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La commission générale de terminologie vous parle

Billet publié le 25/09/2005

Lue récemment dans le Bulletin officiel de l’éducation nationale, une recommandation de la “Commission générale de terminologie et de néologie” :

COMMISSION GÉNÉRALE DE TERMINOLOGIE ET DE NÉOLOGIE
Recommandation sur les équivalents français du mot “gender”
NOR : CTNX0508542X
RLR : 104-7
RECOMMANDATION DU 22-7-2005 JO DU 22-7-2005
MCC
L’utilisation croissante du mot “genre” dans les médias et même les documents administratifs, lorsqu’il est question de l’égalité entre les hommes et les femmes, appelle une mise au point sur le plan terminologique.
On constate en effet, notamment dans les ouvrages et articles de sociologie, un usage abusif du mot “genre”, emprunté à l’anglais “gender”, utilisé notamment en composition dans des expressions telles “gender awareness, gender bias, gender disparities, gender studies…,” toutes notions relatives à l’analyse des comportements sexistes et à la promotion du droit des femmes. Le sens en est très large, et selon l’UNESCO, “se réfère aux différences et aux relations sociales entre les hommes et les femmes” et “comprend toujours la dynamique de l’appartenance ethnique et de la classe sociale”. Il semble délicat de vouloir englober en un seul terme des notions aussi vastes.
En anglais, l’emploi de “gender” dans ces expressions constitue un néologisme et correspond à une extension de sens du mot qui signifie “genre grammatical”. De plus, ce terme est souvent employé pour désigner exclusivement les femmes ou fait référence à une distinction selon le seul sexe biologique.
Or, en français, le mot sexe et ses dérivés sexiste et sexuel s’avèrent parfaitement adaptés dans la plupart des cas pour exprimer la différence entre hommes et femmes, y compris dans sa dimension culturelle, avec les implications économiques, sociales et politiques que cela suppose.
La substitution de “genre” à sexe ne répond donc pas à un besoin linguistique et l’extension de sens du mot “genre” ne se justifie pas en français. Dans cette acception particulière, des expressions utilisant les mots “genre” et a fortiori l’adjectif “genré”, ou encore le terme “sexospécificité”, sont à déconseiller.
Toutefois, pour rendre la construction adjective du mot “gende” (sic), fréquente en anglais, on pourra préférer, suivant le contexte, des locutions telles que hommes et femmes, masculin et féminin ; ainsi on traduira “gender equality” par égalité entre hommes et femmes, ou encore égalité entre les sexes.

La Commission générale de terminologie et de néologie recommande, plutôt que de retenir une formulation unique, souvent peu intelligible, d’apporter des solutions au cas par cas, en privilégiant la clarté et la précision et en faisant appel aux ressources lexicales existantes.

La même commission (3 femmes sur 19 membres, aucune au titre des “personnalités qualifiées”) s’est attaquée au mot “coach” et au préfixe “e-” (comme dans e-mail) et l’on peut trouver ses conclusions dans le même Bulletin officiel.

[yarpp]

4 commentaires

Un commentaire par ralphy (27/09/2005 à 14:06)

Si je comprends bien, on ne peut plus enlever du terme “sexe” sa connotation sexuelle en proposant “genre” à la place, quitte à faire un néologisme et ainsi faire évoluer la langue ?

Est-ce aussi la même commission à qui nous devons le terme absurde, car dénué de sens, “cédérom” ?

Un commentaire par cossaw (27/09/2005 à 14:48)

A la relecture, je ne suis toujours pas sûr d’avoir compris le “point” de leur dissertation oiseuse.
En dehors du fait qu’ils forment une bijection totale entre sexe (biologique, semble-t-il) et genre (en dehors du terme gens humana). Ce dont je ne suis pas sûr du tout…
Ont-ils essayé d’aller plus loin dans la lecture des textes socio ou psychologiques pour comprendre, justement, les distinctions que l’ont lève entre ces mots, et l’utilisation très spécifique du terme “gender”, justement dans les gender-studies ?

Un commentaire par Gratyn (27/09/2005 à 22:57)

Les langues qui n’évoluent plus, comme le latin, sont des langues mortes. Je ne savais même pas qu’il existait une commission chargée de freiner l’évolution de la langue française. Mais cela ne me surprend pas.

Il me semble tellement vain d’essayer d’imposer des “corrections” aux évolutions d’une langue. Leur proposition implicite de remplacer e-mail par cybercourrier est assez hilarante.

Un commentaire par coulmont (28/09/2005 à 10:46)

Il doit y avoir des débats, entre l’Académie française qui veut du “courriel” ou du “mèl” et la Commission qui veut du “cybercourrier” : ça doit être sanglant !

Je ne sais pas ce qui a été lu par la Commission pour produire leur Recommandation : certainement pas “Trouble dans le Genre / Gender Trouble” !

Un texte du PsyPère Tony Anatrella s’emportait déjà l’année dernière sur les méfaits du genre…