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Une petite prime à la difficulté

Il y a peu de femmes députées, mais depuis la loi sur la parité, il y a presque autant de candidats que de candidates. Certes. Mais les femmes sont investies, en tendance, dans des circonscriptions plus difficiles à gagner.
On peut mettre cela en évidence en prenant les candidatures aux élections législatives de 2012.
On commence par s’intéresser à l’élection présidentielle et on calcule le score de chaque candidat au premier tour, dans chacune des circoncriptions. Hollande fait tant dans telle circonscription, etc… Puis on s’intéresse aux élections législatives, et on affecte les candidats-députés à chaque candidat-président en fonction de son “étiquette” : les candidats-députés socialistes sont affectées à Hollande, les candidats-députés “UMP” à Sarkozy, etc…
On peut alors regarder si les candidates-députées socialistes, par exemple, sont investies dans des circonscriptions où Hollande a fait un bon score ou un mauvais score, et faire la même chose pour les candidats-députés.
On sépare les candidats “sortants” (celles et ceux qui étaient déjà députés, et qui, très souvent, ont été élus dans des circonscriptions où leur “candidat-président” a fait un bon score) des candidats “nouveaux”.

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Ce que l’on peut voir, c’est que les candidates sont investies dans des circonscriptions où leur “candidat-président” a fait un mauvais score (un score plus bas que sa moyenne). Les candidats, eux, non. De ce fait, il est plus difficile d’être élue députée que d’être élu député.

Les épreuves classantes nationales : âge, sexe et prestige

Il y a, en France, un concours pour devenir interne en médecine, et les listes des reçus sont publiées au journal officiel chaque année, m’apprend nc233.com qui a étudié les prénom des reçus.
J’ai récupéré les listes pour les trois dernières années.
Comme dans toute épreuve scolaire, on remarque que les plus précoces réussissent mieux :

En 2016, 50 % les candidats nés en 1993 sont dans le “top 1000”, alors que moins de 5% de ceux qui sont nés en 1988 s’y trouvent.

Mais à la différence des épreuves scolaires, les filles réussissent moins bien les “Epreuves nationales classantes” que les hommes. La pénalité est d’environ une demi-année : les filles réussissent autant que les garçons qui ont six mois de plus qu’elles.

Et cette plus grande réussite masculine est visible si l’on s’intéresse à la proportion d’hommes en fonction du rang de classement. Plus on se rapproche du début du classement, plus les hommes sont représentés : quand il y a 45% d’hommes au total, ils sont 60% dans les tous premiers rangs :

Et cette prime masculine se reproduit année après année.
Il est intéresssant de voir que la proportion d’homme augmente aussi vers la fin du classement, mais pas aux toutes dernières places, où il n’y a plus que 40% de garçons. Les femmes, elles, sont plus fréquemment représentées au milieu du classement.

Est-ce lié au refus de féminiser les internats et les spécialités médicales les plus prestigieuses ? Ou est-ce un effet du rendement inégal du rang de classement entre hommes et femmes ? Ne sachant pas comment ces épreuves sont organisées, je ne peux pas répondre.

Les arrêtés d’affectation sont aussi publié, et l’on peut voir qui choisit quoi en fonction de son rang de classement. Les premiers classés obtiennent ce qu’ils souhaitent. Les dernières classées prennent ce qui reste.

Dans le tableau suivant, par exemple, on peut lire que la spécialité “pédiatrie” est féminisée. Alors que la chirurgie générale (que ce soit à Paris, à Lille ou à Lyon) l’est peu. La colonne “max” indique la position du dernier reçu (50 indique que le dernier reçu était dans les 50% les mieux classés). Cela indique l’attractivité de la Discipline*Région : ainsi pour espérer une place en cardiologie ou en anesthésie, il vaut mieux être bien classé. En revanche, pour avoir psychiatrie, pas de problème. Et si on est bien classé, en général, on ne demandera pas “medecine générale” à Caen : personne parmi les 20% les mieux classés, entre 2014 et 2016, n’a demandé cette spécialité (ce qu’indique la colonne “min”).

