Archives de la catégorie : 'USA'

Gadgets et sex-toys

En France, quelques magasins de gadgets (”Soho”, “Objectica”,…) proposent, entre la lampe lave et les cartes à jouet, quelques gadgets pour adultes, sans interdire l’entrée aux mineurs [voir ici quelques exemples et quelques photos]. On trouve trace de quelques protestations :

  • de clients (relevée récemment ici-même : “Jusqu’à l’an passé on vendait aussi des sex-toys, explique Stéphanie, vendeuse à Soho, dans la galerie d’un supermarché castelroussin. Et puis, on a eu une plainte de la part d’une cliente, sur Limoges, qui regrettait que ces objets soient exposés à la vue des enfants. Alors, on a arrêté d’en vendre.”),
  • mais aussi de sénateurs (je cite : “le présent article modifie la définition des établissements interdits d’installation à proximité des établissements scolaires, en visant non plus la vente de revues mais la vente d’objets à caractère pornographique, couramment appelés « sex-toys ».”)… peut-être aussi clients par ailleurs

Je viens de tomber sur ce reportage d’une chaîne de télévision locale d’Atlanta, en Géorgie (US) :
Kids Playing With Sex Toys At Metro Atlanta Malls (”des enfants jouent avec des sex-toys dans le centre commercial”) :

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Caméra cachée : les journalistes montrent des enfants s’amusant avec des tirelires en forme de “male body part” (partie corporelle masculine) ou des jeunes filles s’amusant devant des recueils de positions sexuelles, et même un jeune garçon ayant acheté une sucette en forme de “male body part” aussi. La responsable d’une association est interviewée (sans que l’on sache précisément si c’est elle qui a prévenu les journalistes).

Dix jours plus tôt, dans l’Utah, à Layton, la police locale est même allée confisquer quinze boîtes de vibromasseurs présents dans une gadgèterie de la même marque, “Spencer Gifts” : Police raid novelty shop inside Layton Hills Mall titre le Deseret News (autre article sur abc4/news).

Je n’ai pas entendu parler de telles descentes de police en France… Mais si une gadgèterie a eu la visite amicale d’un officier, j’aimerai beaucoup en entendre parler.

Un droit au sex-toy ?

Il y a quelques jours, un tribunal fédéral américain, le “cinquième circuit”, a considéré qu’une loi qui interdisait la vente de sex toys au Texas était inconstitutionnelle (Reliable Consultants v. State of Texas).
Cette décision se base sur Lawrence v. Texas décision de la Cour Suprême des USA, qui, il y a quelques années, avait jugé que la loi anti-sodomie du Texas était inconstitutionnelle. Les juges du 5e circuit essaient ainsi d’étendre Lawrence à tout un ensemble de pratiques sexuelles.
Mais en 2006, le “11e circuit” avait lui considéré qu’une loi similaire était conforme à la constitution (Williams v. Madison County, Alabama, 478 F.3d 1316, 20 Fla. L. Weekly Fed. C 333). Lawrence, selon les juges du 11e circuit, était une décision restreinte à une pratique sexuelle.
Ces “circuit split” intéressent les juristes américains : c’est souvent un signal donné à la Cour Suprême afin qu’elle s’implique. Et Arthur S. Leonard remarque que ce split a une importance bien plus grande que la simple vente de vibromasseurs dans la campagne texane. L’interprétation divisée de Lawrence sur le droit au vibro pourrait présager d’interprétations tout aussi divisées sur le droit au mariage (pour les couples du même sexe) :

While the question of sale of sex toys does not loom large as an issue of burning national importance for the Supreme Court to address, a circuit split over the meaning of Lawrence v. Texas as a precedent is significant, since it may bear on other pending controversies, not least the right to marry and the right to serve in the military, currently denied to gay people and under challenge in the courts.

Ailleurs sur internet : Texas Lawyer; ou, sur mon blog, une ancienne décision du 11e circuit, en 2004, Williams v. Attorney General of Alabama (car ces histoires de vente de sex toys mobilisent les juges américains depuis fort longtemps !).

