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Can you really vote twice? Proxy votes in France

Here is the companion piece to my blog post on The Monkey Cage (thanks Erik!). You can also see Arthur Charpentier’s companion piece.

France does not allow for early voting nor mail-in voting. If you want to vote, you have to go to the ballot box, or vote by proxy. Proxy voting is now easier than before, but one still has to go to the police, the gendarmerie or to a local tribunal to officialize the proxy. And one has to sign “sur l’honneur” that going to the ballot box on the day of the election is impossible. Another condition : The proxy voter needs to be registered to vote in the same city.
I was surprised to realize that French political scientists never studied proxy voting (it has been extensively studied by legal scholars of electoral fraud). Until a few years ago, it was indeed a rounding error in ballot box results, but that is not the case anymore. And to be brief, proxy voting seems to be a way for the politically active to vote when they can not physically vote. With two colleagues, Arthur Charpentier and Joël Gombin, we have begun to explore the social and political logics of the “procuration” — as proxy voting is known in France. We focused our inquiry, at first, at the polling station level (bureaux de vote) : it is a very small geographical unit of around 1000 voters, and in many cities it should be somewhat homogeneous (at least with a smaller variance than bigger geographical units).
We focused on polling stations data because the “electoral participation surveys” of the INSEE (the French National Statistical Institute) did not gather information about “proxy votes” (they were considered to be too few).

For a few years now, the main French cities have put some data online. And in a few cases, we have data about proxy votes :

  1. Montpellier : Electoral results (1994-2012), and the shapefile of the Bureaux de vote for 2012.
  2. Nantes : electoral results (2007 to 2012) and shapefile of the polling stations (for 2012)
  3. Paris : electoral results (2007-2012) But no shapefile here. I have had access to a shapefile created by the Cartelec group
  4. Lyon : It is more complicated here. Data have to be scrapped from the municipal website. The shapefile of the polling station is available. Julien Barnier put on GitHub the code used to gather electoral results

In the working paper published by La Vie des idées, we also used data created by the ANR Cartelec, which recombined data from the French census to fit the geographical units of the polling stations.

Feel free to ask for more information about la procuration en France.

Explorer la procuration

La Vie des Idées vient de publier un article écrit avec Arthur Charpentier et Joël Gombin, article qui porte sur le vote par procuration en France.
Je poursuis ici l’exploration des données du vote par procuration et Arthur Charpentier fait de même sur son blog.

Tout d’abord un mot sur les données :
Dans l’article, nous nous appuyons sur les données recueillies par l’ANR Cartelec, notamment pour les fonds de carte des bureaux de vote (au format shapefile .shp) et pour les données du recensement à l’échelle de ces bureaux de vote. Ces données sont accessibles sur le site de Cartelec.
Mais Cartelec n’a pas d’informations concernant les procurations. Et il n’est pas simple de trouver le nombre de votes par procuration aux niveaux nationaux, départementaux, communaux ou à l’échelle du bureau de vote. Mon premier réflexe a été de rechercher des données dans les enquêtes “Participation électorale” de l’INSEE (1983-2012)… mais ces enquêtes n’a-ont pas pris en compte les procurations… Ce qui est dommage, car l’on dispose, avec ces enquêtes, de données individuelles.
Il a donc fallu se rabattre sur d’autres sources, partielles et à une échelle agrégée… Nous avons travaillé ici avec des données “écologiques” (et donc avec un risque d’ecological fallacy) À ma connaissance, seules quatre grandes villes donnent accès à des données sur les procurations.

  1. Montpellier : Résultats des élections (1994-2012), et aussi le shapefile des Bureaux de vote pour les élections de 2012.
  2. Nantes : résultats des élections (de 2007 à 2012) et shapefile des Bureaux de vote (pour 2012)
  3. Paris : résultat des élections (2007-2012) Etrangement, la ville de Paris n’a pas mis à disposition des citoyens le shapefile des bureaux de vote
  4. Lyon : C’est plus compliqué dans le cas de Lyon. On trouve bien le shapefile des bureaux de vote, mais les résultats doivent être moissonés sur le site de la ville de Lyon. Julien Barnier a mis en ligne le code R sur github pour récupérer les données et une analyse ici

