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Une vieille connaissance

Dans Télérama, je suis tombé sur une vieille connaissance :

Regardez bien, le premier ticket, à gauche.
Un zoom :

Comparez. C’est le ticket même que j’avais retrouvé dans un vieux livre peu consulté de la bibliothèque de l’ENS :

J’en avais parlé en mai 2009.

Même couleur, mêmes poinçonnages, et des numéros identiques.
C’est que ce ticket, après quatre-vingt-cinq ans de sommeil comme marque-page, a continué son chemin. Dans une lettre, pour Grégoire Thonnat, un ticket-de-métro-phile. Dans son livre ensuite : il a écrit une Petite histoire illustrée du ticket de métro parisien, dans lequel le ticket se trouve reproduit.
De là, il n’a suffi que d’une attachée de presse et d’un dessinateur pour le voir accueilli dans Télérama.

Dans “Envoyé spécial”

Un reportage sur les classes préparatoires a été diffusé dans l’émission “Envoyé spécial” sur France2. Les journalistes avaient suivi certains des élèves qui sont passés devant mon collègue Philippe C*** et moi-même, à l’oral du concours d’entrée à l’ENS.
Et, micro-seconde de gloire, on me voit apparaître à la fin du reportage : je m’étais stratégiquement placé devant la caméra
envoyespecial
[voir aussi mon propre reportage]

Instants volés

J’ai participé, cette année encore (comme l’année dernière) au concours d’entrée à l’ENS (côté jury). Sans avoir le talent des journalistes d’Envoyé spécial — qui suivaient quelques candidats, caméra au poing — voici trente secondes d’instants volés : salles vides, réunions… le concours côté jury.

[flashvideo file=”http://coulmont.com/blog/fichiers/2009/concours2009-1.flv” width=320 height=180 /]

Sacré Paul !

Sur la lancée d’un billet précédent, sur la serendipitous découverte d’un vieux ticket de métro, je me suis souvenu du fonctionnement de la Bibliothèque des Lettres de l’ENS. À l’entrée se trouvait un fichier des emprunts, chaque livre emprunté se trouvant matérialisé par une fiche, remplie par l’emprunteur.
Parfois, le livre ne revenait jamais : si l’on ne trouvait pas le livre en rayon (la Bibal fonctionne en accès libre) il était facile de vérifier, dans le fichier des emprunts, si un “cher camarâââde” ne l’avait pas emprunté.
Parfois, l’emprunt était tellement ancien que les fiches avaient changé de taille. Ainsi la fiche suivante, photocopiée il y a une quinzaine d’années :

paul nizan

Paul Nizan (1924 L), en 1929, emprunte Marxismus d’un certain Dietzgen, et oublie de le rendre [l’ouvrage est toujours “manque en place” aujourd’hui]. Sacré Paul !
Je crois me souvenir d’un autre ouvrage, jamais rendu par Maurice Halbwachs (pour cause de départ en camp de concentration puis décès)…
La modernisation de la Bibliothèque a fait disparaître ce fichier des emprunts… et j’ai bien peur que ces fiches, aussi, aient disparu corps et biens.

Le poinçonné

On trouve parfois, entre deux pages d’un vieux livre, des petits riens qui deviennent des trésors. Hier, sur les rayons de la Bibliothèque de l’ENS, une vieille étude sur Balzac me donna ceci :
ticket-metro-1930-1Un vieux ticket de métro, probablement datant du début des années 30 (les experts me détromperont). L’un des bouts semble être un peu taché : peut-être ce ticket servait-il de marque-page, jusqu’au jour où, oublié dans un livre, il s’endormit rue d’Ulm pour un petit siècle.

ticket-metro-1930-2Et au verso, une publicité pour “Dépot Nicolas, fines bouteilles” (pas pour Gévéor “le vin que l’on aime”). Etrangement, l’envahissement publicitaire n’a toujours pas attaqué la carte Navigo. Et aujourd’hui, les antipubes s’y opposeraient.

Au jury de l’ENS…

J’étais cette année au jury d’entrée de l’ENS, à l’écrit pour l’épreuve de sciences sociales, et à l’oral, pour l’épreuve de sociologie. [J’avais fait quelques photos des épreuves écrites ici.]
Les oraux viennent de se terminer et les résultats sont affichés sur le site de l’ENS (et sur toute une série de pages facebook)…
Je voudrais ici dire quelques mots, romancés et un peu fictifs, de mes expériences de jury (des mots qui n’engagent que moi). Suivons donc, non pas un candidat, mais le sujet…
Tout commence par des chouquettes (encore dans le paquet sur la photo ci-contre), chouquettes nécessaires aux discussions menant à un sujet. A partir de janvier, quelques réunions sont organisées dans des lieux tenus secrets, où, munis de chouquettes, nous préparons un sujet, et un sujet de secours. Nous étions six : trois économistes, trois sociologues, mandatés par Ulm ou par Cachan. Il faut plusieurs réunions : pour apprendre à se connaître, pour imaginer un sujet, et, comme c’est un “dossier documentaire”, une réunion pour sélectionner des documents. Et une réunion pour établir une grille de correction :
Après les écrits (voir ici), les copies sont regroupées rue d’Ulm, puis distribuées aux correcteurs. Chacun avec cent copies au départ. Comme cela tombait pendant les “vacances”, j’avais mobilisé une table et j’alternais entre évaluation des dossiers de candidature au poste de maîtresse de conférences ouvert à Paris 8 et correction des copies des candidats à l’ENS [Les différences de fonctionnement de ces deux concours de recrutement de fonctionnaires m’ont, cette année, sauté aux yeux. Autant tout est public pour l’ENS, autant les commissions de spécialistes, sauf wiki-audition ou opérations-postes, résistent à rendre publiques leurs décisions…].

