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Publier !

Vous venez de terminer une thèse (ou un DEA remarqué)… il “faut” publier. Il y a quelques semaines, Emilie Biland, Aurélie La Torré et Abdia Touahria-Gaillard ont organisé une “journée” à l’ENS : Publier en sciences sociales : comités de rédaction, éditeurs et auteurs au travail. Vous trouverez dans un document PDF à conserver dans un coin d’ordinateur [PDF] plein de conseils.

Le wiki auditions

Sur le Wiki-Auditions, la quasi-totalité des dates sont disponibles (ne manquent que les dates d’audition de deux postes pour deux IUFM). Grand nombre de visiteurs en ce moment, encore relativement peu de contributeurs : si vous avez des informations, merci de les transmettre, ou de les proposer en commentaire à ce billet. Les candidates aux postes de maître de conférences en sociologie (et démographie) vous en seront reconnaissantes.


(image : colcanopa dans Le Monde)

Poésie sociologique

“Le salaire n’est-il que le prix du travail ?”, moderne alexandrin, est une création collective… sans auteur individuel et à l’ambition poétique modeste. Peu de sociologues se sont faits poètes : Michel Foucault (classons-le sociologue) entrelardait ses livres de renécharismes (Paul Veyne les a comptés) ; Pierre Bourdieu était plutôt romancier ; Durkheim… n’en parlons pas (même si, à son époque, l’imitation pouvait faire partie du cursus, et qu’il a du produire du poétique).
Je ne vois guère que Gabriel Tarde, auteur mineur en permanence “redécouvert”, qui publie, en 1879 Contes et Poèmes [Paris, Calmann-Lévy, 228 pages, sous le nom de Jean-Gabriel Tarde] (voir ici pour en savoir plus). L’école nationale d’administration pénale propose de nombreux textes littéraires de Gabriel Tarde. Exemple de poème :

Dieu ! que j’en aimai, jadis, de jeunes chattes,
Pour me consoler de mes chagrins,
Toutes angoras — soyeuses, délicates,
Courtes de museau, souples de reins (…)

source : « Evocation », poème in Revue de Bordeaux, 15 mars 1892 (pdf)

Certains poèmes mélancoliques sont sympathiques. Mais je ne les ai plus sous la main.
Et à part le bon Gabriel… ? Je ne vois que Luc-Emmanuel.
Luc Boltanski, dont l’oeuvre sociologique est importante, et me sert d’inspiration partielle, est aussi auteur de poèmes. Et la vocation est ancienne. Dès 1957 (il a alors 17 ans), il publie Le Fusil, avec une présentation de Pierre Morhange (pas celui des Choristes, un autre, un poète) :

Luc-Emmanuel Boltanski est un élève de la classe de philosophie de M. Khodoss. C’est encore un enfant. Un maigre, qui grandit vite avec sa petite tête bien ronde ; il est vif, curieux, inquiet ; il remue sans-cesse. Et c’est surtout un garçon généreux.
Il y a quatre ans, le l’ai vu devenir fou de poésie.
Son cas s’aggrave. Je crois bien qu’il ne lit plus que des poèmes et des journaux. (…)
Il a, bien entendu, créé une petite revue, avec groupe. Ce qui s’appelle « Sortie de Secours ». (Ainsi, me dit Luc, nous avons de la réclame gratuite dans tous les cinémas.)

Le premier poème montre une sympathie pour un certain christianisme que son ouvrage sur l’avortement laissera poindre à nouveau :

J’ai peur du fusil
De la crosse et des balles
O menez-moi vers les églises calmes
Apprenez-moi la force pour briser les crosses
Que mes plaies se calment…

Alors… écrits de jeunesse. Non. Le frère de Christian Boltanski (avec qui il a corédigé un ou deux livres) a publié un nouveau recueil de poèmes en 1993. Comme Premier roman, le premier roman de Mazarine, le recueil de poèmes s’appelle Poème. Il s’ouvre sur une citation paulinienne (1 Co 12,10) : « A celui-ci le don / de parler en langues, à tel autre / le don de les interpréter. »… et l’on retrouve ensuite l’humour boltanskien… car la personne “parlant en langues” et la personne “interprétant” est ici la même. A chaque poème est associé une interprétation (un peu comme dans Feu pâle de Nabokov, qui m’a appris à faire des commentaires de texte). Un exemple. Mon préféré :

