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Démissionner ? Déménager ? Bloquer ?

Billet publié le 01/11/2007

Pourquoi nous ne démissionnerons pas, par Stéphane Bonnéry, Daniel Frandji, Sandrine Garcia, Mathias Millet et Philippe Vitale, publié sur l’excellent Liens-Socio à la suite de la lettre de démission d’un enseignant-chercheur.
A la suite d’une autre lettre publique, dans Le Monde, rédigée par des Directeurs d’Etudes de l’EHESS et de l’EPHE refusant de franchir le périphérique, un quotidien britannique (le Times online) s’interroge et ironise…

Philosophers, historians, economists and sociologists have lined up to denounce the suburb as a cultural desert, far removed from the Parisian café society they have known since the days of Jean-Paul Sartre. They say Seine-Saint-Denis – infamous as the centre of the 2005 race riots in France and known from its registration number, 93, as le Neuf-Trois – is a “zone lacking all the necessary tools for intellectual work”.

They claim the EHESS has fallen victim to a Machiavellian plot hatched by President Sarkozy’s centre-right Government in an attempt to dismantle an antiEstablishment bastion. The college is famed for producing some of France’s greatest left-wing thinkers, such as Pierre Bourdieu, the sociologist, and for its role in the May 1968 student protests in Paris.
Source : Thinkers say move is beyond reason

[Il y a quelques années, l’EHESS était hantée par une sorte de tueur fou… d’après un roman policier dont la relecture s’impose.]
Sans transition :
Agitation persistante dans une dizaine d’universités contre la loi sur l’autonomie écrit Le Monde…

l’agitation se développe dans une partie du monde étudiant contre la “loi Pécresse” sur l’autonomie des universités, adoptée en août. Prônant la “convergence des luttes” avec les salariés, les militants et sympathisants de différents mouvements d’extrême gauche – SUD-étudiants, JCR, FSE (Fédération syndicale étudiante) CNT (anarcho-syndicaliste) – ainsi que des “inorganisés” cherchent à propager le mot d’ordre d'”abrogation” de cette loi.

Si Paris 8 n’y est pas mentionnée, l’agitation (sic) s’y développe aussi. Témoin ces quelques banderolles…
Banderolles Pécresse
(Le “Grève generale” de la banderolle est plus un souhait, il me semble, qu’une description.)
Banderolle n.2 Paris 8
(“On t’aura”)
Un compte-rendu succint de la marche vers la grève et le blocage à Paris VIII, sur un blog inconnu.


L'ordinateur vous recommande:

  1. Blocages à Paris 8
  2. Université fermée
  3. Mes conditions de travail (suite)
  4. Blogs d’étudiants de Paris VIII
  5. CPE et Paris 8, suite
  6. Etudiants bloggeurs de Paris 8
  7. Ce qui se passe à Paris 8 (en partie)
  8. Ethno-photographie sélective d’une université
  9. Une université bloquée, Paris 8
  10. Grèves universitaires

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6 commentaires

Un commentaire par Déménagement à Aubervilliers: on en parle… « Le blog d’un élu étudiant de l’EPHE (01/11/2007 à 9:44)

[…] Mise à jour: un autre post de Baptiste Coulmont (merci à l’auteur de devancer ma lecture de son blog…) Publié par ssarlin rempli […]

Un commentaire par C.A. (01/11/2007 à 10:46)

La lettre de Bonnéry et al. est un monument de mauvaise foi.

– Dans leur paragraphe de défense du système des commissions, les auteurs semblent considérer que leur texte apporte des “rectificatifs” alors qu’il confirme parfaitement l’hypocrisie de la situation actuelle.

Parce que le système est défendable sur papier, les auteurs oublient de préciser que les sélections injustifiables sur critères scientifiques abondent, que les moyens de recours sont faibles en pratique, et que lesdits comptes-rendus de commission ne sont pas systématiques ou très parlants, tout comme les appels à candidature.

“Comme dans le privé” — les auteurs suggèrent la métaphore, filons-la — le profiling prend place en grande partie dans la partie immergée de l’offre d’emploi.

La rhétorique qui consiste à répondre aux critiques en indiquant que la réforme en cours est moins désirable que le statu quo est une technique d’évitement assez comique.

– Dans les paragraphes de défense de la froideur égoïste des enseignants-chercheurs, il y a contradiction : d’une part, ce serait une généralisation abusive, d’autre part, ce comportement serait structurel et attribuable à la concurrence exacerbée. Faudrait savoir !

Concernant l’effet généralisant du propos, les gardes-fous sont dans les premières pages de la lettre de critique. Concernant l’accusation structurelle, c’est parfaitement ridicule, présenter des titulaires de postes à vie comme s’ils marchaient sur un fil de rasoir ne fait aucun sens, à moins de considérer que la totalité du métier se résume une course à la promotion. Jolie vision…

Cette réponse est beaucoup plus arrogante que les “sarcasmes” auxquels elle veut répondre, et elle rate sa cible à plusieurs reprises. C’est dommage.

