Categories

Archives

Archives de la catégorie : 'Université'

La mention n’attend pas le nombre des années

Le monde scolaire valorise la précocité, c’est même peut-être un des autres noms de la classe sociale. Certains élèves “sautent”, tôt dans leur scolarité, une ou deux classes. Ce ne sont pas n’importe quels élèves, comme le montre Wilfried Lignier dans sa thèse, La petite noblesse de l’intelligence.
Sélectionnés dès l’enfance, ces élèves “en avance” (en avance sur leur classe d’âge) qui arrivent “en avance” au bac sont particulièrement adaptés aux épreuves.
Comme le montre le graphique suivant, ils obtiennent au minimum deux fois plus fréquemment la mention “Très bien” que celles et ceux qui sont “à l’heure” au bac, et 15 fois plus que celles et ceux qui ont un an de “retard”. [les données portent sur plus de 338000 élèves ayant obtenu 8 ou plus au bac en 2013]
mois-naissance
Graphique au format PDF, plus lisible

Il est intéressant de remarquer que la précocité se perçoit aussi mois après mois : celles et ceux qui sont nés en janvier 1995 et qui passent le bac en 2013 obtiennent moins de mention Très bien que ceux qui sont nés en décembre 1995. C’est probablement que les parents des enfants nés en janvier 1995 et qui souhaitaient maximiser le rendement de l’institution scolaire ont réussi à faire “sauter” un mois à leurs enfants, intégrés à la classe “1994”, et donc rendu précoces. La capacité des parents à imposer ces sauts diminue avec le nombre des mois : possible pour les “février”, difficile pour les “mai”, impossible, ou presque, pour les “décembre”.
Natura saltum non facit… mais le monde social institue des sauts.

Portrait des recrutements universitaires

On trouve sur la partie Bilans et statistiques du Ministère de l’enseignement supérieur, un rapport qui vient d’être publié sur la Campagne de recrutement et d’affectation des maîtres de conférences et des professeurs des universités. Session 2012 [pdf]

Ce rapport, fort détaillé, nous donne toute une série d’indications sur l’état actuel des recrutements :

  1. 3062 postes ouverts en 2012 contre 3303 en 2011. Il y avait eu 3509 postes ouverts au recrutement en 2006. 2746 postes ont été pourvus.
  2. La féminisation du corps des PR se ralentit 28,61 % des lauréats sont des femmes (33,7 % en 2011) [les femmes représentaient 30% des qualifications PR de 2012), mais ce n’est peut-être que temporaire ? En maths (section 25) seule une femme PR a été recrutée (il y avait 25 postes)
  3. En 2012, 215 postes ont été publiés dans le cadre des recrutements au « fil de l’eau ». En 2010 : 513 et en 2011 : 511. Est-ce parce que le “fil de l’eau” est finalement complexe à mettre en oeuvre, ou parce que cela permet des économies ? (le poste étant “gelé” au moins six mois)
  4. 12% des postes sont pourvus par mutation
  5. ces mutations permettent de dessiner quelques unes des trajectoires de mobilité géographique des enseignants-chercheurs (pages 19-21) [voir ici pour les mouvements de 2011]
  6. L’âge moyen est très distinctif : l’âge moyen au premier poste de PR est d’environ 44 ans. En sociologie, il est de 47 ans. En mathématiques, de 40 ans. Des différences aussi fortes existent concernant l’âge au premier recrutement des maîtres de conférences : la moyenne est à 33 ans et demi. 35 ans en sociologie, 30 ans en mathématiques. Les mathématiciens, ainsi, non seulement entrent plus jeunes dans la carrière, mais ils deviennent PR plus rapidement (10 ans en moyenne, contre plus de 12 ans ailleurs)… Les sciences de l’éducation recrutent des MCF qui ont l’âge des mathématiciens devenus professeurs.
    Mais l’âge moyen ne dit pas tout. Voici un graphique qui compare les politiques de recrutement PR de différents groupes de disciplines.
    attente-mcf-pr
    Une autre représentation graphique est plus simple :
    cumul-attente-mcf-pr