Création de Clichy-sous-Bois
L’Orient se lève sur Clichy
Clichy la froide et ses tours emmurées
Le ciel se déchire – apparition de la lumière
Apparition des rues – de l’autoroute – de l’autopont

L’interprétation est la suivante :

A l’automne de 1988, je souffrais de ne plus faire de terrain – de rester confiné dans mon bureau, à voir des gens, donner des conseils, disputer, lire ou écrire. J’avais envie de vivre avec des enfants et de les observer. Jean-Louis D. me donna une introduction pour le Collège Romain-Rolland de Clichy-sous-Bois, dans la banlieue nord-est, à environ une heure de chez moi en voiture. J’y allais pour la première fois un matin de janvier froid et brumeux. (…)
Une grande partie des habitants de Clichy viennent d’Orient. Comme le soleil qui se lève à l’Orient (mais peut-être est-ce l’inverse – la difficulté est la même que pour distinguer la droite de la gauche. (…)
Pour aller à Clichy, il y a une voie rapide, une sorte d’autoroute. Et aussi un autopont, très dangereux en hiver, à cause du verglas. (…)

Ce commentaire me rappelle un poète qui était venu parler, quand j’étais en khâgne. Impossible de me souvenir de son nom. Il y avait le même détachement dans l’interprétation.
Sur la poésie boltanskienne : ici, sur remue.net, et ici.
Mise à jour : on me signale en commentaire que Luc Boltanski est aussi l’auteur de pièces de théâtre, jouées en ce moment à l’ENS-LSH à Lyon

Concours

Je suis, cette année, membre du jury de sciences sociales au concours d’entrée à l’ENS, section “B/L”. J’ai donc participé, avec 5 collègues, à la rédaction d’un sujet, qui était (vous avez six heures) : Le salaire n’est-il que le prix du travail ?. L’énoncé était accompagné de 9 documents. Afin de m’assurer de la conformité du sujet donné aux candidates et du sujet préparé, je suis allé assister à l’ouverture du sujet au centre d’examen, ce matin :

Les sujets arrivent dans une petite boîte, bien fermée, par plusieurs rubans adhésifs.

La peur principale des créateurs de sujets, c’est de devoir avoir recours au “sujet de réserve”. Et cela va avoir lieu — pas en sciences sociales, ouf ! — : une alerte à la bombe a perturbé une épreuve d’une autre section : “20 minutes avant la fin de la première épreuve du concours de l’ENS lettres modernes, ALERTE A LA BOMBE!!”… l’épreuve va devoir être recomposée.
Sur cette histoire d’alerte à la bombe, le blog approximative a d’autres informations :

A la sortie de l’épreuve, on me remet une feuille qui, comme ça, paraissait inoffensive mais qui, en vérité, était porteuse d’une bien triste nouvelle : “A la suite de l’incident qui a affecté un centre d’écrit lors de l’épreuve de composition française le mardi 22 avril, le président du jury a pris la décision d’annuler cette épreuve. Tous les candidats doivent donc passer à nouveau cette épreuve le samedi 26 avril, de 9 heures à 14 heures. Ce document tient lieu de convocation.”
source : approximative

Le plus amusant, ce sont les commentaires, les rumeurs infondées qui circulent et se renforcent… [mise à jour : certains lecteurs semblent croire à ces rumeurs… Je les cite ici pour donner une idée de leur circulation. Je ne les cautionne pas, et même, je n’y crois pas.]

