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Docimologie

L’échec à l’université est une question importante. Le gouvernement actuel s’en préoccupe en mots principalement : sur le terrain, on voit surtout la diminution des recrutements d’enseignants chercheurs, l’absence d’aides pérennes, la maigreur des budgets, les injonctions à l’excellence (qui ne prennent jamais en compte l’engagement pédagogique).
Pour objectiver un peu l’échec, j’ai demandé la liste des notes obtenues par les étudiantes en majeure de sociologie, et j’ai retenu un échantillon de 156 étudiantes de première année de licence, qui s’étaient inscrits pour la première fois à Paris 8 en 2013. Ce sont des étudiantes ayant obtenu au moins une note.
Ce qui m’intéresse ici, c’est la relation entre moyenne générale (non pondérée) et nombre de notes obtenues. Car nos étudiants sont adultes : rien ne les oblige à venir en cours (sinon l’obligation d’assiduité inscrite dans le règlement intérieur), et rien ne les oblige à être étudiants “à plein temps”.
notes-et-notes
19 étudiantes n’ont obtenu qu’une seule note l’année dernière, la moyenne de ces individus est de 5/20.
Les étudiantes ayant plus de 8 notes, qui ont passé plus de 8 examens, forment un groupe qui réussit aux examens. La moyenne de ce groupe est nettement supérieure à 10/20. Les étudiantes qui passent peu d’examens, elles, ont des notes en général bien basses : elles n’obtiendront pas leur licence, à la fois parce que leurs notes sont trop faibles, mais aussi parce qu’elles ne passent pas les examens.

La phénoménologie queere de la plongée sous-marine

Entre deux demandes des héritiers de Mobutu, qui ont placé des millions dans une banque du Nigéria, je reçois des mails variés :

  1. Reçu par mail. À lire à voix haute sans reprendre son souffle (et en passant de l’accentuation française à l’accentuation anglaise sans rupture de rythme). C’est ça, l’excellence.
    «L’Institut de recherche sur l’entreprise et la croissance (CERIS CNR) et l’Institut Francilien Recherche Innovation Société (IFRIS), au nom du Forum européen pour les études des politiques de recherche et d’Innovation (EU-SPRI Forum), et en collaboration avec l’association European Network of Indicators Designers (ENID), organisent à Rome, du 10 au 14 juin 2013, l’école d’été de l’association EU-SPRI Forum sur le thème Patterns of Transnational research in Europe and Beyond: Policies, Actors and Indicators.»
  2. Reçu par mailing-liste, aussi. Une annonce pour un numéro spécial queer studies d’une revue académique, le European Journal of Ecopsychology. On y trouve, notamment, un article dont le titre est “From queer spaces to queerer ecologies: Recasting Gregory Bateson’s Steps to an ecology of mind to further mobilise & anticipate historically marginal stakeholders in environmental planning for community development“.
    En conclusion d’un échange sur cette “mailing-liste”, une abonnée, heureuse de pouvoir acheter cette revue, écrit : ” Ive ordered it, thanks Jamie! Im doing research on the queer phenonmenology of scuba diving”. Je ne sais pas si c’est à considérer comme une blague, mais je pense quand même que oui… du moins j’espère.
  3. La réflexivité est une qualité importante en sciences sociales, où la connaissance est souvent “située”. Mais parfois, l’autodéfinition peut devenir amusante. Ainsi cette personne, qui envoie un mail sur une mailing-liste, et qui commence par se définir comme “cis-homme blanc non-putophobe” (je ne traduirai pas). Visiblement, il répond à la question “D’où tu parles ?” en disant : “De ma place, qui est à l’intersection de tellement de catégories problématiques…”.
    Par ailleurs, il y a ça sur la question cisgenre [PDF, HAL-SHS]
  4. Je reçois aussi ça, par mail :
    Bonjour je suis etudian a l’université. je voudrai pouvoir m’inscrir au cour de **h a ** le ***.Parce que mes horaire de travaill ne me permet pas de m’inscrir au autre créneaux a moi

Comme quoi, s’il n’y avait pas le mail, il aurait fallu l’inventer. On aurait même pu lui donner un autre nom, comme courriel.

Propositions de sujets de master

Le département de sociologie de l’université Paris 8 est un lieu vivant de recherche sociologique. Pourquoi ne pas y faire un master ?

