On trouve, sur le site opendata du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, un fichier qui donne quelques indications sur la composition socio-démographique des établissements d’enseignement supérieur sous tutelle du ministère.
À partir de ce fichier, on peut produire un graphique qui présente la proportion d’étudiant·e·s arrivé·e·s au bac avec un an d’avance au moins, par établissement.
Dans ce graphique, les écoles qui recrutent à bac+2/bac+3, et qui ne recrutent donc que des survivant·e·s, devraient être comparées aux universités « à niveau égal »… ce que ne permet pas le fichier agrégé en opendata. Et l’absence des écoles militaires, comme l’école polytechnique de Palaiseau, des écoles de commerce ou d’une grande partie des écoles d’ingénieur·e·s rend ce graphique moins intéressant.
Mais il vous est offert gratuitement.
J’ai mis à jour et légèrement modifié le Projet mentions, qui présente, pour environ 3500 prénoms, les résultats au bac des personnes qui portaient ce prénom. Les données concernent les bacs de 2012 à 2020, et uniquement les bacs généraux et technologiques.
Les modifications sont tout d’abord cosmétiques : l’ancienne version était un peu grise, la nouvelle est colorée, et il y a maintenant quelques animations. Elles sont aussi techniques : l’ancienne version ne permettait pas de cliquer de prénom à prénom, et maintenant c’est possible. Si vous recherchez les résultats d’un prénom qui n’est pas dans la base, le site vous propose un prénom graphiquement proche. Le « Nuage des prénoms » est lui aussi cliquable. Et, en plus des « prénoms similaires » je propose aussi quelques prénoms qui ne sont pas dans le même regroupement de prénoms.
Enfin, j’indique, pour chaque prénom de la base du « Projet mentions » le nombre annuel de naissance de bébés portant ces prénoms, à partir du Fichier des prénoms de l’Insee : c’est une manière simple de se faire une idée de la situation du prénom au moment où les candidat·e·s au bac sont né·e·s. Prénoms en croissance ? prénom en déclin ?
Les résultats nominatifs au bac 2020 ont été publiés hier. Ce millésime est particulier : l’épidémie de covid19 a empêché les épreuves habituelles, et ce sont les notes harmonisées du contrôle continu qui ont servi de notes au bac.
Cela ne semble pas avoir modifié la distribution des mentions par prénom (ci-dessous, pour les bacs généraux et technologiques). En gros, pour tout le monde (ou presque, ça reste à calculer), la fréquence d’accès à la mention très bien a été multipliée par 1,5. Mais les prénoms qui avaient peu accès à la mention « très bien » en 2019 ou 2018 n’ont — comparativement au reste — pas vu leur position dans le nuage se déplacer.

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Pour les années précédentes, voir l’édition 2019, ou l’édition 2018, 2017, ou en 2016 ou encore en 2015… 2014,2013, 2012 ou 2011. Vous pouvez aussi lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante].
Parce que la réussite scolaire et le choix des prénoms dépendent, en tendance, de l’origine sociale… les Éléonore et les Ryan n’ont pas obtenu la mention “Très bien” dans les mêmes proportions. Alors certes, il y a des Ryan avec mention Très bien et des Éléonore qui doivent passer l’oral de rattrapage, mais il y a beaucoup plus d’Éléonore avec mention que de Ryan avec mention.
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Le prénom en lui-même ne joue pas : les copies sont anonymes. Mais cette année, les résultats sont provisoires, car une partie des correcteurs étaient en grève. À ce que j’ai compris, certains jurys ont attribué des notes, parfois sur la base du contrôle continu. Alors là, oui, le prénom était connu. A-t-il pu jouer un rôle ? Il faudrait avoir une idée précise du nombre de notes qui ont du être attribuées “hors procédure habituelle”.
Globalement, ces résultats temporaires ressemblent très fortement à ceux des années précédentes. Je n’ai presque pas à changer ce que j’écrivais l’année dernière : « Entre l’année dernière et cette année, tous les candidats ou presque ont changé. Mais si les personnes ont changé, ce n’est pas le cas de leurs prénoms. Prenons les Juliette. Les Juliette qui ont passé le bac en 2019 ne sont pas celles qui ont passé le bac en 2018. Et même plus : les Juliette de 2018 n’ont pas les mêmes parents que les Juliette de 2019. Et pourtant leur nombre est presque le même (2100), et leur taux d’accès à la mention Très bien est identique (20%). En tant qu’individu, elles sont toutes différentes. En tant que groupe (du simple fait de partager un prénom) elles sont semblables. Les Juliette de 2019, comme celles de 2018, sont, en tant que groupe, et au regard du taux d’accès à la mention Très bien, identiques aux Juliette de 2017. »
Pour les années précédentes, voir l’édition 2018, 2017, ou en 2016 ou encore en 2015… 2014,2013, 2012 ou 2011. Vous pouvez aussi lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante].
