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Archive for 2007

Petites et grandes choses en liste (7)

Commençons par un peu de bonne sociologie : « L’externalisation des illégalités. Ethnographie des usages du travail “temporaire” à Paris et Chicago [PDF] » est une collaboration de Nicolas Jounin (qui commence sa carrière de maître de conférences en sociologie à l’université Paris 8) et Sébastien Chauvin (dont les travaux ont été récemment entrevus ici-même, ou — il y a quelques années — mentionnés ici aussi).
Le résumé annonce la couleur : « cet article s’intéresse à la manière dont le recours à l’intérim est devenu l’occasion d’une « externalisation des illégalités ». Une telle dynamique, qui ne se laisse guère approcher que par l’observation directe des usages du travail temporaire, autorise une révocabilité accrue des salariés, une réduction de leurs revenus, ou encore l’emploi d’étrangers sans titre. Les entreprises utilisatrices d’intérim en bénéficient sans avoir à en assumer les risques judiciaires ou réputationnels. »
Les entreprises d’intérim jouent en quelque sorte un rôle d’assurance. C’est l’examen de cette assurance en France et aux Etats-Unis, à partir de deux enquêtes par observation, que Chauvin et Jounin entreprennent.
Je ne vais ici que citer certains exemples de ces illégalités assurantielles structurelles. Le premier exemple a beaucoup à voir avec l’objectif de réduction du prix de la main d’oeuvre :

Sur le terrain français, l’usage veut qu’on ne fasse pas signer de contrat aux intérimaires, ou seulement en fin de « mission » (ce qui permet une régularisation de l’opération ex post), alors que selon le Code du travail, il doit être signé dans les 48h suivant le début de la mission. L’objectif comme le résultat de cette pratique sont de pouvoir renvoyer les intérimaires à tout moment. Sans cette illégalité fondamentale assurée par un tiers, le recours à l’intérim (qui implique de rémunérer l’intermédiaire) aurait moins d’intérêt que le contrat à durée déterminée (qui présente les mêmes modalités d’établissement et de rupture). Routinière et rarement contestée, une telle pratique suggère que l’illégalisme n’est pas l’anomie.
(…)
Aux Etats-Unis : une entreprise a bien aujourd’hui le droit de supprimer les « benefits » de l’ensemble de ses salariés (en d’autres termes, de s’auto-exonérer de charges sociales qui seraient, en France, obligatoires). Mais si elle ne le fait pas pour l’ensemble de sa main-d’œuvre, elle risque d’être poursuivie en justice pour discrimination6. Si elle souhaite le faire, il lui est donc recommandé de segmenter sa main- d’œuvre en trouvant des statuts d’emploi alternatifs pour le reste de ses salariés. (…) l’externalisation de la main-d’œuvre par l’emploi durable de « permatemps » constitue donc un moyen privilégié d’exclure ces derniers des bénéfices sociaux stipulés dans la convention collective ou l’accord syndical.

Le deuxième exemple est centré sur le statut illégal de certaines agences d’intérim, qui peuvent ainsi supporter les coûts de leurs entorses au droit du travail :

Dans l’intérim en France, certaines agences se montent le temps de quelques mois, ne déclarant aucun de leurs salariés à l’URSSAF, fermant avant d’avoir été contrôlées. (…) Dans le travail journalier à Chicago, beaucoup d’agences situées à l’écart de la ville, loin de la capacité de contrôle d’un Département du Travail de l’Illinois en sous-effectif chronique (77 personnes en 2006, dont 7 inspecteurs), ne sont pas déclarées, ou déclarées auprès de certaines institutions (comme le Department of Motor Vehicles) et pas d’autres (comme le Département du Travail) alors même qu’elles peuvent par ailleurs faire de la publicité dans l’annuaire ou sur internet. Certaines opèrent dans des arrière-cours, des garages de maisons individuelles, d’autres, sans locaux, à des coins de rue à certaines heures matinales.

Le dernier exemple insiste sur certaines modifications du régime d’assurance :

A terme, si la fonction assurantielle des intermédiaires de main-d’œuvre est trop sollicitée (par des mises en causes judiciaires notamment), il importe de trouver des solutions alternatives. En France, dans le métier du ferraillage de chantier, un changement s’opère actuellement, qui vise à substituer progressivement un type d’intermédiaire à un autre. Jusqu’au milieu des années 2000, les entreprises de pose d’armatures (qui, elles-mêmes, doivent leur naissance à un mouvement d’externalisation dans les années 1980) ont eu recours principalement à des intérimaires, qui constituaient au moins les deux tiers de leur main-d’œuvre, le reste étant surtout composé de cadres de chantier embauchés. Ces intérimaires, étrangers, souvent maghrébins, étaient aussi fréquemment sans-papiers. Mais sur un nombre croissant de chantiers, les entreprises utilisent désormais un autre mode de mise au travail : la prestation transnationale de services, par le biais d’entreprises polonaises détachant leurs salariés. L’argumentaire des responsables du ferraillage fait expressément référence au problème que posait la présence de sans-papiers dans le contexte d’une augmentation des contrôles menés par les pouvoirs publics. (….) le contrôle des illégalités est rendu beaucoup plus difficile, car il nécessite souvent de collecter des données dans le pays d’origine de l’entreprise.

L’étude des illégalismes — séparée de toute étude des “scandales” ou “polémiques” — m’a intéressé : ils sont structurels, leur étude permet de comprendre les stratégies des entreprises ; ils sont aussi, parfois, indicibles.

Continuons par une salade composée de liens divers en rapport avec l’Université Paris 8 :
NNN NNN [lien effacé sur demande de l’auteure], étudiante, voit ses sapins brûler :

10 mois après avoir mis le feu dans le jardin qui donne dans la rue, hier soir « ils » ont recommencé ! Cette fois-i c’était dans la soirée. Une femme nous a prévenus que nos sapins étaient encore entrain de griller. Heureusement qu’elle nous a prévenu car nous n’avions rien entendu.

Les dessous d’un département (Sciences de l’éducation) sont dénoncés de manière fort peu transparente (car anonyme) :

Bonne ambiance à la fac ! Certains profs post-libertaires se comportent comme de vulgaires employeurs. Bref, je crois qu’ils vont expérimenter le boomrang expérentiel en ligne (…)
Vous voulez tout savoir ! Vous voulez des noms ! Des anecdotes ! Et surtout comprendre les enjeux des luttes sans merci que se livrent 2 labos recrutant leurs mercenaires parmi leurs étudiants.

Le blog du département d’anthropologie de l’université Paris 8 a repris : « Pendant tout un semestre, la voix nous manquait, les bras nous en tombaient… » Magie de la chirurgie (ou des grandes vacances…) les bras (et les doigts) ont repoussé !

