyse sur le vif sur PolitBistro :
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  • Chez les préfets :
    Fausses signatures pour expulser plus vite (voir aussi pole-juridique.fr)

    Afin d’être représenté dans les audiences de sans-papiers, le préfet a donc délégué sa signature à son secrétaire général. En cas d’absence de celui-ci, à son secrétaire général adjoint. Si les deux sont indisponibles, à son directeur de l’immigration et de l’intégration. Lorsque les trois sont empêchés, à son adjoint au directeur de l’immigration et de l’intégration.
    Et lorsque ce dernier ne peut pas signer, la photocopieuse le fait à sa place…