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Gadgets et sex-toys

En France, quelques magasins de gadgets (“Soho”, “Objectica”,…) proposent, entre la lampe lave et les cartes à jouet, quelques gadgets pour adultes, sans interdire l’entrée aux mineurs [voir ici quelques exemples et quelques photos]. On trouve trace de quelques protestations :

  • de clients (relevée récemment ici-même : “Jusqu’à l’an passé on vendait aussi des sex-toys, explique Stéphanie, vendeuse à Soho, dans la galerie d’un supermarché castelroussin. Et puis, on a eu une plainte de la part d’une cliente, sur Limoges, qui regrettait que ces objets soient exposés à la vue des enfants. Alors, on a arrêté d’en vendre.”),
  • mais aussi de sénateurs (je cite : “le présent article modifie la définition des établissements interdits d’installation à proximité des établissements scolaires, en visant non plus la vente de revues mais la vente d’objets à caractère pornographique, couramment appelés « sex-toys ».”)… peut-être aussi clients par ailleurs

Je viens de tomber sur ce reportage d’une chaîne de télévision locale d’Atlanta, en Géorgie (US) :
Kids Playing With Sex Toys At Metro Atlanta Malls (“des enfants jouent avec des sex-toys dans le centre commercial”) :

[flashvideo filename=https://coulmont.com/blog/fichiers/2008/20080222-wsbtv-atlanta.flv width=432 height=240 displayheight=260 /]

Caméra cachée : les journalistes montrent des enfants s’amusant avec des tirelires en forme de “male body part” (partie corporelle masculine) ou des jeunes filles s’amusant devant des recueils de positions sexuelles, et même un jeune garçon ayant acheté une sucette en forme de “male body part” aussi. La responsable d’une association est interviewée (sans que l’on sache précisément si c’est elle qui a prévenu les journalistes).

Dix jours plus tôt, dans l’Utah, à Layton, la police locale est même allée confisquer quinze boîtes de vibromasseurs présents dans une gadgèterie de la même marque, “Spencer Gifts” : Police raid novelty shop inside Layton Hills Mall titre le Deseret News (autre article sur abc4/news).

Je n’ai pas entendu parler de telles descentes de police en France… Mais si une gadgèterie a eu la visite amicale d’un officier, j’aimerai beaucoup en entendre parler.

Sectes : panique à l’Elysée ?

Par Etienne Ollion, doctorant, université Paris 1 et université de Chicago.
 
Mise à jour : une version bien plus développée a été publiée dans Ollion, E., “La secte sécularisée. Processus de requalification conceptuelle dans la lutte contre les sectes”, Genèses, n°77, Février 2010

L’interview d’Emmanuelle Mignon publiée aujourd’hui par VSD est loin d’être passée inaperçue. En déclarant qu’il n’y aurait pas (ou plus) de « problème des sectes » en France, la directrice de cabinet de N. Sarkozy a déclenché une polémique qu’elle pourrait rapidement regretter. Ces propos sont-ils toutefois le signe d’un changement dans la manière dont seront menées les oppositions aux sectes ?

Lorsque sont créées les premières associations (1) spécialement consacrées à ce sujet dans les années 1970, ce qui allait ensuite (et en France seulement) recevoir le nom de la « lutte contre les sectes », est alors un « non-problème », relégué aux pages faits divers. Et pourtant, en moins de dix ans, le sujet prend suffisamment d’ampleur pour qu’un rapport parlementaire soit commandé en 1982. Que s’est-il passé ?
Des adeptes de Moon sur la couverture du disque
D’abord une publicisation efficace de la question réalisé par les associations, qui se posent en experts à chaque fois qu’un fait divers amène les sectes sur le devant de la scène médiatique (du fait le plus local à la mort de plus de 900 adeptes du groupe People’s Temple au Guyana en novembre 1978).
Surtout, un changement a lieu dans la définition même de la secte. Un véritable travail de redéfinition est opéré dans et autour des associations de lutte contre les sectes dans ces années : nées avec le soutien de l’Eglise catholique, les premières ADFI prennent rapidement leurs distances avec l’institution qui avait jusqu’alors fait sienne la régulation du « sectarisme ». Les deux groupes d’acteurs s’opposent en effet rapidement sur ce qu’est une « secte » : alors que l’Eglise continue de les penser en termes d’hérésies, les associations insistent sur le conditionnement qui aurait lieu dans ces groupes fermés, et sur les atteintes aux droits de l’Homme qui y auraient cours.
Bref, alors que les Eglises dénoncent les sectes sur un mode théologique, les associations opèrent la leur sur une base qu’on pourrait qualifier d’humanitaire. Roger Ikor, fondateur du Centre Contre les Manipulations Mentales (CCMM) en 1981 et rationaliste de la première heure, écrivait comme pour illustrer : « Bien entendu, l’Eglise à le droit de décider ce qui est hérésie par rapport à elle ; mais secte, non : nous sommes tous concernés » (2) . Cette définition est reprise à son compte par Alain Vivien dans le rapport de 1983.
 