Après avoir corrigé un paquet de 100, nous devons retrouver un autre paquet de 100. Pour ce faire, chaque économiste doit séparer en 3 petits paquets de 33 son paquet de 100. Nous nous retrouvons dans une “non-disclosed location” pour faire l’échange:

Puis nous retournons corriger. Le deuxième paquet est moins amusant. Après 100 copies, on est rarement surpris par les textes.
Après la double correction, vient l’harmonisation. Les copies, en effet, sont corrigées deux fois, et “à l’aveugle” : nous ne savons pas combien notre collègue a mis à telle copie. Cette harmonisation des notes, sur 600 copies, à six, prend une journée (ou une nuit entière…) :

Avec un ordinateur, Excel, et du saucisson, toutes les copies sont passées en revue. Et cette harmonisation est nécessaire. Si l’on s’amusait à représenter les notes des premiers correcteurs en abscisse et les seconds en ordonnée, les copies se distribueraient sans doute ainsi : autour de la diagonale, avec un accord sur les très basses copies (les zéros et les uns) et sur les très bonnes, et de l’indécision autour de la moyenne, où les écarts peuvent être fort entre deux correcteurs, surtout quand deux disciplines sont représentées au jury. Il faudrait que je vérifie si la réalité ressemble à ce graphique…

Une fois les copies harmonisées et les notes entrées dans l’ordinateur central de l’ENS, tous les jurys se réunissent pour une vérification générale des notes. Chaque candidat est passé en revue, et ses notes dans chaque épreuve sont vérifiées. Parfois, m’a-t-on dit, des erreurs apparaissent. Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir les tas :

A cette étape, les candidats sont toujours anonymes. Nous ne les connaissons que par un numéro : BL000503 par exemple. Et l’on commence à repérer des tendances. Au hasard BL00* : histoire, 1/20; français 1/20, sciences sociales 3/20… etc… et d’autres BL0005** : sciences sociales 18/20, histoire 15/20, français 19/20, philosophie 17/20… Mais là encore, les écarts entre disciplines sont grands : mathématiques 20/20, français 5/20… (ou le contraire).
J’ai arrêté ensuite de prendre des photos :

La dernière : la salle dans laquelle ma co-jury et moi-même avons fait passer les candidats. Une salle de cours du boulevard Jourdan, donnant sur un jardin, avec huit chaises pour le public.
Félicitations aux candidats reçus, je sais par expérience que ce n’est pas facile (j’avais eu, la première année, 1 en sciences sociales et 1 en philosophie…). Bon courage à ceux qui continuent les oraux des autres ENS.

Mains, chaussures

Autres temps, autres moeurs…

Ce fut à l’instigation de Pompidou et de René Brouillet que, en février 1959, de Gaulle accepta de présider le bal de l’Ecole(1), où plusieurs normaliens refusèrent ostensiblement de lui serrer la main ; de Gaulle, froissé, ne retourna jamais dans un établissement universitaire en France, tout en demandant instamment à en visiter lors de chaque voyage à l’étranger, et veilla à s’entourer de normaliens et d’universitaires qui manifestaient, par leur présence à ses côtés, que tous les normaliens ne participaient pas à cette rébellion.
source

Pour l’Elysée, «les sectes sont un non-problème» en France titra Libération-point-fr il y a quelques jours. Et la mission de vigilance contre les dérives sectaires (miviludes) est réduite à une instance de production de rapports. Les commentaires d’une partie des lecteurs de cet article laissent croire qu’une alliance occulte entre un président et Tom Cruise est à l’origine de cette annonce. [Un commentaire bien meilleur a été publié ici même.]
L’année dernière, dans le métro, j’avais photographié un graffiti au message similaire :

Eglise de $arkologie

Cirées ? Vernies ?
Sarko Chaussures

Notes :
(1) L’Ecole… Il s’agit bien évidemment de l’Ecole normale supérieure…

Ecole normale

Après plusieurs petits articles dans Le Canard Enchainé (29 novembreEthique nerveuse ; 22 novembreLa hussarde de Normale sup ; 15 novembre), c’est Libération qui propose un article, assez long pour une fois, sur l’ENS.
Normale sup d’excellence :

L’ENS de la rue d’Ulm est confrontée à l’essor de la concurrence mondiale entre universités. Nouvelles disciplines, création d’un diplôme, intégration d’étudiants étrangers… Les exigences de la modernité bouleversent cette vieille dame née de la Révolution.

