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Au jury

Après quatre ans de participation au jury d’entrée à l’Ecole normale supérieure, j’ai participé à mes dernières délibérations. La proclamation des résultats a eu lieu il y a quelques heures et la liste des admis est ici.
Je ne vais pas ici faire un rapport sur les épreuves (c’est en cours de rédaction avec mon collègue, Charles Soulié). Il me semble que les candidates, pour ce qui est de l’épreuve de sociologie, sont techniquement mieux préparés maintenant qu’à mon époque (certaines candidates font des exposés que j’aurais eu du mal à faire à leur âge).
Je savais, par divers indices, que mon blog était lu par les préparationnaires. Sur un forum, on pouvait lire cette année un message d’un certain “philradjesh bis” :

Par exemple, en sociologie, un membre de l’an dernier( et peut-être de cette année) publie un repère ‘ sociologie des prénoms’ in extremis le 9 juin, dix jours avant les épreuves. Si j’ai un peu de temps, j’essaierai de le feuilleter, et au pire j’ai lu son blog où il parle de ce thème.
source

Le « in extremis » m’a fait sourire, et je trouve le reste étonnant. Mais finalement pas très surprenant. En 1994-1995, quand j’ai passé le concours, si les professeurs nous disaient qu’untel était au jury, il était très compliqué d’en savoir plus que cela. Aujourd’hui, la composition du jury est en ligne, les articles des membres du jury le sont aussi pour partie (et certains ont même des blogs). Les candidats se rassurent peut-être en essayant de cerner les centres d’intérêt des membres du jury. Sachant cela j’ai souvent évité de mentionner, sur le blog, certains articles au moment de leur publication, dans l’hypothèse où ils pourraient me servir dans le cadre de l’épreuve “sur dossier” [annales 2010].
Cette “veille”, de la part des candidats, se double d’une surveillance au moment des oraux : nos questions habituelles sont notées et, à ce qu’il paraît, circulent ensuite par mail. J’aimerais beaucoup lire un de ces “compte rendu d’oral”.

Instants volés

J’ai participé, cette année encore (comme l’année dernière) au concours d’entrée à l’ENS (côté jury). Sans avoir le talent des journalistes d’Envoyé spécial — qui suivaient quelques candidats, caméra au poing — voici trente secondes d’instants volés : salles vides, réunions… le concours côté jury.

[flashvideo file=”http://coulmont.com/blog/fichiers/2009/concours2009-1.flv” width=320 height=180 /]

Au jury de l’ENS…

J’étais cette année au jury d’entrée de l’ENS, à l’écrit pour l’épreuve de sciences sociales, et à l’oral, pour l’épreuve de sociologie. [J’avais fait quelques photos des épreuves écrites ici.]
Les oraux viennent de se terminer et les résultats sont affichés sur le site de l’ENS (et sur toute une série de pages facebook)…
Je voudrais ici dire quelques mots, romancés et un peu fictifs, de mes expériences de jury (des mots qui n’engagent que moi). Suivons donc, non pas un candidat, mais le sujet…
Tout commence par des chouquettes (encore dans le paquet sur la photo ci-contre), chouquettes nécessaires aux discussions menant à un sujet. A partir de janvier, quelques réunions sont organisées dans des lieux tenus secrets, où, munis de chouquettes, nous préparons un sujet, et un sujet de secours. Nous étions six : trois économistes, trois sociologues, mandatés par Ulm ou par Cachan. Il faut plusieurs réunions : pour apprendre à se connaître, pour imaginer un sujet, et, comme c’est un “dossier documentaire”, une réunion pour sélectionner des documents. Et une réunion pour établir une grille de correction :
Après les écrits (voir ici), les copies sont regroupées rue d’Ulm, puis distribuées aux correcteurs. Chacun avec cent copies au départ. Comme cela tombait pendant les “vacances”, j’avais mobilisé une table et j’alternais entre évaluation des dossiers de candidature au poste de maîtresse de conférences ouvert à Paris 8 et correction des copies des candidats à l’ENS [Les différences de fonctionnement de ces deux concours de recrutement de fonctionnaires m’ont, cette année, sauté aux yeux. Autant tout est public pour l’ENS, autant les commissions de spécialistes, sauf wiki-audition ou opérations-postes, résistent à rendre publiques leurs décisions…].