Entre 2012 et 2018, 9,64% des candidates et candidats au bac (général ou techno) ont obtenu la mention “Très bien”. Ce fut le cas de 8,92% des candidats et candidates qui n’avaient qu’un seul prénom, et 10,5% des candidat.e.s avec 2 prénoms ou plus. Un écart de 1,5 points. Ou 17% en plus. Ou un ratio de 1,17..
Bien entendu, ce n’est pas le prénom en lui-même qui joue : les copies sont anonymes. Et le second prénom est le plus souvent invisible : de qui connaissez-vous tous les prénoms ? Mais la probabilité d’avoir plusieurs prénoms n’est pas aléatoirement répartie sur l’espace social. Pour dire bref, les parents du haut de l’échelle sociale donnent plus fréquemment plusieurs prénoms à leurs enfants. 40% des Jessica ont plus d’un prénom, c’est le cas de 59% des Apolline. Et c’est une pratique à laquelle n’ont pas souvent recours les immigrés d’Afrique du nord (ou leurs descendants ?) : Seuls 10% des Yassine ont plus d’un prénom.
Cependant, l’effet associé aux prénoms multiples n’est pas restreint aux classes supérieures, bien au contraire.
Comme le montre le graphique suivant (restreint aux prénoms les plus fréquents), « l’effet » du prénom multiple est plus “fort” pour les prénoms des candidats qui ont peu de mention Très bien… mais c’est aussi parce que passer de 3% à 4% c’est un ratio de 1,33% en plus, alors que passer de 15% à 17%, c’est à peine un ratio de 1,15. [On pourrait regarder la différence : et là, on verrait que « l’effet » est de 0,5 points en plus quand les candidats ont 3% de mention TB et d’environ 1 points quand ils (et elles) ont 10% de mention… pour retomber à 0,5 points autour de 20% de mention TB.
Ce graphique est construit en prenant en abscisse la proportion de mention TB pour les candidats n’ayant qu’un seul prénom, et en ordonnée j’ai représenté le rapport entre cette proportion et la proportion de mention pour les candidats ayant plus d’un prénom. Un exemple : Lina : 9,8% des “Lina tout court” ont une mention TB, mais c’est 15,4% quand elles ont plus d’un prénom. D’autres prénoms ressemblent à Lina : Adam, Yassine, Anissa, Sofiane, Myriam, Sonia… où la présence d’un second prénom multiplie le taux d’accès à la mention “Très bien”. Les « Anissa-avec-un-second-prenom » ne sont pas tout à fait comme les « Anissa-tout-court » (elles préparent un peu plus souvent un bac S, et leur second prénom, assez souvent, n’est pas Aïcha mais Claire ou Aurore) : elles n’ont pas les mêmes parents.
On sait que la proportion de candidat.e.s obtenant la mention “Très bien” diffère suivant les prénoms. Jennifer a moins de mention qu’Adèle. Et une Adèle qui aurait comme second prénom Jennifer ? Ou une Jennifer qui aurait comme second prénom Adèle ? Est-ce que le fait d’avoir un second prénom est toujours associé à un surplus de mention «Très bien»?
Dans le graphique suivant, pour les prénoms les plus fréquents, je différencie les seconds prénoms. Prenons Anissa. Trois cas se présentent : 1- son second prénom est un prénom qui (quand il est en première position) est associé à une proportion plus faible de mention « Très bien » qu’Anissa (1,2 fois moins), 2- son second prénom est un prénom qui est associé à une proportion presque égale, et 3- son second prénom est un prénom qui est associé à une proportion bien plus importante de mention très bien (1,2 fois plus). [Je laisse de côté les seconds prénoms qui ne sont jamais présents en première position.]
On ne voit pas de différence liée au type de second prénom quand la proportion de mentions TB est faible ou élevée. Mais on voit des différences entre 7 et 15% d’accès à la mention. Là, (pour dire bref, et en prenant un exemple fictif) «Camille Cindy», «Camille Chloé» et «Camille Adèle» vont avoir des proportions variées d’accès à la mention : si 10% des “Camille tout court” accèdent à la mention TB, c’est le cas de 9% des “Camille Cindy”, 11% des “Camille Chloé” et 12% des “Camille Adèle”.
