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Le vieux qui hante

Billet publié le 20/07/2011

A quoi vous fait penser cette liste ?
“Marie, Pierre, Jean, Michel, Andre, Francois, Claude, Louis, Paul, Anne, Jeanne, Philippe, Isabelle, Jacques, Rene, Françoise, Bernard, Dominique…”
Peut-être à votre génération, si vous êtes nés avant 1970. Ou, pour certains prénoms, à la génération de vos grands-parents ou parents.
Je peux continuer : “Marcel, Nathalie, Alain, Sylvie, Nicole, Georges, Jacqueline, Christian, Roger”.
La plupart de ces prénoms sont aujourd’hui démodés. Et pourtant on les retrouve assez fréquemment portés par les bacheliers et bachelières de 2011. Ce sont leur seconds prénoms. [les premiers prénoms sont ici]
Un peu moins de la moitié des bacheliers de ma base (N~250000) portent des seconds ou troisièmes prénoms. Et ces prénoms, souvent, semblent arriver tout droit du passé. Les 50 premiers seconds prénoms, selon leur fréquence parmi les bacheliers et bachelières, sont caractéristiques du début du XXe siècle, avec un maximum au début des années 1940 (ils nomment 45% de la population née à ce moment là). Les 50 premiers “premiers” prénoms, eux, sont caractéristiques du début des années 1990 (ce qui est normal : les bachelières de 2011 sont nées vers 1993).

Ceci soutient l’idée selon laquelle les seconds prénoms, en France, sont aujourd’hui utilisés pour manifester un lien avec les générations précédentes. Au risque de donner à son fils le prénom de “Bernard”. Mais ces seconds prénoms mènent une existence fantômatique, ne se manifestant que dans des situations formelles comme le baccalauréat.

Mais tous les parents, et tous les grands-parents n’avaient pas les mêmes premiers prénoms — ces prénoms devenus maintenant des seconds prénoms. Il est ainsi possible de mettre en évidence un lien entre le second prénom et la réussite au baccalauréat (mesuré par la proportion de mentions TB obtenues par les bacheliers et bachelières). Ainsi plus de 10% des bachelières ayant comme second prénoms “Clementine, Laure, Anna, Elisabeth, Suzanne, Claire, Charlotte ou Anne” ont obtenu la mention TB. C’est le cas de moins de 2% des porteurs de seconds prénoms comme “Jose, Daniele, Justine, Amandine, Romain, Fernand, Jessica, Danielle ou Jennifer”.
Cette toute dernière liste me perturbe un peu : on y trouve en effet des prénoms, comme Jessica ou Jennifer (et, très proches, à moins de 3% de mention TB, des prénoms comme Kevin, Sandra, Elodie, Cindy, Karine…) qui ne sont pas des prénoms de générations éloignées, pas des prénoms de grands-parents, mais des prénoms que pourraient porter des personnes de la même génération.

Cela indique, peut-être, que les seconds prénoms sont ici ceux qui n’ont pas recueilli le consensus des parents pour être mis en première position. On les aimait, mais pas assez. Essayons de voir si les données corroborent cette idée. Qui sont, par exemple, les enfants dont le second prénom est “Kevin” ? On trouve un peu de tout, des Thomas Kévin, des Florian Kevin, une série de Jordan Kévin, des Alexis K et des Anthony K. Mais aucun Louis Kévin, aucun Paul Kévin, aucun Grégoire Kévin, aucun Etienne Kevin… pour prendre les premiers prénoms masculins ayant plus de 10% de mentions TB au bac 2011.

Le second prénom semble ainsi renforcer certains des effets que le premier prénom rendait visible. Il faudrait continuer l’étude. Les Thomas, Pauline, Camille et Marie qui obtenaient une proportion moyenne de mention TB… sont-ils différents si leurs seconds prénoms sont Kevin ou Jeremy ou Jessica (par comparaison avec des seconds prénoms qui seraient Emma, Louise ou Louis) ?
Je parie que “Thomas Prénom à mention” a plus de mentions TB que “Thomas Prénom sans mention”.

Mise à jour : c’est en effet le cas :

Camille suivi d’un prénom “à mention” (comme “Louise”) : 10,3% de mention TB
Camille suivi d’un prénom “faible mention” (comme “Melissa”): 3,3% de mention TB
Marine + prénom à mention : 5,8% de mentions TB
Marine + prénoms à faible mention : 2,9%


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2 commentaires

Un commentaire par johanna (20/07/2011 à 14:12)

Je n’ai pas encore lu votre livre. Mais pour réagir sur cet article la seconde liste n’est pas si perturbante puisqu’en cours vous aviez souligné qu’il était possible que des couples mettent en seconde position un prénom auquel ils avaient envisagés. et je doute qu’un couple voulant appeler leur fils Etienne soit attiré par un prénom tel que Brandon ou Kevin.

Un commentaire par Fréquence des prénoms des candidats au bac 2012 | Cyrille Rossant (14/07/2012 à 21:40)

[…] originalité? Notons qu’il est possible de concilier les deux tendances, en quelque sorte, en utilisant un prénom du passé en second prénom, comme pour manifester un lien avec les génératio…. Par ailleurs, cette tendance observée dans une population très spécifique (une partie des […]