Les conséquences de cette transformation sont nombreuses, mais on peut montrer comment, d’hier à aujourd’hui, le changement de définition permet d’éclairer les succès et les difficultés des opposants aux « sectes ».

  • (i) Dans les premières années, la sécularisation de la définition de la secte joue un rôle important dans l’intéressement de nombreuses personnes au problème que soulèvent les associations. En faisant de leur combat non plus une querelle religieuse mais une bataille laïque, « contre l’aliénation de la volonté » et « au nom de l’Homme », les associations parviennent à enrôler des soutiens de plus en plus massifs.
  • (ii) La liste des groupes considérés comme sectaires se transforme radicalement : après une période de trouble dans les années 1970 ou « anciennes » comme « nouvelles sectes » sont évoquées indistinctement, tout une série de branches schismatiques ne sont désormais plus mentionnées comme telles. Les petits groupes protestants (baptistes, adventistes, …) ne sont plus qualifiés de « sectes », ou s’ils le sont, ils ne sont plus (explicitement du moins) incriminés pour leur caractère schismatique, mais pour les manipulations mentales qui se réaliseraient en leur sein.
  • (iii) A contrario, tout un ensemble de groupes sans prétentions religieuses ni relation à un groupe se voient qualifiés de sectaires. Au tournant des années 1980, des communautés agrariennes (Longo Maï), des groupes écologistes radicaux (Ecoovie) deviennent les cibles principales des associations et sont largement évoquées par la presse, signe de la victoire des associations. A partir de ces années, l’accusation de « sectarisme » peut, en France, toucher bien d’autres groupes, voire suite à l’introduction de la notion de « dérive sectaire », des individus (dans les années 1980, ce sont des tenants de médecines alternatives qui se voient ainsi incriminés, sans qu’il n’y ait de groupes, et plusieurs psychanalystes dans les années 1990).

Retracer la vie mouvementée de la définition de la « secte » éclaire les questionnements récents sur l’orientation à prendre en termes politiques publiques des sectes. Les déclarations de la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy ne sont qu’une formulation radicale, mais finalement pas si éloignée, de ce que disent depuis quelques années les opposants, associations et MIVILUDES en tête : les « sectes » sont désormais moins visibles qu’avant. Constat similaire, solutions opposées, mais même cause : à force d’extension, la « secte » s’est quelque peu dissoute, et l’objet de la lutte a perdu en clarté. Sont-elles devenues un « non-problème » pour autant ? A considérer la rapidité du démenti et le tollé qu’il a suscité, probablement pas pour l’Elysée.

                                                Etienne Ollion.

Notes
(1) La première est l’Association de Défense des Valeurs Familiales et de l’Individu (ADFVI), rapidement renommée en ADFI et dont plusieurs antennes s’installent dans les grandes villes françaises dans les années suivantes.
(2) Roger Ikor, La tête du poisson, 1983, Albin Michel, p. 40.