Si l’on fait l’hypothèse que les parents, en choisissant un prénom pour leur enfant, cherchent à indiquer quelle place ils occupent dans l’espace social, alors ces mêmes parents se servent aussi du second prénom pour indiquer une position un peu plus précise. Ou alors on peut penser que le choix du prénom est avant tout le résultat d’une lutte entre parents pour imposer un choix individuel : le second prénom alors est le prénom “perdant” : « Il voulait Adèle, mais c’est moche, Adèle. Je préfére Lina. On a mis Adèle en deuxième. ». Mais sans information sur les deux parents, difficile d’aller plus loin.
Entre l’année dernière et cette année, tous les candidats ou presque ont changé. Mais si les personnes ont changé, ce n’est pas le cas de leurs prénoms. Prenons les Juliette. Les Juliette qui ont passé le bac en 2017 ne sont pas celles qui ont passé le bac en 2018. Et même plus : les Juliette de 2017 n’ont pas les mêmes parents que les Juliette de 2018. Et pourtant leur nombre est presque le même (2200), et leur taux d’accès à la mention Très bien est identique (20%). En tant qu’individu, elles sont toutes différentes. En tant que groupe (du simple fait de partager un prénom) elles sont semblables. Les Juliette de 2018 sont, en tant que groupe, et au regard du taux d’accès à la mention Très bien, identiques aux Juliette de 2017.
Cette année, 25% des Garance (qui ont eu plus que 8 au bac général et technologique et qui ont autorisé la diffusion de leurs résultats) ont obtenu la mention Très bien. C’est le cas de 5% des Océane ou des Anthony. Les prénoms les plus donnés vers 2000 (quand ces bachelier.e.s sont né.e.s), Léa, Thomas et Camille, ont des taux moyens de proportion Très bien. Vous remarquerez aussi assez vite la plus grande excellence scolaire féminine : à la droite du graphique, on ne trouve que des prénoms féminins bourgeois (Garance, Apolline, Diane…). A gauche, ce sont surtout des prénoms masculins et de classes populaires (Steven, Ryan, Christopher, Allan).
Pour les années précédentes, voir 2017, ou en 2016 ou encore en 2015… 2014,2013, 2012 ou 2011. Vous pouvez aussi lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante].
L’avance scolaire des garçons m’étonne, depuis quelques temps déjà (voir les épisodes précédents ici ou encore là). J’ai commencé à explorer les données du “Panel 2007” (qui suit des élèves sur plusieurs années), mais ce n’est pas encore assez abouti.
L’avance scolaire des garçons est bizarre car elle n’est pas entièrement liée à leurs performances scolaires : à notes égales, les garçons sautent plus souvent une classe que les filles. Et cela se vérifie quelque soit la série ou filière du bac et quelque soit l’origine sociale des élèves. Cela peut s’illustrer avec les résultats nominatifs au bac, en prenant les prénoms comme des indicateurs (flous) d’origine sociale.
En abscisse : le pourcentage de mention “Très bien”. En ordonnées : le pourcentage d’élèves en avance. Chaque point représente un groupe d’élèves portant un prénom donné plus de 200 fois. La ligne bleue montre la relation (issue d’une régression linéaire) entre la proportion de garçons obtenant la mention Très bien et la proportion de garçons “en avance”. La ligne rouge montre la même chose pour les filles. Quelque soit l’année (non représentée), quelque soit la série, quelque soit l’origine sociale, les garçons, en moyenne, ont plus souvent sauté une classe que les filles qui ont les mêmes performances scolaires.

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Quand on connaît les primes diverses accordées à la précocité, on ne peut s’empêcher de penser que, décidément, les avantages masculins commencent tôt dans la vie.
Le monde social est fait de routine et de familiarité. De surprises parfois, de fascinations, mais d’habitudes aussi. C’est pourquoi, cette année encore, les toutes nouvelles bachelières prénommées Diane ont plus souvent obtenu la mention « Très bien » que leurs camarades prénommées Cindy ou Morgan.
Plus de 20% des Adèle, Diane, Anna, Théophile et Juliette ont obtenu la plus haute mention. C’est le cas de 5% environ des Cassandra, Anissa et Anthony.

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Pour en savoir plus, j’ai écrit un petit texte pour l’INED On ne nomme jamais, on classe.
Et j’ai aussi, au cours des années précédentes, montré l’intérêt de cette étude : en 2016 ou encore en 2015… 2014,2013, 2012 ou 2011. Vous pouvez aussi lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante].