La journaliste propose un portrait de la vie normalienne :

Payé 1 240 euros par mois durant quatre ans, il loue 250 euros une chambre sur le campus d’Ulm, en plein Quartier latin. L’ENS en compte au total 600, réparties sur trois emplacements également boulevard Jourdan, à Paris, et à Montrouge, en proche banlieue. Selon des règles édictées par les élèves, un normalien ne peut être logé plus de deux ans rue d’Ulm, le campus le plus recherché. Dès les beaux jours, on s’y presse sur les bancs du jardin des «Ernest» les poissons du bassin de la cour intérieure.

Le conflit actuel est folklorisé… Ce serait finalement l’actualisation d’une sorte de culture de la “libre parole” toujours en puissance chez chaque Ernerst normalien :

Parmi l’héritage des intellectuels engagés passés par l’école, il y a aussi un goût de la libre parole. La directrice, la philosophe Monique Canto-Sperber, nommée en novembre 2005, en a fait les frais. Le jour de l’inauguration de l’exposition Dreyfus à l’école, le 15 novembre, les élèves lui ont fait une haie d’honneur, portant des pancartes : «Un an ça suffit.» Hostiles au nouveau diplôme et aux frais d’inscription à la bibliothèque, ils se sont solidarisés avec les directeurs des départements littéraires qui ont démissionné début novembre pour protester contre «la gestion chaotique» de la directrice.

Mises à jour :
1- une question orale d’un sénateur, le 1er décembre 2006.

Monsieur le ministre, je tiens à vous interroger sur le budget que le projet de loi de finances pour 2007 consacre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, qui n’est pas un établissement d’enseignement supérieur parmi d’autres : le poids de Normale Sup dans notre histoire est si considérable que toute crise ou, même, tout risque de voir son rayonnement affaibli est intolérable […]

2- une dépèche de l’AFP, relatant les propos du directeur adjoint de l’ENS :

“Contrairement à ce que l’on peut lire dans la presse depuis quelques semaines, il est inexact d’écrire que le désordre règne à l’Ecole normale supérieure”, écrit Yves Guldner dans un communiqué.
“L’Ecole scientifique avec ses six départements est restée à l’écart des évènements récents car elle ne se sent pas concernée”, selon le directeur adjoint de l’ENS

3- Un article sur la sortie de crise dans Le Monde.

Familles archicubiques

Parmi mes lectures favorites figure L’Archicubier, l’annuaire des anciens élèves de l’Ecole normale supérieure. Il y a désormais un archicubier des vivants, et un archicubier des morts, recensant les morts de l’année écoulée, et leur consacrant une notice, plus ou moins longue. Bourdieu, qui avait étudié ces nécro, en même temps que les Rapports du Jury, écrivait qu’elles

mettent encore en oeuvre, dans le jugement dernier que le groupe porte sur l’un de ses membres disparus, les principes de classement qui ont déterminé son agrégation au groupe.
Bourdieu, Pierre, La noblesse d’Etat, Paris, Minuit, p.64

Cette année, L’Archicubier se dote d’un camarade, qui “succède au Bulletin de la Société des Amis de l’Ecole normale supérieure, nommé L’archicube (ISBN : 978-2-7288-0377-3). On y trouve, page 154, l’extrait suivant, qui ravira critiques et hagiographes de l’illustre institution :
Familles Archicubiques, l'Archicube, numéro 1, 2006

Ô Bousier Géant…

Voici de quoi se méfier de la légitimité de certaines informations trouvées sur internet.
Une Messe en Ré Mineur ? pour le créateur de l’univers, qui concentre entre ses pattes l’entière énergie du mo-on-de ? Et la collection quasi complète des Halogènes insecticides
Tout cela a probablement quelques liens avec le Pays Tarougne et la Société secrète des Lundis de Guiriec… Rappelons qu’à Evieux :

une immense statue en plâtre du Bousier Géant, la divinité qu’adore cette secte, se dresse au dessus du village d’Evieux. On peut même rapporter que les habitants du village entendent parfois des chants rituels et des exclamations émanant de l’ancien sanatorium. Jean-Jean Gras, dit “le Jeannot”, 87 ans, nous a même révélé que les adeptes de la secte se livraient à des sacrifices d’animaux (et peut-être d’humains, a-t-il ajouté) et qu’il avait vu de ses yeux vu la tête d’une vache tarougne (race bovine locale) exposée sur la grand’place du village un matin à 5h. Nous ne pouvons pas nous avancer trop témérairement sur la pente savonneuse des affaires des sectes, mais il paraît évident que celle-ci dérange et bouleverse profondément le milieu paisible et placide où elle s’est implantée.