Billet

Elle vote pour qui par procuration ?

Billet publié le 25/04/2012

La procuration, une arme contre l’abstention ? Mon collègue Camille Peugny m’a alerté hier sur l’existence d’une colonne “nombre de votes par procuration” dans certains jeux de données sur les présidentielles. Et il semble bien que oui : A Paris aux présidentielles de 2012, par bureau de vote, plus la proportion de procurations est importante, plus la participation est élevée :

Intéressant, intéressant… Avec un grand nombre de bureaux de votes, et la connaissance de ce chiffre, on pourrait certainement repérer des relations entre les votants par procuration et leurs choix. Voici ce que donne une étude rapide sur les quelques 850 bureaux de vote que compte la capitale.
Voyons… Peut-être sont-ce les “petits” candidats qui bénéficient des procurations.
Mais ça ne marche pas vraiment avec Eva Joly : la relation est négative, mais faiblement, entre la proportions de votes par procuration et le vote vert. Dans le graphique suivant comme dans les autres, un point représente un bureau de vote, l’abscisse correspond à la proportion de votes par procuration dans ce bureau (en % des votes exprimés) et l’ordonnée représente le pourcentage de vote pour la candidate. La ligne est une droite de régression.

Mélenchon alors. Il y a des personnes qui veulent vraiment voter pour lui, qui s’arrangent pour que leur choix compte… Mais ça ne marche pas non plus avec Mélenchon… même pas du tout. Plus le bureau de vote compte de votes par procuration, moins Mélenchon a de voix. [Pardonnez la coquille dans le graphique sur son nom]

La candidature d’extrême droite, à Paris, est un peu dans la même situation : Plus il y a de procurations, moins il y a de votes pour Le Pen.

Mais alors, ça doit bénéficier aux gros candidats. Hollande, avec son cortège de faux travailleurs ? Non plus : la relation, là encore, est négative. Plus la proportion de votes par procuration est importante, moins il y a de votes pour Hollande.

Mais qui donc bénéficie alors des procurations ? Le candidat des vrais travailleurs, de ceux qui ne peuvent se déplacer le dimanche parce qu’ils ont un vrai travail ? Ou le candidat de celles et ceux qui partent en vacances et qui connaissent assez bien les règles juridiques pour établir des procurations ?

Je vous laisse juges.
Et vous invite à voter. Par procuration ou non.

Mise à jour :
Une cartographie du vote par procuration à Paris :

La procuration est surtout utilisée dans les arrondissements aisés.

Sources :
http://opendata.paris.fr/opendata/jsp/site/Portal.jsp?document_id=133&portlet_id=102

23 commentaires

Un commentaire par Zealou (25/04/2012 à 16:54)

Ceux qui partent en vacances et qui connaissent assez bien les règles juridiques pour établir des procurations OU ceux qui encouragent les personnes âgées à bien voter en prenant la peine de faire les démarches à leur place pour le vrai candidat du peuple.

Un commentaire par pm (25/04/2012 à 18:00)

J’allais le dire ! Le candidat des vieux à qui on fait signer des procurations et qu’on peut faire voter comme on veut… Qui a la procuration de Jacques C. (Corrèze) et comment l’a-t-il (elle) fait voter ? Et au fait, qui a la procuration de Mamie Bettencourt ?

Un commentaire par Crazybear (26/04/2012 à 1:30)

1- quelle est la répartition géographique des bureaux de vote selon le taux de procuration? j’imagine que le 13ieme est plus Melanchon que 16ieme. Alors si les procuration sont plus fréquentes au 16ieme qu’au 13ieme, il sera normal de voir Melanchon baisser et Sarko monter.
2- tu considères bien des bureaux de vote couvrant des nombre équivalents d’électeurs. Genre tous bondés à 1000-1500 électeurs.
3- prends par ex le graphe avec Hollande. vers 10 de vote par procuration, on a un score qui varie de 10 à 50%… Quel est la fourchette qui englobe 1/2 des électeurs [entre le 1/4 qui a voté le moins pour H, et le 1/4 qui a voté le plus].
je pense que tu dois garder que les bureau de plus de x électeurs. de regarder pour chaque arrondissement, le score moyen par candidat, et un nuage de points autour de la valeur moyenne obtenue par ce candidat. Ensuite tu calcules un écart [non normalisé] par rapport au score moyen, puis tu peux sommer sur toute la capitale en pondérant par le nb d’électeurs si les arrondissements ont des nb d’électeurs trop différents. En calculant l’écart tu vas gommer l’importance du taux d’électeurs et plutôt garder la tendance générale.
Sa ce trouve les conclusion seront similaires, mais le nuage de points ne sera pas si grand vu que les bureaux de votes à 10 de procuration votant 10% Sarko, ne seront pas dans le même arrondissement que ceux avec 10% de procuration et 0% pour Sarko.

