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Le parisien mobile

En comparant les listes électorales de 2014 et 2015, on peut repérer environ 12500 personnes qui ont changé d’arrondissement. Il y a des mouvements privilégiés, par exemple entre les 15e et 16e arrondissements (160 déménagements du 15e vers le 16e), et des mouvements rares (seulement 44 déménagements entre le 15e et le 19e). Eliminons tous les mouvements rares, en comparant la matrice des déplacements observés et la matrice que l’on observerait si les déplacements étaient aléatoires.
mouvements2014-2015
On voit mieux la structure des échanges privilégiés et celle des évitements.

Procuration, mobilisation

Au premier tour des régionales de 2015, 10578 Parisiennes et Parisiens ont votés par procuration (ils ont du trouver environ 10500 électeurs pour voter à leur place). Au second tour, ce sont 18104 personnes qui ont voté par procuration à Paris. Presque le double. Et comme il faut un nombre équivalent de personnes mandatées pour mettre le bulletin dans l’urne, ce sont environ 36 000 votes qui sont concernés par la procuration.
Cette augmentation des votes par procuration entre les deux tours ne sont pas réparties aléatoirement sur l’espace parisien. C’est surtout dans les bureaux de votes qui avaient déjà vu un grand nombre de procurations au premier tour que l’augmentation est la plus forte, mais on repère aussi que dans les arrondissement de l’Ouest (8e, 17e, 16e) le recours à la procuration avait été faible au premier tour, il est fort au second tour.
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Les votes par procurations à Paris (régionales 2015)

Le premier tour des élections régionales de décembre 2015 a suscité relativement peu de votes par procuration (moins de 2% des votes exprimés). Mais la géographie parisienne des votes par procurations en décembre 2015 ressemble à celle des élections européennes de 2014 : plus de procurations au centre de Paris.

procurationsparisregionales1
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Il y en avait eu deux fois plus lors des Européennes de 2014 (mais elles avaient eu lieu le 25 mai, c’est à dire à un moment où il est agréable de partir en week-end dans sa maison de campagne).

procurationspariseuropeennes
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La carte des procurations lors des élections présidentielles et législatives n’est pas tout à fait la même : les procurations sont alors bien plus importantes à l’Ouest qu’à l’Est.

Le second tour des élections régionales devrait voir plus de procurations, si l’on en croit la presse (Le Figaro, Le Parisien, 20 Minutes) : il semble en effet qu’à Paris (mais aussi Toulouse ou Arras ou Ajaccio et Grenoble) de nombreuses personnes cherchent à établir des procurations. Il y en avait aussi eu beaucoup au second tour des présidentielles de 2002.

Et voici, comme autre point de comparaison, une carte similaire pour le premier tour des municipales de 2014 à Paris. Des petites différences se repèrent : certains arrondissements sans aucun suspens électoral (16e, 20e, 19e, 13e…) voient peu de votes par procuration.
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Deux ou trois choses que l’on sait sur les candidates aux Régionales

Environ 21 000 candidats et candidates se présentent aux élections régionales qui se tiennent en décembre 2015. La liste nominative est disponible ici.
On peut s’amuser à estimer la proportion de “nobles” (au sens de candidat.e.s dont le nom de famille comporte une ou plusieurs particules) :
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Les aristocrates d’apparence sont plus nombreux à l’extrême droite qu’ailleurs, et encore plus nombreux à l’extrême droite “non-FN” qu’au FN et à l’ex-UMP. Ils sont très peu nombreux à l’extrême gauche, où l’on va avoir tendance à cacher la particule, si jamais elle existe. Les effectifs ne sont pas nombreux, mais les proportions sont très stables au fil des scrutins (législatives, européennes, municipales, cantonales, départementales…). D’ailleurs on peut remarquer de manière anecdotique que Pompidou est le seul président de droite de la cinquième république à ne pas avoir de particule ou à ne pas être marié à une particule (de Gaulle, Giscard d’Estaing, Chirac Chodron de Courcel, Sarkozy de Nagy-Bocsa).
On peut aussi jouer à repérer les proximités et les oppositions entre nuances politiques et professions des candidates et candidats.
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Ce graphique est issu d’une analyse de correspondance. L’axe 1 oppose les partis d’extrême-gauche, qui ont plus de candidats ouvriers que les autres, aux partis de droite, qui recrutent des notaires, des chirurgiens et des vétérinaires. L’axe 2 oppose les partis de gauche dont les candidats sont fonctionnaires aux partis d’extrême droite qui recrutent relativement plus d’indépendants et artisans, voire des petits patrons à la retraite.