Une vidéo de Paris 8 sur youtube :

Elodie N.Y. arrive en master de géopolitique à Saint-Denis… et son sujet semble très intéressant :

J’étais à Paris il y a 10jours pour régler les problèmes d’inscription en master et me trouver un appart. Mission accomplie, non sans difficultés. Je vais donc finalement en Master de Géopolitique, spécialité Enjeux territoriaux et gestions des conflits de pouvoirs… à Paris 8. Et cours, euh uniquement 1 jour par semaine, le reste du temps, je dois bosser sur mon mémoire, que je fais sur devinez quoi ??? Un projet d’urbanisme très controversé à Brooklyn, Atlantic Yards.

Petit Sucre raconte quelques interactions avec les secrétariats (cette scène se passe à Jussieu) :

J’aime pas la secrétaire des L3. Déjà, elle ne me plaisait pas beaucoup au 1er semestre,(cf tout 1er article) mais là, je crois que c’est encore pire. Pour plus d’anonymat, (mais surtout parce que je ne connais pas son vrai nom), nommons la Martine, en référence à une célèbre secrétaire de ParisVIII du même nom (et surtout du même genre).
Il y a à peine 2 semaines, après les resultats des partiels, Claire, Joëlle et moi sommes passées au secrétariat de L2 maths pour quelques questions sur les rattrapages et inscription en 3ème année…et Martine était là (on se demande pourquoi d’ailleurs; comment un bouledogue pareil peut etre “amie” avec des anges comme les secretaires de L2) et bien évidemment, c’est elle qui nous a répondu:
“Pour les rattrapages, bah c’est évident ! Faut faire un papier comme quoi vous voulez participer a telle épreuve tout en precisant que vous conservez la compensation. Et puis faut nous l’apporter c’est pourtant logique !!!”
“…et puis on a reçu un papier pour les inscriptions de L3 mais il n’y a pas de date precise dessus alors on aurait voulu savoir quand….”
“Rho mais c’est pas vrai ça !!!! C’est ecrit sur le site ! vous avez qu’à chercher c’est tout !!!!”
Bon, acquiessement de notre côté…on s’est dit qu’on était peut être tombé à un mauvais moment, ou un mauvais jour (ou autre excuse bidon nécessitant une mauvaise humeur chronique face à toute personne de moins de 25 ans).

ErasmusAthènes est le blog d’une étudiante de Paris 8 :

[La responsable des programmes d’échanges internationaux] m’a tout de suite conseillée d’aller en Grèce, (ils parlent anglais et les cours sont en anglais) et m’a donné le site Internet de l’école des Beaux Art d’Athènes car c’est avec cette école que l’université où je suis inscrite est partenaire. (À savoir l’université Paris 8).
Je suis allée voir ce site, (en grec et en anglais) où il y avait marqué « sculpture » « cours de nu » « marbre » « scénographie » etc. ! Il y avait des annexes de l’école situées sur les iles où les étudiants peuvent aller y travailler pour leur projet de pratique artistique, et où ils sont logés gratuitement.

SofyyAthènes est aussi le blog d’une étudiante de Paris 8 en séjour Erasmus à Athènes (et d’ailleurs la précédente en parle) :

je continue une partie de mes études en Grèce histoire de changer d’air, de connaitre une toute autre vision du monde, une culture bien que européenne mais si différente de notre bonne vieille France. Cette aventure je l’ai entreprise avec une camarade et bonne amie Sonia.

Continuons avec les échanges : How’s That For Apples vient d’Outre-Atlantique :

At the Sorbonne, I’m taking Métiers de L’Ecrit (careers in writing); at Paris VIII, the institute for feminine studies, I’m taking Ecrire devant la Mort (writing before death). I’m a little nervous about the university courses. They start next week.

Retour aux histoire de secrétariat, cette fois-ci à Saint-Denis… J’ai du mal à comprendre pourquoi l’inscription des étudiants à l’université peut être aussi compliquée, à Paris 8. Chaque année, on trouve sur internet des plaintes, justifiées à mon avis, d’étudiants ne comprenant pas le système. Cette année, une étudiante américaine, Elaine, décrit :

Then I went to St. Denis to register for classes. Pure. Mayhem. SFSU has got it EASY: you go online and you put in your number for the class, and you press a button. Not here. You go to the secreteriat’s office, you look at a posting of classes and make your schedule there, and then you wait in line to speak to the secretariat so that she can put you on the list for each class. It’s a nightmare. This poor Japanese girl who’s in the foreign language program (but not through MICEFA) had freaking tears in her eyes, but this nice guy who works there (he had helped me out too), was explaining everything to her. I felt really bad. But you gotta be tough here. No one’s going to hold your hand.

Faut-il traduire ? “Et je suis allée à Saint Denis pour m’inscrire en cours. Un… Véritable… Désordre bordélique… (Il faut) aller dans un secrétariat, regarder une liste des cours et construire sur place son emploi du temps. Et ensuite, il faut attendre, faire la queue, pour parler à la secrétaire afin qu’elle te mette sur la liste, pour chaque cours. C’est un cauchemar ! Cette pauvre japonaise (…) avait des larmes aux yeux. (…) Je me sentais mal. Mais il faut être fort ici ! A Paris 8, no one can hear you scream” (la fin de la traduction est libre…)
Et toujours… : une liste partielle de blogs liés à Paris VIII
Terminons par un exemple de l’élasticité politique de la RATP. L’Hommage à Guy Môcquet de la station de métro Guy Môcquet était en déliquescence depuis plusieurs quinquennies. Sa fameuse lettre, couverte de la poussière collante et grise du métro, était jaunie par les ans. Mais l’actualité récente du jeune résistant communiste a poussé la Régie autonome des transports parisiens à la bougeotte :
Hommage à Quy Mocquet

L’illétrisme, sic

J’ai reçu aujourd’hui une demande de collaboration d’une maison d’édition, que j’appellerai “Ovale” :
Editions Ovales
Les OGM… hmmm… m’intéresse pas. Le nucléaire… bof bof… Le cerveau qui fuit… m’arrive trop souvent… Qu’y a-t-il d’autre… Oh, ça semble intéressant :
Editions Ovales
Faut-il leur envoyer l’adresse de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme ? Où est-ce la preuve que c’est vraiment “le premier des chantiers” ?

La chasse aux godes

J’ai déjà eu l’occasion de souligner que les godemichets étaient interdits en France au début des années 1970. Tout comme diverses représentations pornographiques, ils constituaient un outrage aux bonnes moeurs (voir ici l’activité du tribunal de grande instance de Paris en 1971).
Mais l’interdiction des godemichets était-elle “réelle” ? Jusqu’où les divers acteurs du monde judiciaire ou policier se mobilisaient-ils pour les interdire sur le territoire français ?
J’ai trouvé un exemple — peut-être extraordinaire ou folklorique — dans des archives judiciaires. Notez : afin de protéger les personnes impliquées, j’ai modifié une partie des caractéristiques.