J’ai contacté les sites « opendata » de Strasbourg, Marseille, Toulouse et Bordeaux pour essayer d’obtenir des données similaires, mais pour l’instant soit “le logiciel” des services électoraux municipaux ne recueille pas le nombre de votes par procuration (Strasbourg), soit les services des élection diffusent un format inutilisable (Marseille), soit les services des élections, très occupés en ce moment, répondront plus tard à ces demandes.
J’ai aussi contacté (à deux reprises au moins) la préfecture des Hauts de Seine, pour connaître le nombre de votes par procuration à Neuilly et aux alentours, mais sans réponse.
Le bureau des élections du Ministère de l’Intérieur m’a envoyé un fichier excel contenant pour la France entière des données départementales très “trouées” : apparemment, le Ministère ne contrôle pas de très près le nombre de votes par procuration et beaucoup de préfectures n’envoient pas les chiffres. Cela rend très complexe l’évaluation de l’évolution nationale de la fréquence de la procuration.
Mais j’ai réussi à faire cette petite carte nationale (en faisant soit la moyenne des deux tours, quand c’était disponible, soit en ne prenant qu’un seul tour) :
proddep2012pres
Il semble y avoir un peu plus de procurations dans le Sud de la France en avril-mai 2012… Mais si, lors du premier tours, les trois zones scolaires étaient en vacances, ce n’était pas le cas le 6 mai quand seule la zone B (Lille, Aix…) était en vacances. La région parisienne et la Corse ont un recours plus intense à la procuration.

Une autre carte qui ne se trouve pas dans l’article de la Vie des idées est reproduite ici. Une carte parisienne montrant le rapport entre votes par procurations et votes “blancs ou nuls”, carte intéressante : elle permet de bien distinguer des zones où les votes par procurations ne sont pas beaucoup plus nombreux que les votes nuls et des zones où le vote par procurations est de 6 à 17 fois plus fréquent que le vote nul, c’est à dire des zones où l’offre politique disponible rencontre tellement bien l’assentiment des résidents qu’ils votent même en cas d’empêchement.

proc-nuls

Terminons par quelques “copies d’écran” montrant le rôle d’internet dans la procuration.

L’équipe de NKM, candidate à la mairie de Paris, a mis en place une procédure permettant à un sympathisant UMP de trouver quelqu’un pour qui voter (comme l’équipe de Hollande l’avait fait en 2012) :

procurations-nkm-janvier2014

L’équipe d’Anne Hidalgo fait presque la même chose, mais en permettant aussi à des personnes souhaitant être mandatées de se déclarer, en jouant sur le plaisir du vote : “Vous êtes disponible et impatient-e (…) Votez deux fois !”
procuration-hidalgo2014

Ces deux dispositifs peuvent se comprendre comme des “pièges à sympathisants” : l’UMP locale — et le PS local — connaît sans doute ses militants, mais moins ses sympathisants. Avec ce dispositif, des informations peuvent être recueillies sur des personnes qu’il est possible de mobiliser ensuite.

Et dans le même temps, le gouvernement prépare la dématérialisation de l’établissement du vote par procuration :
procurations-simplification
Simplifier le vote par procuration vise à rendre plus aisé l’acte de vote. Mais l’on voit — c’est mon hypothèse — que la procuration semble utilisée de manière prioritaire par des personnes aisées (diplômées, propriétaires, cadres…) : c’est à mon avis une des modalités du vote des classes dominantes. Il est fort possible que rendre plus aisée la procuration ne bénéficie pas vraiment au gouvernement actuel… mais c’est une autre histoire.

Le rythme amoureux

saisons-naissances-smallLa chose est connue par de nombreux travaux, mais je voulais continuer mon exploration des rythmes sociaux.
Voici donc, à partir des données quotidiennes de l’état civil de 1968 à 2011 (naissances), disponibles sur le site de l’INSEE, une estimation du rythme des conceptions. J’ai soustrait 9 mois [9 fois 30 jours] au jour des naissances :

conception
Le mois d’août est propice aux conceptions, ainsi que les vacances (bien arrosées) de Noël.

En cliquant sur l’image, vous pourrez même distinguer le pic de la Saint-Valentin (14 février) qui donne lieu à un peu plus de naissances que la moyenne de février.

Les choses ont bien changé depuis 1968 : le pic de mai a disparu :
saisons-naissances

Parmi les choses à lire : A. Régnier Loillier, “Évolution de la saisonnalité des naissances en France de 1975 à nos jours“, Population, 2010.

La samedification des mariages

À Bordeaux, entre 1933 et maintenant, les mariages se samedifient :
samedification
Aujourd’hui, près de 80% des mariages de la semaine sont célébrés le samedi.
Mercredis et Jeudi ont cessé d’être des jours de mariage. Quant au dimanche, oublions-le (les mairies sont fermées, de toute façon).

