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Opération mains propres

Billet publié le 28/10/2006

Le New York Times propose aujourd’hui un bel et bref article sur l’usage des lotions antibactériennes par les hommes politiques américains. Nul doute que le même genre d’article se retrouvera, rapidement, dans la presse française. Les campagnes électorales, américaines comme françaises, soumettent en effet les candidats (et les candidates, mais peut être moins) à des séances de serrage de mains. Le documentaire récent sur Jacques Chirac (Phersu l’a remarqué) insistait sur cet aspect inévitable.
De nos jours, il semble que les mains soient (pull)avant tout vues comme des vecteurs microbiens(/pull) : les candidats, après avoir serré des dizaines de pattes, utilisent alors, discrètement, hors du regard de la foule, ces lotions réputées tuer 99,9% (ninety-nine point nine !) des germs.
L’article du NYT — c’est à mon avis son intérêt principal — essaie de trouver l’origine de cette mode. Sans y arriver totalement. Il donne alors l’image rapide d’une politique en réseau, où les idées circulent autant que les bouteilles de lotion :

Mr. Bush raved about hand sanitizer to Senator Barack Obama, Democrat of Illinois, at a White House encounter early last year. […] Mr. Obama has since started carrying Purell in his traveling bag, a spokesman said. […] Al Gore […] turned his running mate, Senator Joseph I. Lieberman, onto sanitizer in 2000, and Mr. Lieberman became an evangelist [sic]. […]

Une étude à la Bearman, “Chains of hand lotion”, serait fort intéressante. [des précisions sur l’étude de Bearman et al en français]
En anglais comme en français, “mettre les mains dans le cambouis”, “avoir les mains propres”, ont plusieurs sens, et le double entendre est permanent. Avec ce paradoxe que pour les hommes politiques (il n’y a pas de femmes dans l’histoire, sauf la femme d’un homme politique) serrer des mains, c’est l’occasion de rappeler qu’ils ont “les mains propres”. Et que s’ils ne peuvent publiquement se laver les mains (même si la monstration de l’hygiène corporelle est une valeur publique partagée par un bon nombre d’Américains), ils semblent adorer révéler qu’ils le font. Même ceux qui n’utilisent pas ces lotions reconnaissent que les foules cultivent “rhinoviruses, adenoviruses and the viruses that cause gastroenteritis“. Le gag récurrent de la série policière Monk (une série fortement sous-estimée en France, où C.S.I. / Les experts est salué par Télérama) est devenu réalité… et quand Monk, le détective panphobique, serrera la main d’un homme politique, les deux se laveront les mains.
Que font les candidats français ? Peut-on repérer une homologie structurale entre opinions politiques et usages de lave-mains divers et variés (bio, anticapitalistes, antimondialisation, national…) ?


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2 commentaires

Un commentaire par marcé (30/10/2006 à 16:34)

Bonjour Baptiste!

Peut-être que les hommes politiques, tels Ponce Pilate, se lavent les mains des affaires du peuple.

Un commentaire par Baptiste Coulmont (31/10/2006 à 8:17)

… mais ils lui serrent la main avant (ce que le Procurateur néotestamentaire évitait sans doute de faire, du moins en Judée).