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Colloque “Noms et prénoms”

nomsprenoms-colloqueJe co-organise avec Virginie Descoutures un colloque à l’INED : “Noms & prénoms : établir l’identité dans l’empire du choix”.
Vous pouvez téléchargez le programme du colloque [PDF]
ou consulter la page dédiée au colloque.
Note : l’accès à ce colloque est libre, mais il faut prévenir l’INED à l’avance (comme indiqué sur le programme)
La loi du 8 janvier 1993 révise l’état civil et la filiation en libéralisant le choix du prénom et en facilitant les changements de prénom. Plus récemment, c’est la transmission du patronyme (devenu nom de famille) qui s’est vue réformée par la loi du 4 mars 2002, permettant aux parents de choisir de transmettre à leurs enfants soit le nom du père, soit celui de la mère, soit encore un « double nom ». Ces réformes françaises s’inscrivent dans un mouvement plus large (européen notamment) qui apparaît à première vue comme un nouvel « empire du choix ». Au-delà de cette façade libérale, portée aussi par le principe d’égalité, qu’en est-il ? Le prénom et le nom restent sous l’emprise de l’État national et de la domination masculine. Il s’agit alors, dans ce colloque, de rendre compte de la manière dont noms et prénoms servent à matérialiser divers aspects de l’identité sociale, et d’étudier des situations empiriques mouvantes, changeantes, quand le choix offert peut servir de révélateur des contraintes symboliques.

