Categories

Archives

Archives de la catégorie : 'USA'

Masculinités : l’homme pluriel

Il y a quelques jours se tenait à l’INED une journée d’études sur les socialisations masculines, autour d’un des derniers numéros de la revue Terrains & travaux.
Les intervenants ont discuté des formes que pouvaient prendre la masculinité… ou plutôt les masculinités. Car comme l’écrit Nicolas Journet, masculinités s’écrit désormais au pluriel. Oh, certes, on trouve souvent de la masculinité, mais, de manière croissante, aussi, des masculinités. Et c’est là — en partie — que l’étude de la féminité diffère de l’étude de la masculinité. De maigres indices, mais des indices concordants,

    Sur cairn.info

  • “masculinité” : 3085
    “masculinités” : 317
    (soit 10% des occurrences au singulier)
  • “féminité” : 5071
    “féminités” : 166 :
    (soit 3% des occurrences au singulier)
    Et sur Google Scholar :

  • “masculinité” : 20200
    “masculinités” : 2420: 12%
  • “féminité” : 32400
    “féminités” : 802: 2,5%

Masculinités est beaucoup plus souvent au pluriel que féminités, alors que c’est l’inverse pour les formes singulières de ces deux mots.

On peut sans doute dater assez précisément le dépassement des féminités par les masculinités (là encore, un indice nous est donné par la base google ngram) :

ngram-masculinites

C’est au milieu des années 1990 qu’en France, l’on invente les masculinités. L’on ne mettra “féminité” au pluriel que quelques années après, sans que cela prenne vraiment. Féminités n’est pas la version féminine de masculinités : il y a une spécificité des usages pluriels, nombreux, variés, fréquents, de “masculinités”.
L’influence majeure, sans doute, est l’ouvrage “Masculinities” de R. Connell, publié à l’origine en anglais en 1995. On voit aussi cela sur google-ngram :
ngram-masculinities
Mais dans la langue anglaise, femininities n’a jamais vraiment été utilisé, en tout cas moins qu’en français. On remarque quelques usages, probablement dérivés des “masculinités”, car quand on se met à parler des masculinités, il devient compliqué de parler de “la” féminité, mais ils sont peu nombreux.

Côté prénoms : chiens, mode, assimilations et modélisation

Du nouveau, côté “prénoms”. Deux ou trois mots sur quelques articles parus récemment.

D’abord un petit article sur les prénoms des chiens des “punk-à-chiens”. Les prénoms des animaux domestiques servent d’indicateurs du parcours de vie des zonards. Ils disent la survie difficile, la loyauté introuvable, l’enfance perdue mais aussi la transgression. « Les Subut, Kéta, Cock, LSD et Cannabis que nous avons rencontrés durant nos enquêtes de terrain témoignent quant à eux, de façon exemplaire, que les pratiques toxicologiques couvrent un éventail très large. »

Blanchard, Christophe. 2015. « Ce que les noms des chiens des sans-abris révèlent de leurs maîtres », Anthropozoologica, vol. 50, no 2 : 99‑107. En ligne, open access, sur http://sciencepress.mnhn.fr/sites/default/files/articles/pdf/az2015n2a3.pdf

Passons aux Etats-Unis, où un papier s’intéresse aux transgenre, en essayant d’estimer leur nombre à partir des changements de prénoms et des changements de sexe dans le fichier nominatif de la Social Security Administration, qui est quasi-exhaustif. Entre 1936 et 2010, plus de 135 000 individus, ayant changé de prénom ou de sexe sont identifiés comme “transgenres probables”, et près de 90 000 étaient vivant.e.s au moment du recensement de 2010. La méthode permet aussi de repérer la temporalité des transitions : « Of those who change both their names and their sex-coding, most update both concurrently, although just over a quarter change their name first and their sex-coding 5–6 years later. Most are in their mid-thirties when they begin to register these changes with the SSA, although transgender women begin the process somewhat later in life. »

Harris, Benjamin Cerf. 2015. Likely Transgender Individuals in U.S. Federal Administrative Records and the 2010 Census, Washington (DC). Center for Administrative Records Research and Applications U.S. Census Bureau. En ligne https://www.census.gov/srd/carra/15_03_Likely_Transgender_Individuals_in_ARs_and_2010Census.pdf

Passons à la Chine, et plus spécifiquement à Beijing. La Révolution culturelle a-t-elle eu un impact sur les prénoms donnés aux bébés ? Pour les auteurs de l’article, à ce moment là, « la politique a figé la mode ». Il valait mieux alors, pour sa sécurité, ne pas faire preuve d’une trop grande exubérance individuelle. Les parents ont donc eu tendance à faire preuve de conformisme et à faire des choix “sûrs”, choix politiques et choix plutôt neutres (en choisissant un prénom relativement répandu).

