La participation électorale (en Ohio)

Je suis tombé, un peu par hasard, sur ce site : Ohio Voter Files Download Page, qui donne accès aux listes électorales de l’Ohio, 7 716 460 d’électeurs (registered voters), avec leur nom, leurs prénoms, leur date de naissance, leur adresse… et surtout l’historique de leur participation depuis 2000 (45 élections). Il manque la race et le sexe, mais l’on dispose de leur affiliation partisane.
Il est alors possible de regarder si les “Républicains” votent plus ou moins que les “Démocrates” :
ohio2012
Parmi les “registered voters”, démocrates et républicains votent dans des proportions égales. Les personnes affiliées au “green party” ou aux “libertarians” votent un peu moins. Les non-affiliés (celles et ceux qui ne déclarent aucun parti) votent beaucoup moins.
Les taux de participation sont très élevés, plus de 80% des électeurs “partisans” inscrits ont voté aux présidentielles de 2012. Si l’on calculait le taux de participation non pas en relation aux inscrits, mais en relation à la “population en âge de voter”, alors on retrouverait des taux bien plus bas [l'abstention, aux Etats-Unis, est le plus souvent calculée sur la base de cette population en âge de voter].
En 2012, les inscrits les plus jeunes votent moins que leurs aînés : l’on remarque une petite différence chez les “indépendants” les plus jeunes.

L’âge et l’origine

inscrits
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Ce graphique montre, pour l’année 2014, le nombre d’inscrits sur les listes électorales parisiennes [la taille des points], en fonction de l’année de naissance, de l’année d’inscription et de la proportion d’inscrits nées en France.
Toutes les inscriptions précédant 1981 ont été enregistrées comme ayant eu lieu en 1981.
Ceux qui s’inscrivent à 18 ans sont presque toujours nés en France (ils sont bien rouge sur le graphique). Mais ceux qui s’inscrivent tardivement (suite à un déménagement…) sont plus souvent nés à l’étranger : je lis cela en relation avec les naturalisations (les naturalisés, adultes et déjà relativement âgés, deviennent tardivement de nouveaux électeurs).
Mais il y a peut-être d’autres explications.

Je n’ai pas réussi à bien le faire apparaître, mais un peu avant 1995, 2002, 2007 et 2012, on voit plus d’inscriptions. La présidentielle actualise des électeurs virtuels.

Sauter une classe, une affaire de classe (mais pas que)

5% des candidats au bac (général ou technologique) arrivent “en avance” : ils (et elles) passent le bac en 2014, mais au lieu d’être nés en 1996, ils (et elles) sont nés entre 1997 et 2000…
Ces candidats et ces candidates ont “sauté une classe” : parents et enseignants ont repéré une maîtrise des compétences scolaires suffisante pour passer de la “grande section” de maternelle au CE1, par exemple. Mais il est fort probable que tous les milieux sociaux ne valorisent pas autant l’avance et la précocité. En classe de sixième : 8 à 9 % des enfants de professions libérales ou de professeurs sont “en avance”, ce n’est le cas que de 1% environ des enfants d’ouvriers, m’écrit Wilfried Lignier.
Un graphique qui représente en abscisses la proportion de porteurs de prénoms “en avance” et en ordonnées le nombre de candidats portant ces prénoms montre de manière synthétique l’origine de classe du saut de classe.
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avance
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Si l’on compare le graphique de l’avance au graphique des mentions “Très bien”, on repèrera de grandes similarités. Les Augustin et les Jordan sont toujours situés aux extrèmes.
On peut aussi repérer des différences, par exemple si l’on compare directement proportion de mentions “TB” et proportion d’individus en avance, et que l’on colore les prénoms en fonction de leur genre.
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5,4% des garçons sont “en avance”, et ce n’est le cas que de 4,5% des filles. À résultat final équivalent, 10% des Augustin et 3% des Lise auront été jugés suffisamment “intelligents/mûrs/compétents…” pour sauter une ou deux classes. “Petit génie”, “enfant prodige”, est un diagnostic qui se porte plus souvent sur les garçons (brillants) que sur les filles (scolaires). Sauter une classe : une affaire de genre.