Mes enquêtés s’appellent Robert

Les prénoms découpent des groupes, des classes d’équivalences basées sur la similarité des prénoms… mais ces groupes sont tous de taille restreinte, souvent très petits (actuellement, le prénom le plus donné ne représente qu’un à deux pour cent des naissances). Et ces groupes « descendent » rapidement jusqu’à l’individu lui-même (puisque de nombreuses personnes, 10% pour les enfants nés dernièrement, portent un prénom quasi-unique).
Les « groupes-prénoms » forment une catégorie individualiste pour d’autres raisons, liées aux usages contemporains des prénoms, symboles de l’identité personnelle. Depuis l’après-Seconde Guerre mondiale, le prénom est devenu d’utilisation quotidienne (pour le monde du travail, voir Guigo, 1991). Des sociologues ont remarqué cette “montée du prénom dans les mœurs” (Carbonnier, 1957), les manuels de bonnes manière aussi (qui cessent d’interdire l’usage répandu des prénoms comme terme d’appel)… et il est progressivement entré — en contrebande ? — dans des compte-rendus de recherches sociologiques.
Dès les débuts de la sociologie américaine, les prénoms (et les diminutifs) sont utilisés par les sociologues de Chicago. On en trouverait des exemples dans Le Hobo de Nels Anderson, dans Street Corner Society de William F. Whyte (même si ce dernier, techniquement, n’est pas « de Chicago » et qu’il a tendance à utiliser des surnoms ou des diminutifs).
Rien de tel en France, et pendant longtemps : Les ouvrages publiés par le « Centre d’études sociologiques » aux éditions du CNRS, dans les années 1950-1960, n’utilisent pas les prénoms alors que des entretiens sont réalisés [je n’ai vérifié que quelques ouvrages, de Touraine, Guilbert&Jamati, Crozier, Chombart…].
Paradoxalement peut-être, quelques années plus tard, les tenants de l’individualisme méthodologique n’ont pas recours au prénom : leurs individus sont interchangeables. Crozier (dans Le Phénomène bureaucratique ou dans L’Acteur et le système) non plus n’utilise pas les prénoms (les individus sont indexés par leur titre ou leur fonction, « un directeur »).
Au début des années 1970 et avant, les prénoms sont très peu utilisés. Les travaux de Bourdieu sur le Béarn qui datent du début des années 1960 (rassemblés dans Le bal des célibataires) utilisent des initiales pour identifier des informateurs. Bernoux, Motte et Saglio, dans leur enquête par observation participante réalisée en 1969 n’utilisent pas de prénoms mais identifient les ouvriers par des lettres (qui ne sont pas des lettres initiales, mais des lettres présentées dans l’ordre alphabétique : le premier ouvrier présenté est A., le deuxième est B., etc…) (Bernoux et al., 1973). Renaud Sainsaulieu, dans L’identité au travail, quelques années après (l’ouvrage est publié en 1977), n’utilise qu’un seul prénom, « Yvon », pour individualiser un ouvrier. Tous les autres sont présentés à partir de leurs caractéristiques sociales (Sainsaulieu, 1988) sans personnification. Avec Colette Pétonnet, en 1979, “on est tous dans le brouillard”, car elle ne semble pas avoir de politique d’anonymisation/identification explicite : elle utilise indistinctement initiales, prénoms, surnoms, noms de famille, « Madame » suivi d’un prénom féminin, « Madame » suivi d’un prénom masculin… (Pétonnet, 2012). On trouve quelques prénoms dans les « vignettes » / « encadrés » de La Distinction (Bourdieu, 1979), mais surtout des initiales.distinction-prenom
Mais à partir des années 1980, les prénoms entrent dans la panoplie des sociologues s’intéressant à la réalité comme « ensemble indécomposable de co-occurrences historiques » (Passeron page 32). Ils apportent non seulement la possibilité d’identifier d’un individu étudié tout au long du texte (la « Sophie » présentée en introduction est certainement la même « Sophie » qui intervient au long de l’ouvrage). Ils apportent aussi un « effet de réel » (Passeron, 1991, p.207, citant Barthes) : « objet ni incongru ni significatif » qui « ne révèle à l’analyse du récit aucune valeur fonctionnelle ou structurale ; il n’est pas non plus justifié par une fonction littéraire » (quand le prénom n’est pas celui d’un personnage récurrent). « Soustraits à la structure sémiotique du récit, ils acquièrent un signifié de connotation ».
darmon-prenomLe « Monde privé des ouvriers » d’Olivier Schwartz (1990) utilise systématiquement le prénom, mais souvent en combinaison avec le nom de famille (s’intéressant à des ménages, le lien entre les personnes est établi pour le lecteur par le nom de famille). L’ethnographie contemporaine – disons celle de l’École de Jourdan – utilise très souvent les prénoms, parfois (notamment pour les personnages les plus jeunes, sans utiliser le nom de famille) : « François, Thierry et Mathieu » chez Nicolas Renahy, dont le livre (Les gars du coin), commence ainsi « Octobre 1998, un vendredi soir. Après une journée de travail difficile dans la scierie qui l’emploie comme manœuvre, Hervé veut se changer les idées ». Dans La France des petits-moyens, Cartier, Coutant, Masclet et Siblot ont recours à des stratégies variées de prénomination : il existe des personnes sans prénom (« Mme Pageot ») et des personnes possédant un prénom et un nom « Stéphanie Bensoussan », (identifiées dans les entretiens par le prénom).
L’un des critères suivis par les ethnographes, c’est visiblement d’appeler par son prénom dans le texte celles et ceux qu’on appelle par leur prénom au cours du déroulement de l’enquête, signe, s’il en était, de l’usage quotidien de ce terme d’appel.
Du côté de la sociologie non ethnographique, c’est à dire sans enquête de longue durée impliquant une fréquentation suivie des enquêtés, les prénoms tendent aussi à être de plus en plus utilisés.
L’évolution individuelle la plus remarquable est sans doute celle de Jean-Claude Kaufmann : ses premiers ouvrages utilisent des noms de famille uniquement (La vie HLM en 1983), ses ouvrages intermédiaires (comme La trame conjugale en 1992) une combinaison prénom–nom de famille, et ses derniers ouvrages n’utilisent que les prénoms (Premier matin, 2002). Le basculement intervenant lors de la rédaction du livre sur les seins nus (Corps de femmes, regards d’hommes).
La misère du monde, publiée en 1993 sous la direction de Pierre Bourdieu, fait un recours intense aux prénoms. Plus de 9 entretiens sur 10 identifient les enquêtés par leur prénom (les enquêtés les plus âgés ont un nom de famille, mais pas de prénom).
lahire-identificLa sociologie lyonnaise des dispositions autour de Bernard Lahire repose sur une étude fine de cas individuels, conçus comme « combinaisons singulières de contraintes (dispositionnelles et contextuelles) » (Lahire, 2006, p.18), sur la mise en évidence de l’hétérogénéité des pratiques individuelles. Cette sociologie, dans l’écriture, fait recours à des « portraits sociologiques » qui commencent, de manière répétée, par « Arielle a 40 ans. Elle est titulaire d’un DEA » (p.153), « Marcel a 55 ans. Il est titulaire du certificat d’études primaires » (p.233) « Hélène a 28 ans. Elle dit avoir le niveau bac +4… » (p.307) [mais de manière surprenante, les prénoms ne sont pas repris dans la « liste des personnes interviewées » p.745 sq., l’indexation se faisant par un code alphanumérique].
Un dernier exemple : Le cadre des Cadres (1983), celui dont l’entretien inaugure et clôture l’ouvrage de Boltanski, reste identifié par une intiale, « M. ». Mais dans La condition fœtale (2009), Luc Boltanski utilise des prénoms pour identifier les femmes avec qui ses assistantes se sont entretenues (Chloé, Leïla…) une note, p.130 précise que « tous les prénoms figurant dans les entretiens ont été modifiés », sans que l’on sache pourquoi des prénoms ont été utilisés.
Cette exploration initiale laisse entendre que l’usage des prénoms se diffuse dans les compte-rendus de recherche. Influence tourainienne : le « retour de l’acteur » s’apercevant dans ces prénoms individualisant, personnifiant… ? Influence des traductions des textes de l’Ecole de Chicago ? il faudrait pouvoir établir une chronologie plus fine concernant la production sociologique française.
C’est pourquoi j’ai mis en place un formulaire que vous pouvez remplir : si vous avez remarqué une forme d’identification particulière, dans un ouvrage ou un article de sociologie publié entre 1960 et 1995, qui utilise prénom ou initiales, ou nom de famille, ou identifiant alphanumérique… merci de me l’indiquer. Indiquez aussi votre nom, pour apparaître dans les remerciements si jamais un texte issu de cette recherche est un jour publié.