Obukhova, Elena, Ezra W. Zuckerman et Jiayin Zhang. 2014. « When Politics Froze Fashion: The Effect of the Cultural Revolution on Naming in Beijing », American Journal of Sociology, vol. 120, no 2 : 555‑583.

Retour aux Etats-Unis, et plus particulièrement à la première moitié du XXe siècle, période de forte migration. Quatre articles récents s’intéressent au choix onomastiques des migrants.

Deux articles s’intéressent au bénéfice de l’américanisation. Biavaschi et ses collègues s’intéressent aux naturalisations vers 1930 : les migrants qui changent de prénoms et prennent un prénom courant aux Etats-Unis voient leur salaire augmenter. L’américanisation du prénom a un impact sur la mobilité ascendante. Goldstein et Stecklov, de leur côté, repèrent que les descendants de migrants qui reçoivent un prénom américain ont, toutes choses égales par ailleurs, un salaire plus élevé que ceux qui ont reçu un prénom typique du pays d’origine de leurs parents. Un des intérêts de leur article est de montrer que cet effet perdure quel que soit le nom de famille de la personne : même quand le nom de famille semble allogène, il existe un avantage au prénom américain. Les résultats sont similaires chez Abramitzky et Boustan : «Men given foreign names earned less than comparable sons of immigrant parents in 1940.» Heureusement ! Car ces deux papiers s’appuient sur des sources semblables, le recensement US numérisé.

Le dernier papier s’intéresse à l’acculturation conservatrice des migrants. Il est souvent apparu que les migrants, quand ils donnent à leurs enfants des prénoms typiques du pays d’accueil, vont avoir tendance à choisir des prénoms un peu démodés. Ils font le choix du classique plutôt que de l’exubérant. Le papier de Zhang et ses collègues porte sur les prénoms de soldats juifs aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. Ils repèrent bien une forme d’acculturation conservatrice, le choix qu’avait fait leurs parents « was both selective (as it was marked by avoidance of names with strong Christian associations) and conservative (as it was marked by a preference for names that were established in popularity relative to newly-popular names). » Mais ces parents n’ont pas choisi des prénoms alors en déclin : des prénoms établis, mais encore en croissance.

Biavaschi, Costanza, Giulietti Corrado et Zahra Siddique. 2013. The Economic Payoff of Name Americanization, Berlin. Forschunginstitut zur Zukunft der Arbeit (IZA). En ligne : http://ftp.iza.org/dp7725.pdf

Zhang, Jiayin, Ezra W. Zuckerman et Elena Obukhova. 2014. A Lack of Security or of Cultural Capital? Acculturative Conservatism in the Naming Choices of Early 20th-Century U.S. Jews, Rochester, NY. Social Science Research Network en ligne : http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2507677.

Abramitzky, Ran et Leah Boustan. 2014. « Cultural Assimilation during the Age of Mass Migration », Working paper, en ligne.

Goldstein, Joshua R. et Guy Stecklov. 2016. « From Patrick to John F. Ethnic Names and Occupational Success in the Last Era of Mass Migration », American Sociological Review: 0003122415621910.

Un petit tour vers l’Allemagne maintenant. L’article de Panagiotidis examine les changements de noms et de prénoms des Spä̈taussiedler, c’est à dire des immigrés d’origine allemande vers l’Allemagne après 1945. L’Allemagne considère en effet comme ethniquement allemands les descendants des Allemands s’étant établis, au cours des siècles précédents, en Pologne, Hongrie, Roumanie… Mais ces descendants “co-ethniques” n’avaient pas souvent de prénoms allemands. L’article s’intéresse alors à la germanisation d’Allemands : un processus parfois fortement recommandé par les agents chargés de l’accueil de ces migrants.

Panagiotidis, Jannis. 2015. « Germanizing Germans: Co-ethnic Immigration and Name Change in West Germany, 1953–93 », Journal of Contemporary History: 50(4), 854-874.