  1. Pourquoi pas un master sur un thème de sociologie politique sur le vote par procuration, à partir de sources administratives notamment. Il s’agirait non seulement de faire des entretiens avec des responsables politiques locaux (dans les permanences des partis, auprès de ceux qui géraient les sites internet des candidats), mais aussi de repérer, sur les listes d’émargement, qui est le mandant de qui. Ces listes sont consultables dans les mairies, les procurations sont indiquées en rouge… Comment les mandataires choisissent leur mandant ? Quelle rôle joue la confiance ? quel rôle joue la proximité politique ?
  2. La nomination des animaux : Qui choisit le prénom des animaux domestiques ? Comment ces prénoms sont utilisés (par les vétérinaires notamment) ? Utilise-t-on le prénom sous lequel le chien est enregistré ou un prénom d’usage différent ? L’enquête pourrait porter aussi bien auprès de vétérinaires qu’auprès des organismes gérant l’identification des animaux domestiques, mais aussi auprès des éleveurs et des propriétaires…
  3. Les mariages civils : cérémonie “pauvre” en ritualité ? Il s’agirait ici de travailler à partir de sources publiques : les bans de mariage; mais aussi de lieux publics : les halls des mairies, les salles des mariages… Travail d’observation et de comptage (combien d’invités, combien de temps d’attente…). Avec l’ouverture possible du mariage aux couples du même sexe au cours des prochaines années, le sujet prendra une autre dimension. Et déjà, cette cérémonie est devenue un lieu d’affrontement politique car accompagnée de trop de rituel
  4. les francisations : le journal officiel publie les noms et prénoms des personnes ayant choisi, au moment de leur naturalisation, de “franciser” leurs noms ou prénoms. Quelques milliers d’individus le font chaque année. A partir de ces décrets de francisation, il devrait être possible d’estimer quelques unes des caractéristiques de celles et ceux qui optaient pour la francisation en 1955, 1965, 1975… 2010. [Voir ci dessous un exemple illustré de ce que l’on trouve dans le Journal officiel
  5. La liste de sujets de master continue : certains des sujets que je proposais en 2009 n’ont toujours pas trouvé preneur

Les étudiantes intéressées peuvent me contacter, ou contacter les responsables du master de sociologie de l’université Paris 8.

Extrait du Journal officiel : les décrets de francisation donnent des informations sur l’âge, le pays de naissance, le sexe, le département de résidence en France, le prénom/nom de départ le prénom/nom d’arrivée :

Recherche étudiants de master

L’année dernière, je proposais ici même une liste de sujets de master que j’aimerais encadrer. Un an après, je suis toujours à la recherche d’étudiant-e-s intéressé-e-s. Je republie partiellement donc ce billet.

*

C’est l’époque : les étudiantes en fin de licence ou de M1 sont à la recherche d’un sujet de mémoire de master. Voici quelques sujets qui feraient, je pense, des mémoires de master intéressants, et que j’aimerais encadrer. Les étudiants et étudiantes qui seraient intéressées peuvent me contacter (ou laisser un commentaire plus bas).

  1. Les demandes de changement de prénom : les travaux de Nicole Lapierre nous renseignent sur les changements de nom de famille. On a relativement peu d’information sur les changements de prénom mis à part une série d’articles de presse. Ce mémoire s’inscrirait à la fois en sociologie du droit (il me semble que des observations in situ sur le travail des juges est nécessaire) et en sociologie de la famille ou de l’immigration…
    Françoise veut s’appeler Hania, Une histoire de prénoms, Quand Olivier préfère s’appeler Saïd, Quand Jean-Pierre préfère s’appeler Mohamed, The Obama effect and why François becomes Mohammed :

    The trend in which Louis, Laurent or Marie want to become Abdel, Said or Rachida has made the media recently, so, along with Marie Tourres, our Paris reporter, I looked into it.

    Mise à jour : ce billet sur le rajeunissement social lié aux changements montre mon intérêt persistant pour cette question. Un lecteur pointe l’intérêt d’une étude des prénoms pris par les Résistants entre 1940 et 1944 : il devrait être possible de faire à ce sujet un beau travail.

  2. La nomination des animaux : Qui choisit le prénom des animaux domestiques ? Comment ces prénoms sont utilisés (par les vétérinaires notamment) ? Un début de réflexion ne me suffit pas. Ce sujet sera sans doute plus difficile à traiter : la question de départ est très mince si l’on ne trouve pas l’accès à des données solides. Mais comme les animaux domestiques (les chiens seulement ?) sont tatoués, il doit y avoir, quelque par un registre des animaux tatoués. La difficulté : obtenir l’accès à un extrait de cette base de données.
  3. Les dédicaces de BD (d’après une idée de Denis Colombi) :

    Y a-t-il pratique plus étrange que celle de la dédicace telle qu’elle s’est peu à peu institutionnalisée dans le monde de la bande-dessinée ? Elle consiste, lors de certains événements (sorties d’album, festivals, invitations de librairies…), à donner – le terme est important – un dessin réalisé sur le moment aux lecteurs ou à toute personne qui se présente. (…) Pourtant, ce don revêt souvent un caractère obligatoire à partir du moment où le dessinateur est présent. (source)

    Les dédicaces sont-elles présentes depuis le début des salons de la BD ? Voit-on une augmentation de leur place dans les programmes publiés ? Des entretiens avec des dessinateurs âgés pourrait donner des informations intéressantes. Prendre l’angle des dédicaces permettrait d’impliquer dans la recherche à la fois les producteurs et les consommateurs.