  7. toujours concernant l’âge : les auteurs du rapport signalent le ralentissement des carrières : “il y a depuis six ou sept ans un accroissement de l’ancienneté des MCF recrutés PR”
  8. âge encore : les femmes sont recrutées maîtresses de conférences en moyenne à 34 ans, les hommes à 32 ans.
  9. pour les maîtres de conférences : 46% des recrutés de 2012 ont été qualifiés en 2012, 25% des recrutés de 2012 sont des qualifiés de 2011…

Sources : DGRH-A1 (ministère de l’enseignement supérieur), 2013,Campagne de recrutement et d’affectation des maîtres de conférences et des professeurs des universités. Session 2012 [pdf] (mis en ligne en juin 2013)

Liste de liens intéressants

  1. Que font les étudiants de leur logement ?, sur le site du département de sociologie de l’université Paris 8
  2. La collection complète de Clit007, revue féministe lesbienne suisse francophone du début des années 1980 (mais attention, revue suisse francophone lesbienne féministe, tendance “vanille-fraise”)
  3. Saidina devient Franck… ou le halo féminisant du -a terminal
  4. Une nouvelle revue, Statistique et société
  5. Cartographie du vernaculaire, c’est spectaculaire
  6. Je réussis en sociologie, sur “Lectures”
  7. Arrêtons les thèses de plus de 350 pages ! première partie et deuxième partie sur orgtheory
  8. Et stop aux thèses qui prennent plus de trois ans, chez David Monniaux
  9. Un franc en 1976 == 1 euro en 2013 ?… Chevênement n’a même plus besoin de demander le retour au Franc [qui, parmi mes lecteurs, se souvient du chevênementiste solitaire de l’ENS, vers 1998…]
  10. Je ne suis pas sponsorisé par le Polit-bistro : introduction à l’analyse de données avec R
  11. Introduction à l’analyse de réseau avec R
  12. Si vous aimez le jazz manouche et la sociologie critique, the place to be c’est “la java” et c’est le 22 juin.
  13. Réjouissons-nous ! On apprend ici que Le Maff’ va donner une dernière leçon en Sorbonne avant la retraite ?
  14. Le site d’Emmanuel Lazega

… et ce sera tout pour aujourd’hui.

Mobilité des enseignants-chercheurs

L’on trouve, dans les bilans statistiques publiés par la DGRH-A du ministère de l’enseignement supérieur, des informations intéressantes sur la mobilité des enseignants-chercheurs.
Pour 2011, par exemple, il est possible de voir de quelle académie et vers quelle académie ont eu lieu les mutations. Les mutations ne sont pas des changements de corps (MCF–>PR), mais des mouvements entre deux universités, mais dans le même corps. Les mutations ne sont effectives que si un département (par la voix d’un comité de sélection) accepte la candidature : il ne s’agit donc pas, à la différence des mutations dans le Secondaire, de mutations à l’ancienneté.
Le graphe suivant synthétise ces mutations. Je n’ai gardé que les mutations d’académie à académie qui apparaissaient plus d’une fois. Il faudrait cumuler les mutations sur plusieurs années pour obtenir des données plus solides. Mais on remarque déjà une ébauche de mouvements intra-région (entre Rennes et Nantes, entre Montpellier et Aix-Marseille, ou entre Lyon et Aix).
mobilite-2012
On remarque surtout l’attraction de Paris : les mouvements se font, visiblement et de manière importante, vers Paris.
Si l’on fait la somme des soldes migratoires, sur plusieurs années (2004-2011), alors on voit apparaître des académies plus recherchées que d’autres.

solde Académie
-134 Lille
-61 Nantes
-55 Nancy-Metz
-53 Rouen
-50 Rennes
-47 Amiens
-45 Orléans-Tours
-37 Reims
-36 Besançon
-29 Clermont-Ferrand
-27 Poitiers
-25 Caen
-21 Dijon
-19 Antilles-Guyane
-19 Limoges
-11 La Réunion
-10 Nice
-5 Grenoble
-4 Corse
-1 Strasbourg
1 Pacifique
17 Lyon
24 Créteil
26 Aix-Marseille
31 Toulouse
39 Bordeaux
43 Montpellier
54 Versailles
453 Paris

Ces données sont grossières : il faudrait pouvoir travailler non pas sur les académies (de taille très inégales), mais sur les universités elles-mêmes. Mais elles montrent un phénomène massif : le mouvement vers Paris.

