Categories

Archives

Les billets de June, 2025 (ordre chronologique)

Des normaliens dans les réseaux

Cette année comme l’année dernière, l’École normale supérieure Paris-Saclay (du moins la formation de sociologie) et l’UVSQ participent au Collectif POF qui forme les étudiants à la recherche par la recherche. Cette année comme l’année dernière neuf universités et l’ENS Paris-Saclay ont donc préparé un questionnaire, au premier semestre, recueilli les réponses de plus de 13 000 étudiants, et, au deuxième semestre, procédé à l’analyse des réponses. Cette année, le thème de l’enquête portait sur les engagements étudiants : la socialisation politique, les discussions, les usages des réseaux socionumériques…
Avec Marion Michel qui était responsable du cours du premier semestre, et Leïla Fardeau, qui était mobilisée sur la seconde partie de l’année, j’ai rédigé un « 4 pages » centré sur l’ENS Paris-Saclay qui présente quelques résultats intéressants.


cliquez pour lire le texte

Vous pouvez télécharger l’article :
Coulmont Baptiste, Fardeau Leïla et Michel Marion, « Des normaliens et normaliennes très engagés hors ligne, plus silencieux en ligne », Documents Études Recherches SHS, 2025, n°3, p. 1-4

L’effet de la Première Guerre mondiale sur les prénoms

La revue Social Science History vient de publier un article que j’ai écrit avec Nicolas Todd, The Effect of World War I on Naming Patterns: A Systematic Exploration

Parce qu’on peut disposer assez facilement de listes de prénoms, ces listes ont souvent été utilisées pour étudier les réactions des populations à des événements comme des guerres ou des crises diplomatiques. Mais on prend en général quelques prénoms « candidats » et on étudie la variation de leur fréquence parmi les naissances qui ont lieu à proximité de l’événement étudié : le prénom « Philippe » quand Pétain arrive au pouvoir ? le prénom « Adolphe » après 1940 ? le prénom « John » au moment de la Crise de Cuba, etc…

Cette approche laisse de côté des informations essentielles contenues dans ces listes, pour la simple raison qu’une bonne partie des prénoms ont été laissés de côté, et que ces prénoms laissés de côté sont porteurs d’informations. Plus fondamentalement, étudier quelques prénoms ne permet pas de savoir si des chocs exogènes peuvent modifier de manière significative les préférences de dénomination à l’échelle de toute la population.

Dans l’article qui vient d’être publié nous proposons une méthode permettant d’étudier systématiquement les variations de popularité des prénoms (de tous les prénoms d’une liste) autour d’un événement donné et d’en quantifier l’effet « total ». À l’aide du Fichier des prénoms, nous appliquons cette méthode à la France pendant la Première Guerre mondiale. Nous identifions plusieurs dizaines de prénoms dont la popularité a été affectée par la guerre.

On repère en particulier une augmentation de l’attribution de prénoms en lien avec la génération précédente (les prénoms de la génération des pères, ou des variations de ces prénoms), ce qui est en lien avec un autre article que Nicolas et moi avons écrit il y a quelques années. Et on vérifie bien que certains prénoms bien spécifiques nous renseignent sur l’évolution de l’attitude de la population civile, par exemple sur le pessimisme généralisé en 1917. L’utilisation conjointe d’une autre base de données, individuelle et portant sur environ 9,5 millions de personnes (le Fichier des personnes décédées), nous permet de suivre ces évolutions du moral mois après mois.

L’effet global de la guerre sur la dénomination a été maximal et important au début du conflit, puis a progressivement diminué : le retour des préférences en matière de prénoms à leur état d’avant-guerre — avant même la fin de la guerre — illustre et permet de mesurer l’installation de la « banalité de la guerre ».

L’article est en accès libre (en anglais).

Un site compagnon interactif vous permet d’explorer nos résultats et de modifier certains des paramètres de nos calculs :


cliquez pour explorer