Attractivités des spécialités et des régions
Région Spécialité min max N % Hommes
1 Aix-Marseille. pédiatrie 1 51 50 8
2 Ile-de-France. dermatologie et vénérologie 0 76 52 15.4
3 Lyon. pédiatrie 0 73 51 15.7
4 Ile-de-France. pédiatrie 1 76 253 17.8
5 Ile-de-France. gynécologie obstétrique 1 42 94 18.1
6 Lille. pédiatrie 1 49 65 20
7 Nancy. psychiatrie 7 100 52 25
8 Rennes. médecine générale 0 95 322 30.7
9 Besançon. médecine générale 6 100 237 31.2
10 Aix-Marseille. psychiatrie 5 88 76 31.6
11 Grenoble. médecine générale 4 97 328 31.7
12 Lyon. médecine générale 3 98 555 32.4
13 Nantes. médecine générale 3 90 348 33.9
14 Ile-de-France. pneumologie 1 27 58 34.5
15 Montpellier. médecine générale 1 97 475 34.9
16 Angers. médecine générale 4 97 346 35
17 Bordeaux. psychiatrie 15 92 68 35.3
18 Tours. médecine générale 10 100 263 35.7
19 Ile-de-France. médecine générale 0 100 1730 36.1
20 Strasbourg. médecine générale 4 99 413 36.1
21 Bordeaux. médecine générale 0 98 577 36.4
22 Toulouse. médecine générale 1 98 472 38.3
23 Ile-de-France. psychiatrie 2 91 308 38.6
24 Nice. médecine générale 2 95 247 40.1
25 Saint-Etienne. médecine générale 4 97 234 40.2
26 Aix-Marseille. médecine générale 4 99 653 40.3
27 Clermont-Ferrand. médecine générale 2 100 258 40.7
28 Nancy. médecine générale 17 100 398 40.7
29 Toulouse. psychiatrie 2 96 73 41.1
30 Lyon. psychiatrie 4 75 72 41.7
31 Ile-de-France. médecine interne 0 27 93 41.9
32 Ile-de-France. médecine du travail 29 100 57 42.1
33 Brest. médecine générale 6 99 284 42.3
34 Ile-de-France. gastro-entérologie et hépatologie 0 27 66 42.4
35 Lille. psychiatrie 6 93 120 43.3
36 Rouen. psychiatrie 15 98 62 43.5
37 Ile-de-France. biologie médicale 4 99 55 43.6
38 Ile-de-France. oto-rhino-laryngologie et chirurgie cervico-faciale 2 28 55 43.6
39 Rouen. médecine générale 12 100 296 43.6
40 Ile-de-France. neurologie 0 29 64 43.8
41 Poitiers. médecine générale 5 96 368 43.8
42 Lille. médecine générale 1 99 715 43.9
43 Océan-Indien. médecine générale 13 97 169 45
44 Reims. médecine générale 17 100 236 46.6
45 Limoges. médecine générale 10 100 130 46.9
46 Caen. médecine générale 20 100 271 47.6
47 Antilles-Guyane. médecine générale 8 96 212 49.1
48 Dijon. médecine générale 8 100 244 50.4
49 Ile-de-France. oncologie 0 34 76 52.6
50 Poitiers. psychiatrie 6 99 57 54.4
51 Amiens. médecine générale 16 100 246 54.9
52 Ile-de-France. ophtalmologie 0 47 90 55.6
53 Ile-de-France. radiodiagnostic et imagerie médicale 0 22 155 56.1
54 Lyon. anesthésie-réanimation 0 23 50 58
55 Ile-de-France. cardiologie et maladies vasculaires 0 21 141 58.9
56 Montpellier. chirurgie générale 1 51 61 59
57 Lille. anesthésie-réanimation 1 38 60 60
58 Ile-de-France. anesthésie-réanimation 0 41 193 60.6
59 Ile-de-France. santé publique 3 97 51 62.7
60 Ile-de-France. anesthésie réanimation 0 39 92 66.3
61 Lille. radiodiagnostic et imagerie médicale 0 22 57 66.7
62 Lyon. chirurgie générale 2 44 64 67.2
63 Lille. chirurgie générale 1 50 96 67.7
64 Aix-Marseille. chirurgie générale 0 52 66 68.2
65 Ile-de-France. chirurgie générale 0 72 190 68.4
Source : Légifrance

Et un bonus pour celles et ceux qui sont arrivés jusqu’ici : la proportion de candidats “précoces” (qui ont au moins un an de moins que le gros du peloton) par spécialité. 17% des internes en “néphrologie” sont des précoces, et ce n’est que 2,7% des internes en médecine générale (les plus nombreux).