Au tout début de la décennie 1970, le Commissaire divisionnaire chef de la brigade mondaine envoie au procureur de la République ce rapport suivant :

Objet : enquête de flagrant délit,
J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint la procédure établie à l’encontre du nommé F…. Emile, Simon, né le 24 février 1914 à Montreuil (Seine Saint Denis), domicilié [17e arr], susceptible d’être inculpé d’Outrage aux Bonnes Mœurs
Après plusieurs surveillances, les officiers de Police de ma Brigade ont procédé le 24 courant à 19 heures 45, à l’angle de l’Avenue des Champs Elysées et de la rue Pierre Charron à Paris 8ème, à l’interpellation du nommé F… Emile qui tentait de vendre une certaine quantité de godmichets [sic].
La fouille effectuée à l’intérieur de la voiture du susnommé a permis de saisir et placer sous scellé un carton contenant 19 godmichets et un lot de petits objets en matière plastique adaptables sur ces godmichets.
Au cours de la perquisition à laquelle il a été procédé, 8 Bd […], deux films obscènes ont été saisis et placés sous scellés.
F… Emile a reconnu avoir fabriqué lui-même ces objets contraires aux bonnes mœurs, et en avoir déjà vendu une vingtaine à raison de 10 ou 15 francs pièce.
Quant aux deux films pornographiques découverts à son domicile, il prétend qu’ils ont été abandonnés chez lui par un ami, et affirme ne pas en faire le trafic.
En raison de son état de santé (il souffre d’un infarctus), et compte tenu des garanties de représentation offertes, le sieur F… Emile a été laissé libre aux charges d’usage.
[signé – le commissaire divisionnaire]

Que constate-t-on : une personne était surveillée (la soupçonnait-on de vendre des “godmichets”?). La découverte de ces objets n’a pas rendu la surveillance inutile : à partir de la découverte de ces objets, une inculpation pouvait être imaginée.
Mais que constate-t-on encore ? Ces godes étaient fabriqués par le vendeur. Il ne s’agissait pas d’un trafic international, ou d’une fabrication à l’échelle industrielle. Le fabricant était ici aussi le grossiste et le détaillant. L’illégalité de la pornographie conduisait-elle à une multiplication des petites entreprises ? A la lecture de ces archives, il me semble que oui.
Mais pour mieux comprendre cette affaire, il faut remonter un jour plus tôt, quand le subordonné du commissaire divisionnaire écrit à ce dernier :

Début NNNNN 1970, un renseignement condidentiel, parvenu à notre service, nous faisait savoir qu’un individu domicilié dans le 17e arrondissement, propriétaire d’une vieille simca immatriculée XXXX NN 75, vendait des godmichets.
Le propriétaire de la Simca était identifié. Il s’agit du nommé F… Emile (état-civil mentionné en tête du présent). Cet individu avait été interpellé par notre service en 1967, et ce dans les circonstances suivantes.
– – –
Le X NNN 1967, au cours de l’exécution de la commission rogatoire n°XXX en date du NN XXXX 1967, délivrée par Monsieur U*** juge d’instruction, du chef d’outrages aux bonnes mœurs par la voie de photographies ; une perquisition effectuée au domicile du nommé F… Emile 8 bd […] à Paris 17e et dans un local commercial, 55 rue de … à Paris 8e, permettait la découverte d’objets contraires aux bonnes mœurs, qui n’entraient pas expressement dans le cadre de la délégation.
Il s’agissait de « godmichets » et du matériel nécessaire à leur fabrication.
Monsieur U***, informé, prescrivait la Brigade Mondaine de poursuivre l’enquête en flagrant délit.
Le nommé F… reconnaissait avoir fabriqué une cinquantaine de « godmichets ». Sur ce nombre une trentaine aurait été commercialisée, à raison de 20 à 30 francs l’unité, permettant à F… de réaliser un bénéfice de l’ordre de 1000 à 1500 francs.
– – –
Plusieurs surveillances étaient exercées aux abords du 8 Bd … domicile de l’intéressé.
Ce jour à quinze heures trente, nous pouvions voir le nommé F… Emile sortir de l’immeuble et prendre place à bord de sa voiture garée sur le trottoir devant le n°8 du Bd […]
Il prenait la direction du bois de Boulogne. La circulation intense à l’entrée du bois ne nous permettait pas de continuer la filature.
Nous reprenions la surveillance boulevard de […]. A 17 heures 15 le nommé F… rejoignait son domicile toujours au volant de son véhicule puis repartait quelques instants plus tard pour se rendre Avenue des Champs Elysées. Il garait sa simca sur la contre-allée à hauteur de la rue Pierre-Charron.
Le Sieur F… pénétrait à l’intérieur du café Le Colisée, avenue des Champs Elysées, porteur d’un porte document et d’une petite mallette bleue de la Pam-Am.
Manifestement à la recherche d’une personne, l’intéressé détaillait les nombreux clients de l’établissement puis se rendait au sous-sol pour téléphoner. Il demandait ensuite à l’un des garçons si l’on n’avait pas demandé Monsieur F… Le garçon répondait par la négative.
L’intéressé s’installait ensuite à une table à l’intérieur du Colisée, face à l’entrée du café.
A 19 heures, il quittait cet établissement, puis, semblant trés (sic) méfiant faisait du « lèche vitrine » sur les Champs Elysées jusqu’à 19 heures 45, heure à laquelle il regagnait son véhicule. Nous l’interpellions à ce moment là, après avoir décliné nos qualités.
Monsieur F… reconnaissait spontanément que son véhicule contenait des « godmichets », qu’il s’apprétait à vendre à un client, répondant au prénom de Roger. Il précisait qu’il n’avait pu encore rencontrer le dit Roger, dont il ignorait tout.
[signé : l’officier de police principal]

On peut presque sentir l’atmosphère — nécessairement enfûmée — de la chasse au gode en 1970 : les policiers de la Mondaine recevant, en échange d’un service, les confidences d’un indicateur, mettant en route une enquête, identifiant le propriétaire de la simca, se cachant — en planque — devant son domicile. Le “Colisée”, bistrot quelconque, enfûmé lui aussi. Le garçon, essuyant les verres, les policiers, entrant (ils commandent un demi, puis un autre, ils restent au bar) et cherchant à repérer le vieux “à la mallette de la Pam-Am”. Le vendeur de godes, qui, étrangement, court un peu partout dans Paris.
Emile F… est “connu des services” : en 1967, il a déjà été coincé… pour “OBM” (outrage aux bonnes moeurs). Il fabriquait déjà, de manière artisanale, des godes. Il est possible que, suite à l’indication confidentielle et à la découverte qu’il s’agissait bien d’un fabricant-détaillant de godes, les policiers avaient presque la certitude qu’Emile F… vendait toujours ses gadgets.
Ce qui m’intéresse ici, c’est que cela n’a pas poussé les policiers à conclure que le surveiller était du temps perdu. Prendre sur le fait un dealer de godes était suffisamment motivant pour s’astreindre à une surveillance et à une filature. Les godemichets faisaient bel et bien l’objet d’une interdiction, et le respect de cette interdiction pouvait mobiliser les officiers de police…et, par la suite, le procureur et le juge.