Je signale en fin de billet un article dont je suis le co-auteur, avec Romulus Breban et Virginie Supervie. Cet article modélise la diffusion des prénoms, et cette modélisation permet de distinguer la popularité et la mode, en repérant des phénomènes de mode à toutes les échelles (et pas seulement au niveau des prénoms les plus donnés).

Coulmont, Baptiste, Virginie Supervie et Romulus Breban. 2015. « The diffusion dynamics of choice: From durable goods markets to fashion first names », Complexity: n/a ‑ n/a. En ligne (paywalled) http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cplx.21748/abstract

L’anomie contre-attaque

Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, à la une du cahier « Science & Médecine » du mercredi 29 avril 2015, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ?

  1. L’article que j’évoque dans ma “carte blanche” est Bringing Anomie Back In: Exceptional Events and Excess Suicide de Mark Anthony Hoffman, Peter S. Bearman, publié dans la revue Sociological Science
  2. Cette revue a une politique intéressante : les articles qui lui sont soumis sont soit acceptés tels quels, soit refusés. Il n’y a pas de «revise and resubmit» (remarquons toutefois qu’il y a des formes de «conditional acceptance».
  3. Sur les débats Durkheim/Tarde, il existe une immense littérature. Les Lois de l’imitation de Tarde sont disponibles sur Gallica. Idem pour le texte du Suicide de Durkheim qui consacre un chapitre à l’étude de l’imitation. On trouvera une réponse de Tarde aux arguments de Durkheim dans Borlandi (Massimo), Cherkaoui (Mohamed) (dirs.). Le suicide, un siècle après Durkheim. Paris, Presses Universitaires de France, 2000. Réponse qui était restée à l’état de manuscrit. Ce texte «Contre Durkheim à propos de son Suicide» est disponible sur le site des Classiques des sciences sociales.
  4. Quelques morceaux d’un cours que je donne à Paris 8 sur Le Suicide de Durkheim

Astérix chez les économistes

Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, à la une du cahier « Science & Médecine » du mercredi 17 décembre 2014, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ?
Ma “Carte blanche” dans Le Monde porte aujourd’hui sur une étude très intéressante de Fourcade, Ollion et Algan, sur l’arrogance des économistes américains : “The Superiority of Economists”. Cette étude relie le sentiment de supériorité des économistes à leur organisation professionnelle — qui encourage cette arrogance.
Il est amusant de voir que, la même semaine, aux Etats-Unis, deux économistes se sont révélés très arrogants : J. Gruber, qui a déclaré que la loi sur la protection sociale d’Obama devait son salut à “la stupidité des électeurs”, et B. Edelman, qui a menacé d’un procès un restaurant chinois dont la livraison était supérieure de 4$ au prix mentionné sur le site internet.
Anecdotes, certes, mais anecdotes amusantes.
Plus sérieusement, si j’ai choisi d’évoquer cette étude, c’est qu’elle utilise de nombreux indicateurs (citations, origine des directeurs des associations professionnelles, salaires…) pour objectiver une forme évanescente d’identité professionnelle.
Le plus souvent, quand des sociologues étudient le travail scientifique, c’est dans une optique plus structurelle. Il existe ainsi des travaux sur les économistes (Lebaron, ou Fourcade ou encore Le Gall) et des travaux sur les biologistes (Latour et Woolgar)… Mais à ma connaissance ces travaux ne cherchent pas à rendre compte d’une réputation collective.

Des étrangers votent-ils (vraiment) ?

Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, à la une du cahier « Science & Médecine » du mercredi 5 novembre 2014, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ?
J’ai choisi cette semaine de présenter une étude, Do non-citizens vote in U.S. elections? : “est-ce que les non-citoyens votent aux élections étasuniennes ?”
Cet article a un grand intérêt : à partir d’une enquête de grande ampleur portant sur les pratiques électorales aux Etats-Unis, les auteurs repèrent des non-citoyens qui déclarent pourtant être inscrits et voter. Les auteurs présentent leurs résultats ici.
Cet article a suscité de nombreux commentaires (avant même sa publication) : What can we learn about the electoral behavior of non-citizens from a survey designed to learn about citizens? ou encore Methodological challenges affect study of non-citizens’ voting, que l’on pourrait résumer ainsi : puisque l’enquête par sondage à l’origine de l’article portait explicitement sur les citoyens, est-elle adaptée à ce que souhaitent étudier les auteurs de l’analyse secondaire (portant sur les non-citoyens) ?
D’autres enquêtes (sur les dons d’argents aux partis politiques (par des citoyens ou des non-citoyens) ne permettent pas de confirmer les résultats de Richman, Chattha et Earnest.
Les auteurs de l’article ont répondu aux critiques, toujours sur The Monkey Cage : Do non-citizens vote in U.S. elections? A reply to our critics. (The Monkey Cage est décidément un blog très intéressant et il permet le débat rapide entre politistes étatsuniens).