Un commentaire par clic (01/11/2007 à 11:33)

Il faudrait que les sociologues se calment un peu et réfléchissent parce qu’en ce moment on atteint le comble du ridicule. La lettre de Dunezat abordait des problèmes intéressants, quoi qu’on puisse penser de l’outrance de ses propos (et des analyses qu’il faisait) mais la pente était savoneuse.
Là, on a en peu de temps une tribune qui nous explique que mettre l’EHESS en banlieue c’est tuer les sciences humaines (non sans rire, pourquoi pas “l’intelligence” voir “la liberté de penser”… “Florent Pagny avec nous!”) et un courier pathétique dégoulinant de corporatisme et d’idéologie politique (ils souscrivent au pire de Dunezat sans vouloir le reconnaître: l’idée que les problèmes sont en réalité liés au libéralisme et à Sarkozy: toute analyse institutionnelle est passée à la trappe. L’institution est merveilleuse quand elle peut fonctionner, le problème c’est qu’on veut la “démanteler”: c’est à se demander si ces gens ont vraiment étudié un tout petit peu de sociologie. Je suis triste d’avoir eu raison: j’avais dit craindre que le débat ne finisse par porter là dessus dans mon premier commentaire sur le précédent billet).
Bref, avec tout ça, on a l’air de branquignole. Comment voulez vous que les sociologues arrêtent de passer pour des idéologues notoires et aveugles au monde qui les entoure si l’on continue à sortir des trucs de ce type dans les semaines à venir?

Un commentaire par Valerio (03/11/2007 à 0:50)

Je trouve que cette délocalisation n’est pas encore assez ambitieuse: Stains serait quand même plus propice encore à l’interaction des cultures et à l’agissement de la vraie démocratie dont ces sociologues sont les hérauts!

On pourrait aussi leur proposer d’y effectuer 2 heures d’enseignement en collège afin de mieux comprendre les citoyens en déshérence?

Un commentaire par Denys (03/11/2007 à 9:53)

Tiens, Stains, justement. Hier soir, j’écoutais d’un oeil ce reportage de France 3 sur le Clos Saint-Lazare, haut lieu du commerce de toute espèce de drogue. Comme souvent, pas grand chose d’autre à en tirer que le portrait de l’héroïsme journalistique travaillant en conditions extêmes. Le Clos Saint-Lazare, à Stains, c’est sur l’avenue de Stalingrad ; et à Saint-Denis, au bout de cette avenue, y’a quoi ?

Maintenant, avec un regard externe et largement naïf, je m’étonne, par exemple, de la façon dont ces sociologues polémistes traitent la question du localisme. Mettons que le système soit parfait et que chaque université soit en mesure de recruter le meilleur candidat, sans plus définir ce qu’on entend par meilleur. Les meilleurs, on sait où ils sont, puisque les écoles d’élite, ENS et EHESS, sont là pour les accueillir. Ce qui a deux conséquences : d’une part, la compétition entre universités pour attirer ces rares élus profitera aux plus grosses, et confirmera la dévaluation de celles qui le sont déjà. D’autre part, les enseignants, en particulier dans ces petites universités, formeront des étudiants qui ne pourront ignorer que leurs chances de devenir universitaires sont nulles, ce qui ne doit guère être motivant. Le localisme deviendrait alors un moyen, en quelque sorte, de rétablir un équilibre face à la concurrence déloyale que les grandes institutions livrent aux petites universités. Evidemment, on pourrait imaginer un système qui proscrirait le localisme au niveau national, comme dans le cas que l’on nous présente des Etas-Unis. Mais au peut douter des capacités de l’Etat à faire respecter une telle règle, et en l’absence de contrainte forte on retrouverait des problèmes classiques de resquilleurs et de passagers clandestins.

Je dis pas que j’ai raison, hein. Mais on pouvait attendre de sociologues autre chose comme analyse qu’une position normative, et sentimentale.
(et j’espère ne pas avoir contribué à encombrer la file d’attente devant le bureau des pleurs)

Un commentaire par Baptiste Coulmont (03/11/2007 à 10:18)

> Denys. Comme le dit Olivier Godechot ( http://olivier.godechot.free.fr/hoparticle.php?id_art=387 ) :
“Il y a inégalités et inégalités. Le monde académique, fondamentalement inégalitaire, estime généralement que les inégalités en matière de capacité d’enseignement et de recherche sont légitimes et qu’elles doivent être consacrées et que les inégalités dans d’autres dimensions extra-scientifiques et extra-pédagogiques (sexe, richesse, origine sociale, relations, etc.) sont illégitimes et non-pertinentes.
En empêchant le biais local de se manifester, on oblige les universités à choisir entre des extérieurs qu’elles connaissent moins. Elles seront sans doute plus enclines à utiliser des critères académiques pour faire leur choix. Cela favorisera les docteurs extérieurs qui ont plus de publications, qui ont manifesté leur capacité d’exposition par la réussite à des concours et qui bien souvent viennent des établissements les plus prestigieux. “