Au cours de l’audition d’Emile F… on apprend qu’il a quelques connaissances techniques, principalement mécaniques, et qu’il est représentant en matériel cinématographique [les policiers trouvent d’ailleurs chez lui deux films pornographiques]. Cette audition ne nous apprend pas grand chose d’autre. Mais les policiers semblent s’intéresser aux origines des “godmichets” : se pourrait-il que les personnes ayant fourni les matériaux soient au courant de leur destination finale ? Cet “outrage aux bonnes moeurs” implique-t-il d’autres personnes. Emile F… ne va impliquer personne (du moins publiquement) : il ne connait personne, ni “Roger”, ni les autres acheteurs :

Ce soir au moment où j’ai été interpellé par les policiers, j’avais dans mon véhicule des godmichets. J’avais rendez-vous au pont de Puteaux avec un certain Roger, qui m’avait téléphoné et à qui je devais montrer et vendre éventuellement des godmichets. Je n’ai pas trouvé cette personne et sachant que ce Roger fréquentait le café Le Colisée avenue des Champs Elysées, je me suis rendue (sic) à cette adresse. Le prénommé Roger devait me reconnaître à mon sac bleu de la Pam-Am. Mais je n’ai pu le rencontrer.
[…]
Comme je vous l’ai dit, j’ai déjà été interpellé par vos services en 1967 pour ce même motif. Depuis j’avais totalement cessé ce trafic. Ce n’est qu’au mois de septembre 1969 que j’ai recommencé à fabriquer des godmichets.
J’ai dû en fabriquer environ quarante, sans plus. Je les ai fabriqués chez moi. Pour ce faire, j’ai utilisé deux moules en plâtre que j’ai confectionné moi-même, et le four de ma cuisinière.
En ce qui concerne la pâte, j’emploie du polyéthylène replastifié à l’huile vaseline.
En ce qui concerne le polyéthylène, je l’ai obtenu gratuitement en échantillonnage, auprès de la maison Rhône-Poulenc, rue NN NN à Paris. En ce qui concerne l’huile de vaseline je me suis fourni chez des droguistes.
A cette époque mon amie Claudine G… était absente. Elle était en vacances chez sa mère dans l’Indre et Loire.
Je vous affirme que mon amie n’est pas au courant de ce trafic.
En dehors de ces quarante godmichets je n’ai pas fabriqué d’autres, car j’ai en fait du mal à les écouler. Comme je vous l’ai dit précédemment, jusqu’à présent j’ai du réussir à en vendre environ une vingtaine, sans plus.
En dehors de toute main d’œuvre, j’estime que la fabrication d’un godmichet me revient à environ 0 francs 60.
En principe, je vends ces godmichets à raison de 10 ou 15 francs pièce.(…)
En ce qui concerne la vingtaine de godmichets que j’ai déjà vendus, je ne puis vous apporter aucune précision sur leurs acheteurs. Il s’agit en fait de relations qui m’étaient adressées par d’autres relations. J’ignore leurs noms et leurs adresses. Je ne puis rien vous dire à ce sujet.
J’ai fabriqué à nouveau des godmichets parce que, d’une part j’ai été sollicité, et d’autre part j’ai appris que des firmes étrangères en vendaient en France, et j’en ai déduit que cela était maintenant plus ou moins autorisé.
Comme je vous l’ai dit, j’ai eu des difficultés à vendre ces godmichets, et je n’ai pas l’intention de poursuivre ce trafic.
En ce qui concerne les deux films obscènes découverts à mon domicile, je les détiens chez moi par un ami qui réside habituellement à Dakar. Je ne l’ai jamais revu depuis.
Je n’ai jamais utilisé ces deux films et n’ai jamais cherché à les vendre.

Peut-on faire de l’herméneutique à partir du discours d’Emile F… ? Nous ne disposons pas des questions des policiers, et la transcription n’est probablement pas verbatim. La structure de l’audition doit certainement reprendre un modèle habituel qu’il va me falloir saisir. Tout ce qui est écrit, ici, a pour but de minimiser les risques : Emile F… restreint le cercle des impliqués à lui seul. Il, seul, a fabriqué. Lui, seul, a été acheter (ou soutirer) les matériaux de base. Son amie n’est pas au courant. Les clients ? Disparus !
Emile F… semble se contredire : il dit presque simultanément que s’il a recommencé à fabriquer ces objets, c’est suite à des demandes, et qu’il a du mal à les écouler. Il laisse sous-entendre l’existence de réseaux d’interconnaissance (“des relations qui m’étaient adressées par d’autres relations”) qui permettaient à la pornographie de circuler.
Ces relations s’arrêtent-elles au monde de l’achat… ou sont-elles aussi liées à la production. Emile F… est-il réellement un fabricant ? N’est-il pas plutôt un intermédiaire ? La perquisition ne repère pas de moule en plâtre (en 1970 du moins, car en 1967, le “matériel nécessaire à la fabrication” est indiqué). D’autres objets sont découverts avec les godes, que les policiers décrivent comme «soixante neuf objets en matière plastique adaptables sur ces godmichets». On ne sait pas d’où viennent ces objets.
L’hypothèse du petit fabricant de gode, utilisant une recette connue de lui seul, ou circulant — souterraine — parmi les petits dealer de porno, me séduit pourtant. Elle me séduit, parce qu’il est alors possible d’opposer ce mode de fonctionnement (illégal, semi-secret, basé sur l’interconnaissance et des signes de reconnaissance étranges — la Pan-Am…) à ce qui se met en place au même moment : un marché de la pornographie en voie de légalisation encadrée, avec ses gros acteurs commerciaux, ses circuits, ses modes de gestions…

Suites : dix mois plus tard, en première instance, Emile F…, défaillant, sera condamné à neuf mois de prison et cinq cent francs d’amende, « attendu qu’il résulte des documents de la cause et des débats la preuve qu’à Paris, courant mil neuf cent soixante dix, et plus spécialement le vingt quatre NNNNN mil neuf cent soixante dix, en tout cas depuis temps non prescrit le nommé F… Emile a fabriqué, détenu en vue d’en faire commerce, transporté, vendu, offert, même non publiquement, des godmichets (sic), objets contraires aux bonnes mœurs».