De plus d’autres enquêtes, plus ethnographiques, comme celle, excellente, de Sébastien Chauvin à Chicago, Les agences de la précarité, soulignent les différents “éléments de citoyenneté” les “niveaux de citoyenneté”, les “marchés secondaires de la citoyenneté” : “l’existence de ces niveaux de légalité [différents au niveau local, municipal, étatique ou fédéral] se traduit dans la conscience juridique des immigrés sans papiers..” (p.52), “Les migrants irréguliers connaissent également un accès à la citoyenneté formelle elle-même” : “appréhendées diachroniquement, leurs trajectoires documentaires font fréquemment apparaître un enchaînement vertueux d’incorporation bureaucratique au cours duquel un premier élément de citoyenneté obtenu, y compris par la falsification, devient la condition d’une insertion civique croissante, faire de droits de plus en plus formels et de papiers de plus en plus authentiques, bien qu’illégitimes” (p.53).

La participation électorale (en Ohio)

Je suis tombé, un peu par hasard, sur ce site : Ohio Voter Files Download Page, qui donne accès aux listes électorales de l’Ohio, 7 716 460 d’électeurs (registered voters), avec leur nom, leurs prénoms, leur date de naissance, leur adresse… et surtout l’historique de leur participation depuis 2000 (45 élections). Il manque la race et le sexe, mais l’on dispose de leur affiliation partisane.
Il est alors possible de regarder si les “Républicains” votent plus ou moins que les “Démocrates” :
ohio2012
Parmi les “registered voters”, démocrates et républicains votent dans des proportions égales. Les personnes affiliées au “green party” ou aux “libertarians” votent un peu moins. Les non-affiliés (celles et ceux qui ne déclarent aucun parti) votent beaucoup moins.
Les taux de participation sont très élevés, plus de 80% des électeurs “partisans” inscrits ont voté aux présidentielles de 2012. Si l’on calculait le taux de participation non pas en relation aux inscrits, mais en relation à la “population en âge de voter”, alors on retrouverait des taux bien plus bas [l’abstention, aux Etats-Unis, est le plus souvent calculée sur la base de cette population en âge de voter].
En 2012, les inscrits les plus jeunes votent moins que leurs aînés : l’on remarque une petite différence chez les “indépendants” les plus jeunes.

La phénoménologie queere de la plongée sous-marine

Entre deux demandes des héritiers de Mobutu, qui ont placé des millions dans une banque du Nigéria, je reçois des mails variés :

  1. Reçu par mail. À lire à voix haute sans reprendre son souffle (et en passant de l’accentuation française à l’accentuation anglaise sans rupture de rythme). C’est ça, l’excellence.
    «L’Institut de recherche sur l’entreprise et la croissance (CERIS CNR) et l’Institut Francilien Recherche Innovation Société (IFRIS), au nom du Forum européen pour les études des politiques de recherche et d’Innovation (EU-SPRI Forum), et en collaboration avec l’association European Network of Indicators Designers (ENID), organisent à Rome, du 10 au 14 juin 2013, l’école d’été de l’association EU-SPRI Forum sur le thème Patterns of Transnational research in Europe and Beyond: Policies, Actors and Indicators.»
  2. Reçu par mailing-liste, aussi. Une annonce pour un numéro spécial queer studies d’une revue académique, le European Journal of Ecopsychology. On y trouve, notamment, un article dont le titre est “From queer spaces to queerer ecologies: Recasting Gregory Bateson’s Steps to an ecology of mind to further mobilise & anticipate historically marginal stakeholders in environmental planning for community development“.
    En conclusion d’un échange sur cette “mailing-liste”, une abonnée, heureuse de pouvoir acheter cette revue, écrit : ” Ive ordered it, thanks Jamie! Im doing research on the queer phenonmenology of scuba diving”. Je ne sais pas si c’est à considérer comme une blague, mais je pense quand même que oui… du moins j’espère.
  3. La réflexivité est une qualité importante en sciences sociales, où la connaissance est souvent “située”. Mais parfois, l’autodéfinition peut devenir amusante. Ainsi cette personne, qui envoie un mail sur une mailing-liste, et qui commence par se définir comme “cis-homme blanc non-putophobe” (je ne traduirai pas). Visiblement, il répond à la question “D’où tu parles ?” en disant : “De ma place, qui est à l’intersection de tellement de catégories problématiques…”.
    Par ailleurs, il y a ça sur la question cisgenre [PDF, HAL-SHS]
  4. Je reçois aussi ça, par mail :
    Bonjour je suis etudian a l’université. je voudrai pouvoir m’inscrir au cour de **h a ** le ***.Parce que mes horaire de travaill ne me permet pas de m’inscrir au autre créneaux a moi