Prénoms et mentions au bac, édition 2014

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[Avec Rue89]
La réussite scolaire varie en fonction de l’origine sociale, du niveau de diplôme des parents et du sexe des lycéens. Le choix des prénoms varie aussi avec ces mêmes critères (origine, diplôme, sexe de l’enfant). C’est pourquoi en 2014 environ 20% des Agathe, Jeanne et Gabrielle (qui ont eu plus de 8/20 au bac) ont obtenu la mention « Très bien », c’est à dire dix fois plus que les Dylan, Jordan ou Steven. L’année dernière, ces prénoms étaient déjà à la même place.
Les prénoms les plus donnés vers 1996, Manon, Thomas, Camille et Marie, se répartissent autour de la moyenne. 9% des bacheliers ont obtenu la plus haute mention, c’est le cas de 8,5% des Thomas et 10% des Camille. Les Manon passent plus souvent au rattrapage (ou sans mention) que les Marie (qui réussissent un peu mieux). Le sociologue pensera rapidement que les Marie nées vers 1996 sont plus souvent filles de cadres que les Manon.
Ce graphique donne ainsi à voir, en touchant les individus au plus profond d’eux-même (à travers le prénom), un espace social inégalitaire. Les parents des Cassandra et Cindy, en 1996, trouvaient sans doute affreux des prénoms tels que Diane ou Zoé (des prénoms de chiens ou d’arrière-grand-mère). Ceux des Félix et des Augustin, parions-le, soupiraient en entendant Killian ou Dylan : « quel mauvais goût ! ».
En filigrane, le même graphique donne à voir, à travers certains prénoms — Mohamed, Anissa, Inès — ceux qui sont probablement les (petits-)enfants de migrants du Maghreb, dont la place est ici équivalente à celle des enfants d’ouvriers et d’employés : Mickael ou Mohamed, Mehdi ou Dorian, sont ici à la même position.
Note : le graphique a été réalisé à partir des résultats nominatifs d’un peu plus de 310 000 individus ayant eu plus de 8/20 au bac 2014. Les données manquaient pour quelques départements, mais il y a fort à parier que ces données en plus ne bouleverseront pas l’analyse.
Pour en savoir plus, vous pouvez lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante], et regarder les graphiques des années précédentes : 2013, 2012 ou 2011
Un mini-site interactif est disponible ici : http://coulmont.com/bac/

Le vote par procuration (au niveau de l’individu)

Après avoir analysé le vote par procuration à l’échelle du bureau de vote, tournons-nous maintenant vers les individus, les votants. Il est possible de travailler sur ces actes de vote car les listes d’émargement, pendant dix jours après les élections, sont accessibles à tout électeur. J’ai travaillé sur trois bureaux de vote parisiens après les municipales et les européennes.
Ces données sont riches : il est possible de déceler certaines des caractéristiques de celles et ceux qui ont recours à la procuration par comparaison avec celles des inscrits et des votants du même bureau de vote.
Mais comme la procuration implique deux personnes, le ou la mandant, le ou la mandatée (ou mandataire), commençons l’analyse par ce couple. Plus tard, nous nous intéresserons au sexe. Débutons par l’âge.
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Premier panneau : la différence d’âge entre mandaté et mandant est stable en fonction de l’année de naissance des mandants. Sur ce panneau, +20 signifie que le mandaté (né en 1954 par exemple) est plus âgé que le mandant (né en 1974 dans ce cas). Comme ni mandatée ni mandante ne peuvent avoir moins de 18 ans, les plus jeunes tendent à donner procuration à une personne plus âgée.
Deuxième panneau, avec les mêmes données : ici l’on s’intéresse à l’âge du mandaté en fonction de l’année de naissance des mandants.
Il me semble que l’on pourrait aisément distinguer deux types de procuration. Les plus nombreuses impliquent des personnes proches en âge : conjoints, frères-sœurs, amis… On les repère autour de y=0 dans le premier panneau, ou sur la seconde diagonale dans le 2e panneau. L’autre type de procurations implique des personnes éloignées par l’âge : enfants et parents probablement. Dans ce cas, mandaté et mandant sont bien différents : la procuration n’est, sur ce point, pas neutre.

À pied, en voiture, à cheval ou en métro ?

Comment se déplacent les Franciliens pour aller au travail ?
Voici une petite exploration à partir des données du recensement 2010 (disponibles sur le site de l’INSEE). Il y a trois possibilités : à pied, en voiture, ou en transport en commun. L’occasion de faire une analyse “ternaire”. Ici, le vert-vert signifie le recours à la voiture, le bleu le recours aux transports en commun, et plus cela tend vers le rouge, plus les pieds sont utilisés pour aller au travail.
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Voici le “ternary plot” :

ggtern

J’étais tombé sur une image proche visualisant les transports dans le grand-Londres, mais je ne sais plus où.
Et si vous me dites : « mais moi, je marche jusqu’à ma voiture et je roule jusqu’à la gare… » Je vous répondrai d’aller visiter le site de l’INSEE pour comprendre la construction des données.
Note : par “à pied”, il faut comprendre “sans aucun déplacement”, “à pied”, ou “en deux-roues”

Géographie de la procuration

Les votes par procuration, à Paris, lors des Européennes de mai 2014, ont été plus fréquents dans les arrondissements centraux.
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[Alors que, lors des Présidentielles ou des Législatives, septième, huitième et seizième ont un recours plus intense que d'autres arrondissements... Petite modification, donc, à prendre en compte.]

Les Noël naissent-ils à Noël ?

