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Le rapport de soutenance de thèse

rapport-soutenanceLe rapport de thèse est, dans les dossiers de recrutement aux postes de maîtresses de conférences, le seul texte qui ne soit pas de l’auto-présentation. Il est donc considéré par les membres des comités de sélection comme un document important. Et souvent — malheureusement — le rapport de thèse est presque illisible alors qu’il devrait permettre de comprendre pourquoi telle thèse est réussie et telle autre moins bonne.
 
Après quatre bonnes années d’expérience en tant que recruteur de collègues, je pense avoir quelques conseils à donner (après avoir proposé, en 2005 quelques conseils sur la rédaction des CV analytiques). Voici donc, ici, quelques propositions pour les jurys de thèse, afin qu’ils et elles apprennent à rédiger des rapports utiles. [Pour un autre point de vue sur ces rapports, se reporter à l’ouvrage Un genre universitaire : le rapport de soutenance de thèse de Claudine Dardy, Dominique Ducard et Dominique Maingueneau.]

*

  1. Rappeler le nombre de pages de la thèse est toujours utile. Préciser s’il y a des coquilles, des fautes d’orthographe aussi. Ce n’est pas sacrifier à une vieille tradition sans signification. C’est décrire la qualité de la langue.
    Mais par ailleurs cher jury… il ne faudrait pas que votre rapport soit lui-même truffé de coquilles, de fautes d’orthographe et de grammaire, ou que votre enthousiasme à copiécoller conduise à des paragraphes sans sens.
  2. “Raconter” la thèse, partie par partie, n’est pas du temps perdu. Il me semble nécessaire, dans un rapport de thèse, qu’un résumé, chapitre par chapitre, soit présent. Quand il est fait par une des membres du jury (et accompagné d’une phrase soulignant la qualité du plan), cela prouve, aux yeux des lecteurs du rapport, que la thèse est assez facilement lisible.
  3. Synthétiser les résultats de la thèse est nécessaire. Ce n’est pas la répétition du passage précédent. Il doit y avoir, à un moment du rapport, une phrase construite de la manière suivante : “la candidate montre que…” Trop souvent on peut lire “cette thèse fera date”… sans que soient décrites les raisons de cet enthousiasme (factice ?) pour l’écrit. Les défauts de la “sociologie par objet” sont trop souvent visibles dans les rapports : que cette thèse soit “la thèse vers laquelle se tournera à l’avenir tout chercheur intéressé par / la pêche à la grenouille / les SDF unijambistes / les tourneurs-fraiseurs homosexuels” ne suffit pas… si la thèse apprend des choses sur des objets plus grands, comme la pêche, l’unijambisme ou l’homosexualité, ou si les objets eux-mêmes sont “dépassés” au profit des méta-objets comme le loisir, les classes populaires ou la domination, le rapporteur ne devrait pas hésiter à le mentionner. A part dans quelques départements localistes, aucun poste ne sera ouvert avec un flêchage sur les SDF unijambistes.
  4. Décrire finement les méthodes utilisées est indispensable : nous sommes sociologues, que diable ! Il ne suffit pas de dire “des entretiens”, mais il faut dire combien. Il faut mentionner leur durée ou décrire l’échantillonage ayant conduit à recueillir la parole de telle ou telle personne.
    Idem pour les “statistiques” : il faut décrire, dans le rapport, les données utilisées (création d’un questionnaire ou usage secondaire de données INSEE ?), il faut décrire les usages : 45 tableaux croisés ou 3 régressions logistiques ?
    Ajoutons qu’il faut aussi écrire à quoi ont servi ces différentes méthodes. La rapporteure devrait, à l’écriture de son rapport, avoir une check-list.
    [Note aux doctorantes : il est super-rentable, dans une thèse de sociologie, de faire “un peu” de statistiques. Plutôt que de retranscrire le n-ième entretien, passez deux ou trois mois, à plein temps, à vous familiariser avec R, SAS ou SPSS, écrivez un chapitre et insistez pour que la directeure de thèse consacre un paragraphe à ces usages du “quantitatif” dans son rapport.]
  5. Décrire, au delà des méthodes, les matériaux empiriques sur lesquels reposent les assertions de la doctorante est essentiel. C’est assez simple : citer une petite partie du guide d’entretien. Reprendre l’une des questions du questionnaire. Montrer, ensuite, comment ces données apportent une réponse, dans le corps de la thèse.
  6. Plutôt que de critiquer l’usage de tel ou tel concept, plutôt que de pointer des manques : souligner les inventions conceptuelles, les innovations langagières et leurs usages dans la thèse.
    Le plus souvent, il semble que les membres des jurys se font plaisir, dans les rapports. Untel parlera de tel point minuscule. Tel autre critiquera l’usage de telle auteure à la page 123… Unetelle enfin fera tout son topo sur “vous ne m’avez pas citée”. Ce qui est amené par le doctorant est passé sous silence. Est-ce parce que la thèse est ratée ?