Proportion de candidats précoces
Spécialité % précoces Effectif
santé publique 1.4 222
médecine du travail 1.7 293
médecine générale 2.8 11027
biologie médicale 3.2 339
médecine physique et de réadaptation 3.2 311
endocrinologie, diabète, maladies métaboliques 3.3 246
psychiatrie 3.4 1546
gynécologie-obstétrique 4.7 214
anesthésie réanimation 6.1 460
chirurgie générale 6.4 1260
oncologie 6.6 392
cardiologie et maladies vasculaires 7.1 644
pneumologie 7.1 366
pédiatrie 7.3 995
gynécologie obstétrique 7.5 456
anesthésie-réanimation 8 922
rhumatologie 8.1 271
neurologie 8.6 373
radiodiagnostic et imagerie médicale 9 787
gastro-entérologie et hépatologie 9.1 397
dermatologie et vénérologie 9.4 299
oto-rhino-laryngologie et chirurgie cervico-faciale 9.5 262
ophtalmologie 12.6 461
médecine interne 14.7 409
néphrologie 17 265
Source : Légifrance

Hétéro ?

Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, dans le cahier « Science & Médecine » du mercredi 15 décembre 2016, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ?
Pour écrire cette chronique, je me suis principalement appuyé sur l’ouvrage de Jane Ward, professeure à l’Université de Californie, Not Gay. Sex between Straight White Men. L’ouvrage repose sur un paradoxe : l’existence d’interactions sexuelles, génitales, entre hommes hétérosexuels. Je vous invite — si vous lisez l’anglais — à lire son livre.
Ward est loin d’être la seule à étudier ainsi l’hétérosexualité masculine. C’est ce que faisait en partie George Chauncey, dans Gay New YorkBud-Sex: Constructing Normative Masculinity among Rural Straight Men That Have Sex With Men».
Toutes ces études montrent par l’exemple que les frontières sociales et symboliques entre homosexualité et hétérosexualité donnent naissance à des pratiques de “boundary crossing” (de traversée des frontières), de “boundary blurring” (de floutage des frontières) et de “boundary brokering” (de négociation des frontières)…
En envoyant la chronique au journal, j’ai demandé un commentaire à Mathieu Trachman. Parce que sa lecture aide à mieux comprendre mon texte, je la reproduits ci-dessous

Tu prends la question des frontières pour monter en généralité, c’est une bonne idée, mais ensuite tu insistes plus sur les processus de catégorisation. La référence à l’actualité est tentante, elle tend sans doute à mettre en regard de situations plutôt différentes (frontières de l’espace public, frontières entre groupes sexuels,
rapport clivé à soi-même…). Par exemple, partir du triptyque pratique / attirance / identification et de ses non recoupements serait plus simple, mais moins accrocheur…

D’une certaine manière, ce qui est premier, ce ne sont pas les frontières, c’est le soupçon d’homosexualité – ce qui permettrait de faire allusion implicitement à toutes les rumeurs circulant sur l’homosexualité de tel ou tel personnage public ?

Ces hommes jouent avec les catégories si tu veux, ils les reconduisent largement : j’insisterai plus sur le genre et la masculinité, dans un contexte où les pratiques sexuelles entre hommes sont spontanément codées comme une identité ou un désir profond. Et l’homosexualité ne se définit pas uniquement par des actes, une identification, c’est sans doute aussi des codes, une culture… Ce qui est aussi présent chez Chauncey.

Je parlerai moins d’excuses (ce qui pourrait laisser entendre qu’ils sont “en fait” gays ou qu’ils n’assument pas leurs désirs) que de justifications que le système sexuel et sexué impose, qu’ils le veuillent ou non. De plus, c’est difficile de saisir si la prolifération des catégories est un effet de ce système ou une manière plus juste et plus précise de saisir des identifications et des désirs.

Toutes ces remarques sont extrêmement pertinentes, notamment parce qu’elles pointent la complexité des catégories d’orientation sexuelle, faites de culture, de désirs, d’opportunités, de contraintes, d’identification, de pratiques, de genre… Mais en 3700 caractères (la taille de la chronique), il est était difficile de déployer toutes ces dimensions. D’où ce petit billet.