 

Mais en revanche, les naissances se désamedifient et se dédimanchifient :
naissances-bordeaux
Les femmes sont incitées à ne pas accoucher pendant les week-ends, pour des raisons d’organisation des services (et les césariennes sont probablement programmées aussi en semaine).

 

Et les décès ?
deces-bordeaux
Les Bordelais et Bordelaises ne décèdent pas le dimanche, et de plus en plus le jeudi. Mais là, les jours sont beaucoup moins distincts que dans les deux autres graphes.
[@jbiaudet sur twitter m’indique une référence : Kentish-Barnes (N). « Mourir à l’heure du médecin » Décisions de fin de vie en réanimation, Revue française de sociologie, 2007-3 ]
 

Inspiration : Kieran Healy et son Code. et cet article d’A. Régnier-Loillier
Données : Mariages par jour, depuis 1933, Bordeaux.

Jeux d’identité

La promotion du Nouvel an de la Légion d’honneur contient une liste nominative intéressante.
Les seconds et troisièmes prénoms — prénoms invisibles — y sont révélés dans toute leur splendeur. L’historien Christophe Prochasson, chevalier, s’appelle aussi René et Eugène : « M. Prochasson (Christophe, René, Eugène), recteur de l’académie de Caen ; 31 ans de services. »
D’autres choix parentaux apparaissent aussi : « Mme Ferroud, née Biju-Duval (Clotilde, Marie, Jeanne-d’Arc), directrice de la recherche au Conservatoire national des arts et métiers ; 27 ans de services. » Jeanne-d’Arc, un beau prénom ? Plus facile à porter que le 3e prénom de Mme la secrétaire de chef de poste, « Mme Renoux, née Lala Harisoa (Fidèle, Marie, Hermine de Jésus) ». En l’honneur de qui a été prénommée « Mme Sabatier, née Terme (Marie-Louise, Thérèse, Napolie) » ? Probablement en l’honneur de Zaza Napoli… ou plus probablement en l’honneur de Napoléon (qui épousa Marie-Louise [i.e. Maria Ludovica Leopoldina Francisca Theresa Josepha Lucia…]).
La liste nominative montre aussi la fluidité onomastique : de nombreux légionnaires utilisent comme façade publique un nom ou un prénom qui peut ne pas se trouver sur l’acte de naissance (l’invisible étant souvent, ici, l’identité civile). Les alias apparaissent aussi splendides que les seconds prénoms. Voici une sélection :

M. le Prof. Scheid (Jean, Nicolas, Léon dit John)
Mme Weygand, née Didier (Nicole, Jeanne, Marie dite Zina)
Mme Chrétien, née Manfredi (Lowely dite Lovely)
Mme Puybonnieux, née Boussarie (Alice, Renée dite Renée)
Mme Schmid (Lucile-Marie, Caroline, Michèle dite Lucile)
Mme Vernant, née Naïman (Danielle dite Dinah)
M. Chalhoub (Antoine dit Anthony)
M. Obadia (Amram dit Victor)
Mme Shan (Xiao-Yang dite Michelle)
Mme Rastoin (Nathalie, Catherine, Marthe dite Natalie)
Mme Errécart (Marie-Thérèse, Marcelle dite Maïté)

mise à jour : 622 légionnés et plus de 1450 prénoms. Les prénoms les plus répandus cette année sont :

Prénom Nombre
Marie 84
Jean 39
Pierre 38
Jacques 28
Michel 28
François 25
Henri 24
Louis 23
Philippe 21
Claude 18
Jeanne 18
Alain 17
Bernard 17
Françoise 17
Dominique 15
Anne 13
Gérard 13
Jacqueline 13
Marcel 13
René 13
Yves 13
André 12
Christine 12
Geneviève 12
Hélène 12
Joseph 12
Marguerite 12
Michèle 12
Paul 12
Robert 12
Jean-Pierre 11
Christian 10
Isabelle 10
Patrick 10

Après le colloque

Le colloque que je co-organisais avec Virginie Descoutures a eu lieu mercredi dernier. Voici quelques notes…
panorama-colloque
Des contributions intéressantes, des discussions animées, une salle remplie… Virginie et moi sommes contents de cette journée. Nous allons maintenant travailler aux suites à donner à ce colloque : actes ? numéro thématique d’une revue ?
Cela prendra du temps, l’édition académique avançant à son rythme propre. Mais si vous souhaitez prendre connaissance de quelques uns des thèmes traités dans les communications, vous pouvez d’ores et déjà lire cet article, paru dans le Libé de ce matin :
liberation-colloque
[article dont l’accès est pour le moment réservé aux abonnés à Libé]
.