Après avoir corrigé un paquet de 100, nous devons retrouver un autre paquet de 100. Pour ce faire, chaque économiste doit séparer en 3 petits paquets de 33 son paquet de 100. Nous nous retrouvons dans une “non-disclosed location” pour faire l’échange:

Puis nous retournons corriger. Le deuxième paquet est moins amusant. Après 100 copies, on est rarement surpris par les textes.
Après la double correction, vient l’harmonisation. Les copies, en effet, sont corrigées deux fois, et “à l’aveugle” : nous ne savons pas combien notre collègue a mis à telle copie. Cette harmonisation des notes, sur 600 copies, à six, prend une journée (ou une nuit entière…) :

Avec un ordinateur, Excel, et du saucisson, toutes les copies sont passées en revue. Et cette harmonisation est nécessaire. Si l’on s’amusait à représenter les notes des premiers correcteurs en abscisse et les seconds en ordonnée, les copies se distribueraient sans doute ainsi : autour de la diagonale, avec un accord sur les très basses copies (les zéros et les uns) et sur les très bonnes, et de l’indécision autour de la moyenne, où les écarts peuvent être fort entre deux correcteurs, surtout quand deux disciplines sont représentées au jury. Il faudrait que je vérifie si la réalité ressemble à ce graphique…

Une fois les copies harmonisées et les notes entrées dans l’ordinateur central de l’ENS, tous les jurys se réunissent pour une vérification générale des notes. Chaque candidat est passé en revue, et ses notes dans chaque épreuve sont vérifiées. Parfois, m’a-t-on dit, des erreurs apparaissent. Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir les tas :

A cette étape, les candidats sont toujours anonymes. Nous ne les connaissons que par un numéro : BL000503 par exemple. Et l’on commence à repérer des tendances. Au hasard BL00* : histoire, 1/20; français 1/20, sciences sociales 3/20… etc… et d’autres BL0005** : sciences sociales 18/20, histoire 15/20, français 19/20, philosophie 17/20… Mais là encore, les écarts entre disciplines sont grands : mathématiques 20/20, français 5/20… (ou le contraire).
J’ai arrêté ensuite de prendre des photos :

La dernière : la salle dans laquelle ma co-jury et moi-même avons fait passer les candidats. Une salle de cours du boulevard Jourdan, donnant sur un jardin, avec huit chaises pour le public.
Félicitations aux candidats reçus, je sais par expérience que ce n’est pas facile (j’avais eu, la première année, 1 en sciences sociales et 1 en philosophie…). Bon courage à ceux qui continuent les oraux des autres ENS.

Concours

Je suis, cette année, membre du jury de sciences sociales au concours d’entrée à l’ENS, section “B/L”. J’ai donc participé, avec 5 collègues, à la rédaction d’un sujet, qui était (vous avez six heures) : Le salaire n’est-il que le prix du travail ?. L’énoncé était accompagné de 9 documents. Afin de m’assurer de la conformité du sujet donné aux candidates et du sujet préparé, je suis allé assister à l’ouverture du sujet au centre d’examen, ce matin :

Les sujets arrivent dans une petite boîte, bien fermée, par plusieurs rubans adhésifs.

La peur principale des créateurs de sujets, c’est de devoir avoir recours au “sujet de réserve”. Et cela va avoir lieu — pas en sciences sociales, ouf ! — : une alerte à la bombe a perturbé une épreuve d’une autre section : “20 minutes avant la fin de la première épreuve du concours de l’ENS lettres modernes, ALERTE A LA BOMBE!!”… l’épreuve va devoir être recomposée.
Sur cette histoire d’alerte à la bombe, le blog approximative a d’autres informations :

A la sortie de l’épreuve, on me remet une feuille qui, comme ça, paraissait inoffensive mais qui, en vérité, était porteuse d’une bien triste nouvelle : “A la suite de l’incident qui a affecté un centre d’écrit lors de l’épreuve de composition française le mardi 22 avril, le président du jury a pris la décision d’annuler cette épreuve. Tous les candidats doivent donc passer à nouveau cette épreuve le samedi 26 avril, de 9 heures à 14 heures. Ce document tient lieu de convocation.”
source : approximative

Le plus amusant, ce sont les commentaires, les rumeurs infondées qui circulent et se renforcent… [mise à jour : certains lecteurs semblent croire à ces rumeurs… Je les cite ici pour donner une idée de leur circulation. Je ne les cautionne pas, et même, je n’y crois pas.]