Mise à jour (par B.C.) : (1) Merci rezo.net !.
et (2) : des propositions de réforme chez Sébastien Fath

Les mystérieux circuits des mystérieux colis…

La presse locale regorge d’articles sur les vibromasseurs… oups, les sex-toys… Généralement nous est servi le discours de la “démocratisation”. Les oppositions locales sont rarement décrites. J’ai été donc heureux de voir ce petit article dans La Nouvelle République du Centre (en date du 13 février 2008) :

Au miel, yaourt ou chocolat… les dés érotiques – et autres objets de ce type – ne sont plus l’apanage des sex-shops. On en trouve désormais dans quasiment n’importe quel magasin de cadeaux. « Jusqu’à l’an passé on vendait aussi des sex-toys, explique Stéphanie, vendeuse à Soho, dans la galerie d’un supermarché castelroussin. Et puis, on a eu une plainte de la part d’une cliente, sur Limoges, qui regrettait que ces objets soient exposés à la vue des enfants. Alors, on a arrêté d’en vendre. »

Rien de franchement nouveau sur le marché, mais les jeux de société coquins (autour d’une trentaine d’euros) ont eu le vent en poupe. « Ils ont eu beaucoup de succès à Noël », précise Stéphanie. Récemment, la gamme des dés coquins a été élargie : kamasutra, dés phosphorescents, « sex… in the bureau ». Tout un programme !

L’article avait pour titre “Cachez ce sex-toy que je ne saurai voir” et assimilait donc implicitement la cliente réticente à une Tartuffe. L’argument est un peu facile — et je plaide coupable : c’est une chose que j’ai utilisé aussi sur ce blog. Les jouets pour adultes sont associés à des thèmes de liberté sexuelle, de plaisir dans le couple, de démocratisation, d’éthiques sexuelles modernes… sans que l’on arrive à trouver aussi facilement les discours opposés. Imaginez ! comment être contre la “démocratisation” ! Ce petit article laisse percevoir le sommet d’un iceberg de réticences. J’aimerai en savoir plus, sur ces compromis locaux, qui permettent à certains magasins de gadgets de vendre des godemichés, à certains magasins de lingerie de vendre des vibro… Une personne m’a même contacté d’Orléans, où son institut de beauté propose, entre manucures et épilation, à côté des shampooings et autres laques, quelques “sex toys”.
Comme il serait intéressant de prendre la circulation de ces objets, la cristallisation de circuits différents (gadgets, soins du corps, lingerie…) associés probablement à des publics différents… pour comprendre des éthiques sexuelles différentes. « Il faut considérer les faits sociaux comme des choses » proposait Emile Durkheim : prenons ici la chose, et essayons à partir d’elle de comprendre un fait social.

Croire que les sex-toys circulent sans opposition, d’ailleurs, serait un peu naïf. Toujours dans La Nouvelle République du Centre (mon Le Monde à moi), ce petit article, daté du 15 février, démontrait que l’entrée de tels objets dans la sphère domestique ne peut se faire sans y mettre les formes… Les relations de voisinage ne sont pas toujours simples.

Le mystérieux colis coquin venait de son voisin
Tribunal correctionnel de Châteauroux

La boîte aux lettres peut réserver des surprises… plutôt osées. Un jour d’août 2006, Mlle C., une institutrice de ****** reçoit un colis quelque peu inhabituel à son domicile : un paquet rempli d’accessoires sexuels. Surprise, la ****** dépose plainte à la gendarmerie. Peu de temps après, seconde plainte : l’institutrice a trouvé sa boîte aux lettres dégradée et remplie de publicités faisant la promotion de rencontres pornographiques. Une enquête est ouverte. Et révèle que commande a été passée auprès d’un magasin de sex-shop en ligne, avec deux formules de chèques appartenant à Mlle C. Les montants s’élèvent à 445 € et 301 €.
Quand l’institutrice dénonce les faits, ses soupçons ne se portent sur personne en particulier. Pourtant, Mlle C. finit par se rappeler des avances sexuelles que lui avait faites, quelque temps plus tôt, l’un de ses voisins, prénommé Bernard.
Ce dernier est entendu en octobre 2006. Une perquisition à son domicile révélera que ce quinquagénaire est un adepte des rencontres pornographiques et un client régulier du sex-shop en question. Placé en garde à vue, Bernard nie avoir volé les deux chèques de sa voisine et d’avoir passé commande dudit colis coquin. Une thèse que contredira l’expertise graphologique. Qui conclut, en septembre 2007, que Bernard est « vraisemblablement l’auteur des deux chèques falsifiés ».
« Personne ne l’a vu voler. Le dossier est vide : pas de témoins, pas de traces d’infraction et pas de mobile », défend Me André Bonhomme, avocat de la défense. Le prévenu a été condamné à un mois de prison avec sursis et 89,67 € de dommages-intérêts.
Camille CHATILLON / La Nouvelle République du Centre / 15 février 2008

L’affaire est un peu compliquée, mais on remarquera que la journaliste ne parle pas, ici, de “sex toys”, mais d'”accessoires sexuels”, et que ces objets ne proviennent pas de magasins “sexy”, mais de vulgaires “sex shops”… que l’homme est un “client régulier”, voire un “adepte” (comme le membre d’une secte).
A chaque “circuit” est donc associé un ensemble de mots et de significations.