Menaces sur les sciences sociales ?

Depuis quelques jours, certaines communications concordantes laissent accroire l’élaboration d’une destruction des sciences sociales françaises.
Le ministre Goulard avait, il y a quelques semaines et sur un mode michelsardouiste, décrit la filière “E/S : Economique et sociale” du secondaire comme une usine à chômeurs. Le Gizmoblog en avait parlé. C’est sa suppression programmée qui est maintenant mentionnée (sur Rue89).
L’association “Positive Entreprise” trouve que les manuels scolaires de seconde ne sont pas assez gentils avec les dirigeants d’entreprise. Un peu comme les associations de créationnistes américains (pardons, de “intelligent design“) qui considèrent que la science officielle est idéologique, ou les associations catholiques s’opposant à la contraception, “Positive Entreprise” estime son expertise amateure supérieure à celle des professionnels de l’éducation. Dans leur dossier de presse très bien diffusé (France Inter s’en est fait l’écho fidèle ce matin), leurs conclusions sont sans appel : il faut faire plier les auteurs des manuels à une “vision objective” (i.e. celle de “Positive Entreprise”) :

L’association Positive Entreprise lance ainsi un appel à l’ensemble des parties prenantes (Ministère de l’Education Nationale, Corps enseignant, parents d’élèves, étudiants, Entreprises…) pour réactualiser les données des manuels scolaires et proposer une vision objective et si possible optimiste du monde de l’entreprise. Un enjeu majeur pour mieux armer les jeunes français qui sont souvent désorientés dans les premières années de leur vie active.

On trouve, parmi les membres de cette association un «diplômé d’un Executive MBA (Management Institute of Paris) à l’issue duquel il a soutenu un mémoire sur le Management des Jeunes.» Le Management des Jeunes… ça commence dès les manuels de seconde !
Pour en savoir plus, lire Olivier Bouba-Olga
Cela ne se limite pas au secondaire.

Le président de la section “36” du CNRS, Dominique Duprez, a publiquement démissionné de ses fonctions, et une lettre au directeur général du CNRS circule, exposant les raisons de la démission, dont voici quelques extraits :

Le courrier des membres du jury d’admissibilité de la section 36 en date du 4 juillet dernier suite aux déclassements et sur-classements arbitraires, de notre point de vue, de nos propositions n’a donné lieu à aucune réponse, ni de votre part, ni de celle
de la direction scientifique.
En conséquence, j’ai le regret de vous présenter ma démission de Président de la section 36 et de membre du Comité national. J’ai été élu par mes pairs sur une orientation claire d’un Comité national qui doit assurer ses fonctions d’évaluation en toute indépendance.

En clair : la section chargée du recrutement des sociologues (et juristes) au CNRS voit son travail en partie modifié par d’autres personnes, qui modifient les classements définitifs.

Entre septembre 2000 et le 1er mars 2006, les effectifs de la section 36 sont passés de 306 chercheurs à 262. Et ce n’est rien par rapport à ce qui va arriver. À l’horizon de cinq ans, on peut ainsi estimer que 18 à 25% des chercheurs du département SHS [Sciences Humaines et Sociales] feront valoir leurs droits à la retraite. Dans la section 36 [sociologie], comme dans la section 38 [anthropologie], cette proportion dépasse les 30%. Si l’on se projette à 10 ans, les évolutions apparaissent plus catastrophiques encore. D’ici 2016, plus de 55% des chercheurs actuellement en poste dans la section auront pris leur retraite. Ici encore, cette tendance générale au département SHS apparaît particulièrement accusée dans les sections 36 et 38. Pour compenser ces départs, il faudrait procéder dès maintenant à 14 recrutements annuels en moyenne dans le cadre des concours de CR2 et CR1. Vu sous cet angle, le nombre des postes mis au concours cette année en section 36 n’est pas susceptible d’empêcher la mort programmée de la section.

Seuls une poignée de sociologues et anthropologues sont recrutés chaque année au CNRS : dans une vingtaine d’années, il en restera une centaine. Si cette politique était décrite publiquement et revendiquée… passe encore. Mais c’est une gestion par l’incertitude et le bruit de couloir qui a cours : personne ne sait trop quelle est l’état des destructions, ni comment les décisions sont prises. Ni s’il y a un objectif chiffré de stabilisation du nombre de sociologue au CNRS (à 50 ?).
Exemple de bruit : seules Paris X (Nanterre), Paris V (Descartes) et Paris I (Panthéon-Sorbonnes) devraient conserver des Unités Mixtes de Recherche de Sciences sociales… le CNRS souhaite y rapatrier les différentes unités encore attachées à d’autres universités “périphériques”.
Lire aussi : Sébastien Fath,

Plagiats

plagiats - université de Montreal
Lu aujourd’hui sur une des listes de diffusion académiques auxquelles je suis abonné (et reproduit avec l’autorisation de l’auteure):

Bonjour,
Voilà une situation problématique:
Un directeur de thèse utilise, dans des articles qui paraissent, les résultats des travaux de sa doctorante, sans faire aucune allusion à la doctorante.
Ce n’est pas la première fois. Et la première fois le directeur avait éludé la question.
La doctorante se trouve gênée, car elle commence à penser qu’elle va bientôt risquer, elle, le plagiat.
Qu’est-il possible de faire dans une situation pareille?
Y a t-il des précédents? Comment se sont-ils réglés?
Cette situation pouvant, j’imagine, se reproduire pour d’autres, je compilerais les réponses qui me seraient adressées personnellement, si jamais vous ne vouliez pas “encombrer” la liste.
En vous remerciant d’avance pour votre aide

Situation compliquée. Nous savons à peine — en tant qu’enseignant — régler les problèmes liée au plagiat estudiantin (mes collègues sont très réticents à convoquer un conseil de discipline et à exclure de l’université même les récidivistes)… alors si c’est un collègue ! Les réponses ayant circulé sur la liste de diffusion ne sont pas encore stables. Je citerai juste un extrait de réponse (sans citer l’auteure, là encore). Elle propose de

publier très rapidement quelque chose, un article, y compris dans une revue pas super connue, en présentant ses données et en écrivant clairement quelques phrases du style “notre hypothèse, adoptée par Dupont 2006, permet de penser que” ou bien “nos résultats ont permis à Dupont 2006 de formuler l’hypothèse bla bla”, etc – c’est à dire citer le prof en rétablissant la source des écrits récents de celui-ci.