Plusieurs journalistes ont été intéressés par le colloque (sans nécessairement y assister, à la différence de M.-J. Gros, de Libération qui avait pris soin de s’inscrire), et notamment par un des fils directeurs, selon lequel la grande liberté de choix dont dispose les parents ne conduit pas à l’anomie.

panorama-colloque2
Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, une caméra est venue un moment filmer la salle. Un petit reportage a été diffusé dans le “12-13” (et dans le “19-20”) de France 3. Ces journalistes avaient été mis sur la piste du colloque par un article d’une page dans Le Parisien le matin-même :
colloque-leparisien
La capacité de ce quotidien à faire l’information est impressionnante : à 10h, l’attachée de presse de la collection “Repères” (que je n’avais pas pensé à avertir du colloque) m’envoie un mail :

Bonjour Baptiste,
Juste ce mot pour savoir s’il y a une actu particulière aujourd’hui ou si vous avez eu écho de la sortie d’un film ou autre en rapport avec les prénoms?
En effet, deux journalistes ce matin m’ont demandé vos coordonnées dont une de France info pour le journal de 12h, intw de 4 minutes…

Il y eu donc des interviews sur France Info (par téléphone), sur France Inter (les journalistes se sont déplacés), sur Sud Radio (le lendemain). Un article dans Ouest-France aussi, le lendemain, dans lequel — et c’est ironique — mon prénom change :
ouestfrance-colloque

Les mots de la sociologie

Un peu, un tout petit peu, d’analyse de texte aujourd’hui, à partir des résumés de thèse en sociologie, que l’on trouve sur theses.fr
Après avoir récupéré des informations sur environ 316 000 thèses, j’ai extrait les résumés de 6700 thèses de sociologie. Parce qu’il s’agit d’une étude exploratoire, je n’ai pas aspiré les résumés des thèses en “Sciences de la société”, qui me semblent pourtant aussi être des thèses de sociologie.
Que peut-on faire avec ces résumés ? Un traitement simple consiste à repérer quels mots sont associés de manière très fréquente à certains mots. La technique suivie a été la suivante :
1- je choisis un mot : “politique” par exemple, ou “famille”, ou “urbain”, et je sélectionne tous les résumés qui contiennent politiq* ou politic* (politique, politiques, politicien, politicienne…), ou famill* familia* (famille, familles, familial… mais pas familier).
2- je forme deux groupes : le groupe des thèses qui ont un résumé qui contient le mot clé et ses dérivations, le groupe des thèses qui ne contiennent pas ce mot clé.
3- je compare le rapport de fréquence : ainsi le mot “publique” est 3 fois plus fréquent dans les résumés de thèse qui contiennent “politique” que dans les résumés de thèses qui ne contiennent pas “politique”. Le “corps” et le “quotidien” sont, eux, deux à trois fois moins fréquents dans ces thèses.

mots-sociologies

Que faire ensuite avec cela :
1- “lemmatiser” ! c’est à dire ne travailler qu’avec les racines des mots. Mais c’est complexe (ou du moins, je n’ai pas réussi simplement à faire fonctionner TreeTagger et koRpus sur mon corpus)
2- En synchronie : générer des sujets types dans chaque groupe et ainsi des individus qui cumulent les notions les plus communes, bref « ceux qui expriment le mieux le “sens commun” du groupe… Et qui sans doute, se pensent très originaux. » ajoute un collègue facétieux. « La ville populaire comme espace local, comme territoire ouvrier, à l’écart des grands centres », « La prise en charge par les services de santé des traitements à la personnes, risques et recours », « la participation des habitants à l’action de lutte pour l’accès au droit, une politique publique », etc…
3- Repérer, de manière diachronique… à quel seuil apparaissent des mots communs et donc à quel moment, dans quel lieu, ces spécialistes peuvent échanger sur la base de mots communs.
4- Enfin, il serait possible de s’intéresser aux stratégies d’hétérodoxie : qui combine des mots de registres distincts? Qui propose une sociologie urbaine de la socialisation professionnelle, la sexualité et l’action politique, voire les organisation de la gestion de la famille ou encore le corps et la mémoire dans les crises économiques.

Les amis de mes amis sont directeurs de thèse

Voici plusieurs graphes établis à partir des codirections de thèse en France.

math-reseau
Les couleurs indiquent les disciplines des directeurs.