Avec un bon rapport, les membres des comités de sélection pourront savoir pourquoi telle thèse est bonne, excellente, parfaite ou simplement mauvaise. Si rien de ce qui précède ne s’y trouve, j’en jugerai à l’avenir que la thèse est mauvaise.

Enfin, deux conseils, aux doctorants :

  1. Demandez à lire quelques rapports de thèse et repérez les “mauvais élèves” ceux qui font des rapports de 3 lignes ou déblatèrent ad lib sur tel concept fumeux (des phrases comme “dans le postmoderne actuel la néo-libéralisation des ethno-centres déstructure — ou restructure — le système-monde” devrait vous dire : ouille ouille ouille, à éviter !). Ne les prenez dans votre jury que s’ils peuvent être utiles par ailleurs.
  2. Si les éléments précédents ne se trouvent pas dans le rapport, placez-les dans le CV analytique joint au dossier. [Je répète : résumé factuel, résumé des grandes conclusions, trouvailles ou résultats, description des méthodes, des outils et des données, et de leurs usages]. Nous (membre des comités de sélection) saurons ainsi ce qu’il y a dans la thèse.

Mise à jour : Dans les commentaires à ce billet, Olivier G. ajoute un point fondamental.

Travail

dossiers MCF 2009
Vous voyez au dessus des empilements de dossiers de candidatures aux 3 postes de maîtresses de conférences ouverts en sociologie à Paris 8. La “salle des enseignants” (le seul bureau disponible pour une trentaine d’enseignantes-chercheures) en est remplie. L’un des postes a attiré plus de 150 candidates… En tout, quelques 380 dossiers à répartir entre les 34 différentes personnes composant les comités de sélection, en évitant les conflits d’intérêts. Que dis-je… ce ne sont pas 380 dossiers, car tout arrive en double exemplaire (doubles exemplaires ?) : ce sont 760 dossiers à répartir (chaque impétrante a deux rapportrices) en prenant soin d’assurer une traçabilité.
J’entends parfois des candidates doucement se plaindre de devoir composer puis envoyer une vingtaine de dossiers. J’entends aussi des collègues se plaindre d’en recevoir plus d’une vingtaine.
Note : L’Association des Sociologues Enseignants du Supérieur, l’ASES, organise cette année un suivi de la campagne de recrutement. L’on dispose de nombreux renseignements sur la composition des comités (ne manquent à l’appel que Toulouse 2 et Metz… un peu cachottières cette année, ou en vacances).
Note (2) : Dans l’un des dossiers, que j’ai parcouru lors de la répartition, j’ai trouvé, pour la première fois, une page consacrée à l’Impact Factor des articles de la candidate. On y trouvait aussi son (ses ?) facteur h.

*

Se tient en ce moment le Congrès de l’Association française de sociologie.
afs-2009
Ça se passe à l’université Paris 7, sur le site des “Grands Moulins”. C’est assez bien fait. On me dit que M*chel B*zon y a fait de jolies photos et Lou*s Ch*uvel de beaux powerpoints.

Concours de moustaches

C’est la saison des postes, des postes fléchés et, surtout, des “postes à moustaches“.
Quel poste a les plus grosses moustaches ? En philosophie, j’ai relevé ce poste de maître de conférences, intitulé “L’abord lacanien des symptômes de l’enfant“. S’il n’est pas réservé (à un ancien doctorant ayant pour sujet de thèse cet intitulé) que je sois damné !

