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Archive for 2008

Choses en liste (8)

Une petite liste de choses.
Les nitrites d’alkyles (Poppers) sont interdits à la vente… (ils étaient en vente dans les sex-shops)
Têtu rendait publique l’information début janvier :

Un décret, publié au Journal officiel du 22 novembre 2007, à la demande du Premier ministre François Fillon, interdit désormais «la fabrication, l’importation, l’exportation, la mise en vente et la distribution des produits contenant des nitrites d’alkyle» sur une recommandation du ministère de l’Économie. Parmi ces produits se trouve le poppers, ce liquide vasodilatateur vendu dans les sex-shops, saunas et sex-clubs dans de petites bouteilles, que beaucoup de gays français utilisent, notamment dans le cadre de rapports sexuels.

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Pour information, vous pouvez lire le Décret n° 2007-1636 du 20 novembre 2007 relatif aux produits contenant des nitrites d’alkyle aliphatiques, cycliques, hétérocycliques ou leurs isomères destinés au consommateur et ne bénéficiant pas d’une autorisation de mise sur le marché
Têtu écrit que “Le fabriquant [FCC, français], ainsi que le Sneg, envisageraient désormais de déposer un recours devant le Conseil d’État contre le décret. Ce recours devra être déposé avant le 23 janvier.”… je suis intéressé par toute information à ce sujet !

Olivier Godechot dans les Tribulations d’un sasseur découvrant R explique enfin “comment faire en R, pour faire comme dans SAS, bref en partant des habitudes (mauvaises ou bonnes) de SAS”. Si vous ne connaissez pas encore R… c’est l’occasion !

Soeur Sourire… Un reportage de la BBC radio : behind the hit is a tragic story of a young woman who just could not cope with the attention and success that stardom brought. Et plusieurs versions de Dominique niqueue niqueue, en flamand et en disco…. Ca peut-il remplacer les poppers ?

L’inattention civile

Le sociologue Erving Goffman, dans Behavior in public places décrivait ce qu’il nommait la civil inattention :

p.84 what seems to be involved is that one gives to another enough visual notice to demonstrate that one appreciates that the other is present (and admits openly to have seen him), while the next moment withdrawing one’s attention from him so as to express that he does not constitute a target of special curiosity or design.

L’inattention “civile”, ou polie (c’est ainsi qu’elle a été traduite en français, notamment dans la traduction française du tome 2 de La mise en scène de la vie quotidienne)… est un concept intéressant. Comme de nombreux concepts goffmaniens, il comporte une part d’ambiguité : l’inattention civile est à la fois reconnaissance de la co-présence et jeu sur le retrait de toute interaction.

Les difficultés qu’il y a à entrer dans un sex-shop, les comportements parfois gênés des clients et clientes… ont été interprêtés comme une manière de conserver l’anonymat ou une “privacy” : le silence, l’évitement des regards s’analyse alors comme un moyen de conserver toute information sur soi-même… (bien décrite dans un article de Karp au début des années 1970).
Mais j’aimerai pouvoir décrire comportements des clients comme une inattention civile réflexive : dans le contexte du sex-shop, l’inattention civile simple ne fonctionne plus… mais il est difficile pour des personnes pratiquant en permanence l’inattention civile, dans tous les espaces publics ou semi-publics, de modifier les règles de leurs comportements. L’inattention devient réflexive, les clients font attention à rester inattentifs… travail délicat et désagréable.
L’on pourrait faire un parallèle peut-être éclairant, pour les personnes ne fréquentant pas les sex-shops : l’ascenceur, avec ses évitements de regards, ses toussotements, et l’inattention attentive. Pour plus de précisions… des sociologues s’y sont penchés : “Civil Inattention Exists -— in Elevators”, Personality and Social Psychology Bulletin, Vol. 9, No. 4, 578-586 (1983).

Je suis loin d’être le premier à tenter d’importer l’inattention civile aux sex-shops. Dès les débuts de la décennie soixante-dix, des sociologues américains s’amusaient à l’utiliser, plus ou moins explicitement. Ainsi McKinstry (“The Pulp Voyeur: A Peek at Pornographic in Public Places” in J. Jacobs (ed.) Deviance : Field studies and self disclosures, p.30-40 1974) écrivait :

“What are we to conclude from the above description ? If it were not so pronounced, the behavior pattern within the adult store — characterized by silence, physical separation, inattentiveness to others, and a lack of facial expression — would seem typical of thousands of other mundane human setting. This is, of course, exactly what makes the adult store remarkable — everything is “business as usual.” [The customer] has been socialized into the norms of the adult store even before stepping inside the door.”

La socialisation au mode de fréquentation des sex-shops est réalisée avant même toute entrée dans ce magasin : on y agit comme dans l’espace public.

Magasin Osez - L Union - ToulouseC’est peut-être avec l’idée qu’il faut éviter ce mode de fréquentation que des magasins “sexys” qui cherchent à se différentier des sex-shops mettent en place des dispositifs de promotion de l’interaction. Un exemple ? Un magasin récent de la banlieue de Toulouse (lien vers leur site internet) a installé une sorte de “zone de discussion” (avec cafetière expresso) à côté des rayonnages de vibromasseurs…

Et un autre magasin, du côté de Brest, Espace Charme, situé comme le précédent dans une zone commerciale / industrielle, propose aussi cet espace de lecture, deux fauteuils autour d’une table basse, en face du rayon lingerie…

Espace Charme Brest Il sera intéressant de voir si ces espaces sont utilisés, de compter combien de personnes s’y assoient par jour, combien parlent, si s’asseoir est utilisé par les vendeurs et vendeuse comme un signe d’ouverture à l’interaction…
Je n’ai pas épuisé ici l’inattention civile ni les tentatives de la contrer développées par certains patrons de “loveshops”. Pour les lecteurs sociologues, deux autres articles peuvent être intéressants : L’un, récent, de Kristen Hefley, “stigma management of male and female customers to a non-urban adult novelty store“, Deviant Behavior, 2007, 28: 79, DOI: 10.1080/01639620600987491, parce qu’il porte sur un sex-shop situé, comme les exemples précédents, hors d’une ville. Un autre article, plus ancien , de Charles Sundholm, “The Pornographic Arcade: Ethnographic Notes on Moral Men in Immoral Places“, Journal of Contemporary Ethnography4 1973; 2; 85 DOI: 10.1177/089124167300200104.

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Devant Dieu…

Il y a quelques années, j’ai publié dans Critique internationale un petit article pour lequel j’ai une certaine tendresse, “Devant Dieu et face au droit, Le mariage religieux des homosexuels aux États-Unis [pdf]”. Il est désormais librement disponible sur le site de Cairn, au format pdf : Devant Dieu…. À lire avec tendresse, donc… [À noter, dans le même numéro de Critique internationale un très bel article de Gwenaël Feillard sur l’islam de marché en Indonésie, “Insuffler l’esprit du capitalisme à l’Umma”]
Deux autres articles paraîtront très prochainement, dans des ouvrages collectifs beaucoup plus intéressants que mes maigres réflexions. L’un dans Virginie Descoutures, Marie Digoix, Eric Fassin et Wilfried Rault (dirs.), Couples et familles homos. Ce que la famille gay fait aux normes, Paris, Editions Autrement, 2008… avec une couverture formidable, très bling-bling… et un autre dans Florence Rochefort (dir.), Le Pouvoir du genre. Genres, laïcité, religion (1905-2005), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2008.