En fait y a deux rumeurs qui circulent sur la personne qui a fait le cou: – ce serait un élève très doué de fénelon ou de Henri4 qui est parti copie blanche au bout d’une heure
-2) ce serait un groupe d’élèves de Lakanal refoulé avec un quart d’heure de retard à cause du RER
source

… ou la surprise exprimée par certains candidats :

L’ens, tu vois, c’est … Comme une poupée russe. Non, c’est naze comme comparaison … En fait, quand il n’y en a plus, il y en a encore !! C’est génial non ??
Car, oui ,en sortant de l’épreuve, on a tous appris que l’épreuve de litté, hier, était annulée, et qu’on la repassait samedi !!!!!!!!!!!
NIQUE SA MERE LA PUUUUUTE !! On ne sait pas ( encore ) pourquoi, mais je jure que je tue le fils de p*te qui a je fais je ne sais quoi ..
Enfin, la rage quoi …
source rustina

ailleurs :

  • carnet de concours / Luppa : “Alerte à la bombe un quart d’heure avant la fin de l’épreuve. Deux heures d’attente au soleil le ventre vide et la vessie pleine”
  • une rencontre avec Roubaud
  • La petite fée Morgane écrit : “je vais moi aussi crier à l’alerte à la bombe pour l’épreuve d’option si elle me plait pas, oh puis tient on peut peut-être faire une alerte bis pour samedi…non ce qui serait beau c’est que tous les provinciaux refusent de s’y rendre samedi”
  • et surtout : Roubaud fait la bombe sur le Tiers Livre de François Bon.
  • et encore : Laede : “Non. Non mais non, quoi !” [en même temps, “Laede” n’avait pas trop apprécié le sujet : “On est tombé sur Quelque chose noir de Jacques Roubaud. (Le pire des quatre, recueil de poésie totalement incompréhensible, ultra-déprimant, à ne jamais approcher à moins de dix mètres.)”]
  • feuille d’eucalyptus : “Dégoûtée. Envie d’abandonner.”
  • mise à jour:

  • une pétition ! (contre l’annulation) : Pétition pour annuler le report de l’épreuve de composition française de l’ENS LSH, 2008. (J’espère que la “pétition contre un écart-type de 4 et une moyenne de 6” n’arrive pas à la suite.)
  • une discussion sur le forum etudes-litteraires.com
  • Katoru 87 : “Ayé, mon concours je suis en plein dedans et ça commence fort puisque la première épreuve (passée mardi) a été déclarée nulle suite à une alerte à la bombe bidon”
  • nonfiction fait croire que Roubaud lui-même était visé (étrange retournement de situation…)
  • Assouline dans son blog du “Monde” en parle (en diffusant cette idée étrange que le sujet a donné lieu à une “grogne”… à mon avis inconcevable en centre d’examen)
  • Re-mise à jour :

  • Le Monde en parle. Et, ouf, sans théorie du complot !
  • Comment nuire à mon bonheur par “Dawn Traveller”
  • un blog de protestation
  • La fin de l’histoire : Stendhal

  • Rustina : “Stendhal ! Stendhal ! Stendhal ! Merci Merci ! Il y a encore quelques jours de cela, je voulais tuer le poseur de bombe novice, maintenant, je voudrais le remerciiiiiier !!”
  • Qui peut le plus… : “je trouve quand même ça triste de finir l’année comme ça. C’est moche.”
  • Elfairy : “On a repassé cette épreuve ce matin. Et je hais ceux qui ont appelé mardi, car ce que j’ai rendu sur Stendhal, ce n’est même pas un devoir. Ce ne sont que des mots sans queue ni tête…”