Je ne sais pas si cela sera utile : déjà que la plupart des articles publiés dans des revues “super connues” sont peu lus… C’est beaucoup de travail pour rien.
La même personne propose la réactivation de la double direction de thèse : l’autre directeur pouvant agir comme instance de contrôle du premier.
Mais il me semble important qu’en cas de copie-plagiat, les plagieurs subissent certaines conséquences. Si nos sociétés savantes (en sociologie l’Association française de sociologie, l’Association des sociologues enseignants du supérieur…) étaient aussi des sociétés professionnelles, elles pourraient rappeler à l’ordre. Si le plagieur était connu, cela nous éviterait de lui envoyer des étudiants à encadrer. D’ailleurs, parfois, cela se sait : en cas d’exposé dans les séminaires de certains centres de recherche, m’a-t-on dit, il est préférable de ne parler que de choses qui ont été publiées, tellement l’appétit des directeurs de recherche est fort.
S’ajoute à cela une question structurelle. La citation des travaux d’étudiants est souvent mal comprise : j’ai du insister pour qu’apparaisse ma co-auteure et un critique de mon livre sur une radio culturelle, voyant qu’une grande partie des entretiens avait été réalisée par des étudiants, s’est cru intelligent de dire que “ce n’est même pas lui qui a fait les entretiens” (alors que j’aurai apprécié qu’il déclare qu’il y avait dans l’ouvrage un effort de transparence : chaque étudiant est nommément cité comme l’auteur de l’entretien utilisé).
La prise en compte des “publis” comme indice de production peut aussi conduire à des effets indirects : un livre écrit à deux, ou un article écrit à deux, vaut pour moitié, ce qui peut contribuer, dans des situation de pouvoir inégal (surtout quand le directeur de thèse est choisi parce qu’il est prestigieux), à l’effacement du co-auteur.
Je suis preneur de commentaire (la doctorante aussi, je pense) :

Choses variées du vendredi (6 – encore)

Le bistrot de la terrasse écrit :

j’ai recu (sic) ma réponse pour Paris 8 (st denis). Ma candidature a été accepté (sic). Bon je tiens à vous avouer qu’il va vraiment falloir que je n’ai (sic) pas le choix pour choisir cette fac.

(apparemment, il n’aime pas beaucoup…)
D’autres ont peur :

Mais bon je dois déjà choisir où je vais allé (sic) m’inscrire!!
Paris 13? Paris 12? Paris X ? Paris 8?
Tout le monde me dit de ne pas m’inscrire en sciences de l’éducation à Paris 8, c’est peut être pour ça que cette Université (mal réputé [sic]) m’attire autant… allez savoir.
(source)

Mais ces commentaires sont ceux de personnes n’ayant pas fréquenté l’université. Laissons alors la parole à Askiparait :

Alors direction une autre fac – Paris8 à Saint Denis – section cinéma. là je me suis encore plus éclatée. Je crois que ce qui m’a plu à l’université, c’est le fait de travailler pour soi, sans juge, mais avec la possibilité d’avoir du soutien quand il y a besoin. C’est aussi toutes ces potentialités qui s’offrent à vous : Je faisais un peu de militantisme, j’ai repris des cours de russe, j’ai commencé à apprendre l’arabe… et surtout, à paris 8, j’étudiais ce qui m’intéressait et j’étais entouré [sic] d’étudiants qui avaient les mêmes intérêts ! Je crois que j’ai vraiment bien profité de ce que la fac m’offrait : on a tourné des court-métrages, on voyait pleins de films et je suis partie 5 mois en séjour Erasmus à Dublin. Un de mes plus beaux souvenirs !
la suite…

Ailleurs, une sorte de reportage photo… (ce sont en grande partie mes photos, ou celles de Marie Ménoret, recomposées par une étudiante).

Mais Paris 8, mon université, dans l’actualité… Ce n’est pas toujours pour de bonnes raisons. Après les histoires étranges entre la nouvelle présidence et l’ancienne présidence (plaintes déposées, articles dans le Canard Enchaîné, publication d’un livre de semi-fiction…), voici du détournement d’argent. Ce qui est amusant, c’est que la désorganisation interne de Paris 8 — c’est du moins mon explication — a permis à cette personne de ne pas être découverte :

Une employée du Trésor s’est fait verser le salaire d’un professeur fictif pendant 15 ans
(sources inconnues – peut être “Le Parisien”)
Une agent du Trésor public de Seine-Saint-Denis a réussi pendant 15 ans à se faire verser un salaire de professeur des universités d’environ 4.000 euros avant d’être arrêtée en milieu de semaine dernière, a-t-on appris lundi de source judiciaire.
Le ministère du Budget a confirmé l’existence de ce détournement, qui atteindrait 600 000 euros au total, dans un communiqué publié en début de soirée.
Cette fonctionnaire de 54 ans, chargée de la paye des professeurs de l’Université de Marne-la-Vallée, a été mise en examen vendredi pour “détournement de fonds publics par personne dépositaire de l’autorité publique”, selon la source judiciaire, qui confirmait une information du Journal du Dimanche.
Mise en détention provisoire, elle risque 10 ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende.
“Une procédure judiciaire de révocation de l’agent concerné” a de surcroît été engagée par l’administration, selon le ministère.
Convoquée mercredi par la police judiciaire à l’issue d’une enquête ouverte en juin 2007, la fonctionnaire a avoué en garde à vue avoir ouvert en février 1992 un compte fictif à la trésorerie générale, au nom d’un professeur qui n’existait pas, d’abord rattaché à l’Université Paris VIII-Saint-Denis, puis à l’université de Seine-et-Marne.
“Les salaires étaient versés sur un compte bancaire ouvert par l’agent sous une fausse identité”, selon la source judiciaire, qui précise qu’elle “a fait des investissements immobiliers, donné de l’argent à sa famille ou fait des prêts à des proches”. “Elle gérait directement le dossier fictif en calculant régulièrement augmentations et avancements“, précise cette source.
C’est en mai et juin 2007 que l’Université de Marne-la-Vallée a découvert des bulletins de paie ne correspondant à aucun professeur dans son courrier. Ces bulletins envoyés par le Trésor public avaient échappé cette fois au fonctionnaire indélicat, déclenchant une enquête.
CB

L’affaire a été suivie par Valeurs actuelles, “libéral et de droite” (sans commentaire).

Le site personnel d’Eliane Daphy, ingénieure de recherche au CNRS, contient d’intéressantes analyses mais aussi des outrages personnels. À lire, entre autres, ce comptage des femmes dans l’anthropologie sociale française.

La façade d’un des deux sex-shops de Loughborough (/lɘf.bɹɘ/, Royaume Uni) est reproduite ci-dessous :
simply pleasure
J’étais à Loughborough University pour un colloque Sex life politics (mêlant principalement géographes et sociologues).
J’y ai rencontré, entre autre, l’artiste conceptuel Paul Hartfleet, qui plante des pensées aux endroits mêmes où des injures homophobes ont été prononcées : The Pansy Project (“pansy” est une de ces injures, un peu vieillotte).