Source des données Bilan des recrutements en 2011 : Bilan de la session « synchronisée » 2011, SECRÉTARIAT GÉNÉRAL, DIRECTION GÉNÉRALE DES RESSOURCES HUMAINES, Service des personnels enseignants de l’enseignement supérieur et de la recherche Sous direction des études de gestion prévisionnelle, statutaires et des affaires communes DGRH A1-1.

Transmissions. Une communauté en héritage

J’interviendrai, la semaine prochaine, au colloque Colloque Transmissions. Une communauté en héritage. 40 ans de sociologie française [qui se tient du 5 au 7 juin à l’IEP de Paris].
Il y a un livret qui présente les différentes interventions, avec, notamment : Andrew Abbott & Etienne Ollion, “La sociologie française a-t-elle joué un rôle aux Etats-Unis depuis 1970 ?”
L’actualité — les décès rapides de sociologues (Desrosières, Castel, Boudon, Crozier) ayant structuré la discipline, en théorie ou en pratique — a rattrapé ce colloque, qui devrait être l’occasion de réflexions intéressantes.

Un classement ? Non, sire, un espace !

La semaine dernière, j’ai proposé de jouer à classer entre eux les départements de sociologie. Le jeu consistait à choisir entre des paires de départements (Paris 8 contre Perpignan; Paris 4 contre Paris 7…).
Deux cents personnes ont fourni plus de 5600 votes, et 2000 “non-votes”. J’ai commencé à analyser les données de ces votes. Les contraintes du jeu lui-même orientent fortement ce qu’il est possible de faire à partir des données.
Commençons par regarder les “non-votes”. Les votants avaient la possibilité de signaler qu’entre deux universités, ils ne pouvaient pas choisir car ils n’avaient pas assez d’informations sur ces universités, ou parce que ces deux universités étaient semblablement les mêmes.
Le graphe suivant considère que deux universités (mais il faudrait dire “deux départements de socio”) ont un “lien” entre elles quand des votants ont déclaré que ce sont “les mêmes” :
reseau-same-socio
Si vous cliquez, vous verrez mieux [pdf]

Les universités sont représentées par un point, et la taille du point dépend du nombre de réponses “ce sont les mêmes”. Comme on le voit, certaines universités/départements (Montpellier3, repère postmoderne; l’IEP de Paris; Paris9-Dauphine) apparaissent suffisamment distinctement pour ne pas être jugé “comme les autres”. Les universités “centrales” dans ce graphe (Amiens/Besançon/Metz) sont celles qui apparaissent souvent difficiles à distinguer. Mais Amiens, par exemple, apparaît très peu dans les réponses “je ne connais pas” (ce sont Chambéry et Saint-Etienne qui sont dans cette situation).
Enfin, j’ai réalisé une Analyse en composantes principales, en prenant en compte, pour chaque votant et chaque université, la proportion de votes “gagnants” : si V(i) [le votant n°i] a voté 3 fois pour le département de socio de l’université j, U(j), et une fois contre, alors P(i/j) est de 75%.
ACP-socio
C’est illisible : cliquez pour ouvrir un PDF

Dans ce graphique, les universités en rouge sont celles pour lesquelles les votants mettent beaucoup de temps avant de les déclarer préférables à d’autres.
Le premier axe oppose les universités/départements sur une échelle Province/Paris, qui est peut-être corrélée à une échelle de prestige : mais cela est peut-être directement lié aux contraintes du jeu lui-même. Le deuxième axe apparaît plus intéressant, en opposant entre elles des universités/départements sur ce qui m’apparaît être un principe de vision et de division “politique” (sur le principe générateur gauche/droite, où Paris8 s’oppose à l’IEP).
Si le jeu conduisait à l’établissement d’un “ranking” automatique, l’analyse rapide des données recueillies auprès de collègues (200 votants, 5600 votes et 2000 non-votes) montre la diversité des principes de division, qui pointent même quand l’on cherche uniquement à recueillir “l’évaluation sociale des formations”. C’est peut-être ce qui explique l’échec de la diffusion, en France, des tentatives de création d’échelles de prestige [Chambaz, Maurin, Torelli. L’évaluation sociale des professions en France. Construction et analyse d’une échelle des professions. Revue française de sociologie. 1998, 39-1. pp. 177-226. doi : 10.2307/3322788]. Sous l’échelle unidimensionnel, c’est l’espace multidimensionnel qui pointe.