En fait y a deux rumeurs qui circulent sur la personne qui a fait le cou: - ce serait un élève très doué de fénelon ou de Henri4 qui est parti copie blanche au bout d’une heure
-2) ce serait un groupe d’élèves de Lakanal refoulé avec un quart d’heure de retard à cause du RER
source

… ou la surprise exprimée par certains candidats :

L’ens, tu vois, c’est … Comme une poupée russe. Non, c’est naze comme comparaison … En fait, quand il n’y en a plus, il y en a encore !! C’est génial non ??
Car, oui ,en sortant de l’épreuve, on a tous appris que l’épreuve de litté, hier, était annulée, et qu’on la repassait samedi !!!!!!!!!!!
NIQUE SA MERE LA PUUUUUTE !! On ne sait pas ( encore ) pourquoi, mais je jure que je tue le fils de p*te qui a je fais je ne sais quoi ..
Enfin, la rage quoi …
source rustina

ailleurs :

  • carnet de concours / Luppa : “Alerte à la bombe un quart d’heure avant la fin de l’épreuve. Deux heures d’attente au soleil le ventre vide et la vessie pleine”
  • une rencontre avec Roubaud
  • La petite fée Morgane écrit : “je vais moi aussi crier à l’alerte à la bombe pour l’épreuve d’option si elle me plait pas, oh puis tient on peut peut-être faire une alerte bis pour samedi…non ce qui serait beau c’est que tous les provinciaux refusent de s’y rendre samedi”
  • et surtout : Roubaud fait la bombe sur le Tiers Livre de François Bon.
  • et encore : Laede : “Non. Non mais non, quoi !” [en même temps, “Laede” n’avait pas trop apprécié le sujet : “On est tombé sur Quelque chose noir de Jacques Roubaud. (Le pire des quatre, recueil de poésie totalement incompréhensible, ultra-déprimant, à ne jamais approcher à moins de dix mètres.)”]
  • feuille d’eucalyptus : “Dégoûtée. Envie d’abandonner.”
  • mise à jour:

  • une pétition ! (contre l’annulation) : Pétition pour annuler le report de l’épreuve de composition française de l’ENS LSH, 2008. (J’espère que la “pétition contre un écart-type de 4 et une moyenne de 6″ n’arrive pas à la suite.)
  • une discussion sur le forum etudes-litteraires.com
  • Katoru 87 : “Ayé, mon concours je suis en plein dedans et ça commence fort puisque la première épreuve (passée mardi) a été déclarée nulle suite à une alerte à la bombe bidon”
  • nonfiction fait croire que Roubaud lui-même était visé (étrange retournement de situation…)
  • Assouline dans son blog du “Monde” en parle (en diffusant cette idée étrange que le sujet a donné lieu à une “grogne”… à mon avis inconcevable en centre d’examen)
  • Re-mise à jour :

  • Le Monde en parle. Et, ouf, sans théorie du complot !
  • Comment nuire à mon bonheur par “Dawn Traveller”
  • un blog de protestation
  • La fin de l’histoire : Stendhal

  • Rustina : “Stendhal ! Stendhal ! Stendhal ! Merci Merci ! Il y a encore quelques jours de cela, je voulais tuer le poseur de bombe novice, maintenant, je voudrais le remerciiiiiier !!”
  • Qui peut le plus… : “je trouve quand même ça triste de finir l’année comme ça. C’est moche.”
  • Elfairy : “On a repassé cette épreuve ce matin. Et je hais ceux qui ont appelé mardi, car ce que j’ai rendu sur Stendhal, ce n’est même pas un devoir. Ce ne sont que des mots sans queue ni tête…”
  • You bitch !

    Paul Veyne : Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, coll. Points, p.360

    C’est bien pourquoi les sociologies générales ont tendance à se multiplier : tout professeur a tendance à attacher une importance particulière aux aspects des choses qu’il a eu pour sa part le plus de mal à conceptualiser.

    Jean-Claude Passeron, Le Raisonnement sociologique, Paris, Nathan, p.11

    Osons une métaphore filée pour le dire sans précautions superflues de langage: on a voulu assurément inciter la réflexion épistémologique à ne pas s’enfermer dans la bergerie idyllique du quasi-expérimentalisme où paissent, sans jamais oser lever les yeux sur l’enceinte de leur parc douillet, trop de moutons popperoïdes, mais ce n’est assurément pas pour convier le sociologue émancipé à aller hurler avec les loups de l’herméneutique sauvage, toujours prêts à croquer à belles dents toute scientificité un peu fragile surtout si elle est jeunette.