Lien vers le formulaire. Vous pouvez aussi tout à fait utiliser les commentaires ouverts sous ce billet.

Classes et réseaux

Max Weber commence par définir ce qu’il appelle une “situation de classe”, qui est associée à une “chance typique” résultant de l’accès à des biens et services permettant de se procurer des rentes ou des revenus. Puis il définit la classe sociale comme “l’ensemble de ces situations de classe à l’intérieur duquel un changement est aisément possible, pour une personne donnée, dans la succession des générations” [Economie et Société, Tome 1, Paris, Plon, 1995, coll. Pocket, p.391].
La traduction n’est pas simple, et je ne sais pas ce que Weber écrit dans la version originale. Mais il me semble que l’idée est ici de définir la classe sociale à partir de la mobilité des personnes entre “situations de classe”. C’est le flux entre situations, qui fait se rassembler les situations (et c’est ce rassemblement qui forme des “classes”) : une classe est ici un ensemble d’éléments presque équivalents du point de vue de la mobilité.
Le graphique suivant illustre ce que j’ai cru comprendre. Les points représentent des situations de classe (à partir d’une profession) et les flèches des passages intergénérationnels entre ces situations de classe. Plus le trait est épais, plus ces passages sont fréquents.

On peut tester l’idée à partir de nombreuses bases. Parce que j’avais l’enquête TRA sous la main (déjà explorée ici), voici ce qu’une exploration donne, pour le XIXe siècle. Les flèches indiquent que “les pères de telle profession ont souvent des fils de telle profession”. Les couleurs indiquent l’appartenance à une “communauté”, repérée par un algorithme (“walktrap.community”, avec igraph, dans R). [D’autres algorithmes auraient été possibles, mais je ne cherche pas ici à repérer le meilleur découpage.]

On repère bien, en violet, un gros groupe composé de domestiques, de journaliers, manoeuvres, sabotiers et bergers… Un deuxième groupe travaille la terre (fermiers, ouvrier agricole, laboureur) ou les frontières (marins, douaniers)… Les deux groupes verts regroupent des professions “mobiles” mais liées au travail agricole : l’occupation centrale étant “cultivateur” (CVR); et des professions plutôt commerciales immédiatement dérivées du travail de la terre (meunier, maréchal ferrant….) Le groupe bleu est doublement séparé du travail agricole (les professions fournissent des “outils d’outils” : tailleurs, marchand, menuisier, cordonnier, tonnelier) et contiennent des professions “nouvelles” (au XIXe) comme instituteur et employé. Un dernier groupe, en rose, contient les professions financières (rentiers, employés de commerce et négociants), qui fournissent les outils des outils des outils ?
La description n’est pas inutile… reste à savoir si ces “communautés” peuvent sérieusement être considérées comme des “classes”, ne serait-ce qu’au sens wébérien.
Pour aller plus loin, je recommande la lecture des billets de Pierre Mercklé, Réseaux sociaux contre classes sociales ou Les réseaux sociaux contre les classes sociales ? Pour en savoir un peu plus

La proximité sociale

Comment savoir si deux professions sont “proches” ? Blum et Gribaudi, dans un article célèbre, Des catégories aux liens individuels [ci après B&G] s’appuient sur l’enquête “TRA” (enquête des “3000 familles” dirigée par Dupâquier) pour repérer une partie des proximités.
Aujourd’hui, cette enquête est accessible aux chercheurs — et j’en ai demandé l’accès dans le cadre d’une enquête en cours. J’ai reproduit, très rapidement, une partie de la méthode utilisée par B&G pour repérer des professions proches.
Ici, j’ai restreint ma recherche aux époux : je considère que deux professions sont en lien quand le couple (ProfessionA–ProfessionB) est au moins neuf fois plus représenté dans la base que dans une population qui se marierait “au hasard”.