La féminisation des revues de sociologie depuis 1960

Billet rédigé par B. Coulmont, A. Hobeika et É. Ollion, publié conjointement sur http://coulmont.com et http://data.hypotheses.org/637

Dans un récent article (PDF), West (un biologiste, pas la sociologue du genre) et ses collègues montraient à partir des articles de JSTOR que si le sex-ratio évolue sensiblement au cours des dernières décennies, l’égalité n’est pas encore de mise entre hommes et femmes dans les publications. Ils soulignaient en particulier que les hommes sont toujours sur-représentés dans des positions de prestige (premier et dernier auteur).

Qu’en est-il en France ? Partant d’une base des revues de sciences sociales françaises compilée par A. Hobeika et E. Ollion dans le cadre d’une recherche en cours sur l’histoire de la discipline par ses publications[1], on obtient une image de la sociologie dans le temps.

D’un point de vue global, au cours des années soixante aux années quatre-vingt-dix, la féminisation progresse, mais très lentement : 81% des auteurs sont des hommes dans les années 1960, ils ne sont plus que 71% dans les années 1990[2].

pie60s

pie90s

 

 

La féminisation est aussi très inégale suivant les revues. Certaines (Archives de sciences sociales des religions, Économie et statistique, Population) voient la part des auteures féminines augmenter substantiellement, alors que d’autres restent des bastions masculins (comme les Actes de la recherche en sciences sociales et la Revue française de sociologie)[3].

paletteRdYlBu

Déterminer le sexe des auteurs à partir de leurs prénoms ?

Pour établir le sexe des auteurs, nous nous sommes appuyés sur leur prénom, méthode utilisée par West (cité plus haut) ou par Carrasco pour retrouver le sexe des pacsés [Carrasco V., 2007. — « Le pacte civil de solidarité : une forme d’union qui se banalise ». Infostat justice, 97 pp. 1–4.]

Mais quand on cherche à inférer le sexe du prénom, plusieurs méthodes sont possibles.

La première consiste à faire ce codage manuellement : la familiarité avec la discipline permet de savoir que Claude Poliak n’a pas le même sexe que Claude Dargent, que Dominique Méda et Dominique Wolton non plus. Mais c’est très chronophage.

Parmi les techniques de codage automatique, deux autres sont possibles. On peut établir une liste de prénoms indiscutablement sexués (Baptiste, Yvette, Émile) à partir d’annuaires, et leur attribuer une valeur (M/F ou 0/1), laissant indéterminés les prénoms épicènes. Toutefois, si on dispose du fichier des prénoms (INSEE), une autre possibilité est d’associer à chaque prénom un score (de féminité, de masculinité) en fonction de son usage social : ainsi 99,95% des Catherine, au XXe siècle en France, ont été déclarées à la naissance comme étant du sexe féminin ; ce chiffre est de 0,08% pour les Simon. Les Dominique sont à 41% des filles, les Claude le sont à 12%, etc. Utiliser cette méthode revient donc à supposer que les prénoms des sociologues ont la même fréquence d’utilisation pour des hommes/femmes que dans la société française toute entière, ce qui semble raisonnable.

On a ici mené un test de ces méthodes, en recodant manuellement le sexe des auteurs pour une revue, la Revue Française de Sociologie. On compare les résultats à ceux des deux autres procédures. Pour la période 1960-1999, le nombre d’articles de cette revue dans notre base est de 1723. En excluant ceux pour lesquels aucun auteur n’est mentionné[4], on a in fine 1329 prénoms.

Les trois méthodes donnent sensiblement le même résultat, malgré des nombres de cas différents sur lesquels elles butent (« NA méthode » ci-dessous). Avec 17 prénoms non-détectés seulement (parfois répétés, d’où les 28 NA), le fichier des prénoms (INSEE) apparaît comme une solution à la fois commode et efficace pour un traitement automatisé tel que celui qu’on vient de faire[5].

Codage manuel Liste restreinte de prénoms Fichier des prénoms
Homme 79.08 78.64 78.67
Femme 20.92 21.35 21.33
Nb. individus 1329/1723 1063/1723 1301/1723
Infos manquantes 394 394 394
NA méthode 0 266 28

 

Des chiffres sur la situation dans la sociologie étasunienne, calculés avec des méthodes similaires, sont disponibles chez Neal Caren et chez Philip Cohen.

