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Deux articles sur l’émancipation

Billet publié le 30/04/2026

Magie des calendriers, deux articles, que j’ai écrits avec Camille François, sont publiés à quelques semaines d’intervalle par les revues Sociologie et Actes de la recherche en sciences sociales.

Dans la revue Sociologie (2026, vol.17, n°1), c’est « Un espace social de la jeunesse. Les usages sociaux de l’émancipation judiciaire ». Et nous vous conseillons de commencer par celui-là, parce qu’il présente la variété des motifs de recours à l’émancipation :

L’émancipation judiciaire permet à des mineurs de seize ans d’acquérir les capacités civiles des majeurs. En s’appuyant sur une base de 401 dossiers déposés dans huit tribunaux, cet article répond à deux questions : quels sont les usages sociaux de l’émancipation et comment permettent-ils de saisir les stratégies de reproduction familiale qui soutiennent, en creux, la différenciation de l’espace social de la jeunesse ? À l’aide d’une analyse géométrique des données, nous distinguons trois classes que nous appelons émancipations scolaires-bourgeoises, certifiantes-moyennes et familiales-populaires. Ces variations sociales des motifs de l’émancipation révèlent la place relative de l’institution-pivot qui sous-tend, au-delà des modalités d’accès à l’autonomie des jeunes, les stratégies de reproduction des différents groupes sociaux.

Cet article est accompagné d’annexes électroniques sur nakala et de ce billet de blog qui décrit certains des calculs réalisés pour l’article.

Dans les Actes de la recherche en sciences sociales (2026, n°261), c’est, dans le cadre d’un dossier thématique intitulé « Le côté obscur de la famille (2) » que nous avons proposé « Une domination sous tutelle. Désordres familiaux et usages du droit dans les procédures d’émancipation des mineur·es ». C’est l’article à lire en second, si vous lisez les deux articles, et vous allez lire les deux articles. Il est centré sur les émancipations conflictuelles :

En droit, l’émancipation permet de mettre fin à l’autorité parentale et d’accorder des capacités civiles à un·e mineur·e avant l’âge légal de la majorité. Une partie des justiciables – parents ou enfants – recourent à cette procédure pour régler leurs conflits familiaux. Ces affaires d’émancipation conflictuelle offrent un bon observatoire de deux côtés obscurs de la famille, au regard des conceptions électives ou égalitaires de cette dernière. D’une part, elles mettent en lumière les inimitiés familiales et les conditions dans lesquelles les parents et les enfants en viennent à judiciariser leurs litiges. D’autre part, ces affaires révèlent les inégalités fondamentales et constitutives de la famille comme « catégorie réalisée » et comme institution hiérarchique, à commencer par la distinction entre mineur·es et majeur·es.
Nous montrons comment ces recours conflictuels de l’émancipation constituent un usage hétérodoxe du droit auquel ne donnent pas suite la plupart des magistrat·es, et comment ces refus d’émancipation – mais également certaines acceptations – reconduisent moins la tutelle des parents que celle de l’institution judiciaire ou d’une autre instance familiale sur les mineur·es.

L’enquête dont sont issus ces deux articles, Des adultes en mode mineur est disponible sur le site de l’Institut Robert Badinter.

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