Masculinités : l’homme pluriel

Il y a quelques jours se tenait à l’INED une journée d’études sur les socialisations masculines, autour d’un des derniers numéros de la revue Terrains & travaux.
Les intervenants ont discuté des formes que pouvaient prendre la masculinité… ou plutôt les masculinités. Car comme l’écrit Nicolas Journet, masculinités s’écrit désormais au pluriel. Oh, certes, on trouve souvent de la masculinité, mais, de manière croissante, aussi, des masculinités. Et c’est là — en partie — que l’étude de la féminité diffère de l’étude de la masculinité. De maigres indices, mais des indices concordants,

    Sur cairn.info

  • “masculinité” : 3085
    “masculinités” : 317
    (soit 10% des occurrences au singulier)
  • “féminité” : 5071
    “féminités” : 166 :
    (soit 3% des occurrences au singulier)
    Et sur Google Scholar :

  • “masculinité” : 20200
    “masculinités” : 2420: 12%
  • “féminité” : 32400
    “féminités” : 802: 2,5%

Masculinités est beaucoup plus souvent au pluriel que féminités, alors que c’est l’inverse pour les formes singulières de ces deux mots.

On peut sans doute dater assez précisément le dépassement des féminités par les masculinités (là encore, un indice nous est donné par la base google ngram) :

ngram-masculinites

C’est au milieu des années 1990 qu’en France, l’on invente les masculinités. L’on ne mettra “féminité” au pluriel que quelques années après, sans que cela prenne vraiment. Féminités n’est pas la version féminine de masculinités : il y a une spécificité des usages pluriels, nombreux, variés, fréquents, de “masculinités”.
L’influence majeure, sans doute, est l’ouvrage “Masculinities” de R. Connell, publié à l’origine en anglais en 1995. On voit aussi cela sur google-ngram :
ngram-masculinities
Mais dans la langue anglaise, femininities n’a jamais vraiment été utilisé, en tout cas moins qu’en français. On remarque quelques usages, probablement dérivés des “masculinités”, car quand on se met à parler des masculinités, il devient compliqué de parler de “la” féminité, mais ils sont peu nombreux.

En avance !

Dès le primaire, et jusqu’à l’Université, les résultats scolaires des filles sont meilleurs que ceux des garçons. L’avantage masculin lors des tests de mathématiques au début du collège est entièrement compensé par le plus grand avantage féminin dans les autres disciplines. Et au bac, les filles obtiennent de meilleurs résultats : moins d’échecs, moins de passages à l’oral, et plus de mentions.

L’on ne peut donc être étonné par le fait que, depuis l’après seconde guerre mondiale, la proportion de filles “en avance” d’un an ou plus en Terminale soit plus élevée que la proportion de garçons “en avance”. Les élèves qui ont “sauté une classe” sont celles et ceux qui avaient de meilleurs résultats que les autres, qui restent “à l’heure” ou qui redoublent. Les statistiques du ministère de l’éducation le prouvent. En 1971, 7,7% des filles en terminale sont “en avance”, et c’est le cas de 6,3% des garçons. En 2005, après une trentaine d’années de limitation des sauts de classe, 3% des filles de terminale et 2,5% des garçons sont “en avance”.
avance1985-2015
Mais aujourd’hui, l’avantage est masculin : 5,5% des garçons de terminale sont en avance, ce n’est le cas que de 4,5% des filles. Les résultats scolaires des garçons, dans leur ensemble, n’ont pas rejoint ceux des filles. Il est même possible d’aller plus loin : les résultats scolaires des garçons qui ont sauté une classe sont moins bons que ceux des filles qui ont sauté une classe. Le saut de classe n’est plus indexé sur les résultats scolaires. Comment alors expliquer la proportion plus importante de garçons en avance ? Une explication liée à la structure des orientations est probable (les garçons sortent plus vite du système scolaire, et ils se dirigent plus vers les bac pro). Une autre explication est possible : dans les classes supérieures, l’investissement dans l’éducation des garçons s’est renforcé (même si l’égalitarisme est toujours affirmé). Un dernier mécanisme est à explorer, il combine les deux précédentes explications : l’avance scolaire était utilisée par les parents de garçons souhaitant les faire accéder au “bac S”, en anticipant un redoublement possible, en seconde ou en première… La très forte diminution des redoublements au cours des vingt dernières années fait accéder ces garçons aux Terminales sans qu’ils perdent leur avance.

La valeur n’attend pas le nombre des années (de services)

Le Journal officiel publie régulièrement les listes des individus ayant reçu une légion d’honneur ou l’ordre du mérite.
J’ai récupéré rapidement quelques décrets de promotion et de nomination pour l’année 2015 et 2014. On trouve un peu plus fréquemment des porteurs de noms à particule parmi les récipiendaires de la légion d’honneur que parmi celles et ceux de l’ordre du mérite.
Le décret indique le nombre d’ « années de services ». Certains reçoivent leur médaille très vieux, après plusieurs dizaines d’années de services, d’autre plus jeunes. Et les femmes la reçoivent souvent plus rapidement que les hommes, comme le montrent les histogrammes suivants.
Le nombre d’hommes et de femmes est quasi égal : l’exigence de parité s’applique depuis quelques années aux Ordres nationaux. Mais les personnes nommées avant 35 années de services sont plutôt des femmes et celles qui sont nommées après 35 années de service sont plutôt des hommes.
legionHF2015

meriteHF2015

Notons cependant que je ne sais pas vraiment ce que recouvrent ces « années de services », et qu’il est donc complexe d’essayer de proposer d’autres interprétations de cette différence.