    Gérard Noiriel, “Ne tirez plus sur l’historien”, Politix, 1989, vol 2, n 6, p.38

    Moyennant quelques flatteries — des travaux de débutants sont présentés comme des oeuvres majeures — on s’attache un certain nombre d’adeptes qui diffusent la parole du maître avec d’autant plus de virulence qu’ils sont en général jeunes, c’est à dire encore hantés par le désir de se distinguer et d’exhiber leurs qualités intellectuelles. [Dominent alors] les avis du maître dont l’importance devient démesurée - hochement de tête, tutoiement, lettre manuscrite, etc. (…) D’où surtout, quand la mode est passée, les désillusions, les désenchantements de ceux qui ne croient plus à rien parce qu’ils se sentent “trahis”

    *
    *   *   *

    Remarquez le monde des hommes… l’ensemble est rédigé au masculin… Pas de chèvres popperoïdes, pas d’amicales collègues, pas de débutante, pas de maîtresse (pas officiellement, du moins).

    Et, puisque les demandes ont été nombreuses, voici encore de l’Edgar Morin. Journal de Californie, 1970

    9 septembre :
    Rêve : Dans la nuit de lundi à mardi, j’ai rêvé de Bourdieu. Je vais lui demander des explications sur son attitude à mon égard. Qu’il critique mes idées, soit, mais pourquoi cette animosité personnelle ? Dans ce rêve, il demeure maussade, haineux. Manifestement, je lui demande son amitié, qu’il me refuse. Ceci me rappelle des rêves où je suis ami, réconcilé, avec Aragon.
    Ce que j’ai le plus de peine à accepter: l’inimitié

    Vrac.

  • Kalai Elpides Pandore vous propose de vivre, jour après jour, les belles espérances de sa campagne de recrutement aux postes de maître de conférences… du point de vue d’une candidate.
  • Romain “small j.” Garcier vous propose l’anatomie d’une catastrophe, du point de vue d’un géographe de l’eau.
  • Une heure de peine vous propose une sociologie de l’anorexie (et une lecture de l’ouvrage de Muriel Darmon, Devenir anorexique).
  • Jean-François Laé vous propose l’introduction des Nuits de la main courante.
  • Bigblogger / Emmanuel Raveline propose un petit dictionnaire à l’usage du chercheur en sciences humaines.
  • heures complémentaires

    Les mailing-listes ont chauffé aujourd’hui, avec une missive (en PDF) annonçant une augmentation du taux horaire des heures supplémentaires.
    heures complémentairs
    Il s’avère que c’est un canular, un faux grossier déclare même un collègue.

    Un démenti officiel est rapidement tombé, et je crois effectivement que c’est un faux grossier. Il y a toute les recettes d’un bon troll dans cette lettre : langage trop direct, mauvaise foi.
    Ce qui est significatif en revanche, c’est la vitesse à laquelle elle a fait le tour des universitaires et donc du crédit qui lui a été porté.
    source : griffonages

    Le faux n’est pas si grossier que ça… le mauvais scan d’une lettre officielle ressemble à ce que l’on reçoit assez souvent : la forme y est.
    J’aime bien les canulars… et j’aimerais bien savoir quelle est son origine.

    Mise à jour : voici le démenti ministériel :
    heures complémentaires démenti

    Deuxième mise à jour : le ministère va porter plainte :
    Le ministère victime d’un “faux courrier” et porte plainte :

    Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est victime d’un “faux courrier” intitulé “charges d’enseignement et heures complémentaires”, qui “évoque une augmentation de la charge d’enseignement des enseignants chercheurs pour réduire le déficit public”. Le ministère oppose un démenti formel à ce faux et va porter plainte pour faux et usage de faux auprès du procureur de la République.

    Tentative de cambriolage

    Voici quelques photos de la tentative de cambriolage dont je parlais hier. Tout d’abord, une vue partielle de la salle de cours en question :
    Tentative de cambriolageVoyez le faux plafond, il commence à perdre son “intégrité structurelle” et menace de tomber en bloc sur les occupants de la salle. Les oiseaux qui résident dessus (on les entend en cours se promener sur nos têtes) commencent même à s’inquiéter.

