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Changer de prénom, interview dans Libération

Aujourd’hui dans Libération, une interview au sujet de Changer de prénom (Presses universitaires de Lyon) :
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Baptiste Coulmont : «Changer de prénom a très souvent un lien avec l’identité nationale»

Les changements de prénom ne sont pas nombreux, moins de 3000 par an en France, mais ils révèlent notre rapport contemporains aux catégories d’État, comme l’état civil, qui structurent notre identité publique. On ne change pas de prénom “par hasard”, pas plus qu’on accepte facilement de devoir en changer :

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Marion refuse de changer de prénom, son employeur la vire

(même si, dans le monde des centres d’appel délocalisés et externalisés, « Julie », « Romain » et « Nathalie » sont souvent des prénoms d’emprunts).

Durkheim et les statistiques, petite note

François Simiand, dans son compte-rendu du Suicide paru dans la Revue de métaphysique et de morale en 1898 (dans une rubrique intitulée “L’année philosophie 1897”), critique les usages non-réflexifs des données statistiques dans cet ouvrage : “une critique préalable de la valeur respective des statistiques, selon les pays et selon les dates serait en pareille matière toujours souhaitable : tout fait, que quelqu’un a des raisons de dissimuler, est difficilement atteint par la statistique”

La plupart du temps, en effet, Émile Durkheim ne propose aucun examen critique des sources statistiques qu’il utilise. Comme on le voit, cela lui a très tôt été reproché, même au sein du premier cercle durkheimien. Est-ce à dire que Durkheim serait aveugle à la qualité des données statistiques ? Non. Dans Le Suicide, il use à plusieurs reprises d’un regard critique envers les chiffres dont il dispose. Voici quelques exemples :

  • p87. Durkheim récuse la significativit dde chiffres trop faibles qui n’ont pas “toute l’autorité désirable”.
  • p144. « ce qu’on appelle statistique des motifs de suicides, c’est, en réalité, une statistique des opinions que se font de ces motifs les agents, souvent subalternes, chargés de ce service d’information » : les statistiques produites, le plus souvent, ne sont pas dignes de foi car les agents qui les recueillent sont mal formés pour le faire ; Durkheim est de plus très sceptique face à la possibilité d’étudier les opinions.
  • p166. « la statistique du suicide par profession et par classe ne [peut] être établie avec une suffisante précision » : ces données sont complexes à recueillir
  • p168. (note 2)  « l’exactitude de la statistique espagnole nous laisse sceptique » : l’appareil administratif espagnol est beaucoup moins précis que celui d’autres pays, nous dit Durkheim
  • p219. « en temps de crise […] la constatation des suicides se fait avec moins d’exactitude » car l’action de l’autorité administrative est paralysée.
  • p398-400. Durkheim discute de la qualité des statistiques judiciaires et des statistiques de décès : « le nombre des morts par la foudre a encore beaucoup plus augmenté; il a doublé. La malveillance criminelle n’y est pourtant pour rien. La vérité, c’est, d’abord que les recensements statistiques se font plus exactement et, pour les cas de submersion, que les bains de mer plus fréquentés, les ports plus actifs, les bateaux plus nombreux sur nos rivières donnent lieu à plus d’accidents »

Ces critiques sont à la fois radicales (il ne faut pas étudier les « motifs » des suicides, bien qu’ils soient disponibles dans les annuaires statistiques, car ce ne sont que des « appréciations personnelles ») et de détail (tel chiffre est faux, tel autre est mal recueilli). Durkheim n’est donc absolument pas dupe de la qualité des chiffres qu’il utilise. Le Suicide est un ouvrage de combat, et Durkheim va sélectionner les données qui l’intéressent : il ne va critiquer que les données numériques qui lui posent problème.
Vous voudriez en savoir plus : Sociologie du Suicide de Durkheim (document PDF).

Compte rendu

Je signale, au passage, le compte rendu par Frédéric Roux de la deuxième édition de Sociologie des prénoms sur lectures.revues.org :

Cet ouvrage est la deuxième édition revue et corrigée, dans la célèbre collection « Repères », d’une synthèse, qui se propose de réunir un grand ensemble d’études sociologiques, historiques, anthropologiques mais aussi économiques dont le point commun est d’avoir le prénom pour objet central ou périphérique. L’auteur revendique d’emblée un point de vue à la fois « pluraliste » sur le plan méthodologique mais aussi « impérialiste », en mettant en avant le regard sociologique. Car il s’agit bien d’approfondir une intuition ancienne et déjà formulée par des écrivains selon laquelle le prénom est une fenêtre sur le monde social.
Lire la suite…

Nouvelle édition

La première édition était sortie en juin 2011, une réimpression (avec correction de quelques coquilles) en mai 2012. La deuxième édition, remaniée, mise à jour, sortira à l’automne :
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Chiffres de vente (2)

Comme l’année dernière, voici un résumé des ventes de mes livres au cours des dernières années.