Incartades sexuelles

Comment réagir lorsqu’un homme politique conservateur américain (ou un pasteur évangélique) est arrêté pour avoir proposé à un policier en civil quelques dollars en échange d’une fellation ?
Les exemples, mettant plus ou moins en jeu des pratiques homosexuelles d’hommes politiques républicains, sont nombreux ces dernières années :
– l’ancien gouverneur du New Jersey était marié et démocrate, relativement progressiste, mais son affaire extraconjugale avec un jeune israélien (embauché comme expert en lutte antiterroriste) s’est mal terminée…
– l’ancien maire de Spokane dans l’Oregon, Républicain férocement conservateur, menait une double vie sur internet et appréciait les contacts électroniques avec des adolescents, tout en respectant la frontière légale des 18 ans… Dénoncé par un quotidien local, qui avait piégé le maire pendant plusieurs semaines en embauchant une personne se faisant passer pour un jeune de 18 ans… il est décédé quelques mois plus tard… Un épisode de Frontline : a hidden life, lui a été consacré (disponible en ligne gratuitement)
– un ancien député fédéral, républicain lui aussi, a été exposé publiquement quelques semaines avant les dernières élections. Il envoyait des mails à double entendre à d’anciens stagiaires. Vanity Fair a retracé son histoire.
– l’ancien président de la National Evangelical Association avait été dénoncé par un prostitué avec lequel il entretenait une relation (payante) depuis plusieurs mois — et auprès duquel il s’approvisionnait en meth. Sébastien Fath avait analysé ce scandale.
– un député du parlement de Floride, conservateur bon teint, président de diverses commissions parlementaires visant à a défense de l’ordre, des enfants ou autres… Républicain, anti-gay… est arrêté dans les toilettes publiques d’un parc : il avait proposé à un policier en civil 20 dollars pour le sucer.
– un sénateur fédéral de l’Idaho, homme politique de stature nationale depuis plus d’une dizaine d’année, vient de plaider coupable dans une affaire de sollicitations sexuelles dans les toilettes publiques d’un aéroport. Foncièrement anti-gay, défenseur de la prière à l’école, des armes à feu (il est membre important de la NRA, le lobby associé…)… mais entouré, depuis 1982, de rumeurs quant à sa sexualité.

La première réaction est souvent du type schadenfreude : le malheur qui frappe ces hommes — leurs vies sont détruites — révèle aussi l’hypocrisie du conservatisme moral. Ces leaders politiques ou religieux drappés dans leur “cuirasse de vertu” (shield of righteousness écrit Humphreys dans son Commerce des pissotières récemment traduit) essayaient d’imposer aux autres l’inverse de ce qu’ils pratiquaient pendant leur temps libre (ou leurs heures de travail, parfois). Et l’on s’amuserait beaucoup de découvrir ici en France chez certains Vicomtes antiturcs, ou chez certains députés tourquennois antigays, certaines inclinations aux plaisirs variés de la chair.
Mais d’autres réactions sont immédiatement plus complexes : ces affaires signalent l’inégalité de traitement de l’homosexualité, toujours utilisée dans un contexte de dénonciation. Participer à la dénonciation — même sous le haut patronage du commentaire “sociologique” — ne revient-il pas à consommer du temps qui pourrait être utilisé à lutter contre l’homophobie ? Je n’ai pas, en tête, de dénonciation inverse de l’hétérosexualité d’un homme politique publiquement gay… mais j’ai en tête les incartades hétérosexuelles de sénateurs américains, non sanctionnées.
Et, plus largement, sont absentes les interrogations sur le rôle des policiers dans une partie de ces histoires, policiers volontaires pour piéger des hommes dans des toilettes publiques. Des commentateurs, aux Etats-Unis, dénoncent facilement une mauvaise sexualité (anonyme, dans des lieux publics…) et en glorifient une autre (dans le cadre du mariage, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel). Que penser, pourtant, de ces “entrapments“, qui s’arrêtent avant tout acte sexuel, et qui reviennent à rendre passibles de poursuites des claquettes et des gestes à double sens. La drague serait permise ailleurs, mais pas dans des toilettes. Les policiers de Minneapolis, qui ont arrêté le sénateur de l’Idaho, ont arrêté plus de 40 personnes en quelques mois. Ils allaient même jusqu’à répondre à des annonces, sur internet, d’hommes cherchant des coups rapides à l’aéroport.

Les réactions du sénateur de l’Idaho et du député local floridien sont inverses. Le républicain de Floride n’a pas plaidé coupable, bien au contraire : il se défend bec et ongle, publiquement, devant les caméras. S’il a proposé 20 dollars au policier ce n’était pas pour une fellation, mais pour “ne pas devenir une statistique”… dans sa défense tordue, le député raconte qu’il avait peur des grands Noirs qui trainaient dans le parc et qu’il souhaitait se faire raccompagner par le policier jusqu’à sa voiture. Est-il utile de préciser que ce discours n’a pas été apprécié par les associations antiracistes américaines. Mais le caractère mineur du personnage (un député local) a confiné le scandale à la Floride. Le sénateur, lui, a plaidé coupable, mais il déclare maintenant qu’il n’avait pas vraiment compris l’enjeu (même s’il participe, depuis les années soixante-dix, à l’élaboration des lois en tant que député de l’Idaho, puis député fédéral et sénateur…) : “je ne suis pas gay et je n’ai jamais été gay” a-t-il déclaré publiquement, hier, sa femme à ses côtés (les commentateurs soulignent qu’elle portait des lunettes noires et avait l’air “malade”). Il est à croire que, dans les deux cas, leur position sera rapidement intenable.