Cliquez pour visualiser le graphe

Ce graphe, une première exploration, laisse voir des choses amusantes : Les domestiques agricoles, ouvriers agricoles et servantes s’épousent… et épousent des métayers/métayères, fermiers et fermières. Les ouvriers du fil (fileuse, tisseurs, teinturiers…) s’épousent en suivant la chaîne de production. Les employés et instituteurs voisinent avec les comptables, les boulangers et les négociants. [Les couleurs des étiquettes ont été déterminées par un algorithme de recherche de communautés, “walktrap”]

David, Emile

Dans un numéro récent de la revue Durkheimian Studies (vol. 17, 2011) paraît un article de Matthieu Béra sur les prénoms d’Emile Durkheim.
Emile Durkheim naît en effet, en 1858, sous les prénoms de «David-Emile». Graphiquement, «David-Emile» et pas, comme c’est écrit aujourd’hui, “David, Emile” : les actes de naissance, au XIXe siècle, utilisent souvent le tiret pour séparer les prénoms. Tiret aujourd’hui remplacé par une virgule (le tiret servant maintenant à unir deux prénoms et non pas à les séparer) [conséquence, peut-être du passage à la machine à écrire ?]. À 150 ans de distance, donc, un signe typographique a changé de sens. Ce n’est pas la seule chose qui a changé.

[extrait d’une illustration, l’acte de naissance de Durkheim, dans l’article de Matthieu Béra]
 

Si aujourd’hui le premier prénom est très souvent le prénom d’usage, il n’était pas rare que, au XIXe siècle, ce soit le deuxième prénom qui serve de prénom d’usage. Les généalogistes écrivent même parfois que “Dans certaines régions au XIXème siècle et au début du XXème siècle il était fréquent d’utiliser le dernier des prénoms comme prénom usuel (…). Cet usage se faisait notamment en Alsace.” [Région d’origine des Durkheim]
Ainsi “David, Emile” utilise très probablement en famille et à l’école (normale supérieure ou non) “Emile” : en effet le premier prénom est alors un prénom hérité, le second prénom un prénom innovant, le prénom de choix. On trouve alors beaucoup de garçons ayant comme premier prénom “Marie” (c’est un des 20 prénoms les plus fréquents, en première position, pour les garçons : un général célèbre a ainsi pu naître “Marie-Pierre” ou plutôt “Marie, [Joseph,] Pierre” en 1898, un député pouvait aussi naître Marie, Michel)… ce qui ne signifie pas qu’ils étaient appelés “Marie”.
Et les durkheimophiles et les dukheimoniaques apprendront dans l’article de Béra que David (le premier prénom d’Emile) n’est pas seulement le prénom du grand-père paternel, rabbin, (“Israël-David”), mais aussi celui du père (“Moïse”, mais parfois, sur certains documents, “Moyse, David”) : c’est un deuxième intérêt de cet article, de montrer que “ces documents officiels ne permettent pas d’établit à coup sûr des «vérités historiques»: ils donnent des informations contradictoires”. Il faut plutôt comprendre ces documents historiques comme le résultats de négociations, plus ou moins possibles, entre un individu (identifié) et l’agent d’une institution (identifiant).

[extrait d’une illustration publiée dans l’article de Matthieu Dimitri Béra]