Et l’on constate que les disciplines “proches” (socio / histoire) ont tendance à se retrouver à proximité sur le graphique.
socio-reseau

On peut s’intéresser de plus près aux thèses codirigées inscrites dans une discipline particulière, par exemple, au hasard, la sociologie. [cliquez pour voir en grand]
socio-reseau
Dans ce dernier graphique, les couleurs placent ensemble des individus que l’algorithme walktrap.community a placé dans la même “communauté”. Globalement “ça fait sens”. Et l’on ne remerciera jamais assez Nicky Le Feuvre de servir de “bridge” entre des mondes distincts.

Le même graphique pour l’histoire, pour la philosophie et directement en images pour l’économie
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Comment ont été construits ces graphes :

Grâce à @cynorrhodon (qui avait étudié la longueur des titres de thèse), j’ai récupéré des informations sur plus de 315 000 thèses françaises (oui, 315 000). Parmi ces thèses, un peu plus de 38 000 thèses sont effectuées ou ont été effectuées en codirection. En général, cela implique deux directeurs ou directrices de thèse, mais parfois trois ou quatre. Très très rarement plus.
Chaque thèse est associée à une discipline au moins, parfois deux ou trois.
La base ainsi constituée est relativement sale, et il a fallu la nettoyer un peu, en normalisant les noms et prénoms. Ceci fut fait de manière automatisée et rapide, sans chercher à dissocier “Jean Dupont” professeur de Mathématiques à Rennes 2 et “Jean Dupont” professeur de sociologie à Montpellier 3. J’espère qu’ils ne sont pas très nombreux à être ainsi homonymes. De même je n’ai pas cherché à indiquer que J. Dupont, professeur de mathématiques à Montpellier 3 est la même personne que Jean Dupont professeur de mathématiques à Montpellier 3.
Se posait ensuite un problème d’association, entre une personne et une discipline. Un seul exemple, Stéphane Beaud, sociologue, apparaissait 7 fois comme “sociologues”, et à une reprise comme “Sciences de la société”. Julia Kristeva apparaissait 15 fois comme “littérature française” et sinon sous de multiples autres disciplines. J’ai donc considéré que la discipline à retenir était celle qui était le plus souvent associée avec une personne.
Le réseau comprenait un grand nombre de liens et de personnes. J’ai donc réduit ce réseau aux individus qui avaient au moins N liens, et je n’ai gardé que la plus grosse composante (pour produire les graphes représentés).
Il y a un grand nombre de disciplines différentes, plus de 4 400. Parfois un intitulé généraliste est proposé : “Sociologie” ou “Chimie”, parfois, c’est un indicateur très précis, comme “Anthropologie psychanalytique et pratiques cliniques du corps” ou “Chimie organique, minerale, analytique, industrielle” ou encore (sans correction) “Ingenierie de la cognition, de linteraction, de lapprentissage et de la creation Sciences du langage”. Pour associer des couleurs aux points, je cherche donc la présence d’une chaine de caractère dans la discipline. “Socio” pour tout ce qui est sociologie, socioanthropologie… “politi” pour tout ce qui est science politique, sciences politiques.

Le graphique spécifique à la sociologie illustre certaines des difficultés : l’on repèrera que des individus identiques apparaissent sous deux formes nominales… et sont donc considérés comme deux individus différents. Je n’ai gardé que les individus ayant participé à deux codirections ou plus (les individus qui n’ont participé qu’à une seule codirection ont disparu).

Redonner de la chair

Dans « Tenir le haut de l’affiche » (article publié récemment dans la Revue française de sociologie), j’ai pris le contrepied des études ethnographiques sur les églises chrétiennes issues des immigrations africaines. Je me suis limité à des matériaux frustes mais nombreux, des affiches pour des événements religieux (200 affiches). Ce pas de côté devrait pouvoir être compris comme un contrepoint, l’ajout d’une nouvelle perspective de recherche à la douce mélodie de la “thick description“.
Bernard Boutter, dans un billet récent, revient sur mon article en explicitant certaines des raisons possibles de l’association entre deux pasteurs : l’un passant de Rennes à Paris, l’autre de Paris à Toulouse. Il souligne aussi le rôle joué par deux “nœuds” : le rassemblement autour d’un site internet et une fédération internationale d’églises. En faisant cela il redonne de la chair à des acteurs que j’avais consciemment dépersonnalisés.

“Tenir le haut de l’affiche…”, premières lectures

Quelques réactions à “Tenir le haut de l’affiche” [j’ai des “tirés à part électroniques” que je peux envoyer à la quinzaine de personnes qui souhaiteraient lire l’article]