Les listes électorales donnent accès aux prénoms et à la date de naissance des électeurs. Il est ainsi possible d’étudier le lien entre certaines fêtes et le choix de certains prénoms. Commençons par Noël et Pascal.
J’ai retenu la date de naissance de tous les électeurs et électrices qui avaient un “Noël” parmi leurs prénoms : Noël, Jean-Noël, Marie-Noelle… sont, pour ce qui me concerne, des “Noël”.
Et ce que l’on constate, c’est que le jour de Noël est un jour de naissance particulier pour les Noël :
noel
Mais les choses évoluent au cours du siècle. 37% des “Noël” né-e-s avant 1935 sont né-e-s à Noël (c’est à dire entre le 23 décembre et le 27 décembre), ce n’est plus le cas que de 25% de celles et ceux qui sont nées entre 1935 et 1961. Et les Noël nés après 1979 que sont que 10% à être nés autour de Noël.
L’examen de la même relation avec les Pascal est plus complexe, car la date de Pâques change chaque année. Heureusement, il existe une fonction de la library timeDate, dans R, pour donner la date de Pâques. Et une partie des Pascal (et des Pascale, et des Marie-Pascale) naissent en effet à Pâques.
pascal
L’évolution est similaire à celles des Noël (mais en partant d’un niveau moins haut) : 13% “Pascal” nés avant 1950 sont nés à Pâques (plus ou moins 2 jours). Ce n’est plus le cas que de 6% des Pascal nés après 1981. Sur une période de 5 jours, s’il n’y avait pas d’attirance entre prénom et date, il aurait du naître 1,4% de Pascal ou de Noël à Pâques ou à Noël.
Il me reste maintenant à récupérer la liste des Saints-du-jour (en scrapant le site Nominis de la Conférence des Evêques) pour voir si le lien repéré ici pour deux dates est aussi repérable pour la Saint-Cunégonde et la Saint-Geoffroy.

En tout cas, ça a l’air de marcher pour la Saint-Valentin :
valentin

et pour quelques uns des prénoms les plus fréquents sur les listes électorales :
prenoms-pics80
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Certains prénoms exhibent un saint (Michel, Marie, Jean, Daniel, Sébastien…) d’autres semblent plus également distribués sur l’année (Alain, Sarah…).

Un peu en avance

De nombreux travaux ont montré que, s’agissant des prénoms les plus fréquents, les cadres étaient “en avance” sur le reste des professions et catégories socioprofessionnelles. Des parents cadres vont avoir tendance à donner des prénoms un peu avant que des parents “professions intermédiaires” ou “employés” ne donnent les mêmes prénoms.
L’avance sur la mode peut-elle alors être prise comme indicateur indirect de position sociale ?
À partir des listes électorales parisienne, j’ai comparé, pour chaque “premier prénom”, l’année de naissance de l’électeur et l’année pendant laquelle son prénom atteint son rang le plus élevé. Ainsi un électeur prénommé Matthieu, né en 1979, sera considéré comme “en avance” de dix ans sur la mode (le prénom “Matthieu” atteint son meilleur rang national en 1989). On peut faire cela pour le million d’électeurs et d’électrices né-e-s en France et inscrit-e-s à Paris. Les prénoms très rares posent problème, car les données disponibles ne permettent pas de calculer l’année de leur “pic”. C’est le cas pour 8,3% des électeurs/trices.
La carte suivante montre, à l’échelle du bureau de vote, quelle est la proportion d’inscrits dont le prénom est au moins 3 ans “en avance” sur le pic.

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On remarquera aisément que les quartiers de Paris les plus “bourgeois” sont aussi ceux où les prénoms sont les plus fréquemment “en avance”. Comme si la mode pouvait naître dans un coin caché du septième arrondissement et essaimer, ensuite, dans le reste du corps social.

Les conditions maritales

Je continue ici l’examen des listes électorales. À Paris en 2014, les électrices sont 666954. Et un peu plus de 235000 sont mariées (au sens où elles disposent d’un nom marital en plus de leur nom de naissance). L’indicateur est imparfait : il est bien probable que le nom de l’époux ne soit pas toujours mentionné sur les listes électorales.
La proportion de femmes “mariées” augmente avec l’âge : les centenaires sont presques toutes mariées.
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La géographie maritale parisienne est intéressante (on s’intéresse ici à la proportion de femmes mariées parmi les femmes) :
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Les arrondissements les plus bourgeois sont ceux où les femmes mariées sont les plus fréquentes : septième, huitième, seizième. En revanche, dans les dixième, onzième et dix-huitième, les femmes n’indiquent pas souvent de nom marital. Est-ce parce qu’elles ne sont pas mariées ? Ou est-ce plutôt parce que c’est surtout dans les espaces bourgeois que l’on indique, — en toute discrétion — avec la bague de fiançailles et l’alliance, le nom de l’époux en toutes circonstances ? Ou est-ce parce qu’il y a des arrondissements de vieux et des arrondissements de jeunes et que le taux de mariage varie avec l’âge ?
L’analyse multivariée attendra, mais l’on remarquera, déjà, des comportements différents entre arrondissements : à tous âges, les femmes des arrondissements bourgeois ont plus fréquemment un nom marital sur leur carte d’électrice.
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