    A destination des cambrioleurs éventuels : les ordinateurs situés derrière ce mur sont de vieilles machines sans lecteur de DVD. Ce n’est pas rentable de les voler.

    Le trou de la salle ***Puis un plan plus serré, où l’on voit encore les gravats, qui n’ont pas été nettoyés… alors que le trou remonte maintenant à plusieurs jours. Donc, nous enseignons — et elles étudient — dans des conditions de travail qui ne sont pas seulement dégradées, mais dégradantes. La propreté minimum n’est même plus présente. [Et le maigre outillage des hommes et femmes de ménage de l’université ne leur permettrait pas de ramasser ces gravats, qui sont peut-être conservés comme preuve à destination de la police.]
    Je n’ai jamais vu cela ailleurs : ni à Jussieu (amiantée, mais, dans mon souvenir, plus propre), ni à Nanterre, ni à l’EHESS (sauf période post-occupation-anarchiste), ni à Paris 5 (c’est sale, mais pas sale pareil)…
    La pauvreté des universités françaises se traduit donc de manière différente suivant les lieux.

    Petites informations universitaires

    Après le classement de Shanghaï, des petits malins ont inventé “L’Echelle de Vincennes” :

    Sans négliger les critères de Shanghaï ou de l’École des Mines, son échelle dite « de Vincennes » (en l’honneur de l’université arrivée en tête en 2008) ajoute un grand nombre de paramètres tels que : la modicité des droits d’inscription. Le nombre d’étudiants accueillis au mètre carré (plus il y a d’étudiants et mieux c’est). Le nombre d’anciens étudiants qui ont effectué une carrière de réalisateurs de cinéma.(…) Le nombre de disciplines nouvelles créées dans cette institution de l’enseignement supérieur. Le nombre de cours n’ayant aucun équivalent dans d’autres établissements. Le nombre de modes intellectuelles associées à l’université en question (ex. : post-modernisme, cinématographie marxiste, trotskysme digital, dialectique de la linogravure, libertarisme fédéré, ultra-libéralisme collectiviste, etc.).
    La qualité de vie du campus et de son environnement ne sont pas oubliées, avec des critères tels que : la présence d’une station de métro à proximité, la présence de lieux culturels importants (stades, basiliques, musées, studios de cinéma) à proximité, l’intensité de la vie sociale dans les couloirs et la vivacité des groupes politiques dans le hall de l’université.
    En appliquant ces critères, c’est l’Université Paris VIII « Vincennes à Saint-Denis » qui prend la tête du classement, suivie par l’Université de Californie à Los Angeles, (…)
    Confrontée à ce classement qui la place en 12e position des meilleures écoles dans le monde, l’Université de Harvard a émis un communique officiel un peu aigre qui affirme que, “ si le barème avait pris en compte la qualité des toilettes publiques, l’Université de Saint-Denis n’aurait jamais pu atteindre la première place, ni même la centième ”.
    Mauvais perdants, Harvard ? “ Il est vrai que les toilettes de Paris 8, c’est un poème ” déclarait Christophe Willem, ancien étudiant et lauréat de La Nouvelle Star en 2006.

    Je voudrai apporter ma pierre au classement de Vincennes avec quelques photos des toilettes de Paris 8 (disponibles sur flickr) :
    toilettes du bâtiment B toilettes du bâtiment B

    (Notons que des photos similaires ont été prises il y a plus de deux ans et qu’aucun travail de réfection n’a été été effectué depuis. Il n’y a toujours ni savon ni serviette.)
    Les “Anciens” qui ont connu l’installation de l’université à Vincennes, racontent qu’à l’origine, il n’y avait pas de portes aux toilettes vincennoises : elles étaient considérées comme un luxe. Ils (et elles) voient dans les portes parfois présentes sur les toilettes à Saint-Denis une sensible amélioration des conditions de travail. L’absence de toute possibilité de se laver les mains n’est pas questionnée.
    Et, pour ajouter quelques critères au classement, voici quelques anecdotes plus ou moins récentes, des extraits de mails collectifs :

    La salle *** a servi de voie d’accès pour une tentative de cambriolage. Objectif : les ordinateurs de la salle *** . Le mur a été percé à l’aide d’un extincteur, suivi d’une tentative de passage par le plafond - nous ne savons pas comment ils ont été stoppés dans leurs efforts.
    Le responsable de la sécurité sur l’université n’as pas le temps de perdre son temps pour porter plainte au commissariat de Saint-Denis. Après avoir lourdement insisté, la procédure semble mise en route, après moult interventions auprès de la Présidence.

