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Quartier d’artistes anonymes

Billet publié le 19/02/2011


On se doute bien que, maintenant, les tagueurs ont les cheveux blancs : dessiner à la bombe sur les murs est devenue une activité du troisième âge (enfin… pour ceux qu’une vie de débauche et de refus de l’ordre public n’a pas conduit à une mort avant l’heure). Certains peuvent même avoir suivi des cours de typographie, et je soupçonne l’auteur de ce « 777 », rue de Palestine à Paris, d’avoir réfléchi au crénage et à la ligature.
Il y a eu, dans la même rue, un incendie de scooter, qui a brûlé la façade d’un immeuble, la transformant en surface cloquée et boursoufflée.
 
Cela fait plusieurs mois que l’incendie a eu lieu, et, ce matin, je me suis aperçu qu’un (ou une) peintre s’était servi(e) des phlyctènes éclatées pour y placer quelque pigment outremer, azur ou indigo. L’effet produit est intéressant, probablement parce qu’il s’appuie sur le hasard de la répartition des cratères, et parce que le bleu est sinon absent de la façade (gris-jaune ou beige).

À quelques pas de là se trouve un dispositif anti-urination classique, une sorte de grille en métal visant à empêcher les hommes de s’approcher trop près du recoin. Un petit malin (je pense que c’est un petit malin) s’est servi du mur pour y apposer un manneken pis de sa composition : une variation sur les figurines performatives, qui nous incitent quotidiennement à « traverser », à « stopper », à « entrer dans les toilettes si vous disposez du sexe adéquat », à « avertir son voisin de colis suspects » où à dénoncer à la police les enfants des immigrés clandestins. La figurine d’ordre, ici, se soulage. Il fallait bien qu’elle ait une face obscure.


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6 commentaires

Un commentaire par Régis (21/02/2011 à 10:41)

Votre billet le plus subversif depuis longtemps:
1/ un symbole ésotérique de la Sainte Trinité rue de Palestine, passons;
2/ une nouvelle répartition du vote UMP à Paris (ou une plus grande variabilité spatiale), quelle anticipation!
3/ depuis Clochemerle la France de la Libre-Pensée réclamait des pissotières et les cathos préféraient se soulager discrètement dans les coins. Faut-il en déduire que les graffeurs sont des conservateurs?
Je vous rejoins pour reconnaître que l’image, c’est ce qu’il y a de plus extemporané dans la transgression!

Un commentaire par X (22/02/2011 à 15:21)

Pas mal le coup du petit bonhomme !

Un commentaire par régis (23/02/2011 à 10:48)

voir aussi, dans certaines villes soucieuses de leurs trottoirs, http://www.yatahonga.com/image-Pollution,interdite,21797,1.html

Un commentaire par Baptiste Coulmont » Quartier d’artistes anonymes, suite (17/09/2011 à 14:42)

[…] d’artistes anonymes, suite Billet publié le 17/09/2011J’habite un quartier d’artistes anonymes, qui n’ont peut-être pas assez d’argent pour s’acheter des toiles. Elles […]

Un commentaire par Spektr 777 (13/01/2012 à 21:20)

…On se doute bien que, maintenant, les tagueurs ont les cheveux blancs : dessiner à la bombe sur les murs est devenue une activité du troisième âge (enfin… pour ceux qu’une vie de débauche et de refus de l’ordre public n’a pas conduit à une mort avant l’heure)

Vive le troisième âge,et les ignorants…