Wiki auditions et autres suivis du recrutement

Le passage à la LRU, et la suppression des commissions de spécialistes ne va pas, malheureusement, supprimer le recrutement local. C’est pourquoi il est important, peut être encore plus cette année, d’organiser une veille professionnelle. Les années précédentes (sur le modèle des matheux de l’Opération Postes et du suivi des politistes de l’ancmsp), j’avais centralisé, par ce qui s’était appelé le wiki auditions, les informations concernant la sociologie, avec un succès qui m’a fait plaisir. Cette année :

D’autres ? affordance / O. Ertscheid reprendra-t-il ?
Par ailleurs : comme l’année dernière, le blog à suivre c’est Kalai Elpides.

Listes : voeux, qualif

Meilleurs voeux ! Et pour de jolis voeux, rien de tel que des cartes aux messages personnalisés :
blog annee
Ailleurs sur internet : Mowgli Nomade qui recherche la qualification du CNU, écrit :

Je déteste « faire » mon CV, empaqueter dix années de ma vie en quelques lignes. J’ai l’impression que ça me renvoie à la figure toute la vacuité de ma vie, ma paresse, que c’est le vide sidéral.

Alors j’ai cherché des exemples de CV de qualif/ de MCF sur internet pour voir comment ils étaient structuré. Et là j’ai halluciné : des CV de 10, 20, 30 pages. De jeunes chercheurs qui ont la trentaine et qui postulent sur les mêmes postes que moi, moi qui n’ai jamais réussi à dépasser 4 pages en interligne double avec des titres en taille 18. Des fleuves de publications, des responsabilités « administratives et collectives » à la pelle, des projets de recherche motivés en pagaille.
suite

Et, pour ne pas que l’appel se perde, un rappel : La Contre-Réforme de la recherche et de l’université françaises, par Patrick Weil et A. Lesueur (publié le 31/12/2008 dans La Tribune).

Le nouveau “wiki auditions”

C’est désormais l’ASES, l’Association des sociologues enseignants du supérieur, qui s’occupe de suivre et de rendre public le processus de recrutement en sociologie.
Pour l’instant, les informations sont sur ce google-group : Association des sociologues enseignants du supérieur. Il n’y a qu’un seul poste ouvert au recrutement cet automne en section 19 du CNU… ce qui permet à l’ASES de roder sa manière de faire.

Comités de spécialistes sélection

Le mode de recrutement des collègues a changé, dans l’université française. Les “comités de sélection spécialistes” ont remplacé les “commissions de spécialistes” : ces comités sont plus réduits, sont éphémères dans leur composition, et contiennent au moins 50% de membres extérieurs à l’université.
Trouver ces 50% d’Extérieurs (l’adjectif a été substantivé) ne va pas être simple. Surtout quand l’on sait que ces comités ne sont plus disciplinaires, mais peuvent être composés pour partie de juristes, de médecins, de physiciens et autres musicologues pour proposer le recrutement d’une linguiste.

Je profite donc du blog pour me porter candidat à un comité, en tant que membre extérieur. Il ne devrait pas y avoir de recrutement de sociologues à Paris 8 pour la session d’automne. Mais pour la session de printemps, j’aimerais réussir à comprendre les nouvelles logiques de fonctionnement des “comités”. Mes compétences sont limitées, mais participer au recrutement d’une historienne, d’une sociologue, d’un sciencepolitiste ne me dérangerait pas.

Mise à jour : Je me suis emmêlé les pinceaux de la terminologie. Gizmo a corrigé. Merci.

Usages du wiki-auditions

Voici ici quelques réflexions sur le wiki-auditions, maintenant que la session de recrutement est terminée (il reste aux conseils d’administration des universités à se prononcer, mais bon… c’est presque fini).
Je souhaite commencer par des remerciements, à toutes les commissions qui ont rendu publics leurs classements, à toutes les commissions qui ne les ont pas rendu publics (il n’en est que plus drôle de rechercher leur décision), à tous les candidats qui ont édité le wiki…
Puis quelques statistiques :
wikiauditions-statistiques
La page principale du wiki audition indique quelques 30 000 visites, le service de statistiques du serveur quelque chose entre 27 000 et 68 000 en un mois. Quoi qu’il en soit, ça fait beaucoup. [Note en passant : cela n’a pas augmenté les ventes de mon livre, Sex-shops, une histoire française.]