    L’action est stupide : les ordinateurs en questions sont de vieux modèles sans même lecteur de DVD… et ils pèsent quelques kilos ! Même en en volant 4 ou 5, le butin sera bien maigre.
    ou encore :

    Dans la série “Nous travaillons en toute sécurité” : une étudiante **** qui “harcèle” un enseignant de **** depuis un certain temps, est revenue à la charge à l’étage avant-hier, équipée cette fois d’un couteau effilé d’une taille respectable, pour faire la peau à ce dit enseignant. Comme il est spécialiste de ***** médiévale, je lui ai conseillé de porter dorénavant une cotte de mailles. Il a ri jaune. Une plainte est déposée via la préfecture pour une psychiatrisation rapide.
    [crédit photo : nickwheeleroz flickr]

    Il y a quelques semaine, nous recevions ce mail, qui précisait que la sécurité serait renforcée :

    De: presidence < *****>
    Date: *** mars 2008
    Objet: [allp8] Sécurité
    A l’attention de la communauté Universitaire
    Les locaux de l’Université sont soumis de façon récurrente à des effractions ou tentatives d’effractions provoquant non seulement la perte de matériel, mais aussi en instituant une forme d’insécurité préjudiciable à tous.
    La sécurité reposant avant tout sur la complémentarité des moyens mis en place, nous vous demandons de bien vouloir prendre note des mesures et demandes ci-après. Ces mesures feront l’objet d’ajustement en fonction du
    retour d’informations que vous nous transmettrez sur notre email.
    Point 1 – En semaine à compter du ***** mars, à partir de *****, l’ensemble des bâtiments ne seront accessibles que par une seule porte d’accès communément appréciée comme entrée principale. (…)

    Apparemment cela n’a pas suffit…
    Parfois les faits sont plus graves : ils touchent directement les personnes travaillant à l’université :

    De: presidence < ******@***-paris8.fr>
    Date: **** 12:06:56 GMT+01:00
    Objet: [allp8] Grave incident au ***
    A la communauté universitaire,
    Je vous informe qu’une fois de plus, un incident grave s’est produit dans *****. Une collègue s’est fait agresser mardi soir par un individu qui a tenté, heureusement en vain, *****
    Cette situation est inadmissible et l’Université s’associe à toutes les démarches susceptibles d’être engagées par notre collègue.
    Dans l’attente de la mise en oeuvre du plan de sécurisation du site, élaboré par nos services, j’attire votre attention sur les risques encourus par les membres de notre communauté, en particulier à la nuit tombée. Aussi devez-vous rester extrêmement vigilants et ne pas hésiter à solliciter les vigiles pour vous faire accompagner lorsque vous quittez l’établissement.
    Pour information, la stratégie délinquante est souvent la même:*****

    Un an avant, presque jour pour jour :

    De : presidence < ****@***-paris8.fr>
    Date : ***** 10:40:27 HNEC
    AUX MEMBRES DE LA COMMUNAUTE UNIVERSITAIRE
    Notre collègue, *****, a subi une agression lourde jeudi dernier au sortir du *****
    Nous manifestons notre soutien à notre collègue dans ces moments difficiles.
    Nous demandons une vigilance particulière à tous les usagers de ***** dont la sécurisation va être réalisée comme l’a été ******
    Le Président de l’Université

    Il y a quelques années, à peine deux ans, c’était le pillage d’un UFR qui avait été relaté dans un journal gratuit.