A journalistic sex toy raid

IIn the US, some states prohibit the retail of sex-toys. And citizen journalists are fighting to enforce these laws, too often neglected by the police. Yesterday in Jackson Mississippi, a strong-willed local and undercover journalist tried to buy one personal vibrator. A purple one.
Adult Store Caught Selling Illegal Sex Toys : “Adult Video and Books on McDowell Road in Jackson is apparently selling illegal sex toys again.”
A…GAIN ! ? Indeed : « A “3 on Your Side” undercover investigation shows that the business is back at it again and is not even discreet about selling the devices.
WLBT received the tip, so we decided to go undercover to see if it was true. »

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Unfortunately : the police doesn’t care… even though « Section 97-29-105 of the Mississippi Code provides that knowingly selling, advertising, publishing or exhibiting any three-dimensional device designed or marketed as useful primarily for the stimulation of human genitalia (”sexual devices”) is illegal.» [Miss. Code Ann. § 97-29-105 (Rev. 2000)]

Elsewhere on the internet : Cory Silverberg, JackBeNimble, Violet Blue

Devant Dieu…

Il y a quelques années, j’ai publié dans Critique internationale un petit article pour lequel j’ai une certaine tendresse, “Devant Dieu et face au droit, Le mariage religieux des homosexuels aux États-Unis [pdf]”. Il est désormais librement disponible sur le site de Cairn, au format pdf : Devant Dieu…. À lire avec tendresse, donc… [À noter, dans le même numéro de Critique internationale un très bel article de Gwenaël Feillard sur l’islam de marché en Indonésie, “Insuffler l’esprit du capitalisme à l’Umma”]
Deux autres articles paraîtront très prochainement, dans des ouvrages collectifs beaucoup plus intéressants que mes maigres réflexions. L’un dans Virginie Descoutures, Marie Digoix, Eric Fassin et Wilfried Rault (dirs.), Couples et familles homos. Ce que la famille gay fait aux normes, Paris, Editions Autrement, 2008… avec une couverture formidable, très bling-bling… et un autre dans Florence Rochefort (dir.), Le Pouvoir du genre. Genres, laïcité, religion (1905-2005), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2008.

Religions et candidats

La campagne électorale américaine commence à prendre de l’ampleur, et les candidats républicains mettent en avant — qu’ils le souhaitent ou non — des questions religieuses.
Prenez Mitt Romney (né Willard Mitt Romney) : républicain plutôt centriste, il a été gouverneur du Massachusetts, il a une tête d’acteur, une voix posée, un accent parfait… Mais il est Mormon : son Eglise est née aux Etats-Unis au XIXe siècle, suite aux révélations reçues par Joseph Smith, qui a commencé sa vie comme charlatan et l’a terminée comme prophète. Situées sur les marges extérieures du christianisme (adieu Nicée…) le mormonisme n’est pas perçu par les protestants évangéliques, comme une vraie religion. Pourtant, Bob Jones III, personnage sinon important du moins non négligeable dans le fondamentalisme américain ne serait-ce que parce qu’il s’inscrit dans une lignée familiale, soutient Mitt Romney… tout en précisant qu’il considère le mormonisme comme un “cult“, une secte.
Soutien étrange, donc. Mais cela n’a pas l’air de gêner trop Romney, qui, invité dans l’émission Meet the Press, répond que : “aux Etats-Unis, les religions sont dans un état de compétition permanente (are in a competitive battle), elles sont en compétition pour les âmes et les fidèles”… Bob Jones le soutient donc en tant qu’”homme de foi”, antiavortement, en faveur du “traditional marriage” : We have very common ground conclut Romney. Le journaliste le relance, et Romney continue : il y a des “fois en compétition dans ce pays” mais “nos valeurs sont les mêmes”… et “ce sont ces valeurs, qui permettent de sélectionner des personnes, indépendamment de leur foi, pour des postes de direction séculières” (je paraphrase Romney, en souhaitant insister, quand même, sur le point suivant : indépendamment de leur foi signifie quand même que la foi reste cruciale pour la sélection).