Poursuivons par les multiauditionnés, ma catégorie de prédilection. Dans mon esprit tordu, j’apprécie les cycles : j’aurai aimé de longs cycles débutant par un multi-classé, qui aurait laissé sa place au deuxième dans une université, ce deuxième, classé premier par ailleurs, aurait laissé celle-ci au deuxième etc… un long cycle, qui n’existe pas, malheureusement. “On” hésite semble-t-il à classer premier quelqu’un qui est déja classé premier par ailleurs.
J’ai étoilé les noms pour que google ne les indexe pas.

Nom nbr auditions univ thèse classé 1er univ
Esc*** 5 Toulouse
 
R*pn*l 4 Caen * Angers
G*r*l* 4 ? * P7
M*ch*n 4 Strasbourg
St*v*ns 4 UVSQ * Poitiers
D**z 4 P5
M*l*ch*t 4 CNAM
 
V*lpr* 3 P5 * P8
Ch**v*n 3 EHESS * Lille1
C*ld*r*n 3 ?
P**gn* 3 IEP
R*v*ll*rd 3 ENS/Cachan * P13
*v*nz* 3 EHESS
*r**n 3 P8
 
Z*gn*n* 2 UVSQ * Rennes1
*vr*l 2 P5
D*br*l 2 IEP
G*ll*t 2 CNAM
L**V*n 2 Caen
M*rm*nt 2 U Bourgogne ?
Br*ch*t 2 ?
Gr*tt*n 2 P7
*m*d**-S*n*g*gl** 2 U Metz ?

La grande majorité des classés premiers n’ont eu qu’une seule audition (et n’apparaissent donc pas ici). Cela avait été mon cas d’ailleurs : une seule audition en sociologie…

Passons maintenant aux commentaires reçus tout au long de la session de recrutement. Je laisse de côté les commentaires oraux. Ces commentaires ont été anonymisés, légèrement modifiés, découpés et placés dans le désordre.

Hello Coulmont,
je me permets de t’appeler “Coulmont”, à vrai dire, c’est un peu de ta faute. Tu demandes à tes visiteurs des infos sur la réception du wiki, à la cantine, dans les couloirs de la fac, sur le banc des auditionnés… Ici, c’est régulièrement que l’on parle de “coulmont” à la maison : dans le jardin, dans la cuisine, parfois au lit avant de s’endormir. “T’es allée voir Coulmont aujourd’hui ?” Il faut dire que nous sommes deux docteurs en sociologie à la maison, tous les deux en recherche de poste. Coulmont devient donc l’espace de quelques semaine une figure incontournable dans notre vie de couple.

Le wiki-auditions s’appelle le wiki-auditions, pas le coulmont, voyons ! Mais il semble utile.

Le wiki est-il utile ? Parce que je me refuse par principe d’appeler les services administratifs ou les enseignants des facs où j’ai postulé, je trouve ton initiative est très utile. J’ai postulé dans une autre section, qui ne dispose pas de ce type d’initiative, je n’ai AUCUNE information (à l’exception des endroits où je suis auditionné). C’est TRES désagréable.

On me disait même (“on” étant ici un candidat multisections) que “la section *** c’est la préhistoire”… L’intérêt du wiki se perçoit donc d’autant plus qu’il n’y a pas de wiki partout.

Il y a une réticence de qquns, que j’ai perçue à ***, non sur ton site mais sur l’idée que ça puisse nuire à des candidats de faire état de leur classement ailleurs, ceci dit en général on pose quand même la question direct aux candidats surtout quand on les trouve intéressants pour le poste).

Exactement : même avant le wiki (j’ai participé à deux sessions de recrutement avant-wiki) on arrivait à savoir qui était auditionné où. (“on”, ici, c’est les membres des commissions). Maintenant, tout le monde le sait. Est-ce mieux : je le pense.