Un droit au sex-toy ?

Il y a quelques jours, un tribunal fédéral américain, le “cinquième circuit”, a considéré qu’une loi qui interdisait la vente de sex toys au Texas était inconstitutionnelle (Reliable Consultants v. State of Texas).
Cette décision se base sur Lawrence v. Texas décision de la Cour Suprême des USA, qui, il y a quelques années, avait jugé que la loi anti-sodomie du Texas était inconstitutionnelle. Les juges du 5e circuit essaient ainsi d’étendre Lawrence à tout un ensemble de pratiques sexuelles.
Mais en 2006, le “11e circuit” avait lui considéré qu’une loi similaire était conforme à la constitution (Williams v. Madison County, Alabama, 478 F.3d 1316, 20 Fla. L. Weekly Fed. C 333). Lawrence, selon les juges du 11e circuit, était une décision restreinte à une pratique sexuelle.
Ces “circuit split” intéressent les juristes américains : c’est souvent un signal donné à la Cour Suprême afin qu’elle s’implique. Et Arthur S. Leonard remarque que ce split a une importance bien plus grande que la simple vente de vibromasseurs dans la campagne texane. L’interprétation divisée de Lawrence sur le droit au vibro pourrait présager d’interprétations tout aussi divisées sur le droit au mariage (pour les couples du même sexe) :

While the question of sale of sex toys does not loom large as an issue of burning national importance for the Supreme Court to address, a circuit split over the meaning of Lawrence v. Texas as a precedent is significant, since it may bear on other pending controversies, not least the right to marry and the right to serve in the military, currently denied to gay people and under challenge in the courts.

Ailleurs sur internet : Texas Lawyer; ou, sur mon blog, une ancienne décision du 11e circuit, en 2004, Williams v. Attorney General of Alabama (car ces histoires de vente de sex toys mobilisent les juges américains depuis fort longtemps !).

Photo

Il y a un peu plus d’un an, Antoine Doyen, ancien étudiant en master de sociologie à Paris 8 et photographe, était venu prendre quelques photos chez moi. Dans quel but ? (Voir les commentaires, si Antoine D. souhaite décrire ce projet…)
Je lui ai demandé hier ce que ces clichés avaient donné, et il m’a envoyé deux photos (ici toutes réduites pour tenir sur 500 pixels) :
Baptiste Coulmont par Antoine Doyen
crédit : Antoine Doyen / antoinedoyen.net
Je n’ai jamais réussi à prendre des photos aussi nettes et flatteuses ! [Mes tentatives de photos documentaires et artistiques sont sur flickr] L’image de droite : un état non rangé et antérieur de mon espace de travail… pas flatteur, mais fidèle. L’appareil photo est placé à la hauteur d’un enfant de 6 ans, je ne vois pas mon bureau de cette manière.

Liste, liste liste

Sexe (changements de) : Hermaphrodisme pour convenance personnelle :

Lors de son procès, dont les archives sont conservées jusqu’à aujourd’hui, le juge demanda à Hall s’il était homme ou femme : il répondit qu’il était les deux.

