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L’inventivité

Billet publié le 20/02/2005

J’ai parlé précédemment du commerce des jouets pour adultes et de certaines de ses évolutions récentes (aux Etats-Unis et en France notamment).
Si l’on s’intéresse maintenant à ce qui y est vendu, on pourrait essayer d’en savoir un peu plus sur les objets eux-mêmes. L’historienne américaine Rachel Maines est la seule à ma connaissance à avoir tenté de déterrer l’histoire de ces gadgets. Dans The Technology of Orgasm (pdf), elle montre combien le vibromasseur est inscrit dans l’histoire du traitement médical de l’hystérie: les massages pelviens étaient l’un des traitements recommandés. Des médecins de la fin du XIXe siècle se spécialisaient dans les formes variées de friction des chairs, tels ce Docteur Taylor (le lien devrait vous envoyer vers la page du livre de Maines chez Google Print).
Des brevets ont donc été déposés dès la deuxième moitié du XIXe siècle, notamment par le Dr. Taylor, afin de protéger certaines inventions (voici par exemple deux brevets du Dr. Taylor, de 1876 et 1882). Ces premiers brevets pratiquent de ce que Maines appelle des “technologies socialement camouflées” (ou “camouflagées” pour re-franciser le gallicisme utilisé par l’auteure) : rien n’y indique clairement que l’orgasme est le but recherché par la friction ou le massage du bas de l’abdomen. Les machines elles-mêmes semblent fort innocentes.
Quelques années plus tard, juste avant la Première Guerre mondiale, le camouflage commence à tomber. Un dénommé John T. Keough, en 1912, dépose un brevet concernant un dilateur vibratoire, qui ressemble par certains côtés à un objet contemporain.
Le site de l’office des brevets des Etats-Unis, uspto.gov permet de retrouver tous les brevets américains (entre 1790 et 2005, mais avant 1975 la recherche est limitée aux numéros de brevet). Certains se sont amusés à proposer une sorte d’anthologie des “sexual devices” brevetés (pdf) aux USA, ce qui montre l’inventivité et l’esprit capitaliste de certains créateurs de godemichés. A la fin du XXe siècle, le “camouflage” laisse la place à l’expression directe : une recherche sur “dildo” trouve 16 brevets acceptés entre 1976 et juin 2004, une recherche similaire sur “orgasm” ou “sexual AND device” donne d’autres résultats. A partir de ces brevets récents, qui citent les brevets sur lesquels ils reposent, il est possible de retrouver en partie l’histoire des techniques sur lesquels reposent les vibromasseurs contemporains. Le US Patents Office a même créé différentes classes 600/38, 601/70, etc… destinées uniquement ou principalement à ces jouets pour adultes.
Le Bureau des brevets américains n’est toutefois pas uniquement consacré à la facilitation des orgasmes par le moyen des “sex toys”: la préservation de la “chasteté” a aussi fait l’objet d’un bon nombre de brevets visant à empêcher certaines formes de masturbation ou de pénétration.

Une comparaison rapide avec l’institut national de la propriété industrielle en France est bien décevante et ne permet pas de débuter une recherche : le service, doté d’un nom ronflant (“Plutarque”) ne donne pas accès à grand’chose et toutes les inventions semblent être d’origine étrangère (allemande ou britannique).

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1 commentaire

Un commentaire par Transs (15/09/2005 à 20:52)

Je passais chez Matoo.
Et dire que ces objets sont bourrés d’histoire c’est incroyable !! J’aurais jamais imaginé des trucs de brevet pour ca, c’est assez drole …