(…) j’ai laissé traîner mes oreilles lors des longues heures d’attente (notamment à *** où ils avaient presque *** heures de retard) pour saisir les impressions des divers candidats sur le wiki. J’ai eu également l’occasion d’en discuter avec diverses personnes (*** *** ***).
Dans l’ensemble, l’initiative est perçue très favorablement, dans la mesure où elle favorise une certaine « transparence ». Certains souhaiteraient même faire des statistiques à partir des données présentes pour mettre à jour le déséquilibre entre les candidatures « parisiennes » et « provinciales », entre les candidats issus de certains labos par rapport à d’autres.
Du côté des candidats, le wiki est majoritairement considéré comme très utile et pratique. Néanmoins, j’ai cru déceler certaines réticences à reconnaître devant les autres qu’on l’a effectivement consulté. […] Les seules critiques que j’ai entendues concernaient le fait que vous mettiez des liens donnant des infos sur les candidats (présentation, CV, publications…), sans demander au préalable leur accord.
Du côté des titulaires, beaucoup apprécient la « transparence » que permet le wiki et ne manquent pas d’en diffuser l’existence auprès de leurs collègues. Mais certains (par ailleurs membres *******) ne sont guère enthousiastes. Ils considèrent que ces informations ne doivent pas être publicisées car cela pourrait inciter quelques-uns à remettre en cause les décisions de certaines CS, voire même du CNU en ce qui concerne la qualification de certains candidats, alors même que ces deux instances sont « souveraines » et n’ont pas à rendre de comptes.
Pour ma part, je pense sincèrement que c’est une excellente initiative

Sur le dernier point : si certaines décisions pouvaient être remises en cause, cela ne me dérangerait pas. Les commissions de spécialistes doivent répondre de leur classement, leur souveraineté a des limites. Le but du wiki est en partie de rendre publiques les décisions des commissions (ces décisions sont connues très très rapidement, même quand le président impose aux candidats le silence, du type : “ne le dites pas à Coulmont”).
Sur les liens vers les CV : je ne fais de lien que vers ce qui se trouve facilement avec google… en bref : je google “Baptiste Coulmont” (ou Hubert Dupont) et je fais un lien vers le CV sur lequel je tombe. Je ne vais pas demander l’accord. Cela peut conduire à des effets inattendus, comme des protestations de candidats et de directeurs de thèse, qui considèrent (sur la foi d’un vieux CV sur internet, que la personne classée première est illégitime). L’année dernière, à [Sigma Mû], des opposants à un classement avaient compté grâce à google le nombre de fois où un candidat était présenté comme “historien” et le nombre de fois où ce candidat était présenté comme “sociologue”, afin de délégitimer le classement de la commission. La morale de l’histoire : faites effacer vos vieux CV…

je trouve l’initiative très utile:
1) on ne perd pas le temps pour rechercher toutes les fiches des postes (ce que j’avais fait avant de prendre connaissance de l’existence du site…);
2) on peut suivre le déroulement des examens des dossiers, se faire une idée (et des statistiques) sur les profils des candidats et essayer de cerner les critères retenus par les commissions;
3)on accède rapidement à la composition des commissions et aux résultats (mêmes si informels) des auditions;
4) le site est beaucoup plus efficace que celui d’Antares/Antée.
J’ai pris connaissance de son existence par un mail de la documentaliste de ****** de ***** (où j’ai soutenu ma
thèse).
[…]Si pour l’année prochaine (ou pour la deuxième session 2008), vous avez besoin d’un coup de main, je suis toujours disponible pour diffuser et récolter les infos

Ah, enfin, une proposition d’aide : je l’accepte avec bonheur, et il est fort probable que le wiki fonctionne sans moi l’année prochaine. Ca m’amuse, mais jusqu’à un certain point seulement.

votre wiki a été évoqué lorsqu’on m’a posé la question (fatidique) en me disant qq chose comme : “Avez-vous d’autres auditions? Juste pour savoir parce que de toutes façons, l’information est disponible sur internet”. (…)
Merci en tous cas d’ores et déjà, pour ne pas laisser les candidats dans cette terrible incertitude du mois de mai et pour rendre publiques des pratiques parfois bien opaques.

De rien. On voit ici une petite inertie : la question sur les autres auditions se pose traditionnellement, elle continue à être posée, même si ça a changé.

en fait je suis vraiment favorable à votre initiative. D’abord parce que ça permet de disposer d’informations sur les réunions de commission. On peut ainsi évaluer si on est encore “dans le coup” par rapport à telle ou telle candidature, connaitre la date des auditions (les dates entre les réunions des commissions et celles des auditions étant parfois très rapprochées, quand on travaille à plein temps, ça peut devenir extrêmement compliqué…) etc.
Je pense que c’est un outil intéressant pour les gens comme moi qui ne disposent pas de réseaux puissants pour préparer un recrutement… Puisque sans le wiki, les moins dotés en ressources sociales n’auraient aucune
information…

Encore un candidat favorable. Désespérément, j’attends les critiques négatives, mais elles ne viennent pas. Je sais qu’elles existent, mais elles ne parviennent pas explicitement jusqu’à moi.