Un autre candidat, lui aussi ancien gouverneur (de l’Arkansas comme William J. Clinton) du nom de Mike Huckabee (né Michael Dale Huckabee) est aussi dans la course. C’est un ancien pasteur baptiste, très conservateur, connu pour son combat contre l’obésité. Un évangélique du sud, pur sucre, mais qui a migré de la carrière religieuse (pasteur) vers une carrière politique.
Ses publicités le font sentir :
Christian Leader
“Christian Leader” : leader chrétien… proclame cette publicité (l’une des seules que Huckabee a pu se payer pour l’instant), qui commence par les mots “Faith doesn’t just influence me, it really defines me.”
Tant et si bien que divers commentateurs remarquent les signaux chrétiens visuels renforçant le message parlé. Dans la publicité suivante, au moment où Huckabee déclare que ce qui importe, à Noël, c’est le rappel de la naissance de Christ, une croix semble apparaître au fond…
The Cross Regardez la publicité pour vous convaincre.
On pourrait supposer qu’avec de tels appels du pied, les principaux leaders évangéliques américains embrasseraient la candidature de Huckabee… Il n’en est rien : Bob Jones III soutient Romney, Pat Robertson soutient Giuliani, le président de la commission pour l’éthique et la liberté religieuse de la Convention baptiste du Sud (Richard Land) soutient un autre candidat (Fred Thompson)… et la liste continue (lire cet article du New York Times).
Comment comprendre cela ? C’est que Huckabee n’a aucune chance d’être élu président, pour l’instant, ni même d’obtenir l’investiture républicaine, et nombreux sont ses collègues pasteurs qui voient d’un mauvais oeil l’émergence d’une nouvelle personnalité politique et religieuse nationale. Huckabee, à leurs yeux, risque de les éclipser.

Les références religieuses, j’espère avoir pu au moins l’esquisser, jouent donc un rôle interne au champ religieux concurrentiel au moins autant qu’elles empiètent sur un espace public, politique et séculier perçu à travers les lunettes de la foi.

Les agences d’intérim industriel

Ce matin, dans le New York Times, un article sur les Google Maps Mashups, à savoir, en bon français, la réunion des facultés cartographiques du Grand Oracle Omniscient Gardien des Longitudes et de l’Elévation [dit G.O.O.G.L.E.] et de données externes :

the Web mapping revolution began in earnest two years ago, when leading Internet companies first allowed programmers to merge their maps with data from outside sources to make “mash-ups.” Since then, for example, more than 50,000 programmers have used Google Maps to create mash-ups for things like apartment rentals in San Francisco and the paths of airplanes in flight.
source : With Tools on Web, Amateurs Reshape Mapmaking

Après avoir, récemment, utilisé les services de mapbuilder pour cartographier les établissements scolaires de Paris (voir ce billet), voilà que j’y reviens, avec un mashup des “agences d’intérim industriel” de la région de Chicago, en appui au travail de doctorat de Sébastien Chauvin, “Agences de travail journalier et mouvements sociaux de travailleurs précaires à Chicago”.
agences d’intérim industriel - officiellement baptisées de day labor
Cliquez pour zoomer… (attention - Safari sous OS X peine un peu), la carte complète est sur http://coulmont.com/chauvin.html

J’ai utilisé la même méthode qu’avec les écoles parisiennes mentionnées plus haut : à partir d’une liste d’adresses au format EXCEL, mapbuilder géolocalise et crée une googlemap. Ensuite, il est possible de décorer à sa sauce : par exemple, ici, la majorité des agences est en rose-transparent, ce qui permet de différencier les agences proches les unes des autres. Cette carte n’a, ici, qu’un but d’illustration, mais les connaisseurs de Chicago, qui s’amuseront à zoomer et à voyager sur la carte, reconnaîtront des différences entre quartiers : le “South Side”, dans son acception large, au sud de la E ou W 26th st., est vide d’agences. D’autres quartiers semblent bien mieux fournis.
Il manque à cette carte quelques calques, représentant par exemple les frontières des différents quartiers de Chicago et leur composition raciale. Je n’ai pas encore compris comment ajouter rapidement les données du recensement (c’est possible avec Google Earth, mais plus difficile avec Google Maps, apparemment).
Celles et ceux que les agences d’intérim industriel passionnent ne manqueront pas d’assister à la soutenance prochaine de la thèse de Sébastien Chauvin, où seront révélés tous les mystères qui demeurent…

Not a joke : an Eruv on the Kilimanjaro

Imagine three American Orthodox Jews climbing Mount Kilimanjaro (no… this is not the beginning of a joke).

