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Les écoles à Paris – les sex-shops à Paris

Billet publié le 29/01/2007

Dans trois jours, la Commission des affaires sociales du Sénat examinera l’amendement au projet de loi sur la protection des mineurs interdisant l’installation des sex-shops à moins de 200m des établissements scolaires. J’ai eu l’occasion d’en parler auparavant, et de signaler l’évolution juridique que cet amendement représente.
Mais ce qui m’intéresse est d’essayer de comprendre ce que représente cette zone d’exclusion autour des établissements scolaires. J’ai décidé de me concentrer sur Paris. On trouve, pas facilement, mais en cherchant un peu, une liste des établissements scolaires maternels, primaires et secondaires sur internet, avec leur adresse postale. La liste n’est pas complète, je n’ai trouvé que 930 établissements. Une fois convertie en table, cette liste peut être “géocodée” à l’aide de googlemaps [il y a plusieurs solutions : soit utiliser cet exemple de HTTP geocoding qui nécessite PHP 5 et mysql, soit utiliser http://www.mapbuilder.net/]. Le géocodage consiste à transformer les adresses postales en coordonnées “latitude-longitude”. Ca a l’air simple, mais j’y ai passé plusieurs heures. Inutile de préciser que des solutions payantes et plus rapides existent, mais je n’y ai pas accès de chez moi.
Il est alors possible de générer une googlemap des établissements scolaires parisiens :
Ecoles a Paris
La densité faible d’écoles dans les seizième et septième arrondissements m’étonne : soit ma liste de départ est erronée, soit je n’ai que les établissements publics et pas les établissements privés. Mais je pense que cela ne remet pas en cause ce que je cherche à montrer.
Car ce qui m’intéresserait serait de pouvoir montrer que ce nouvel amendement aura pour conséquence l’impossibilité d’implantation de tout nouveau sex-shop à Paris. Ou alors de ne laisser libres que certains petits quartiers, comme pourrait le montrer cette carte fictive :
Carte fictive - 200m ecoles
L’on se retrouverait alors avec un résultat pervers : les députés et sénateurs contribueraient, par leur action, à la concentration des futurs magasins dans certaines zones, de petits réduits d’immoralité.
Plus généralement, ce “zonage inverse” est bâti sur l’établissement de zones protégées autour des écoles, que l’on pourrait sans doute appeler des zones morales. Dans la tradition de sociologie urbaine de l’Ecole de Chicago, l’étude de telles zones revêt son importance, mais est moins centrale, finalement, que l’étude des zones “démoralisées” ou vues comme telles — zones pauvres, quartiers noirs, quartiers de prostitution, ghettos. Et ces zones démoralisées naissent a priori du rassemblement de personnes partageant les mêmes caractéristiques.
Avec ce que je cherche à montrer, le processus est un peu différent : c’est la moralisation forcée de certaines zones urbaines qui donnerait naissance aux quartiers “rouges”, et pas le partage de caractéristiques essentielles.
Reste, bien entendu, à souligner, en conclusion, que je n’ai pas encore montré ce que je souhaite : je ne sais pas vraiment ce que donnera la représentation spatiale de l’interdiction, à moins de 200m des écoles, des magasins vendant des “objets pornographiques”.
 
Sur les sex-shops, je rappelle l’existence, encore virtuelle de Sex-shops, une histoire française (sortie le 20 avril 2007)…

Mise à jour (lundi 10h30 et mardi) :
Deux cents mètres de rayon représentent une distance moins importante que ce que j’imaginais — du moins à l’échelle de Paris. Voici donc une première cartographie représentant la zone de 200 mètres autour des écoles :
Carte version 01 - 200m ecoles
Si mes calculs sont bons, et si mes sources sont bonnes (ce dont je ne suis pas certain), il restera aux sex-shops “plein” de place où s’installer, du moins à Paris… En effet, les parcs et jardins (Rivoli, Luxembourg, Monceau, Buttes Chaumont…) restent libre. Les gares et voies ferrées aussi (Nord du 18e arrondissement, Est du 17e arr., …). Les “grands établissements publics” (ministères dans le 7e, Tour Eiffel) ainsi que les zones de bureaux seront fortement accueillants !
Carte version 01 – Les Ecoles et leurs deux cents mètres [au format PDF].