Charisme de fonction

Le magazine d’informations sensationnelles, Reportages, sur TF1, est en partie en ligne. Il y a quelques semaines, l’émission portait sur les exorcistes chrétiens, et suivait les oeuvres de trois personnages. Une émission disponible ici. Un évêque “vieux catholique” in full regalia parlant latin et javanais… un prêtre catholique, exorciste diocésain, et un pasteur baptiste. Trois styles différents.

exorciste evangelique
Un extrait, avec trois exorcismes, au format Quicktime

Le “vieux catholique” mélange l’apparence séculière d’un VRP (petite malette, voiture, dynamisme) et l’apparence cléricale d’un évêque de fantaisie (chasuble dorée, latin forcené, bagouze en or qui brille…). Ses exorcismes sont audibles et visibles egzorssizoume ine dominé patrrrisse: il se dépense à la tâche.
Le pasteur baptiste est dans un style différent : pas de déguisement costume, même pas le soutien d’un bâtiment néo-gothique, ni même celui d’une langue magique. Sa force tient dans le froncement des sourcils, la puissance de sa voix (Satan semble un peu dur de la feuille), et l’imposition des mains.
Le prêtre catholique, de son côté, manifeste une nonchalance professionnelle face à tout cela. Dans une scène mémorable, il bénit un pavillon à l’eau bénite… et il en reste “vous pouvez la garder, dans une petite bouteille”. Satan ne lui pose pas de véritable problème. Il manifeste ce que Max Weber, notre maître à tous, appelait le “charisme de fonction”, l’idée selon laquelle des qualités extraordinaires étaient prêtées à un individu de par sa fonction institutionnelle : le charisme est ici “une qualité transmissible par des moyens rituels d’un porteur à d’autres” “La croyance en la légitimité ne concerne plus la personne mais les qualités acquises et la vertu de l’acte rituel”. Un prêtre catholique n’a pas à être personnellement extraordinaire, n’a pas à détenir les fruits d’une expérience… pour agir efficacement. Son ordination lui confère tout pouvoir.
À rebours, le pasteur baptiste semble détenir un charisme personnel, pas nécessairement plus instable.
L’évêque “vieux catholique” est le plus intéressant. Cette église “vieille catholique” fait partie des franges extérieures du catholicisme romain, issue de multiples scissions et recompositions. Les divers sites internet de l’évêque insistent sur la légalité canonique de son ordination… mais on sent l’institution faible, très faible, et la base de son charisme repose finalement sur une tradition : latin, vestements, vieux grimoires. Nam vivit !
Cette importance romaine du charisme de fonction n’a rien de bien neuf : Max Weber devait d’ailleurs avoir en tête l’Eglise de son temps en forgeant le concept. Et il semble bien que diverses évolutions récentes dans le catholicisme français viennent remettre en cause, en partie du moins, la centralité du charisme de fonction. Comme le souligne Céline Béraud, dans un article sur les diacres, Les diacres permanents, entre l’autel et le monde: Une légitimité et une activité aux frontières. Ces derniers, ordonnés mais souvent mariés et salariés, insistent sur une

légitimité expérientielle (…) assurant à son détenteur une autorité qui ‘‘ne repose pas prioritairement sur sa position statutaire, mais s’enracine précisément dans une expérience personnelle, un engagement, un vécu’’ . C’est une légitimité qui vient d’‘‘en bas’’, c’est-à-dire d’une inscription dans des communautés locales et des réseaux interpersonnels dont les premiers pour le diacre sont son foyer et son lieu de travail. Elle rend possible des processus d’identification. Dans le discours des diacres, on peut noter une insistance forte sur la plus grande accessibilité et la meilleure proximité qui est la leur par rapport aux personnes qui s’adressent à l’église et notamment à celles qui en sont le plus éloignées. De fait, ils se présentent volontiers comme des médiateurs privilégiés entre l’institution ecclésiale et le monde.

choses en vrac du vendredi (6)

Dans un beau désordre indien :

  • Jérôme Vidal : textes, articles, tribunes libres et photos floues (sur Vidal bis). Du temps pour seulement un texte… ce sera alors les lignes consacrées à la réception de l’oeuvre de Judith Butler en France
  • Kishore Biyiani explique au Wall Street Journal pourquoi il a transformé ses supermarchés supercleans en supermarchés artificiellement bruyants, encombrés et sales :

    Mr. Biyani, 45 years old, has built a large business and a family fortune on the simple premise that, in India, chaos sells.
    Americans and Europeans might like to shop in pristine and quiet stores where products are carefully arranged. But when Mr. Biyani tried that in Western-style supermarkets he opened in India six years ago, too many customers walked down the wide aisles, past neatly stocked shelves and out the door without buying.
    Mr. Biyani says he soon figured out what he was doing wrong. Shopping in such a sterile environment didn’t appeal to the lower middle-class shoppers he was targeting. They were more comfortable in the tiny, cramped stores — often filled with haggling customers — that typify Indian shopping. Most Indians buy their fresh produce from vendors who keep vegetables under burlap sacks.
    lire la suite de l’article

    Toutes proportions gardées, ça me rappelle les marchés faussement paysans du sud de la Loire, avé l’huile d’olive dans la bouteille ébréchée, voire même certains marchés parisiens. Biyiani place religieusement quelques oignons pourris parmis les oignons frais : l’acheteur a ainsi, en choisissant l’oignon frais, l’impression d’avoir gagné…

  • Eating a nut (funny, cute, pics…)
  • Romain j. G. lance un appel à discussion sur un article, long et sérieux, sur les rapports entre géographie et droit. L’ensemble de son blog est un must-read
  • L’anthropologue ludique J.-L. Fabiani m’a tagué récemment… je ne sais pas quoi faire avec.
  • Yannick Fer continue, régulièrement, son exploration des circulations transocéaniennes (circulations d’idées, de Dieux et de personnes).
  • Eric Fassin est passé à Lodel (le flux RSS a quelques sautes d’humeurs)

mise à jour : Formidable paragraphe dans le New York Times du jour (je souligne), dont les allusions historiques et la poésie scientifique, qui rappelle Le Chant du Styrène — devraient être savourées par Touraine Sereine (G. Cingal) :

Yet even as Dr. Knowles and others urged that much more rigorous inspection procedures be adopted to guard against lead finding its way into children’s mouths, the experts conceded that the toy recall fiasco felt like another case of Et tu, déjà vu? Humans have a long, tangled relationship with lead, now celebrating its pliant versatility, now fearing its orotund power, and who knows if we can ever put our saturnine genie back in the bottle we’ve been mining for at least 5,000 years.

Click Tracking : un plugin “heatmap” pour WordPress

Click Tracking - heatmap - davors.euJ’ai enfin trouvé un plugin pour wordpress créant presque des “heatmaps” (une représentation graphique en deux dimensions où la valeur des observations est codée en couleur). Click Tracking de Davor Strehar permet de repérer où les visiteurs de ce site cliquent : ce qui attire le regard et la souris. Sur l’image de gauche, chaque point blanc représente un clic. Je ne peux guère tirer de conclusions encore à la lecture — au visionnage — du comportement de mes visiteurs.
Mais dans quelques 50 000 clics, j’aurai une idée plus précise… même s’il semble que, déjà, les seins nus de la couverture de mon livre aimantent les souris.
Il existe d’autres systèmes (crazyegg.com notamment), mais ils sont soit payants, soit limités à quelques milliers de clics et à quelques pages… jusqu’à ce que google-analytics intègre une heatmap.
(L’ennui, c’est que cela semble faire exploser Internet Explorer… Non ?)