Shabbat presented our greatest halachic challenges. Firstly, we needed to build an eruv so that we would be able to carry in the small area around our tents. At first glance, our campsite appeared to be surrounded by a natural eruv –a combination of natural wall formations, embankments and Mawenzi Peak. However, we could not be certain that all these borders qualified as a halachic partition. Instead, we positioned our three tents to form a semi-circle and set up a tzurat hapesach, or doorframe, using a fishing line and poles. Thus, we created a small, enclosed “courtyard,” enabling us to carry between the tents and to daven, eat and learn outside. We tied clothing onto the fishing line so it would be visible at night to the porters and made sure that it didn’t sag more than three tefachim, which would disqualify it as an eruv.
source

What’s an eruv ? An eruv is a “mechanism that transforms an enclosed shared living area (e.g. a courtyard) into a common one”, and within this new common area, one can be an observant Jew and carry small objects during shabbat.
Halachic mountaineering ? It combines two very different aspects of contemporary life. On the one hand, mountaineering can be considered a way toward “self-accomplishment”. The ideal mountaineer has to go beyond herself (beyond her own strength, her own will, etc.) to reach the summit… Reaching the highest point is not a goal in itself : its purpose is to reveal the mountaineer’s real self.
On the other hand, the contemporary observance of Halacha is an identity support. The Jewish law is used consciously and reflexively to permanently sustain a religious personal identity in everyday life. The Eruv is then paramount : it materializes a symbolic space where one can be jewish and enjoy the practicalities of modern life. [For other eruvim implementation, see here, or there…]
Note : This short and unfinished note on the combination of individual self accomplishment and social identity management was inspired by Wayne H. Brekhus’ study of gay suburbanites, Peacocks, Chamelons, Centaurs (U. of Chicago Press, 2003).

Unions civiles : le New Hampshire

L’Etat du New Hampshire va autoriser, à partir de janvier 2008, les unions civiles, qui donnent aux couples du même sexe les droits (étatiques) que le mariage donne aux couples de sexes discordants. Il rejoint ainsi le Vermont, le Connecticut, et le New Jersey. Seul le Massachussetts autorise deux hommes à se marier (ou deux femmes, ou une femme et un homme).
Et, comme dans les trois États précédents, le New Hampshire va donner aux prêtres, rabbins, pasteures, rabinnes, prétresses… le droit de civil-unioner les couples du même sexe, en tant qu’agent of the state :
Les Revised Statutes Annotated du New Hampshire précisent :

457:31 Who May Solemnize. – Marriage may be solemnized by a justice of the peace as commissioned in the state; by any minister of the gospel in the state who has been ordained according to the usage of his or her denomination, resides in the state, and is in regular standing with the denomination; by any clergy who is not ordained but is engaged in the service of the religious body to which he or she belongs, resides in the state, after being licensed therefor by the secretary of state; within his or her parish, by any minister residing out of the state, but having a pastoral charge wholly or partly in this state; by judges of the United States appointed pursuant to Article III of the United States Constitution, by bankruptcy judges appointed pursuant to Article I of the United States Constitution, or by United States magistrate judges appointed pursuant to federal law.
source

Concrètement, il faut être un “ministre de l’Evangile (résidant) dans l’Etat, qui a été ordonné selon les usages en vigueur dans son Eglise et qui est en règle avec son Eglise” ou alors être un ou une “membre du clergé qui n’est pas ordonné mais qui est engagé au service du corps religieux auquel il ou elle appartient, et résidant dans l’Etat apr!s avoir reçu une licence du Secrétaire d’Etat”, ou encore un “ministre qui réside hors de l’Etat mais qui a des charges pastorales — totales ou partielles — dans l’Etat du New Hampshire” (il ou elle peut alors solenniser l’union civile ou le mariage dans sa paroisse).
Assez chrétien, cet ensemble : surtout l’expression “minister of the gospel”… On est loin de la liste proposée par le Vermont, qui, malgré ses 600 000 habitants, avait prévu le cas des Baha’i, comme mentionné sur ce même blog il y a quelques temps.
Est-ce à dire que, du point de vue de l’Etat, il n’y a aucun problème en vue à autoriser des ministres du culte à célébrer des unions civiles ? Pas vraiment, et on le voit dans une proposition de loi votée la semaine dernière par les députés californiens. L’Assembly Bill 43 précise en effet qu’il deviendra impossible de forcer un prêtre (ou rabbin, pasteur…) à célébrer un mariage (ce qui me semblait déjà être le cas)…

No priest, minister, or rabbi of any religious denomination, and no official of any nonprofit religious institution authorized to solemnize marriages, shall be required to solemnize any marriage in violation of his or her right to free exercise of religion guaranteed by the First Amendment to the United States Constitution or by Section 4 of Article I of the California Constitution.

Round One : B, R et S dans le New Yorker

Un long et bel article dans le New Yorker cette semaine, sur la campagne électorale française : Round One, The battle for France, by Jane Kramer.