Et ci-dessous le graphique avec l’ensemble des revues de sociologies prises en compte dans l’analyse.

 

All-BuYlRd


[1] Elle recense les publications dans les revues de sociologie française depuis les années 1960 (articles et symposiums, mais pas compte-rendus). La base est organisée par signatures : chaque ligne désigne un auteur et un article (par exemple, Bourdieu P. & Wacquant L. 1999 donne lieu à deux lignes dans la base : une pour chaque auteur).

[2] La base recense plus de 20 000 articles et comptes-rendus dans une vingtaine de journaux : Agora, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, Archives de Sciences Sociales des Religions, Critique internationale, Déviance et société, Espace population et sociétés, économie et statistiques, Genèses, Pôle Sud, Politix, Population, Réseaux, la Revue Française de Sociologie, Sociétés contemporaines, Sociologie et santé, Tiers-Monde. Elle s’appuie largement sur les données du site Persée, complétées ponctuellement pour les revues qui en sont absentes.

[3] Dont B. Lahire disait récemment qu’elles étaient « les deux revues françaises de sociologie les plus académiques »).

[4] Soit il n’y en avait pas, soit on n’a pas réussi à le dissocier du nom dans les rares cas où les deux n’étaient pas clairement séparés. C’est une limite de ce traitement complètement automatisé, même si on a de bonnes raisons de penser que cela ne change rien aux résultats présentés ici.

[5] Si les prénoms sont à l’avenir plus épicènes, alors cette méthode pourrait s’avérer problématique. Elle l’est parfois entre pays, Jean Leca n’étant pas du même sexe que Jean Comaroff.

Où faire une licence de sociologie ?

Un des signes distinctifs de la sociologie américaine, c’est l’objectivation du prestige. On en trouverait des exemples dans Street Corner Society, dans Middletown, mais aussi plus récemment chez Podolny (Status Signals). C’est dans cette tradition, probablement, que s’inscrit cette tentative d’établissement d’un classement des départements de socio étatsuniens.
J’ai utilisé le même outil, avec une liste des universités et autres établissements proposant des licences ou des masters de sociologie : vous pouvez répondre à la question Dans quel département de sociologie faire sa licence ou son master ? en choisissant, dans une paire de départements, celui que vous préférez.
On peut, avec ce processus, arriver à un “classement” (mais qui exprime quoi ? le “prestige” ? ce n’est pas certain) :
classement-paires-socio
Mais comme les données sont exportables, et que chaque “votant” reçoit un identifiant, il sera possible de faire d’autres traitements statistiques, qui montrent, probablement, un espace qui n’est pas structuré par une seule échelle.
classement-data-socio
Je donnerai accès au fichier de données à toute personne qui souhaiterait travailler dessus. En attendant, allez dire Où faire sa licence ou son master de sociologie.

L’évaporation académique : les qualifiés non postulants

Je vais parler ici de l’évaporation académique, c’est-à-dire des personnes qui, qualifiées par le Conseil national des universités, ne candidatent à aucun poste universitaire. Je vais m’appuyer sur les données des “DGRH A / LT & DGRH A1-1 / PR”.
Dans l’Etude de la promotion 2012 des qualifiés aux fonctions de MCF et de PR, on trouve quelques pages consacrées à ceci : “3589 personnes détenant globalement 4911 qualifications délivrées cette année n’ont pas candidaté sur les postes ouverts au recrutement. Elles représentent 43,5% des personnes qualifiées par le CNU au titre de l’année 2012”. La DGRH-A appelle cela “l’évaporation”.
Près d’une candidate sur deux, donc, qualifiée, ne candidate pas. Peut-être parce qu’il n’y a aucun poste qui lui convienne. Peut-être par autocensure…
Mais ce n’est peut-être pas dû uniquement aux candidates elles-mêmes. La plus ou moins grande sévérité des sections est liée à la plus ou moins grande proportion d’évaporées.
evaporation
Cliquez pour avoir un beau graphique en PDF

