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Un peu en avance

Billet publié le 05/05/2014

De nombreux travaux ont montré que, s’agissant des prénoms les plus fréquents, les cadres étaient “en avance” sur le reste des professions et catégories socioprofessionnelles. Des parents cadres vont avoir tendance à donner des prénoms un peu avant que des parents “professions intermédiaires” ou “employés” ne donnent les mêmes prénoms.
L’avance sur la mode peut-elle alors être prise comme indicateur indirect de position sociale ?
À partir des listes électorales parisienne, j’ai comparé, pour chaque “premier prénom”, l’année de naissance de l’électeur et l’année pendant laquelle son prénom atteint son rang le plus élevé. Ainsi un électeur prénommé Matthieu, né en 1979, sera considéré comme “en avance” de dix ans sur la mode (le prénom “Matthieu” atteint son meilleur rang national en 1989). On peut faire cela pour le million d’électeurs et d’électrices né-e-s en France et inscrit-e-s à Paris. Les prénoms très rares posent problème, car les données disponibles ne permettent pas de calculer l’année de leur “pic”. C’est le cas pour 8,3% des électeurs/trices.
La carte suivante montre, à l’échelle du bureau de vote, quelle est la proportion d’inscrits dont le prénom est au moins 3 ans “en avance” sur le pic.

avance

On remarquera aisément que les quartiers de Paris les plus “bourgeois” sont aussi ceux où les prénoms sont les plus fréquemment “en avance”. Comme si la mode pouvait naître dans un coin caché du septième arrondissement et essaimer, ensuite, dans le reste du corps social.

[yarpp]

2 commentaires

Un commentaire par parisien chipoteur (08/05/2014 à 17:49)

Résultats peut-être plus étonnants qu’il n’y parait.
Le caractère “à la mode” du premier prénom est sans doute l’un des meilleurs reflets de la position sociale des parents (la “face” de Goffman…). Et pourtant la carte qui ressort ne correspond pas tout à fait aux précédentes :

– les frontières des différents arrondissements sont très marquées (10 points d’écart) même entre des quartiers assez similaires (VIIIe et XVIe/XVIIe sud, Ier/IIe, VIIe/nord du XVe…).
– on a certains quartiers bourgeois ont des prénoms moins en avance qu’attendus (Ier, sud du XVIIe, nord du XVe), d’autres plus (IIe, nord du XIVe)
– ça ne cadre ni avec les autres cartes sur les prénoms (qui renseignent vraisemblablement plus sur l’origine que la position sociale), ni celles sur le comportement des habitants-électeurs (% de femmes mariées), donc pas d’explication générationnelle (avec des jeunes bourgeois qui s’encanailleraient dans le IIe avant de rentrer dans le XVIe élever des enfants).

Un commentaire par Baptiste Coulmont (08/05/2014 à 18:07)

> Parisien chipoteur : vous êtes un fin observateur et une partie des étrangetés vient du fait que quelques arrondissements utilisent des accents (parfois), et d’autres non, ce que j’ai fini par réparer (mais je n’ai pas encore mis la carte en ligne).