Comme quoi, s’il n’y avait pas le mail, il aurait fallu l’inventer. On aurait même pu lui donner un autre nom, comme courriel.

Une certaine actualité

L’ouverture prochaine du mariage aux couples du même sexe a redonné une petite actualité [exemple 1, exemple 2] aux articles issus de ma thèse, voire à ma thèse elle-même, qui portait sur les controverses, au sein d’églises américaines, autour du mariage des couples de deux hommes ou de deux femmes .
J’ai donc mis en ligne (ou vérifié leur disponibilité) la quasi-totalité des textes que j’ai rédigés et publiés sur ce sujet (des articles un peu anciens, rédigés vers 2005-2007, publiés avant 2009).

Coulmont B. (2003), « Églises chrétiennes et homosexualités aux États-Unis, éléments de compréhension ». Revue française d’études américaines, [95], p.73–86.
Coulmont B. (2003), « Géographie de l’union civile au Vermont ». Mappemonde, [71], p.13–18.
Coulmont B. (2004), « Devant Dieu et face au droit ? ». Critique internationale, [25], p.43–52.
Coulmont B. (2004), « Les Églises américaines et les nouvelles formes de mariages ». Matériaux pour l’histoire de notre temps, [75], p.5–16.
Coulmont B. (2005), « Do the Rite Thing: Religious Civil Unions in Vermont ». Social Compass, 52[2], p.225–239.

Coulmont B. (2005), « Entre droit, norme et politique : un procès ecclésiastique contemporain ». Droit et société, [59], p.139–148.
Coulmont B. (2006), « Jeux d’interdits ? Religion et homosexualité ». Archives de sciences sociales des religions, [136], p.103–114.
Coulmont B. (2006), « Entre le débat et le banal, le mariage religieux des couples du même sexe aux États-Unis ». In A. Cadoret et al. eds. Homoparentalités : approches scientifiques et politiques. Paris, Presses Universitaires de France, pp. 87–94.
Coulmont B. (2007), « Bons à marier ? Rite d’institution et institution d’un rite ». In B. Perreau ed. Le choix de l’homosexualité. Paris, EPEL, pp. 173–195.
Coulmont B. (2008), « États-Unis. Le mariage religieux des couples de même sexe ». In É. Fassin et al. eds. Mariages et homosexualités dans le monde. L’arrangement des normes familiales. Paris, Autrement, pp. 73–82.
Coulmont B. (2008), « Mariage homosexuel, religion et État aux États-Unis ». In F. Rochefort ed. Le Pouvoir du genre. Laïcités et religions 1905-2005. Toulouse, Presses universitaires du Mirail, pp. 217–228.
Coulmont B. (2010), « Un dessin vaut mieux que mille mots ». In Dossiers d’études. Les transformations de la conjugalité : Configurations et parcours. Paris, Université Paris Descartes, Caisse nationale des allocations familiales, pp. 48–54.

De quoi “sociétal” est-il le nom ?

On ne pose pas ses coudes à table, on tient son couteau de la main droite… et on ne dit pas “sociétal”. C’est ainsi que l’on se montre comme sociologue civilisé. Et c’est un fait : le sociologue qui utilise “sociétal”, c’est simple, est un charlatan, par définition.
C’est du moins ce que l’on apprend très tôt. Sociétal dans une copie, c’est le zéro assuré. “Jargon”.
Mais c’est plus complexe : car “sociétal” est souvent utilisé (souvent par les mêmes qui utilisent “drastique”). Voici ce que montre google N-gram (je reprends une idée de Gérôme T*) :

Sur le corpus anglophone :
societal-en
Et sur le corpus francophone :
societal-fr
(On verrait la même évolution sur le corpus germanique).

