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Combien y a-t-il de changements de prénoms en France ?

Jusqu’à 2017, pour changer de prénom, il fallait passer devant un.e juge. Le nombre de changements de prénom était ainsi comptabilisé par le Ministère de la justice. L’annuaire statistique de la Justice indique ainsi entre 2800 et 2900 changements de prénoms en 2014 et 2015. Mais 155 en 2017 et 149 en 2018.
C’est parce qu’à partir de 2017, le changement de prénom a été déjudiciarisé, et qu’il faut maintenant déposer un dossier au bureau de l’état civil de la commune de résidence (ou de naissance). Il devrait donc y avoir plus de changements de prénoms en 2018 qu’en 2015. Comme c’est un acte d’état civil, je pensais que l’INSEE colligeait les décisions des services d’état civil. Mais voici ce que l’Institut me répond :

L’Insee ne produit pas de statistiques sur les changements de prénoms. Vous pouvez toutefois toujours consulter ces données sur le site statistique du ministère de la justice.

Mais comme on l’a vu, le ministère de la justice ne compte plus les changements de prénom. Il y a 35000 communes environ en France, et sans comptabilisation centralisée, il est difficile de savoir combien il y a de changements de prénom “nouveau régime”. On va essayer de s’en faire une idée.
J’ai contacté les services de l’état civil parisien. Il y a eu environ 860 changements de prénoms en 2017 et autant en 2018. Comme la population parisienne représente environ 3% de la population française, cela voudrait dire qu’il y aurait eu — si la propension des parisiens et parisiennes à changer de prénom est semblable à celle du reste de la population française — environ 26 000 changements de prénom par an depuis 2017. Ca semble beaucoup. À Lyon, il y a eu entre 150 et 170 changements de prénoms en 2018 et 2019. Si l’on fait le même calcul, on tombe sur environ 21 000 changements de prénom.
En trouvant, au hasard de data.gouv.fr, le nombre de changements de prénoms à Antibes, Nemours, Angers, Lorient… et en faisant le même calcul, on tombe sur des chiffres qui varient entre 11 000 et 26 000 changements de prénoms par an. A comparer avec les 2800 de 2015 et 2016, ça serait une grosse augmentation.

Heureusement j’ai une autre source de données. Dans le cadre de l’enquête que j’avais menée sur les changements de prénom, au début des années 2010, j’avais eu communication du nombre annuel de changement de prénom par tribunal de grande instance, en France. Il y avait ainsi entre 250 et 300 changements de prénom au TGI de Paris, moins de 100 au TGI de Lyon, etc… Comme on peut le constater, Paris ne concentrait pas 3% des changements de prénom, mais environ 10% d’entre eux. Même chose pour Lyon, qui concentrait une proportion plus importante que ce que sa population laissait penser. En gros, on peut donc penser que le nombre de changements de prénoms, en 2018, est entre 2 et 3,5 fois plus élevé que le nombre de changements de prénoms de 2014 ou 2015.

Les autres TGI (Lorient, Angers…) traitent des affaires qui s’étendent au delà des frontières communales : leur ressort dépasse la commune. Or il y a en 2018 puis en 2019 entre 2 et 4 fois plus de changements de prénoms à Angers et Lorient que ce qui était traité annuellement par les TGI de Lorient ou d’Angers.

Il doit donc y avoir entre 6000 et 9000 changements de prénom par an en France depuis 2017, et non plus 2800. C’est une belle augmentation… mais les sources sont limitées (Paris, Lyon et quelques autres villes).

 
Pour en savoir plus, vous pouvez lire Changer de prénom (P.U.L. 2016).

 
Mise à jour : J’ai reçu le nombre de changements de prénoms à Marseille (240 par an au lieu de 60 pour tout le TGI de Marseille, soit 4 fois plus) et à Toulouse (entre 170 et 270 par an au lieu de 50 environ pour le TGI de Toulouse, soit 3 à 5 fois plus). Ça ne change pas les ordres de grandeur, mais ça le tire vers le haut. Il doit y avoir près de 10 000 changements de prénom par an en France aujourd’hui.