Université : Les étudiants sont nuls, et comment y remédier.
Politique : Kill Hill : racisme et sexisme dans la campagne américaine
Droit administratif : Rendez-vous le 27 février à 10h, pour une “partie orale”
Antisémitisme (accusation d’) : Militant connu d’extrême droite et major de l’agregation d’histoire du droit (du coup, les historiens du droit avaient peur… mais n’ont plus peur !)
Conseil national des universités et qualification des professeurs. Philip Milburn proteste… à travers un “conte socio-illogique” :

Le cauchemar du/de la sociologue ou les sabotiers aux pieds nus
Conte presque imaginaire
Par Merlin le Désenchanteur,

Imaginez, mes chers consœurs , mes chères confrères, un monde incroyable et dépassé ou notre collectivité des sociologues serait encadrée par un Conseil supérieur, sorte de Conseil de l’Ordre semblable à celui des médecins des pharmaciens ou des juristes, issu d’une époque où la France des Corporations suçait des pastilles Vichy. Imaginez que ce Conseil de l’Ordre des Sociologues Supérieurs et Universitaires, ce COSSU, ait le pouvoir considérable de dire qui est suffisamment digne d’appartenir au cercle savant et d’accéder aux strates supérieures de l’Ordre. Un tel COSSU aurait une assise bien virile. Pourtant, dans ce monde là, les sociologues défendent souvent desidées très progressistes sur l’égalité des chances et ne veulent laisser aucune place aux discriminations ou aux à prioris (sic) sexistes. La dominance masculine dans sa chefferie est due, croyez le bien, au pur hasard et non à des déterminismes qui échapperaient au contrôle des sociologuessur leur propre société savante ! Cela paraît évident. Aussi comment expliquer l’aventure singulière que je m’apprête à vous conter ? Une jeune sociologue, appelons-la Viviane Laffé, sollicite (…)

La fin des bonnes moeurs

Après avoir enquêté sur les sex-shops et écrit un livre… mes recherches continuent en partie à s’intéresser aux commerces pornographiques. J’étudie en ce moment la construction d’un marché du sexe à partir de sources judiciaires et policières : les procès pour outrages aux bonnes moeurs, entre 1967 et le début des années soixante-dix.
L’outrage aux bonnes moeurs est un bel objet : il est défini dans le Code pénal (articles 283 et suivants), mais les “bonnes moeurs” elles-mêmes étaient laissées à l’appréciation des juges… Mais, avant-même que les juges interviennent dans ce processus, la définition des bonnes moeurs est laissée aux policiers, qui vont décider ou non de considérer que telle chose participe aux bonnes moeurs ou non. C’est donc un domaine du droit où le travail des différents acteurs intervient dans la définition de la situation. Et, plus intéressant encore pour moi, les “OBM” ont été peu étudiées par les juristes : ce sont toujours les mêmes 3 ou 4 décisions publiées qui sont citées… et très peu de décisions concernant les OBM ont été publiées.
Pour mieux saisir le travail de la justice, un outil est très intéressant, le Compte général de la justice, qui a publié annuellement des statistiques sur les condamnations. Voici un graphique résumant l’épuisement des condamnations entre 1958, début de la Ve République, et 1985… Je n’ai pas, pour l’instant, réussi à trouver le nombre de condamnations entre 1986 et 1993 (année où l’outrage aux bonnes moeurs disparaît du Code pénal).
Statistiques Condamnations pour outrages aux bonnes moeurs
L’installation du gaullisme s’accompagne d’une hausse des condamnations pour OBM, qui retombent assez rapidement. En 1969, entre de Gaulle et Pompidou, minijupe et sexy danoises, les juges s’arrêtent de condamner. L’installation du pompidolisme renforce les condamnations. On trouve dans les archives judiciaires des lettres d’un sous-ministre quelconque à un sous-directeur transférant une dénonciation anonyme (“Machin, il a des revues porno”) aux services compétants… Mais la mauvaise grippe de Pompidou, puis le libéralisme giscardien, vont tuer les Outrages aux Bonnes Moeurs. Sous Mitterrand, les choses statistiques ne sont pas encore très claires (changements de catégories statistiques et autres modifications rendent les comparaisons difficiles).
Mais qui sont ces condamnés ? Quelles sont les catégories sociales les plus soumises aux regards policiers et judiciaires. Je propose aux lectrices [et lecteurs… mon usage du féminin comme neutre n’est pas compris] un petit jeu. Quelles sont les catégories socio-professionnelles les plus riches en condamnation pour OBM ? (Catégories utilisées : agriculteurs (gros, petits), salariés agricoles, artisans, commerçants (gros, petits), cadres, employés (privé, public), instituteurs, professions libérales et professeurs, OQ, OS, manoeuvres, personnel de service, clergé et artistes, non actifs…)