En conclusion : étudiants intéressés par un master de sociologie à Paris 8, prenez contact avec le département de sociologie, ou alors directement avec moi.

L’art de ne pas être gouverné

[Petit hommage à moitié ironique à James C. Scott via Daniel Little]
 
L’amphithéâtre est un espace social politique. Il suffit d’en avoir fréquenté pour savoir que les people of the hills, ceux qui s’assoient tout en haut, sont rétifs à l’étatisation représentée par le professeur. Le discours enseignant classique leur a donné une nature propre, presque une ethnicité : ils seraient les étudiants potentiels non civilisés, ils représenteraient in vivo une condition pré-étudiante ancestrale. Leur destin serait de descendre, petit à petit, de la “zomia” (cette zone haute peu accessible au pouvoir étatique en raison de la “friction” du terrain) pour se rapprocher du centre étatisé.
Mais une autre tradition de recherche comprend ces rebelles comme ayant été générés par l’étatisation : on peut comprendre toute leur organisation sociale comme une réponse rationnelle à la pression étatique. Egalitarisme des relations sociales, agriculture non sédentaire…

La rebellion estudiantine ne s’objective pas dans des raids esclavagistes, mais dans l’absentéisme ou diverses formes de grèves du zèle. Un indicateur archéologique existe cependant — archéologique au sens où il persiste dans le temps : le graffi-table (graffiti sur table).

Proposons un plan d’un petit amphi universitaire (à peine six rangées). Il est probable que l’on puisse observer ceci, où l’intensité des graffitis à un endroit donné (i) est fonction du carré de la distance au professeur (d) :

i=ƒ(d²)

et — de manière plus qualitative — où, à des rangées particulières, sont associés des types de graffitis particuliers.
Un espace sans graffitable a été repéré dans plusieurs amphithéâtres. Les versions professorales y voient une objectivation de l’espace du charisme personnel — ou du charisme d’institution — reconnu au professeur. D’autres y voient l’espace dit des postillons, une zone trop proche de l’État pour que des étudiants s’y installent.

 


 
En bon empiriste positiviste, il me fallait vérifier cela. Ce fut fait lors d’une surveillance d’examen.

Pour en savoir plus : Une longue tradition d’enquête sur graffitis existe, dont je ne donnerai que quelques exemples : 1, 2, 3

Liste de choses

Il faut suivre, de près, le travail d’Eli, son ethnographie de Paris 8 et ses colloques décommunisés. Il faut aussi le suivre dans sa tentative de donner un sens à la production de thèses en sociologie.
Faut-il savoir où se fabriquent les dernières poupées gonflables françaises (ça c’est de l’identité nationale, non ?)
Il faudrait toujours se méfier des moines qui sentent le fromage, non ?
Il faudra probablement acheter, ou photocopier, mon manuel si l’on veut suivre mon cours “Genèse des sciences sociales 2” à Paris 8. Mais est-ce éthique ? Le manuel correspond en partie à l’esprit du cours (disons, aux deux tiers), et j’ai bien envie de mettre à l’épreuve ce texte, afin de voir si, dans l’éventualité d’une deuxième édition, des parties doivent être réécrites, ou écrites entièrement. Mais demander à un public captif d’acheter le manuel, c’est un peu “limite”, non ?
[Autre question “éthique” ou plutôt de pratique, concernant les droits d’auteur : pour celles et ceux qui en ont déjà reçu, les utilisez-vous comme identiques au “traitement” ou comme “fonds de recherche” ?]

Quelques interviews

[Attention, publicité éhontée] Parler de mes travaux me fait plaisir, et c’est sans doute pour cela qu’on peut me trouver sur SecondSexe.com ou sur les sites d’étudiants en journalisme de Toulouse (actutoulouse.fr) ou de Marseille. J’accepte en général les demandes d’interview des étudiants (je n’ai eu qu’une mauvaise expérience, avec des étudiants d’une école parisienne, qui n’ont pas rempli leur part du contrat, m’envoyer le reportage vidéo qu’ils avaient fait).

J’accepte aussi ce qui peut être considéré comme extérieur à la “valorisation”. Pour la deuxième fois en trois ans, j’ai été interviewé pour une émission de la chaine TPS-Star, “En attendant minuit”, diffusée en fin de soirée avant le film pour adultes.

Les deux fois, j’ai été agréablement surpris par les journalistes venant filmer (1 et 2). Ma vanité est toutefois ici blessée par les reflets sur mes lunettes et par certains effets de mise en scène.