Il faudrait pouvoir expliquer cette hausse. Mais avant cela, une archéologie du terme s’impose. L’on trouverait, aux marges de la sociologie, quelques usages dans le premier XXe siècle. Mais c’est surtout Talcott Parsons qui diffuse ce mot. Il semble l’utiliser dans les années 1950, puis, de manière croissante, dans les années 1960 : la “societal community” est ce qui assure l’intégration. Pour quelles raisons en est-il venu à utiliser “societal” plutôt que “social”. Probablement pour des raisons similaires au trio Maurice/Sellier/Silvestre, dans “Politique d’éducation et organisation industrielle en France et en Allemagne” (1982) qui trouvent ce mot utile dans le cadre d’une comparaison internationale entre systèmes d’éducation. Dans ce livre l’accent est mis sur les relations d’interdépendance, dans les deux pays, entre l’organisation de la formation professionnelle et générale et les comportements des entreprises. En gros les auteurs essaient de comparer des relations entre systèmes (systèmes d’éducation, entreprises, organisations, systèmes de qualification des travailleurs). Ils vont essayer de développer ce qu’ils appellent “l’analyse sociétale” qui s’intéresse aux relations entre grosses entités (systèmes) par différence avec le social (qui serait plutôt l’ensemble des interactions entre individus, si je me souviens bien). Le “sociétal”, c’est le niveau “méso”, ni micro, ni macro.
Il n’était probablement pas nécessaire d’utiliser ce mot.
Mais il a eu une résonance au delà de la sociologie : vers 1995 est fondée la revue “Sociétal”, qui est une sorte de lien entre syndicats patronaux et monde de l’expertise universitaire. Comme Futuribles, “Sociétal” se réfère à Bertrand de Jouvenel.

J’ai bien conscience de la rapidité des raccourcis dans ce billet. J’espère que mes collègues sauront m’indiquer où trouver d’autres pistes permettant de comprendre et l’échec “intra-sociologique” du terme sociétal et la réussite médiatique du même terme.

Voter aux Etats-Unis

En France, la procédure de vote a été nationalisée. On vote de la même manière à Strasbourg et à Orléans, à Rennes ou à Ajaccio. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis (voir un billet de 2004 sur le même sujet). L’organisation matérielle du vote n’est même pas confiée aux Etats fédérés, elle est laissée en grande partie aux responsables des “Counties”, les Comtés.
Ainsi dans l’Ohio, le Sécrétaire d’Etat indique sur une page spécifique quel Comté dispose de quelles machines :

A chaque couleur correspond une machine particulière (ou une combinaison de machines).
J’ai retrouvé une carte de 2008 indiquant, au niveau de chaque comté, quel type de vote était en place :

On constatera la grande variété des modes du votes.
Et ces procédures ne sont pas fixes, loin de là : depuis une bonne dizaine d’années, elles sont à la fois “modernisées” (avec le passage à différentes formes électroniques) et “politisées” (notamment autour de la fiabilité des différentes formes de vote). Cela conduit à de nombreux changements d’une année sur l’autre :

La carte précédente indique quels sont les comtés qui, entre 2000 et 2008, ont changé leur équipement de vote : cela se fait rarement pour un Etat tout entier, souvent comté par comté (même si l’on distingue bien des mouvements qui semblent se réaliser au niveau des comtés d’un même Etat).

Pourquoi est-ce si compliqué ? Un élément à garder en tête est le recours important à l’élection directe. Ainsi, si vous êtes à Manhattan, vous aurez, mardi, à voter pour neuf élections différentes, voire plus… et parfois, des partis différents (le parti démocrate et le Independance Party) vont soutenir le même candidat. Vous aurez donc la posibilité de voter pour Gillibrand en tant que soutenue par le Parti Démocrate OU Gillibrand en tant que soutenue par le Independance Party :

cliquez pour voir le bulletin de vote en entier

Dans un tel système, le recours au bulletin simple, comme en France, s’avère compliqué : les opération de comptage seraient longues. D’où, probablement, le recours aux machines, très variées (comme la Shoup Lever Voting Machine, utilisée dans la ville de New York… mais pas dans le reste de l’Etat de NY… sauf à Albany, la capitale).