A journalistic sex toy raid

IIn the US, some states prohibit the retail of sex-toys. And citizen journalists are fighting to enforce these laws, too often neglected by the police. Yesterday in Jackson Mississippi, a strong-willed local and undercover journalist tried to buy one personal vibrator. A purple one.
Adult Store Caught Selling Illegal Sex Toys : “Adult Video and Books on McDowell Road in Jackson is apparently selling illegal sex toys again.”
A…GAIN ! ? Indeed : « A “3 on Your Side” undercover investigation shows that the business is back at it again and is not even discreet about selling the devices.
WLBT received the tip, so we decided to go undercover to see if it was true. »

[flashvideo filename=”../../blog/fichiers/2008/20080131-wblt-sextoys.flv” width=”320″ height=”240″ /]

Unfortunately : the police doesn’t care… even though « Section 97-29-105 of the Mississippi Code provides that knowingly selling, advertising, publishing or exhibiting any three-dimensional device designed or marketed as useful primarily for the stimulation of human genitalia (“sexual devices”) is illegal.» [Miss. Code Ann. § 97-29-105 (Rev. 2000)]

Elsewhere on the internet : Cory Silverberg, JackBeNimble, Violet Blue

Liste de choses (9)

Playboy : et hop, encore un rêve réalisé… je suis apparemment cité dans Playboy (n°87, février 2008).
Trader flou ? : Olivier Godechot, l’auteur d’une sociologie des Traders, répond. D’ailleurs depuis une semaine son “téléphone n’a pas arrêté de sonner” :

Les journalistes travaillent dans l’urgence et sont en compétition les uns avec les autres pour produire de l’information. On ne saurait les en blâmer. Mais cela donne lieu à des interactions curieuses.
– Est-ce que cela vous serait possible de le relire d’ici une demie-heure ?
– Madame, je suis à Nantes en déplacement.
– Vous n’avez pas un Blackberry ?
– (?)

J’apprécie énormément ses commentaires sur le travail journalistique !
Oiseau Bleu décrit le monde de l’entreprise : L’Oiseau Bleu sur youtube (sur Dailymotion aussi). L’Oiseau Bleu (Arnaud Aymard) sera au théâtre de la Boule Noire en mars 2008. J’ai vu ce spectacle il y a un an et je le recommande : c’est de l’humour à tiroir.
Monde de la recherche :

Hungry Turkey : Un extrait vidéo hilarant d’un jeu télévisé américain. Tout : l’accent, les mimiques, l’ironie du présentateur, la shamelessité de la candidate… Tout, donc, est fort réjouissant.
Histoires de la sociologie : Quelques saintes trinités sociologiques sur Scatterplot, le blog… En France, seraient plutôt mentionnés Trois Mousquetaires nationalisés : Marx, Tocqueville, Durkheim, Weber… avec Planchon-Simmel … puis Gurvitch, Stoetzel, Aron, Friedmann… puis Crozier, Touraine, Bourdieu, Boudon… puis qui…? Beaud, Boltanski, Lahire et de Singly ?

Je lis en ce moment l’autobiographie de Michel Crozier (ne me demandez pas pourquoi) et aussi celle de Henri Mendras. On y perçoit, dans ces deux textes, sorte de complexe face aux Normaliens agrégés… que je n’avais pas totalement saisie (sûr, probablement, de la légitimité de ma propre noblesse, et conscient, certainement, de l’affaiblissement structurel du rôle de l’ENS dans l’academia) :

Laissons parler Crozier (né en 1922, ancien élève de HEC, docteur en droit) :

“J’avais trente-six ans. J’avais bien déjà une ceraine réputation, mais je restais un électron libre dans le milieu français. Je n’étais ni normalien, ni journaliste de gauche, ni économiste. Je ne gravitais pas autour des facs de droit, ni de la naissante ENA. Ma seule légitimité, c’était la recherche et mes amis américains.
Cette légitimité n’était absolument pas reconnue en France. Quelques années plus tard encore, je me souviens d’un propos tenu par un jeune collègue normalien qui me fut fidèlement rapporté : “Crozier, c’est un aigri.” “