Les prénoms des chevaux

Une liste nominative de plus de 3 millions d’équidés est disponible sur data.gouv.fr . Les chevaux ont des noms personnels, ce qui est fort intéressant.
Ils ont aussi un sexe (oups, parfois ils n’en ont plus) : Mâles, femelles et hongres ont des prénoms différents.
Comparons alors, avec l’aide du Fichier des prénoms de l’INSEE, les prénoms des humains nés en France et ceux des équidés (que l’on appellera des chevaux, ici).
Ainsi 37% des juments ont des prénoms aussi portés par des personnes nées en France, ce qui n’est le cas que de 25% des hongres et 22% des mâles. C’est probablement un effet de la plus grande exubérance parentale concernant les prénoms des filles (plus variés que ceux des garçons).
Examinons les 1000 prénoms humains les plus donnés aux chevaux et aux juments, du point de vue de leur succès chez les humains.
Les prénoms humains portés par des chevaux pourraient nommer 90% des bébés garçons nés vers 1990, et un peu plus de 60% des bébés garçons de 1990. Les prénoms humains des juments, eux, sont plutôt des prénoms de filles des années 1970-2000.
chevaux-prenoms-01
Il serait intéressant d’examiner l’avance ou le retard de la mode chez les chevaux par rapport à la mode chez les humains. Mes premières exploration tendent à montrer que les chevaux reçoivent des prénoms en voie d’abandon chez les humains.
Mais si l’on s’intéresse à la proportion de bébés de l’année N recevant des prénoms portés par des chevaux nés la même année, alors l’évolution est à une simultanéité de plus en plus grande des choix.
chevaux-prenoms-02
25% des filles nées en 1981 en France ont reçu un des prénoms donnés aux juments nées la même année. La proportion pour l’année 2010 est de 52%. Pour les garçons, on passe de 10% à 22%.

Mais cela ne signifie pas que les propriétaires de chevaux se permettent de plus en plus de donner à leurs animaux des prénoms donnés aux bébés de l’année.

chevaux-prenoms-03
Environ 20% des juments reçoivent un des prénoms donnés la même année aux bébés filles. 10% des chevaux mâles reçoivent, eux, un prénom humain “de l’année”. Les grandes variation d’une année sur l’autre sont dues au système des “lettres-années”.

Géographie des prénoms en Turquie

Le Turkish Statistical Institute publie des données intéressantes sur les prénoms les plus donnés en Turquie : j’avais commencé à les analyser avec Elifsu Sabuncu. Et je viens de m’apercevoir (suite à un article de Julie Desbiolles dans le Le Petit Journal . com) que les données sont ventilées par “province” dans certaines publications [comme : Istatistiklerle Çocuk 2013 (ISBN.978-975-19-5976-8)].

Commençons par les prénoms des garcons :
turquie-2013-garcons
Que retenir de ce patchwork ? Que les prénoms de la cote et des frontières occidentales (Emir et Cinar) ne se retrouvent pas (en première position) à l’Est.

Poursuivons avec les prénoms des filles :
turquie-2013-filles1
Plus d’unanimisme là : les parents turcs apprécient le prénom Zeynep, qui est presque partout le prénom le plus donné aux bébés filles en 2013.
Pour saisir des différences régionales, il faut regarder les rangs suivants. Le 2e prénom le plus donné nous donne la carte suivante : Elif est souvent le 2e prénom le plus donné. Et dans les régions où Elif est le prénom le plus donné, alors Zeynep est le 2e prénom le plus donné.

turquie-2013-filles2

En 2013, le prénom Ecrin — un prénom relativement neuf en Turquie — est le prénom le plus donné, ou le 2e prénom le plus donné dans les provinces de l’Est. Il apparaît au 3e rang dans de nombreuses provinces. Il manque des données sur la fréquence de ces prénoms, et sur leur évolution temporelle pour pouvoir en dire plus.