Un commentaire par Stratocaster (26/04/2012 à 1:43)

Dans les villes de province la présence d’une maison de retraite dans le ressort d’un bureau de vote fait toujours apparaître dans l’urne à des agglomérats compacts de bulletins exprimant un choix correspondant, par le plus grand des hasards, à la couleur politique de la municipalité. C’est un classique. Mais un pareil biais pro-Sarkozy à Paris, ça me fait tiquer. La possibilité d’un truandage bien organisé est une hypothèse dont on ne peut faire l’économie.

Un commentaire par Francois Bonnet (26/04/2012 à 8:18)

Enorme risque d’ecological fallacy : ce n’est pas parce qu’il y a plus de procurations dans les bureaux qui votent plus Sarkozy que les électeurs par procuration votent plus Sarkozy. C’est tout l’objet de la controverse sur Heat Wave d’Eric Klinenberg, notamment dans ASR 2006:
– Christopher R. Browning et al. The 1995 Chicago Heat Wave Revisited (1)
– Mitchell Duneier The 1995 Chicago Heat Wave Revisited (2)
– Eric Klinenberg Reply

Un commentaire par Baptiste Coulmont (26/04/2012 à 8:23)

> François : c’est fort possible ! Il faudrait au moins avoir des données similaires sur d’autres grandes villes (Lyon ? Marseille ?) pour voir s’il y a un “biais légitimiste” dans les procurations. Je pense toutefois que les procurations sont surtout utilisées par les personnes qui disposent de capitaux culturels et sociaux importants, et d’un intérêt politique.

Un commentaire par Francois Bonnet (26/04/2012 à 11:03)

Juste pour être clair, quand on parle de procurations dans tel quartier, c’est :
(a) le nombre de procurations signées dans le quartier X pour voter n’importe où ailleurs, ou bien
(b) le nombre de quartiers signées n’importe où ailleurs, pour voter dans le quartier X ?

Par exemple si (a), les procurations peuvent concerner les étudiants provinciaux en chambre de bonne qui votent Mélenchon et Hollande par procuration, dans un arrondissement sarkozyste (fat ecological fallacy).

C’est (a) ou (b) ?

Un commentaire par Baptiste Coulmont (26/04/2012 à 11:06)

Ce dont on parle ici, c’est, pour chaque bureau de vote, le nombre de votes ayant eu lieu par procuration.
Les données sont ici : http://opendata.paris.fr/opendata/jsp/site/Portal.jsp?document_id=133&portlet_id=102

Un commentaire par A Paris, la procuration profite à Sarkozy (26/04/2012 à 13:00)

[…] du vote par procuration ? Baptiste Coulmont, maître de conférence à Paris 8 s’est penché, dans une note publiée sur son blog, sur le lien entre le score de chaque candidat et le nombre de procurations par bureau de vote à […]

Un commentaire par Chaïb (26/04/2012 à 13:05)

En 2002, si les instituts de sondage avaient prévu la défaite de Jospin, j’aurais fait une procuration avant de partir travailler loin de chez moi. Mais j’étais tellement persuadé de la victoire de Jospin que je me suis dit que ça ne valait pas la peine. Et puis de toute façon, j’aurais sûrement voté plus à gauche….
En 2007, j’ai récupéré des procurations pour Royal dès le premier tour et cette année j’en avais également pour Hollande.
Ceci pour dire que la procuration témoigne de la crainte de perdre. Aujourd’hui, c’est à droite qu’on a besoin d’aller chercher des voix parce que l’on sent que ça va être dure… pas forcément parce que l’on est un vieux con ou parti en vacances (comme les profs plutôt à gauche) ou au travail (comme les salariés également plus à gauche).

Un commentaire par Baptiste Coulmont (26/04/2012 à 13:07)

Idée intéressante ! Si je trouve des résultats plus anciens, on pourrait tester l’hypothèse.

Un commentaire par Kenneth Schlenker (26/04/2012 à 14:39)

Tres interessant, merci!
Il serait interessant d’isoler le facteur “revenu moyen par menage”, pour analyser si cette correlation existe encore ceteris paribus.
L’hypothese vraissembable pour expliquer les correlations observees sur ce post est: les bureaux de vote ou la proportion de votes pour N. Sarkozy est la plus forte ont un revenu moyen plus eleve, or le revenu moyen par menage est correle a la probabilite d’etre en deplacement a l’etranger le jour de l’election, d’ou la correlation entre votre pour N. Sarkozy et procuration.

Un commentaire par Baptiste Coulmont (26/04/2012 à 14:42)

> Kenneth : C’est possible : il faudrait regarder les données du recensement au niveau local… Mais ça demanderait un véritable travail. Je suis près à encadrer un mémoire de master sur ce sujet, la procuration, qui semble ne pas avoir été beaucoup traité.