Il présente déjà, il me semble, cette définition en creux de lui-même dans un texte de 1984… au lieu de présenter ses capitaux : les choses lui arrivent comme par miracle (ou alors parce qu’il a d’étranges intuitions qui marchent). Ses opposants sont simplement plus bêtes que lui. Au lieu d’essayer de décrire ses échecs pédagogiques… il préfère écrire “ils n’ont jamais compris…”
Vous voulez des exemples ? page 199 : “J’eu beaucoup de difficultés à faire comprendre cette thèse. Ni Alain Touraine ni Raymond Boudon ne comprenaient le concept de rationalité limitée. Aron lui-même (…) ne comprit pas vraiment la logique que je poursuivais.” Remarquons en passant que les trois interlocuteurs de Crozier sont archicubes.
Page 201 : “Factuelle mais plutôt mesquine [la note de lecture] ne laissait rien entrevoir de l’originalité du livre, que le recenseur n’avait manifestement pas comprise.” (Ce recenseur stupide doit être normalien…)
Page 202 : “François Wahl, en effet, qui supervisait la branche économique et sociologique (aux Editions du Seuil) était un philosophe qui ne comprenait rien à mes raisonnements” [Michel Crozier revient à l’attaque page 260 : “Ce fut une déception pour moi car, je l’ai dit, cet homme intelligent, encore jeune, ne comprenait ni mon objectif ni mon raisonnement.”]
Quand on rapproche ces citations de ce que Crozier écrit quelques pages plus loin, on rit. Page 207 : “il y avait pénurie de sociologues, les universitaires patentés étaient ennuyeux et les jeunes étaient illisibles. Comme j’écrivais de façon claire, j’émergeais facilement du lot.”

Laissons le conclure et présenter Pierre Bourdieu : “un jeune normalien aux dents longues” … “typique d’une génération de normaliens qui voulaient faire carrière en sociologie et qui, fort de leur excellence au concours, se croyaient autorisés à régler leurs compte aux anciens qui encombraient la place.” Crozier, vieux avant l’âge, devait se sentir visé.

Henri Mendras, me semble, à la lecture de son autobiographie, beaucoup moins désagréable… On me l’a même décrit aujourd’hui comme un “gentil nounours”. Chose étrange, il se décrit comme “timide”. Et Crozier aussi, décrit une forme de timidité maladive… Je ne fut pas surpris quand, ce matin, j’ouvris Esquisse pour une auto-analyse de Pierre Bourdieu, une petite non-autobiographie, dans laquelle il décrit sa grande timidité. [En passant : tous les trois décrivent aussi avec luxe de détail leurs modesties.] Pour être sociologue, il fallait être timide et modeste… je n’aurais jamais réussi !

Je terminerai par une question. Crozier mentionne, en passant, un texte d’un sociologue gauchiste dans lequel il serait décrit comme “le grand Zorcier”… Mais ce champion du name dropping ne donne pas les références. Une lectrice les aurait-elle ?

Mise à jour (14/1/2009 : J’ai trouvé la référence au Grand Zorcier.

Recruter des universitaires

Le recrutement des universitaires est une procédure complexe et en plusieurs étapes. Dans le cadre des réformes en cours, un nouveau décret va modifier ce qui se faisait.
Jusqu’à maintenant, des “commissions de spécialistes” étaient chargées d’évaluer les candidatures. Ces commissions, pouvant comporter une vingtaine de membres, étaient élues, dans le cadre de l’université, par les enseignants-chercheurs d’une même discipline. Elles comportaient un petit tiers de membres extérieurs à l’université en question, et, à parité, des “maîtres de conférences” et des “professeurs”.
Le projet de décret et un texte de précision peuvent être lus sur le site de l’ANCMSP.
Une réaction argumentée a été publiée sur Affordance, le blog d’un enseignant chercheur en InfoCom (section 70 du CNU).
Mes remarques seront, je l’espère, brèves. L’ennui… elles ne seront pas comprises par qui n’est pas familier des anciennes commissions de spécialistes.
Le nouveau décret modifie l’écosystème :
1- les “comités de sélection” (le nouveau nom) sont nommés par le président de l’université et le conseil d’administration, et ne sont donc plus élus. L’élection des commissions avait ceci d’intéressant qu’elle apportait une réponse aux conflits possibles sur la création des comités. Et que le suffrage, ou du moins sa logique, apparaissait légitime.
2- Les comités de sélection sont plus restreints, de 6 à 12 membres maximum (et une moitié de présents suffit) : une audition face à 4 personnes est donc possible (ce qui fait que, dans les gros départements, de plus d’une trentaine d’enseignants chercheurs, la quasi totalité n’aura jamais rencontré la future collègue). Les membres suppléants (qui permettaient souvent d’atteindre le quorum) disparaissent.
3- ils doivent comporter pour moitié des membres extérieurs à l’université (mais ne peuvent comporter d’étudiantes ou d’étudiants), et ne sont pas disciplinaires (la pluridisciplinarité est même implicitement encouragée)
4- la parité en fonction des statuts (PR et MCF) n’est plus requise
5- Ces comités de sélection sont temporaires, créés pour examiner les candidatures sur un seul poste
6- le président du comité, nommé par le conseil d’administration, a une voix prépondérante, en cas d’égalité des suffrages : c’est la fin des longues séries de votes et des commissions qui se terminent à 21h !