Quelques prénoms bien corrélés

Dans un monde idéal, je disposerais d’informations nominatives individuelles comportant une indication sur la profession des parents. Dans le monde réel, je dispose d’éditions récentes du Fichier des prénoms, qui nous donne, pour chaque département, le nombre de bébés nés chaque année et portant tel ou tel prénom.
D’autre part les données des recensements nous indiquent la proportion de cadres, d’ouvriers, d’employés… dans la population active des 25-54 ans.
L’idée était de trouver des prénoms “bien corrélés” à certaines PCS. Voici quelques graphiques pour l’année 2012 (bébés nés entre 2010 et 2012, recensement 2012).
Ces corrélations écologiques risquent toujours de nous tromper. Dans les départements où il y a beaucoup de cadres, les prénoms Vadim et Brune sont plus fréquents que dans les départements où les cadres sont peu nombreux… Mais sont-ce les cadres qui appellent leurs enfants ainsi. C’est possible, c’est probable, mais ce n’est pas certain.
prenomscorreles2012

L’espace social des modes de suicide

On trouve sur Gallica le Compte général de l’administration de la justice, dans lequel on trouve de grand tableaux présentant les modes de suicide par profession, à partir des années 1840.
comptegeneral1840
Les différentes professions ont des suicides privilégiés. Les militaires préfèrent les armes à feu, les meuniers la pendaison. Les artistes et les clercs l’asphyxie par le charbon, et les étudiant.e.s se tranchent les veines.
Voici deux graphiques issus d’une Analyse en composantes principales.
pcasuicidevar
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Le premier axe oppose la pendaison et la noyade aux couteaux et autres rasoirs, mais aussi des professions rurales aux professions urbaines. Le deuxième axe oppose le fusil à l’asphyxie, les professions chargés du maintien de l’ordre aux professions intellectuelles.

J’aurai du produire, dès le départ, une analyse de correspondance. Ca me semble plus parlant :

casuicide1840

Victorine Benoît

En cherchant d’anciennes listes nominatives de bacheliers, je suis tombé sur cet entrefilet, publié dans Le Figaro en 1875 :

victorinebenoit1
lien vers l’article sur Gallica

Le destin de cette bachelière fut-il de servir de “répétiteur” à ses enfants ?
Parce qu’il n’y a pas eu beaucoup de bachelières en 1875, il est assez aisé de retrouver son identité : il s’agit de Victorine Françoise Henriette Benoît. Elle obtient une bourse, en 1877, pour étudier la médecine. : elle obtient 300 francs, pendant plusieurs années.
« Sans vouloir encourager les femmes dans l’étude du grec et du latin », la commission départementale recommande une bourse annuelle de 1000 francs :
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source : Procès verbaux des séances du conseil général de la Vendée (23/12/1877)

Sur twitter, @hellaime m’indique qu’on retrouve Victorine Benoît en 1883 : elle a soutenu une thèse de médecine à Paris De la paralysie spinale infantile [lien].
Et Le Figaro rend compte de cette soutenance, en saluant la jeune doctoresse “Française, Française et Vendéenne” :
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lien vers l’article sur Gallica

Le Journal des Débats nous précise même que Victorine est d’une “honorable famille vendéenne”.
Une lettre de remerciements a été publiée par le conseil général de Vendée :
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Un journal féministe, La Femme (juin 1884) nous donne, quelques années plus tard, quelques informations sur les sœurs de Victorine, Gabrielle et Adèle, qui obtinrent toutes deux aussi le baccalauréat.

En 1886, le quotidien Gil Blas lui consacre un long portrait : Sous “Mademoiselle X… Docteur-Médecin” se cache de manière évidente Victorine Benoît (aînée de cinq enfant, père décédé, sœurs bachelières, originaire d’une région de l’Ouest, etc…) :
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Vers 1889, elle cherche à obtenir un poste de médecin des écoles primaires de filles, à Paris :

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lien vers l’article sur Gallica

On retrouve, un peu plus tard (en 1896), Victorine Benoît exerçant rue Miromesnil à Paris. Elle fait donc partie des rares doctoresses à exercer la médecine.
Avant cela, on pouvait la voir décrite comme une examinatrice, en 1892 :
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lien vers l’article sur Gallica

ou comme une personne “prodigant des soins intelligents et dévoués aux jeunes filles des écoles”.
Je n’ai pas trouvé aisément d’informations postérieures à 1896, mais selon la Préfecture de police elle exerce toujours, en 1918, rue de Miromesnil (à 71 ans). Les listes indiquent “Mlle” : Victorine Benoît ne s’est pas mariée.