La taille des points est fonction (linéaire) du nombre de candidats qualifiés (je me suis limité, ici, à la qualification “maître de conférences”. La droite orange est la droite de régression linéaire. Une relation croissante existe entre le taux de qualification et le taux d’évaporation : dans les sections les plus “laxistes”, de nombreux candidats abandonnent avant même de postuler.
Mais c’est un peu plus compliqué encore (rien qu’avec les données de la DGRH A), car une relation évidente existe entre la “pression” (le nombre de qualifiés de l’année rapporté au nombre de postes ouverts au recrutement dans l’année). Ainsi, quand il y a environ un poste pour chaque qualifié (en droit, par exemple), il y a très peu d’évaporation. Mais quand il y a un poste pour 20 candidats, alors près de 60% des candidats abandonnent.pression
Cliquer pour agrandir

On remarquera, sur ce graphique, le comportement “optimiste” des politistes, de la 4e section du CNU : 15 candidats pour chaque poste, mais à peine 20% d’évaporation.
Et si l’on combine le tout ? En coloriant les points en fonction du taux de qualification ? On arrive, je pense, à la limite de la synthèse graphique possible.
evaporation-pression
Le “taux d’évaporation” était de 34% en 2007, et, depuis, il augmente régulièrement.
[mise à jour 2013-03-02] Regardons maintenant la relation entre la “porosité” des sections CNU et le taux d’évaporation. Le graphique suivant met en relation la proportion de “multiqualifiés” par section et l’évaporation. Il apparaît que, globalement, plus la section comporte de candidats multiqualifiés, plus ces candidats s’évaporent…
multiqualifies
Je trouve cela a priori étrange : je pensais que la proportion de multiqualifiés pouvait être un indicateur de la volonté des candidats de postuler aux postes universitaires.

Note : Données : evaporation.csv [j’ai extrait ces données du rapport de la DGRH-A, qui est au format PDF]

Mise à jour : Poursuite de l’analyse chez Olivier Bouba-Olga

Ma prime d’excellence scientifique

Cadeau d’avant noël. Le 21 décembre, un mail du service du personnel enseignant m’informe que

Suite au classement de l’instance nationale et de la validation par les conseils centraux, nous sommes au regret de vous informer que votre dossier de candidature à la Prime d’Excellence Scientifique (PES) pour la campagne 2012 n’a pas été retenu.
Un courrier émanant de Madame Danielle TARTAKOWSKY, présidente de l’université vous parviendra prochainement.

Il m’a fallu envoyer trois demandes par mail pour obtenir le rapport non-signé et non-rédigé par « l’instance nationale ». “Instance nationale” composée, pour la section 19, des éminents collègues dont les noms suivent :
19 Madame Delcroix Catherine, Université de Strasbourg
19 Madame Dion Michèle Université de Bourgogne
19 Monsieur Pequignot Bruno Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
19 Monsieur Valade Bernard Université Paris 5 Descartes
[Cette liste, c’est de l’excellence en barre.]
(source)
coulmont-PES-2012
Mes notes sont ainsi : j’ai “C” en “G” (G = note globale). Définitivement pas excellent. Zut. J’ai “A” en “P” : ça doit être bien, ça. Mais c’est mitigé par un “C” en “E” (c’est à dire l’encadrement doctoral scientifique) : en effet, comme je n’encadre pas de thèse (et que je ne peux pas en encadrer), je suis classé “C”… et c’est la prime qui s’envole. J’ai “B” en “R” : un “Rayonnement” moyen donc. Et, honte parmi les hontes, j’ai “C” en “S” (“S” étant l’acronyme de “Responsabilité scientifique”). Les spécialistes en coulmontologie (et ils sont nombreux) se souviendront que j’avais obtenu les mêmes notes en 2009.

Le rapport n’est pas signé. Aucune recommandation n’est proposée pour améliorer mes chances de primes. Comment devenir un bon chasseur de prime si l’on ne donne aucun conseil… Même la lettre de la Présidente ne dit pas comment faire ? D’ailleurs cette lettre — mais c’est coutume à Paris8 — ne dit pas qui a obtenu cette prime : c’est une chose impossible à savoir (les compte-rendus du conseil scientifique ne sont plus diffusés sur l’intranet, de toute façon). Tout laisse supposer, dans la rédaction, que la prime a été en grande partie réservée aux “rangs A”.

primedexcellence

Allez, on recommence cette année : cela va être d’autant plus intéressant que toutes les évaluations se feront localement, entre collègues excellents de la même université.