À la rentrée

Couverture manuel courants contemporains montageEn 2008, Céline Béraud et moi avions écrit un manuel d’introduction, à destination des licences de sociologie, Les courants contemporains de la sociologie (Presses universitaires de France). Après dix ans dans les librairies, la première édition n’est actuellement plus disponible. Mais à la rentrée, c’est une nouvelle édition remaniée qui sera mise en vente, toujours aux Presses universitaires de France, mais dans la collection Quadrige – Manuels. Nous venons de rendre le manuscrit.
Pour en savoir plus sur ce manuel, vous pouvez consulter la page consacrée à la première édition.

Changer de prénom, interview dans Libération

Aujourd’hui dans Libération, une interview au sujet de Changer de prénom (Presses universitaires de Lyon) :
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Baptiste Coulmont : «Changer de prénom a très souvent un lien avec l’identité nationale»

Les changements de prénom ne sont pas nombreux, moins de 3000 par an en France, mais ils révèlent notre rapport contemporains aux catégories d’État, comme l’état civil, qui structurent notre identité publique. On ne change pas de prénom “par hasard”, pas plus qu’on accepte facilement de devoir en changer :

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Marion refuse de changer de prénom, son employeur la vire

(même si, dans le monde des centres d’appel délocalisés et externalisés, « Julie », « Romain » et « Nathalie » sont souvent des prénoms d’emprunts).

Durkheim et les statistiques, petite note

François Simiand, dans son compte-rendu du Suicide paru dans la Revue de métaphysique et de morale en 1898 (dans une rubrique intitulée “L’année philosophie 1897”), critique les usages non-réflexifs des données statistiques dans cet ouvrage : “une critique préalable de la valeur respective des statistiques, selon les pays et selon les dates serait en pareille matière toujours souhaitable : tout fait, que quelqu’un a des raisons de dissimuler, est difficilement atteint par la statistique”

La plupart du temps, en effet, Émile Durkheim ne propose aucun examen critique des sources statistiques qu’il utilise. Comme on le voit, cela lui a très tôt été reproché, même au sein du premier cercle durkheimien. Est-ce à dire que Durkheim serait aveugle à la qualité des données statistiques ? Non. Dans Le Suicide, il use à plusieurs reprises d’un regard critique envers les chiffres dont il dispose. Voici quelques exemples :

  • p87. Durkheim récuse la significativit dde chiffres trop faibles qui n’ont pas “toute l’autorité désirable”.
  • p144. « ce qu’on appelle statistique des motifs de suicides, c’est, en réalité, une statistique des opinions que se font de ces motifs les agents, souvent subalternes, chargés de ce service d’information » : les statistiques produites, le plus souvent, ne sont pas dignes de foi car les agents qui les recueillent sont mal formés pour le faire ; Durkheim est de plus très sceptique face à la possibilité d’étudier les opinions.
  • p166. « la statistique du suicide par profession et par classe ne [peut] être établie avec une suffisante précision » : ces données sont complexes à recueillir
  • p168. (note 2)  « l’exactitude de la statistique espagnole nous laisse sceptique » : l’appareil administratif espagnol est beaucoup moins précis que celui d’autres pays, nous dit Durkheim
  • p219. « en temps de crise […] la constatation des suicides se fait avec moins d’exactitude » car l’action de l’autorité administrative est paralysée.
  • p398-400. Durkheim discute de la qualité des statistiques judiciaires et des statistiques de décès : « le nombre des morts par la foudre a encore beaucoup plus augmenté; il a doublé. La malveillance criminelle n’y est pourtant pour rien. La vérité, c’est, d’abord que les recensements statistiques se font plus exactement et, pour les cas de submersion, que les bains de mer plus fréquentés, les ports plus actifs, les bateaux plus nombreux sur nos rivières donnent lieu à plus d’accidents »

Ces critiques sont à la fois radicales (il ne faut pas étudier les « motifs » des suicides, bien qu’ils soient disponibles dans les annuaires statistiques, car ce ne sont que des « appréciations personnelles ») et de détail (tel chiffre est faux, tel autre est mal recueilli). Durkheim n’est donc absolument pas dupe de la qualité des chiffres qu’il utilise. Le Suicide est un ouvrage de combat, et Durkheim va sélectionner les données qui l’intéressent : il ne va critiquer que les données numériques qui lui posent problème.
Vous voudriez en savoir plus : Sociologie du Suicide de Durkheim (document PDF).