Androgynous names in the USA

Very often, boys have boys’ names and girls, girls’ names. But sometimes, the same name (Leslie, Dana, Sammie, Alva, Lou…) is given to boys and to girls. Those “androgynous” or epicene names are interesting : most of the time, they are unstable, they begin as male names and end as female names. [See Lieberson, Stanley, Susan Dumais, and Shyon Baumann, ‘The Instability of Androgynous Names: The Symbolic Maintenance of Gender Boundaries’, The American Journal of Sociology, 105 (2000), 1249–87 jstor]

Let’s take Leslie :
epicene-usa-1
At the end of the 19th century, it is given to baby boys more than 9 times out of 10. Around 1950, it is given at the same frequency among boys and girls. But now, male Leslies are much less frequent than female Leslies.
It is difficult to find the opposite evolution, where a female name is masculinized.

Let’s consider that a name is epicene if the babies born year N and receiving this name are girls more than 10% of the times and less than 90%. This definition is restrictive, I consider that some names — such as Leslie now — aren’t really epicene anymore even if they were epicene before (because in 2013, there were fewer than 1 boys for 10 Leslie). This definition focuses on the current use of epicene names.
10/90 are arbitrary boundaries, one could use 1/99 or 30/70 (and it is easy to do, see the R code below).

epicene-usa-2

In 1880, 2% of the babies had an epicene name (and there were very few such names). During most of the 20th century, around 3.5% of babies received an epicene. Since 1960 (or 1980) this proportion is increasing : 8% of the babies born in 2010 received an epicene. And today (dotted line) more than 1500 names are epicene. The consequence of these number : epicene names are “small” names, given to a small number of babies each year.

epicene-usa-3

The real proportion of epicene babies is higher : names given to less than 5 male or female babies are not included in the database, and we lack information about 10% of the babies. And very rare names are more likely to be epicene than common names.

Let’s focus now on the population of babies receiving an epicene. From 1900 until 1950 (black line), more than 50% of epicene babies are male (which means that parents are more often than not giving “male” names to their daughters when they give them an epicene). From 1950 until 1990, the epicene babies are mostly female.
As you can see (dotted red line) there are always more “male” names than “female” names in epicene names [a “male” name is a name given to a higher proportion of male babies than female babies].

epicene-usa-4

There seems to be an interesting evolution of the Gini coefficient. The Gini coefficient is a measure of inequality (most often used to describe inequality of income in a country). Here, it is used to describe the distribution of name frequency.

Notes : I relied on Social Security Administration’s applicants numbers and first name. They are closely related to birth for the current period, but not before the 1930s : I very crudely corrected the skewed sex ratio. I used the ‘babynames’ package for R.
You can download the R code (it is not pretty) : epicene-usa-web.R

Le cumul des variables

Les filles ont en moyenne plus de mention “très bien” que les garçons. Les parisiens ont plus souvent la mention que les non-parisiens. Les candidats avec une année d’avance (nés en 1997 par exemple) ont plus de mention très bien que les autres. Les candidats avec trois prénoms ou plus ont eu aussi plus de mention très bien que ceux qui n’ont qu’un ou deux prénoms.
Est-ce que tous ces indicateurs se cumulent ?
cumuls
Les “filles” [cf note], parisiennes, en avance, qui ont 3 prénoms ou plus ont une chance sur deux d’obtenir une mention TB. Les garçons, non-parisiens, en retard (nés avant 1996), qui ont moins de trois prénoms sont une chance sur cent d’obtenir la mention “très bien”.
[Les premières sont beaucoup plus rares que les seconds]
La même chose est calculable en ajoutant encore un indicateur, la particule (“Sixtine DE MACHIN”). Mais on se retrouve avec de très petits effectifs, notamment pour les filles, nobles, parisiennes, en avance, qui ont trois prénoms ou plus et qui ont autorisé la diffusion des résultats nominatifs au bac.
Ou comment combiner un peu de “toutes choses égales par ailleurs” et de “toutes choses inégales réunies”.

Mise à jour : en combinant les années 2013 et 2014, l’on dispose de suffisamment de candidats à particule (Amicie d’HAUCOURT par exemple) pour produire le même tableau :
particules-bac
[L’indicateur est très imparfait : il faudrait sans doute comparer terme à terme les porteurs de particule et les personnes dont le nom de famille est parmi les plus répandus en France, comme MARTIN, DURAND, BERNARD, RICHARD…]

Note : les “filles” ici, sont les personnes ayant des prénoms surtout donnés à des filles (et vice-versa pour les “garçons”).