J’ai aussi été filmé pour une émission de la chaine Direct 8, Business : l’interview s’est passée dans un magasin “pour adultes” du centre de Paris. Je ne sais pas encore ce que les journalistes ont gardé de mes paroles.

Un petit panonceau indiquait, sur la porte d’entrée, qu’il était recommandé de ne pas photographier l’intérieur du magasin. Mais comme j’étais filmé, j’en ai profité pour prendre quelques photos et un petit film (voir plus bas). Autant poursuivre l’amusement jusqu’au bout et filmer ceux qui me filment.

Une petite vidéo sans le son :
[flashvideo file=”http://coulmont.com/vordpress/wp-content/uploads/2009/12/direct8-business.flv” width=500 height=270 /]

Ortho graphie

Il paraît que Mark Twain aurait dit (ou écrit) : “I don’t give a damn for a man that can only spell a word one way.“… du moins cela fait partie des listes de citations apocryphes.
Et il paraît aussi qu’un duc de Rohan disait avec dédain : « je plains les gens qui ne savent écrire un mot que d’une seule façon ». L’aristocrate souhaitait conserver le droit de se conformer ou non à des règles arbitraires, et trouvait bien bas, bien vulgaire le respect scrupuleux de l’ortho-graphie.

Ailleurs : : Matoo et l’orthographe

Les âges de la vie

En 2006, la répartition par âge des titulaires du département de sociologie de l’université Paris 8 était celle-ci. 8 collègues étaient nés entre 1940 et 1944, et une seule après 1974.
ages-2006

En 2009 c’est celle-ci [attention, les échelles ne correspondent pas] :
ages-2009

Nous avons connu de nombreux départs à la retraite (de certains Vincennois historiques) et quelques personnes ont muté dans d’autres universités. Le résultat final des différentes stratégies individuelles de recrutement donne un rajeunissement du département.
A nuancer toutefois : en 2006 l’année de naissance médiane était 1955. L’année de naissance médiane, aujourd’hui, est 1960. La moitié des collègues (titulaires) a plus de cinquante ans et le département de sociologie possède donc une grande expérience cumulée.
(Si des collègues pouvaient m’envoyer des données similaires pour des départements comparables, comme Nantes, Lille, Lyon, Toulouse… on pourrait comparer.)

Varia

  • Technologies de surveillance : Hyperbate / le dernier des blogs décrit quelques chaussures équipées pour la chanson d’Alain Souchon (Voir sous les jupes…). Une auto-thèse du M.I.T. y semble avoir été consacrée.

    My thesis project consists of producing and wearing a system of self-surveillance that has been subversively inserted into an already existing informational and electronic system. By bringing surveillance technology closer in and attaching it to the body, I have been able to personalize a form of technological mirroring through which subjectivity and the body are reconstructed.

    Bah bien sûr…

  • Faut-il inscrire Lolita en master ?Le prof de fac“, qui blogue anonymement, se demande. [Note : les blogs sous pseudonyme sont toujours à prendre avec des pincettes et un grain de sel. Le prof de fac met en scène un enseignant-chercheur qui apparaît à la lecture parfois un peu mythomane et nymphomane — certainement éloigné de la personne in real life. Il se sent souvent poursuivi des ardeurs étudiantes.]

    Au sujet de Lolita, mon conseil : en parler avec le modérateur, ou la modératrice, de l’université. Ou contacter le CLASCHES.
    Rappel de l’épisode précédent :

    La fille que j’ai remarquée au milieu d’une marée d’étudiants le jour de la rentrée est là devant moi, en robe de soirée courte, décolletée, maquillée et belle comme jamais, et me demande de la raccompagner chez elle. Des kilomètres seul avec elle dans la voiture dans la nuit, pour finalement arriver chez elle, sachant qu’il apparait clairement que je lui plais.

    Plus récemment :

    un appel tout à fait inattendue de ma “Lolita”. Je vous laisse lire le billet où je parle d’elle car je ne vais pas vous la refaire… en tout cas. Un appel de la fameuse Emilie !
    “Allo M le Prof ?
    – oui bonjour
    – c’est émilie X
    – Emilie !!! Comment allez vous ?
    – Très bien merci (…) J’aimerai que vous me preniez en thèse. Je comprends que cela ne peut pas se faire comme ça, je suis prête à repartir sur un master recherche
    – …”
    Silence ! Je ne sais pas trop quoi lui dire. Pour l’instant j’ai temporisé en lui disant qu’il faut bien qu’elle réflechisse bien, qu’elle a une bonne situation, et que peut-etre que l’enseignement et la recherche ce n’est pas aussi trépidant comme vie que ce qu’elle veut bien croire.

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