    Ces incivilités sont rarement mentionnées publiquement. Je me souviens que, dans un autre pays, à New York, le journal étudiant de la NYU faisait, chaque semaine, un bilan des mêmes incivilités [exemple], qui allaient de l’arrestation d’étudiants îvres aux agressions violentes (la nuit, même Manhattan peut être risqué). La diffusion d’informations objectivées, la constitution de séries plus ou moins longues, a ici ma préférence… [statistiques de NYU [PDF]] en leur absence, on recourra aux anecdotes.

    Mise à jour : quelques commentaires de blogueurs sur Paris 8 :

    I’m taking an interdisciplinary class at Paris VIII, on Said’s Orientalism as applied to feminist theories as applied to works of fiction. Or something like that. Paris VIII is an entirely different entity- first of all, it’s not actually in Paris, it’s in the Saint-Denis suburb, which is, well, sketchy. The school is very run-down and dingy, and has a very odd feel. My class here is small, maybe 15-20 students, at least 10 of whom are American. I like the professor very much, and because the class is so much smaller I’m less hesitant to participate. The only drawback is that it’s 3 hours straight, and sometimes my brain starts rejecting the wave of French coming at me around hour 2 and a half.
    source

    “Run-down” and “dingy” : ce n’est pas très gentil, mais c’est une description accurate.
    à suivre

    Recrutements universitaires

    C’est la saison des recrutements à l’université (et au CNRS, mais on parlera ici surtout des universités). Les candidates ont du envoyer aux universités leurs dossiers de candidature avant le premier avril. Les dossiers seront examinés ce mois-ci, pour des auditions en mai.
    Comme l’année dernière, je coordonne un “wiki auditions” concernant les candidature de la section 19 du CNU, sociologie et démographie. Ce jour, six ou sept universités ont déjà fait parvenir leurs dates d’examen des dossiers et d’auditions. Ceci devrait permettre aux candidates qui pensent pouvoir être auditionnées de programmer leur agenda.
    Une remarque, en passant : ma connaissance de la discipline étant partielle, je pense ne connaître personne dans toute une série d’universités où des postes en sociologie (ou démographie) sont ouverts : Chambéry, Grenoble, Montpellier 1, Angers et l’Ecole des Hautes études en santé publique… Je ne sais pas qui “actionner” ! Si donc vous avez une idée, ou si vous êtes membre des commissions, n’hésitez pas à me contacter, à laisser un commentaire ou même à éditer le wiki auditions (c’est facile et cela vous permettra d’éditer wikipedia, c’est le même fonctionnement).
    La période des recrutements universitaires est souvent une période de tensions personnelles, souvent liées aux traditions localistes. Je viens de vivre d’assez près une affaire dans laquelle une commission a refusé de participer au processus de recrutement. Je ne sais pas si cela se fait souvent, de voir une commission qui déclare : non, finalement, les conditions d’un processus équitable ne sont pas réunies, nous préférons nous retirer du jeu.
    Il est possible de suivre certaines de ces tensions sur internet. Par exemple, le blog d’un enseignant-chercheur d’une université du Grand Sud, intitulé L’énervé de service relate depuis quelques semaines des “anecdotes de l’intérieur”, et nous fait suivre le recrutement inévitable d’un candidat local : anecdote n°1, anecdote n°2, et anecdote n°3. Extrait :

    En effet, ce n’était pas fini. Vous vous souvenez certes que ce collègue mauvais mais grenouilleur et têtu a obtenu de faire redéfinir le profil recherche du poste de prof de manière à pouvoir candidater dessus; vous vous souvenez également qu’une de mes connaissances (venant d’une université extérieure) a également candidaté sur le poste, et que ça plonge tout le monde dans l’embarras. Il manquait à l’histoire le récit d’un petit épisode survenu entre la rédaction du profil de poste et sa publication.
    lire la suite

    Ailleurs aussi : Pablo Achard explique pourquoi il ne candidate pas au CNRS (principalement : il n’y a pas de postes et les frais de déplacements ne sont pas remboursés, contrairement aux usages presque partout hors de France).

    Pour finir : Vous pouvez vous faire une idée des postes les plus demandés cette année… en fonction du nombre de consultation des pages associées.