Enfin un mini-site interactif qui vous permet de consulter les résultats de votre prénom est disponible ici : https://coulmont.com/bac/
Les résultats nominatifs au bac sont passionnants. On peut y lire la traduction scolaire d’inégalités sociales. Les candidats qui ont 3 ou 4 prénoms, par exemple, ont 2 points de pourcentage en plus de mention Très Bien. Les candidats ayant un nom à particule ont 6 points de pourcentage de mention Très Bien en plus. Les candidats ayant un an d’avance ou plus ont 22 points de pourcentage de mention Très Bien en plus (32% contre 10%).
Et je me suis aperçu aussi que certains candidats qui ont le même nom de famille et le même nombre de prénoms étaient de plus né le même jour et passaient le bac dans la même académie. Des jumeaux ? C’est assez probable (surtout quand ces noms de famille sont rares). Considérons-les, pour l’instant, comme des jumeaux.
La proportion de naissances gémellaires est, à la fin des années 1990, d’environ 15 naissances pour 1000 (cf un article sur les naissances gémellaires en France). La proportions de jumeaux passant le bac (général et technologique) en 2016 est de 15 pour 1000 candidats. A priori, c’est assez proche, ce qui semble confirmer que les “jumeaux” repérés à partir du trio nom-naissance-académie-(nombre-de-prenoms) sont bien d’anciennes naissances gémellaires arrivées jusqu’au bac.
Regardons comment se répartissent ces jumeaux en fonction des séries au bac (pourcentages en colonnes). J’ai du grouper les séries où les candidats sont peu nombreux, car le nombre de jumeaux est, quand même, relativement faible. L’analyse ci-dessous ne porte que sur les personnes ayant un nom de famille assez rare (j’ai enlevé les 150 noms de famille les plus fréquents pour éviter le paradoxe des anniversaires).
| jumeaux | non-jumeaux | |
|---|---|---|
| BacES | 26 | 23 |
| BacL | 8 | 11 |
| BacS | 50 | 39 |
| TechnoAutre | 7 | 14 |
| BacSTMG | 8 | 13 |
On repère deux choses. Les jumeaux se trouvent plus fréquemment que les autres candidats (non jumeaux) dans les séries du bac général, et donc moins souvent dans les séries du bac technologique. Et cette différence se perçoit aussi dans le détail : La moitié des jumeaux passent un bac S, ce n’est le cas que de 4 “autres candidats” sur 10.
Comment se répartissent les mentions des jumeaux et des autres candidats ? Là aussi les résultats sont intéressants. C’est à croire que les jumeaux décrochent beaucoup plus de mentions Très Bien que les non-jumeaux.
| jumeaux | non jumeaux | |
|---|---|---|
| 2e Session | 9 | 14 |
| Admis | 24 | 30 |
| Admis AB | 29 | 28 |
| Admis B | 21 | 17 |
| Admis TB | 17 | 11 |
Alors que 11% des candidats ont une mention Très Bien, c’est le cas de 17% des jumeaux, qui ont aussi plus souvent des mentions Bien.
Les deux choses sont liées : c’est au bac S que les mentions Très Bien sont les plus fréquentes. Il faut donc examiner si, pour chaque série, cette différence se repère.
| Séries et mentions | |||||
| 2e Session | Admis | Admis AB | Admis B | Admis TB | |
|---|---|---|---|---|---|
| Bac ES | |||||
| jumeaux | 10 | 24 | 31 | 21 | 14 |
| non-jumeaux | 15 | 29 | 28 | 18 | 10 |
| Bac L | |||||
| jumeaux | 10 | 24 | 30 | 21 | 14 |
| non-jumeaux | 15 | 31 | 28 | 17 | 10 |
| Bac S | |||||
| jumeaux | 7 | 19 | 26 | 23 | 24 |
| non-jumeaux | 12 | 24 | 25 | 21 | 17 |
| Techno Autre | |||||
| jumeaux | 11 | 40 | 30 | 14 | 4 |
| non-jumeaux | 15 | 36 | 32 | 14 | 4 |
| Bac STMG | |||||
| jumeaux | 15 | 36 | 35 | 12 | 1 |
| non-jumeaux | 17 | 40 | 32 | 10 | 1 |
| Résultats nominatifs, Bac 2016 | |||||
C’est le cas. Quelque soient les séries, les jumeaux ont de meilleurs résultats au bac (un peu plus de mentions Très Bien, un peu moins de passages à l’oral).
Comment expliquer cette différence ?
C’est à mon avis la dernière interprétation qu’il faut privilégier, dans un premier temps. Ces jumeaux à la réussite exceptionnelle sont des mirages de la sélection.