Compte rendu

Je signale, au passage, le compte rendu par Frédéric Roux de la deuxième édition de Sociologie des prénoms sur lectures.revues.org :

Cet ouvrage est la deuxième édition revue et corrigée, dans la célèbre collection « Repères », d’une synthèse, qui se propose de réunir un grand ensemble d’études sociologiques, historiques, anthropologiques mais aussi économiques dont le point commun est d’avoir le prénom pour objet central ou périphérique. L’auteur revendique d’emblée un point de vue à la fois « pluraliste » sur le plan méthodologique mais aussi « impérialiste », en mettant en avant le regard sociologique. Car il s’agit bien d’approfondir une intuition ancienne et déjà formulée par des écrivains selon laquelle le prénom est une fenêtre sur le monde social.
Lire la suite…

Nouvelle édition

La première édition était sortie en juin 2011, une réimpression (avec correction de quelques coquilles) en mai 2012. La deuxième édition, remaniée, mise à jour, sortira à l’automne :
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Chiffres de vente (2)

Comme l’année dernière, voici un résumé des ventes de mes livres au cours des dernières années.

Années Sex-shops Les courants… Socio des prénoms
2007 410
2008 836
2009 23 652
2010 33 270
2011 47 238 1952

L’année dernière, Pierre Mercklé avait fait de même (avec un graphique et un cliffhanger à la fin de son billet).

Se faire, se refaire, se défaire un prénom

  1. Le tirage initial de Sociologie des prénoms est maintenant épuisé, et La Découverte a souhaité réimprimer l’ouvrage. Ce n’est pas une deuxième édition, et presque rien ne change entre le tirage de mai 2011 et le tirage de mai 2012 : 4 coquilles (dont une sur le prénom de Derrida, une autre sur le nom de Halbwachs) et une rectification des grisés sur un graphique. Ca et, quand même, les “achevés d’imprimer” de la dernière page :
  2. Et puisqu’on parle de coquille : une petite incompréhension entre le journaliste et moi s’est glissé dans cet article de 20 Minutes, mais cela ne remet pas en cause tout le propos. Et les rédacteurs du quotidien, visiblement, se sont amusés à rapprocher le candidat qui veut se “faire un prénom” (Gaspard Delanoë) et ceux qui souhaitent se refaire un prénom :
  3. J’ai écrit un petit article pour un hors-série du magazine Sciences humaines : Changer de prénom, toute une histoire !
  4. Un article du magazine Marianne me cite. Alors que Bretons, Basques, Occitans, Corses, Bourgeois ont des “livres des prénoms” associés à leurs entreprises identitaires, les ouvriers et employés n’en ont pas. Si Le Figaro publie chaque année un “livret des prénoms” objectivant les choix de certains de ses lecteurs, si le “livre des prénoms bretons” (ou basques, ou corses) existe… les choix des classes populaires n’existent que sous une forme dénigrée. Car si les classes supérieures, en matière culturelle, seraient devenues “omnivores”, elles sont apparemment loin de l’être en matière de prénom.

Interview (radio suisse)

La Radio-télévision suisse a diffusé ce matin une interview autour de mon livre, Sociologie des prénoms (La Découverte, 2011), dans le “Journal du samedi”. Si vous étiez en Suisse et réveillé vers 8h, vous avez pu l’entendre. Pour tous les autres, voici le lien pour écouter l’interview, ou, directement, un lien vers le fichier mp3 de l’interview.
Jeudi, sur France Culture à 15h, ce sont les liens entre prénoms et droit qui seront abordés, avec Antoine Garapon, dans l’émission Le Bien commun.
 
Rappel : Il est encore et toujours possible d’acheter Sociologie des prénoms sur amazon, ou dans une librairie indépendante ou ailleurs…

Toutes les Suédoises…

Le premier compte-rendu “de taille” de mon Sociologie des prénoms vient d’être publié, sous forme tronquée sur nonfiction et sous-forme entière sur le Carnet de recherche de Marie-Anne Paveau, auteure du compte-rendu, Pensée du discours : « Nom d’un prénom ! (4) Toutes les Suédoises s’appellent Ingrid.
Ce compte-rendu pose plusieurs questions, et il faut que je prenne du temps pour y répondre (et améliorer ainsi une hypothétique deuxième édition du «Repères», si la première se vend bien).