Pour ma part, j’ai pris connaissance de l’existence du wiki sur votre site que je consultais régulièrement pour suivre les épisodes de l’affaire Olesniak… Pour autant que je puisse en juger, le bouche à oreille semble avoir bien fonctionné puisque les amis et collègues en connaissaient tous l’existence – mon ancienne diretrice de thèse aussi.
(…)
La publication de la liste des candidats auditionnés me semble avoir un avantage au-delà du souci de transparence (et donc de contrôle) du travail des commissions de spécialistes. Lorsque les postes ne sont pas fléchés, et que les profils de poste publiés par les universités restent vagues (eh oui, ça arrive), une recherche rapide sur les thèmes de recherche des autres candidats permet d’essayer de se faire une idée du profil effectivement recherché – ou bien de voir en quoi, en fonction de ses propres recherches, de son propre parcours etc. on peut se “distinguer” des autres candidats. Cela me semble très utile pour préparer les auditions.

Intéressant, je n’avais pas pensé à cette fonction du wiki : préparer l’audition en fonction de la définition de la situation proposée par la réunion d’auditionnés d’un certain type.

Voici ce qui arrive dans les sections qui n’ont pas de wiki :

Je suis sociologue mais j’ai candidaté en [section XXX] cette année (je suis doublement qualifié) et il m’est arrivé une aventure intriguante.
J’ai été convoqué à une audition à [Sigma Bêta] jours trop tard ! Erreur de secrétariat.
En arrivant devant la salle d’audition, mon nom n’apparaissait pas. J’avais été convoqué au jour et à l’heure d’une commission se réunissant pour un autre poste !
J’imagine que ma commission avait déjà délibéré (et que le candidat lauréat avait été informé officieusement) mais après discussion avec le président de la CS présente et après 1h à attendre sans savoir ce qu’on allait me dire, on m’a malgré tout fait passé l’audition sous prétexte qu’une partie des membres du jury qui aurait dû m’auditionner était présente. J’ai évidemment fait allusion au risque de procédure judiciaire au tribunal administratif, risque que le président a balayé en m’expliquant que le quorum des membres de la CS devant laquelle j’aurais dû passer était atteint !
On m’a évidemment informé, le lendemain, que ma candidature n’était pas retenue sous prétexte que mon profil ne correspondait pas exactement au poste. Je me demande dans ce cas pour quelle raison j’ai été convoqué. Mais je suppose, que toute démarche judiciaire me serait dommageable…
Aventure à méditer… un petit coup de fil à d’autres candidats (quand on en connaît) pour confirmer l’heure et la date de la commission peut être utile.

J’aimerai conclure en demandant à d’autres de reprendre l’initiative. Ce n’est pas compliqué, juste time consuming : la quasi totalité des candidats est aidée par le wiki, la quasi totalité des commissions de spécialistes donne les informations (comme les dates de réunion, etc…), les critiques négatives ne se manifestent jamais ouvertement (vous le constatez, le wiki ne reçoit que des critiques bisounours)

Comment être recruté en sociologie

Ce billet n’explique probablement que 5% des recrutements. Et il prend comme point de départ que votre thèse sera remarquable (le rapport de thèse fait plus de 5 pages). Il prend aussi comme point de départ une distribution uniforme du sens de l’ironie.