On voit ainsi que Durkheim, dans les différents recensements (1891, 1896, 1901), ne prénomme pas de la même manière sa femme et sa fille, et surtout ne se prénomme pas de la même manière. En 1891, sur le registre du recensement, il s’appelle David, sa femme Julie, sa fille Bella. En 1901, il s’appelle Emile, sa femme Louise, et sa fille Marie : et il s’agit bien des mêmes personnes. On voit ici combien est neuve l’idée que la constance intérieure des agents s’appuie sur le nom. « Par cette forme tout à fait singulière de nomination que constitue le nom propre se trouve instituée une identité sociale constante et durable qui garantit l’identité de l’individu biologique..»,, écrivait Bourdieu dans “L’Illusion biographique” : « le nom propre est l’attestation visible de l’identité de son porteur, à travers les temps et les espaces sociaux ».
La constance “multipositionnelle” assurée par le nom propre est sans doute plus réalisée aujourd’hui qu’au XIXe siècle. Comme le rappellent Dupâquier et ses co-auteurs : “Dans le Vexin français, par exemple, au recensement de 1836, sur 666 garçons biens connus par leur acte de naissance, 331 seulement sont désignés identiquement“. La constance intérieure et multipositionnelle des agents était assurée autrement que par le prénom. Il est fascinant, pour un sociologue attaché à la socio-histoire, de voir cela se réfracter chez le fondateur-même de la sociologie comme discipline.
Mais alors, est-ce la judaïté qui est abandonnée (ou recomposée comme identité tellement privée qu’elle n’apparaît plus sur les déclarations officielle d’identité) quand Durkheim passe de David à Emile? C’est l’interprétation la plus fréquente. Ce n’est probablement pas la seule. C’est une interprétation tentante : David devient Emile pendant l’Affaire Dreyfus, quand Durkheim devient un intellectuel universaliste (et cette entreprise nécessite peut-être d’endosser l’identité majoritaire).
Mais l’interprétation donne peut-être trop de poids au judaïsme de Durkheim. Les déclarations de Durkheim lors du recensement de 1891 semblent se baser sur l’idée que “le prénom à déclarer, c’est celui qu’on n’utilise pas” (dans son cas, son premier prénom; et dans le cas de sa femme et de sa fille, leur second prénom). Puis, en 1901, sur l’idée que “le prénom à déclarer, c’est le prénom d’usage”. De plus il est probable que l’on trouverait, tout au long du XIXe siècle et du début du XXe siècle, de nombreux cas de flottements, si l’on prenait, pour une personne donnée, toutes les mentions officielles de son prénom. [Exemple : les prénoms de Mozart] Même en ce qui me concerne, et alors que les erreurs sont difficiles à commettre, j’apparais parfois comme “Jean-Baptiste“, y compris sur ma “carte d’identité de fonctionnaire”.

Dans son article, Béra est attentif à ne pas tout expliquer en rabattant ces flottements prénominaux à la distance au judaïsme : c’est par exemple à partir du moment où Durkheim, après plusieurs livres, est vraiment connu comme Emile, qu’il se déclare Émile, le renom fondant finalement le prénom.

Et comme toujours avec Durkheim, ce qu’il y a de mieux avec lui, c’est qu’il a un neveu, Israël, Marcel (ou Marcel-Israël ?) Mauss, connu sous le nom de Marcel Mauss, et dont la vie entière fut faite de flottements. Je me demande bien ce que les registres des recensements recèlent à son sujet.

 
Références :
Béra, Matthieu Dimitri. 2011. « David, Emile. Les ambivalences de l’identité juive de Durkheim ». Durkheimian Studies 17 (1): 121–150. doi:10.3167/ds.2011.170106. [revue assez difficile à trouver en bibliothèque : notice sudoc]
Dupâquier, Jacques, Jean-Pierre Pelissier, et Danièle Rébaudo. 1987. Le Temps des Jules. Les prénoms en France au XIXe siècle. Paris: Editions Christian.
 
Note : Bourdieu n’était pas dupe de l’idée selon laquelle le nom assure l’identité de l’agent. L’exemple qu’il prend, c’est celui de Marcel Dassault (patron de presse, marchand d’arme, homme politique…) qui se trouve être né “Marcel Bloch”, et être donc l’exemple parfait d’une identité assurée en dépit d’un nom d’usage différent du nom d’état civil.

Des erreurs dommageables

Il n’y a rien de pire que d’écrire pour personne. C’est pourquoi j’ai découvert avec un certain plaisir qu’un de mes articles [celui-ci] n’était pas “exempt[] d’erreurs dommageables”. Plaisir, car, au minimum, cela signifie qu’il avait été lu.
Dans une thèse de 2006 [Le Religieux dans la ville du premier vingtième siècle — La paroisse Notre-Dame Saint-Alban d’une guerre à l’autre] portant sur une paroisse lyonnaise, Natalie Malabre étudie l’action de l’abbé Remillieux, que j’avais analysé en tant que promoteur des fiançailles catholiques. A la différence de Natalie [sans h] Malabre, je ne m’étais pas appuyé sur des archives, mais sur de la littérature secondaire : j’ai donc raté une bonne partie du sens que les fiançailles avaient pour Remillieux, et le rôle qu’elle jouaient pour les « Compagnes de Saint-François ».
D’où l’intérêt, toujours, de s’appuyer sur des sources primaires.
[Note : je constate avec amusement que l’auteure, en citant mon article, se trompe d’année, en l’indiquant publié en 2003. Il y aurait donc pire que de ne pas être lu… être mal cité ?]