Années Sex-shops Les courants… Socio des prénoms
2007 410
2008 836
2009 23 652
2010 33 270
2011 47 238 1952

L’année dernière, Pierre Mercklé avait fait de même (avec un graphique et un cliffhanger à la fin de son billet).

Se faire, se refaire, se défaire un prénom

  1. Le tirage initial de Sociologie des prénoms est maintenant épuisé, et La Découverte a souhaité réimprimer l’ouvrage. Ce n’est pas une deuxième édition, et presque rien ne change entre le tirage de mai 2011 et le tirage de mai 2012 : 4 coquilles (dont une sur le prénom de Derrida, une autre sur le nom de Halbwachs) et une rectification des grisés sur un graphique. Ca et, quand même, les “achevés d’imprimer” de la dernière page :
  2. Et puisqu’on parle de coquille : une petite incompréhension entre le journaliste et moi s’est glissé dans cet article de 20 Minutes, mais cela ne remet pas en cause tout le propos. Et les rédacteurs du quotidien, visiblement, se sont amusés à rapprocher le candidat qui veut se “faire un prénom” (Gaspard Delanoë) et ceux qui souhaitent se refaire un prénom :
  3. J’ai écrit un petit article pour un hors-série du magazine Sciences humaines : Changer de prénom, toute une histoire !
  4. Un article du magazine Marianne me cite. Alors que Bretons, Basques, Occitans, Corses, Bourgeois ont des “livres des prénoms” associés à leurs entreprises identitaires, les ouvriers et employés n’en ont pas. Si Le Figaro publie chaque année un “livret des prénoms” objectivant les choix de certains de ses lecteurs, si le “livre des prénoms bretons” (ou basques, ou corses) existe… les choix des classes populaires n’existent que sous une forme dénigrée. Car si les classes supérieures, en matière culturelle, seraient devenues “omnivores”, elles sont apparemment loin de l’être en matière de prénom.

Interview (radio suisse)

La Radio-télévision suisse a diffusé ce matin une interview autour de mon livre, Sociologie des prénoms (La Découverte, 2011), dans le “Journal du samedi”. Si vous étiez en Suisse et réveillé vers 8h, vous avez pu l’entendre. Pour tous les autres, voici le lien pour écouter l’interview, ou, directement, un lien vers le fichier mp3 de l’interview.
Jeudi, sur France Culture à 15h, ce sont les liens entre prénoms et droit qui seront abordés, avec Antoine Garapon, dans l’émission Le Bien commun.
 
Rappel : Il est encore et toujours possible d’acheter Sociologie des prénoms sur amazon, ou dans une librairie indépendante ou ailleurs…

Toutes les Suédoises…

Le premier compte-rendu “de taille” de mon Sociologie des prénoms vient d’être publié, sous forme tronquée sur nonfiction et sous-forme entière sur le Carnet de recherche de Marie-Anne Paveau, auteure du compte-rendu, Pensée du discours : « Nom d’un prénom ! (4) Toutes les Suédoises s’appellent Ingrid.
Ce compte-rendu pose plusieurs questions, et il faut que je prenne du temps pour y répondre (et améliorer ainsi une hypothétique deuxième édition du «Repères», si la première se vend bien).

En dents de scie

Il y a, dans un recoin caché d’Amazon, « Author Central » qui permet de créer des “pages auteurs” sur le site de vente. Quel intérêt ?
Amazon a bien compris que certains auteurs apprécient de consulter leur “rang” parmi les ventes. J’avais, il y a quelques années, installé un “script” qui aspirait une fois par jour ce chiffre. C’est plus difficile maintenant, semble-t-il… mais Amazon met à disposition des auteurs de jolis graphiques. Voici le “rang” de mes livres depuis août :

Aux Etats-Unis, Amazon donne accès aux données “Nielsen”, qui permettent de savoir dans quel “marché” son livre se vend le mieux. C’est en lisant l’article du L.A. Times que j’ai cédé à la tentation.
Je vois ainsi que “Sociologie des prénoms [lien amzn]” se vend, plus que le manuel, et le manuel plus que “Sex-shops [lien amzn]”. Et je sais que leur destin, à tous les trois, est de se retrouver, un jour, bien au chaud au fond du classement…

Le prix lycéen du livre d’économie et de sciences sociales

Oh, voici Sociologie des prénoms sélectionné pour participer au Prix lycéen du livre de SES. Quelles sont ses chances d’emporter le prix ? De très sérieux concurrents sont aussi dans la sélection.
À ma gauche mon collègue du département de socio de Paris 8, Nicolas Jounin — et alii avec « On bosse ici, on reste ici ». La Grève des sans-papiers : une aventure inédite. À ma droite, mon ancien “co-jury” du concours d’entrée à l’ENS, Coulangeon, avec Les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d’aujourd’hui.

Mais aussi du Pialoux & Corouge Résister à la chaine. Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue, du Gojard (Le métier de mère) et un livre intriguant que je devrais lire, Sandrine Rousseau, François-Xavier Devetter, Du balai. Essai sur le ménage à domicile et le retour de la domesticité.
Beau programme de lecture en perspective.