Cinquantes nuances de trop

Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, à la une du cahier « Science & Médecine » du mercredi 14 octobre 2015, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ?
J’ai choisi cette semaine de mentionner un texte de Kieran Healy, Fuck Nuance (“Au diable les nuances”), communication présentée au dernier congrès de l’association américaine de sociologie. Kieran Healy est sociologue à Duke University. Il est l’auteur de travaux sur la visualisation des données, par exemple sur les décès par arme à feu aux Etats-Unis. Je signale aussi ce billet, “De l’usage des métadonnées pour retrouver Paul Revere”.
Vous trouverez sur son site d’autres informations.

Sa communication a suscité plusieurs réactions, à l’extérieur de la sociologie notamment :

  1. http://chronicle.com/article/Is-Nuance-Overrated-/232771/
  2. http://publishingarchaeology.blogspot.fr/2015/09/against-nuance.html
  3. http://www.env-econ.net/2015/09/fuck-nuance.html
  4. http://secondlanguage.blogspot.fr/2015/09/fact-and-nuance-3.html
  5. http://bigthink.com/neurobonkers/the-problem-with-nuance-for-the-sake-of-nuance
  6. http://thesphinxblog.com/2015/09/09/bollocks-to-nero/
  7. http://dailynous.com/2015/09/02/a-bias-against-simplicity/
  8. https://redflag.org.au/article/nuance-hell-drug
  9. http://taylorholmes.com/2015/09/09/our-extreme-nuancing-trend/

et en français sur Slate par Aude Lorriaux : http://www.slate.fr/story/106247/fuck-nuances-sciences-humaines-surplace

Centralité des unes…

En sortant de l’université Paris 8, hier, j’ai photographié cette affiche:
afficheeglise20151005Cette image est une bonne représentante des affiches produites par des églises noires d’Île de France. Petite différence avec l’affiche moyenne, ce poster fait figurer une pasteure, une prophétesse, en position centrale. La féminisation du protestantisme évangélique et pentecôtiste est une réalité… étudiée dans un ouvrage qui vient de paraître, sous la direction de Gwendoline Malogne-Fer et Yannick Fer Femmes et pentecôtismes. Enjeux d’autorité et rapports de genre (Genève, Labor & Fides, coll. “Enquêtes”, 295 p., 2015), dans lequel j’ai écrit un chapitre, «Centralité des unes, autorité des autres. Des formes genrées de hiérarchie dans les Églises évangéliques « noires » de la banlieue parisienne», qui porte sur la mise en scène de ces affiches, et la position de minorité qu’y occupent les femmes.

D’autres présentations de l’ouvrage se trouvent sur le blog de Bernard Boutter, le blog de Sébastien Fath, le blog de Yannick Fer ou encore le blog de Gwendoline Malogne-Fer

Voir aussi Tenir le haut de l’affiche (une liste de mes articles sur ce thème).

Encore « Marie »

Dans un billet précédent, à partir des listes électorales parisiennes, j’avais remarqué la présence fréquente de “Marie” comme prénom secondaire pour les électeurs avec un nom à particule, au XXe siècle.
Peut-on repérer la même chose au XIXe siècle ?
La liste des personnes ayant reçu la Légion d’honneur peut nous donner des indications.
marieprenom-legion
L’on repère déjà que “Marie” est un prénom fréquemment donné, à des garçons, en première position, au milieu du XIXe siècle. Au moment où la Vierge ne cesse d’apparaître, où elle est embrigadée dans les entreprises de recatholicisation, et où elle se retrouvé attachée à un nouveau dogme romain, celui de l’Immaculée conception… son prénom se trouve donné, de manière assez importante, à des jeunes hommes. Vers 1850, 5% des garçons [parmi ceux qui recevront la Légion d’honneur] et même 15% des garçons à particule, ont “Marie” en premier prénom. C’est l’un des prénoms masculins les plus fréquemment donnés aux garçons.
Cet engouement s’étiole ensuite. Mais “Marie” est recyclée : le parthénonyme devient un prénom secondaire, marqueur discret. Vers 1900 près de 15% des garçons ont “Marie” en second prénom. Et c’est le cas de plus de 50% des bébés garçons qui naissent, à cette époque, avec un nom à particule.
À mesure que la noblesse et la noblesse d’apparence perd sa position dominante dans les champs politiques, économiques et intellectuels, elle développe un communautarisme culturel qui maintient les distances symboliques avec les autres groupes sociaux.