  • Evitez de faire une thèse sans financement (bourse, allocation, etc…). C’est, au départ, un mauvais signe pour l’avenir. Si vous pensez à une carrière académique, abordez directement, et explicitement, la question avec votre directeure : si elle répond de manière molle “vous savez, par les temps qui courent… il y a 50% de chances…” considérez qu’elle vous signale que vous n’avez qu’une probabilité extrêmement faible de faire carrière universitaire.
  • Dans votre thèse, vous consacrerez un chapitre minimum (50 pages) au traitement statistique sérieux, et de première main, de données de l’INSEE ou de l’INED. Les bases de données de nombreuses enquêtes sont disponibles gratuitement pour la recherche par le Centre Quêtelet ou directement par l’INED. Vous y consacrerez six mois à temps plein, vous apprendrez SAS ou R (Excel ne suffit pas). Vous ferez une régression logistique au moins et une analyse factorielle si ça s’y prête. Et, c’est le plus important : vous veillerez à ce que ces compétences apparaissent dans le résumé de thèse ET dans le rapport de thèse (par exemple en demandant au directeur de thèse d’en parler dans la soutenance et le rapport). Vous ferez apparaître cela dans le CV. [Sachez que les entretiens, ce n’est pas “rentable”, c’est la méthode de tout le monde : il faut en faire, mais cela ne vous rend pas visible. L’ethnographie distingue quand elle est “extrême” (camps de réfugiés, armée…).]
  • Vous composerez le jury de thèse avec votre directeur ou votre directeure. Par exemple, vous êtes anthropologue. Or il n’y a pas de postes en anthropologie (5 par an?). En revanche, il y en a un peu plus en civilisation (britannique ou américaine), il y en a en “infocom”, il y en a en “science de l’éducation” : vous prendrez donc 3 anthropologues et 2 civilisationnistes, par exemple. Comme cela, le CNU vous qualifiera en “civilisation” ou en “sciences de l’éducation”.
  • Si vous êtes auditionné et qu’il y a un candidat local : vous n’hésiterez pas à aborder la question de front, par exemple dès le début de l’audition. “Je sais que Gloomy, ici, est candidat local, et je vais essayer de vous convaincre que ma candidature est meilleure.” Vous êtes, là, certain de réveiller l’attention de la commission qui dort. Ca ne garantit rien (ça garantit même l’inverse), mais au moins, la commission ne se sera pas ennuyée.
  • Prochainement, sur ce blog : une analyse du fonctionnement du “wiki audition” (j’attends la fin des auditions en section 19, demain lundi)

    Recrutements locaux

    Commençons par une citation du Bilan du “Contrat quadriennal” de Paris 8, récemment imprimé (mais que l’on ne trouve pas encore sur le site de l’université) :

    Si l’on examine à présent la politique de recrutement des enseignants chercheurs pratiquée à Paris 8 durant les quatre dernières années, on constate que les recrutements externes s’élèvent globalement à 73%, soit à 65% pour les PR et à 75% pour les MC, ce qui paraît être un taux raisonnable.

    Un “MCF interne” est quelqu’un qui a soutenu sa thèse à Paris 8 (les personnes ayant été moniteurs, ATER, prag, past, chargés de cours… sans y avoir effectué leur thèse ne sont pas comptés — mais étant donné la grande mobilité des enseignants précaires — ou non –… tout le monde est plus ou moins local sur ce point).
    On remarque par cette citation que les rédacteurs de ce bilan n’ont rien compris. Un taux de recrutement local de 27%, ce n’est pas “raisonnable”, c’est dérangeant — au minimum. Si les candidats étaient choisis indépendamment de toute préférence localiste, le taux devrait se situer aux environs de 8% (un sur treize), et non pas 27% (un sur quatre)1.
    Il reste donc beaucoup à faire pour “délocalismer” les universités…2

    Le localisme commence bien avant les recrutements d’enseignants-chercheurs. Dès les annonces présentant les allocations de thèse, il est précisé qu’elles s’adressent à “nos étudiants”. «Merci de bien vouloir diffuser ces informations auprès des étudiants de vos Masters»… nous dit Paris 8 cette semaine. L’idée n’est pas de proposer aux étudiants d’autres universités de venir faire leur thèse, avec un financement, à Paris 8 (alors qu’il n’est pas nécessaire d’avoir fait un master à Paris 8).
    Je ne sais pas si ce localisme étudiant est fréquent dans d’autres pays, mais des anecdotes font penser que non [exemple].
    Nous avons alors tendance à considérer comme une bonne chose que “nos” étudiants de L3 passent dans “notre” M1… et l’on considère in fine comme naturel que “nos” bons étudiants de M2 obtiennent une allocation doctorale dans “notre” école doctorale.

    notes :
    (1) : 8%… je tire le chiffre de l’étude de Godechot/Louvet, mais je le cite hors contexte (l’étude porte sur la période 1972-1996)
    (2) : Un résumé de discussions récentes se trouve chez les éconoclastes.