Un commentaire par Stéphane de Maupeou (26/04/2012 à 16:18)

Pour m’a part, je suis d’accord avec François Bonnet, le vote étant par procuration, il ne s’agit pas nécessairement de procuration de personnes parties en vacances, il peut s’agir aussi bien de personnes âgées ne pouvant se déplacer (localisés) que de jeunes qui n’ont pas changer d’attachement électoral (délocalisés) et qui en conséquence retourne voter chez leurs parents. Dans l’idéal, il faudrait obtenir les informations sur les mandants (âge, lieu de résidence), mais cela est sûrement impossible.
“Je pense toutefois que les procurations sont surtout utilisées par les personnes qui disposent de capitaux culturels et sociaux importants, et d’un intérêt politique.” Personnellement, je pense que tout le monde, dans une élection, a un intérêt politique, toutefois tout le monde ne connait pas forcément les démarches juridiques où n’en est pas informé. En cela, la cartographie du vote par procuration est presque plus intéressante que les graphiques qui peuvent comporter des biais dans leur interprétation. On voit clairement que les arrondissements 16, 7, 6 et 5 sont les plus concernés par le vote par procuration, suivis des arrondissements 1, 2, 3, 4, 8, 9 et 10. Tandis que les arrondissements 18, 19, 20 et 13 présentent un faible taux de votes par procuration. Corréler au prix de l’immobilier parisien (http://www.meilleursagents.com/prix-immobilier/paris-75/), on obtient, grossièrement, que les gens issus de familles/milieux aisés font davantage de procurations que ceux issus de familles/milieux peu aisés, voir défavorisés (Je crois qu’on tient un scoop là!). On pourrait aussi corréler ces données au salaire moyen ou au niveau de vie. On obtiendrait a priori toujours le même résultat qui confirmerait que les procurations sont utilisés par des personnes disposant d’un capital social élevé (ou habitus, pour reprendre une notion cher à Bourdieu), et, on peu supposer, d’un capital culturel important, et donc d’une connaissance des mécanismes électoraux. Cependant, la relation entre capital culturel élevé et connaissance des mécanismes électoraux n’est pas des plus pertinentes.

Un commentaire par Thibaud Boncourt (26/04/2012 à 19:03)

Un post intéressant, merci !
En regardant les diagrammes de dispersion, je me pose une question : la régression linéaire est-elle la méthode la plus appropriée ? Sur les graphes “Abstention” et “Le Pen”, ce n’est pas évident… Ca vaudrait peut-être le coup d’essayer d’autres ajustements non linéaires.

Un commentaire par Baptiste Coulmont (26/04/2012 à 19:07)

>Thibaud : Tout à fait… mais j’ai voulu faire vite et insister sur le contraste (pente positive / pentes négatives) plutôt que sur la recherche de la meilleure estimation.

Un commentaire par Jean Rivière (26/04/2012 à 19:22)

Je fais partie d’un programme de recherche pluridisciplinaire (géographes et politistes) et nous travaillons actuellement à la création d’une base de données associant les résultats des scrutins de la séquence électorale 2005-2010 avec des indicateurs sociaux issus de la statistique publique (Insee, direction générale des Impôts, Caisses d’allocations familiales) à l’échelle des bureaux de vote des grandes villes françaises : http://www.cartelec.net/

Nous avons mis au point une technique qui permet de ventiler les données socio-économiques (disponibles à l’échelle des IRIS) selon la trame géographique des bureaux de vote qui est différente, ce qui permet de procéder à des croisements statistiques. Nous testerons donc l’hypothèse des corrélations entre le vote par procuration et différents indicateurs sociaux, et on vous tiens au courant

Du coup j’en profite pour faire la promo d’un article récent tiré de ce programme, qui plus est sur le cas parisien dont il est question ici, mais lors de la présidentielle 2007 : http://www.metropolitiques.eu/Vote-et-geographie-des-inegalites.html

Un commentaire par neofutur (28/04/2012 à 8:23)

c est normal, pour l UMP meme les morts votent,surtout a Paris . . . pour ce qui est des procurations faudrai voir les gentils representants qui ecument les maisons de retraites aussi . . . ca s appelle la democracie tout ca . . .

Un commentaire par Baptiste Coulmont » La procuration à Lyon (29/04/2012 à 18:23)

[…] procuration à Lyon Billet publié le 29/04/2012Les relations observées entre les candidats et la fréquence du vote par procuration se repèrent-elles ailleurs qu’à Paris ? On peut commencer par regarder ce qui se passe dans […]

Un commentaire par fbparis (04/05/2012 à 15:39)

Vous savez si il existe le même genre d’étude sur les votes électroniques vs les votes “à l’ancienne” ? Histoire de faire la preuve ou non qu’il n’y a pas plus de fraude que la normale avec le nouveau système…

Un commentaire par Baptiste Coulmont (05/05/2012 à 19:31)

>fbparis : non, je n’ai pas de références.

Un commentaire par laurence benoit (06/05/2012 à 11:44)

je m’arrête à la lecture du deuxième commentaire qui pose toute la question.

Un commentaire par Open data and ecological fallacy | Freakonometrics (22/12/2013 à 14:59)

[…] Models with random coefficients have been used to make ecological inferences. But that is a long story, andI will probably come back with a more detailed post on that topic, since I am still working on this with @coulmont (following some comments by @frbonnet on his post on recent French elections on http://coulmont.com/blog/). […]