I did not see Royal on this trip. She talks to reporters even less than she talks to other Socialists, and she is especially wary of the American press—perhaps because she has not decided what the proper attitude of a would-be French President toward the United States should be. When you call the headquarters, and ask to speak to the foreign-press secretary, you are switched to an intern from Sciences Po who says, “Pas possible” and hangs up fast.

Plus loin, et plus grave :

The real trouble with Sarkozy is that he is not demonstrably democratic. Few politicians are, but Sarkozy is at a disadvantage, having put in five highly visible years as an interior minister that included the month of rioting in the projects in 2005, and a brief resurgence of violence earlier this spring in Paris. He doesn’t pretend to listen to “the people.” When rules get in his way, he walks right over them, or he changes them.

Sexualité, politique et religion

Une des choses qui m’avaient surprises, lors de mon long séjour à New York, était l’omniprésence des publicités pour diverses églises (et synagogues) dans la presse gaie locale. Gay City News et le New York Blade (ce dernier moins fréquemment) avaient, chaque semaine, environ une page de publicité à caractère religieux. Mes séjours plus courts à Boston, Philadelphie, Chicago et Washington — et la lecture consciencieuse des informations LGBT locales m’ont convaincu qu’il ne s’agissait pas du tout d’un particularisme newyorkais. Religion et homosexualité n’étaient pas nécessairement contradictoires, gays et lesbiennes semblaient même, en partie, recherchés en tant que public ou fidèles potentiels.
JFCS - jewish - chicagoCette première image, par exemple, provient d’un des magazines gay de Chicago (le Windy City News ou le Chicago Free Press, je n’ai pas les références sous la main). Elle est destinée aux éventuels gay (lesbiennes bi ou trans) juifs à la recherche d’un lieu de prière… mais aussi d’un soutien communautaire. L’identité ici est presque plus ethnique que religieuse. Ce sont les “families” qui sont au coeur de l’action : la “communauté LGBT” n’est pas constituée que d’individus.
St marks nyA New York, St Mark’s Church est présente dans le Gay City News chaque semaine ou presque, sans toujours centrer ses publicités sur des références à l’identité gaie. Ici, dans une publicité de début janvier 2007, c’est même le Kwanzaa, le Noël noir américain, qui est mis en avant. L’Eglise épiscopale, à laquelle se rattache St Mark’s, est l’une des principales dénominations bourgeoises américaines : une dénomination presque aristocratique dans son recrutement social. Sa petite taille (quelques 2 millions de fidèles) cache une influence sociale plus importante (au travers, notamment, de sa richesse immobilière, des hommes et femmes politiques qui s’en réclament, ou des séminaires et instituts théologiques qui y appartiennent). En 2003, un prêtre gay — et hétéro-divorcé — a été élu évêque.
Inner Light - Washington DCA Washington, je me suis amusé à la lecture de cette publicité pour Inner Light Ministries (slogan : “I see GOD in you”). Grande métropole noire, D.C. compte visiblement au moins une église gaie noire afro-centrée : l’évêque Cheeks (dont on nous signale que c’est l’anniversaire, et que cette fête sera religieuse) se prénomme Kwabena et est paré d’atours Afro. “Inner Light Ministries” ne semble pas posséder de frontières théologiques précises : c’est un « Omnifaith outreach ministry dedicated to spiritual transformation » nous dit le site internet. Assemblée précaire, elle ne semble plus exister en 2007.
Voici donc trois exemples, rapides, trois vignettes cherchant à montrer combien, pour une partie du protestantisme, du judaïsme et du “new age” (comment mieux décrire Inner Light ?), certaines formes d’homosexualité on été « dépeccabilisées ».
politicians NYLes églises ne sont pas les seules institutions sociales à s’afficher dans la presse homosexuelle. Chaque année, fin juin pour la Gay Pride, et vers Noël, les femmes et hommes politiques locaux achètent des encarts publicitaires : “Joyeuses fêtes et Bonne année” nous disent ensemble (ils se sont côtisés) Tom Duane et ses collègues. Le NYPD, la police municipale (mais pas l’armée !), est aussi une acheteuse fréquente d’espaces publicitaires, en période de recrutement.
Les perméabilités sont grandes entre institutions à vocation “universaliste” (police, représentation politique, voire églises dans une moindre mesure) et celles dont la vocation apparaît à première vue comme particulariste. Nombre de Français tireraient à propos de ces exemples l’alarme du “communautarisme” (certains groupes constituent même cette dénonciation en fonds de commerce)… je les laisse crier au loup.