Dans le pire des cas, des logiques de pouvoir peuvent se mettre en place avec succès : des comités formés de quelques personnes (des professeurs) connaissant bien le président de l’université pourront choisir leurs poulains. Rien de bien nouveau sous le paysage de la critique des commissions de spécialistes.

Mais :
1- des comités partiellement renouvelés pour chaque poste, avec des présidents de comités différents à chaque poste (ce qui n’est pas proposé, mais n’est pas interdit), peuvent permettre d’empêcher la constitution de lignes de pouvoir solidifiées (les anciennes “commissions de spécialistes” étant élues pour 4 ans, et renouvelées tous les 4 ans sauf démission ou départ d’une des membres, elles contribuaient à matérialiser des oppositions… et l’on pouvait voir les mêmes têtes à quinze ans de distance).
2- des comités entièrement constitués de maîtres de conférences peuvent exister, ou des présidents de comités eux aussi maîtres de conférences : certes, c’est étrange, cette possibilité de subversion des hiérarchies académiques… et j’aimerai bien voir si ce genre de comité verra le jour.
3- des objectifs de recrutement extérieur sont désormais demandés aux universités (ce qui pourrait conduire à diminuer le recrutement local… mais pas si ces objectifs sont par exemple de “50%”… cela renforcerait la prévalence de la peste localiste) : en fait, si l’objectif est inférieur à 95% de recrutement extérieur, il me semble que le localisme perdurera (Sur la difficulté des estimations du localisme, se référer aux travaux d’Olivier Godechot). Si les universités se fixent “70%” de recrutement extérieur : le localisme restera au même niveau qu’aujourd’hui.

D’autres remarques : une modification des mutations a eu lieu aussi. Désormais, le conseil scientifique examine les mutations et rend un avis… avant que le comité de sélection le fasse. Est-ce que cela va augmenter la mobilité ? La réduire (en introduisant une barrière nouvelle à la mutation) ?

Les rapports d’examen des dossiers de candidature ne sont pas mentionnés (sauf comme une possibilité)… Quand on sait le travail que cela prend, on peut supposer que, s’ils ne sont plus nécessaires, ils seront moins fréquents. Un exemple : Pour chaque poste, nous recevons une centaine de dossiers : quand la commission de spécialiste fonctionne avec une quinzaine de personnes, cela fait 13 dossiers par personne (chaque dossier a 2 rapporteurs). J’imagine avec horreur un “comité de sélection” de 4 personnes (2 se faisant porter pâle) faire ce travail.

On s’aperçoit enfin, avec ce décret, du rôle que prend le conseil d’administration dans ce domaine, chargé, tous les six mois, de trouver une bonne centaine de personnes acceptant d’être membres de comités de sélection (au minimum six par poste, avec une quinzaine de postes disponibles dans les universités tous les six mois)… dont 50 membres extérieurs non rémunérés. A mon avis, le conseil d’administration aura bien du mal à faire ce travail et à assurer une non pérennité des comités (avec la LRU, les conseils d’administration ont vu, dans d’autres domaines, leur rôle s’accroître).

Il y a plein d’autres choses dans ce décret (ou projet de décret). Il sera intéressant d’étudier comment se passeront les futures séances de recrutement (que je vais suivre ou faire suivre sur https://coulmont.com/auditions/).