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10 commentaires

Un commentaire par Banana (29/01/2007 à 9:34)

Mais les “petits réduits d’immoralité” n’existent-ils pas déjà, quand on voit les Halles, ou Pigalle ? Ceci dit, il y a un lycée qui jouxte le boulevard de Clichy. Ont-ils l’intention de transformer tous les établissements des fameux 200 mètres en épicerie ou boui-boui à touristes ?

Un commentaire par aca (29/01/2007 à 10:25)

Ne négligeons pas l’effet bénéfique de cette réforme sur la réhabilitation de la rue de l’Université… On s’ennuie à mourir dans le VIIe, mais apparemment plus pour longtemps!

Un commentaire par Baptiste Coulmont (29/01/2007 à 10:25)

Si, bien sur que ces petits réduits existent !
Et comme la loi n’est pas rétroactive, les sex-shops déjà installés ne sont pas concernés, seuls le seront ceux qui chercheront à s’installer (une fois la loi votée).

Un commentaire par Baptiste Coulmont (29/01/2007 à 10:45)

Elle sera probablement plus animée le soir, la rue de l’université…

Un commentaire par aca (29/01/2007 à 14:08)

A quand une loi interdisant les sex-shops à 200m autour des couvents? (ou comment euthanasier la rue de l’Université…)

En complément, il serait intéressant de voir une carte google de l’implantation actuelle des sex-shops parisiens, mais ça prend sans doute un temps fou…

Un commentaire par Baptiste Coulmont (29/01/2007 à 14:33)

La carte des sex-shops de Paris ?
Elle est ici : carte des sex-shops de Paris en 2004… (avec une version PDF)

Un commentaire par aca (30/01/2007 à 9:18)

Merci pour la carte! Mais pourquoi ne pas représenter les zones de “mauvaise influence” des sex-shops (jusqu’à 200m, donc)? J’imagine que le projet de loi ne vise pas à limiter l’influence néfaste des écoles élémentaires sur les chiffres de vente des sex-shops…

Pour en savoir plus, il faut lire le bouquin qui sort en avril, c’est ça? ;)

Un commentaire par Baptiste Coulmont (30/01/2007 à 9:41)

La zone de mauvaise influence des sex-shops ? Difficile à mesurer (criminalité ? arrestations ? bruit la nuit ? prix de vente/location des logements situés au dessus ou dans la rue ? réputation ?)… Quelques études américaines ont montré qu’ils n’avaient aucun effet mesurable [études mentionnées rapidement ici : http://coulmont.com/blog/2005/04/20/ : Linz, D., Land, K., Williams, J. Ezell, M. & Paul, B. (2004). An Examination of the Assumption that Adult businesses are Associated with Crime in Surrounding Areas: A Secondary Effects Study in Charlotte, North Carolina. Law and Society Review, Volume 38, Number 1, pp.69-104, DOI : 10.1111/j.0023-9216.2004.03801003.x … sérieux, non ? ]
Sinon, en effet, il y a http://coulmont.com/livres/sex-shops/ (le bouquin)

Un commentaire par aca (31/01/2007 à 1:28)

Je pensais à la zone de “mauvaise influence légale”, c’est-à-dire telle qu’imaginée par le texte de loi. Elle se mesure plutôt bien, puisque nos députés estiment qu’à 199m d’une école ça ne va pas, mais qu’à 201m ça va… Il s’agirait juste d’appliquer le même rayon que pour les écoles, mais aux sex-shops.

Un commentaire par Baptiste Coulmont » Archives » La nouvelle loi : Interdire les magasins à sex-toys ! (02/02/2007 à 19:53)

[…] J’ai montré, dans un billet récent, il y a une semaine, que cela faisait bien plus que “rendre plus sévères les conditions d’installation” : cela interdit en pratique ces établissements à Paris. […]