Identifier les chiens (2)

Le premier moment, dans cette histoire de l’identification, était l’obligation du collier (1845). Le deuxième moment intervient quelques années après : à partir de 1856, et jusqu’au début des années 1970, existe en France une taxe municipale sur les chiens.
Pourquoi en fais-je une étape dans le processus d’identification ? Parce que c’est en relation avec l’impôt que l’État développe des outils visant à rendre le monde social “legible” (lisible et légiférable), pour reprendre le terme utilisé par James C. Scott. Par le recensement, le cadastre, l’état civil, l’unification des mesures… l’État et ses agents visent à rendre administrables à distance des populations et des individus qui, sans ces outils, restent obscurs. Pour pouvoir imposer (taxer) il faut pouvoir imposer (son point de vue). Il est, je pense, classique d’étudier la mise en place de certains impôts en relation avec ce projet étatique de repérage des individus. Difficile de taxer sans savoir combien d’individus, de transactions, de têtes de bétail, de fenêtres… existent (sauf à passer par l’intermédiaire, souvent intéressé, des notables locaux, qui ont d’autres intérêts à défendre). Pas de pouvoir sans savoir.
On connaît bien l’application de ces idées aux humains : connaître leur nombre, leur identité civile, permet de savoir combien de bouches sont à nourrir, combien de bras peuvent être mobilisés, combien de naissances sont à prévoir. La taxe sur les chiens domestiques a-t-elle eu les mêmes effets ? L’entreprise de “legibility” de l’État s’étend-elle aux non-humains après s’être étendue aux humains & citoyens ?
La taxe sur les chiens était justifiée de plusieurs manières. Elle visait à la fois à donner aux communes de nouvelles ressources, et à faire diminuer le nombre de chiens. Faire des communes des communautés autonomes nécessitait quelques impôts nouveaux. Je passe sur ce point. Mais pourquoi vouloir faire baisser le nombre de chiens ? Ils sont vus, à cette époque, comme des bouches inutiles : ils consomment ce que les Français pourraient manger. Ils sont aussi vus comme la source possible de dangers sanitaires (comme la rage), la source de puanteurs (en ville). Dans une certaine mesure aussi, des chiens sont vus comme “utiles” : les chiens “de garde”, les chiens destinés aux aveugles.


[Extrait d’un traité des impôts d’un nommé Esquirou]
 

Le décret d’application de la loi du 2 mai 1855 va différencier deux types de chiens : les “chiens d’agrément ou servant à la chasse”, qui seront les plus taxés, et les “chiens de garde” (d’aveugle, gardant les troupeaux, les ateliers…). Les “possesseurs” de chiens doivent faire une déclaration à la mairie.
Très rapidement, de nombreux problèmes juridiques vont se faire jour. Un “vieux chien infirme”, qui auparavant servait de “chien de garde” (peu taxé), devient-il maintenant un “chien d’agrément” (car, sourd et aveugle, il ne peut plus faire la garde) ? Le Conseil d’État va développer une jurisprudence foisonnante sur cette question (Dès 1861, le “Répertoire méthodique et alphabétique de législation” des Dalloz frères, comporte une bonne douzaines de pages rien que sur cette loi et les problèmes qu’elle pose.)
Pour ce qui nous concerne, la loi permet désormais comptages et dénombrements : Benedict-Henry Revoil dans un ouvrage de 1867, Histoire physiologique et anecdotique des chiens écrit ainsi que : “il y avait en France, en 1866, 1 960 789 chiens soumis à la taxe”. Elle incite aussi à la dissimulation, voire à la destruction de nombreux chiens, ou, plutôt, à l’abandon des chiens dont on ne veut pas payer la taxe (et cette multiplication des chiens errants est un effet contraire à ce que les promoteurs de la loi espéraient).
Mais cette loi semble avoir eu d’autres conséquences, et semble avoir contribué à rendre visible un nouvel état d’esprit concernant les chiens :

Avec la taxe, le chien est désormais un citoyen.
 
Références :
Sandra-Fraysse, Agnès. “1856 vue par Le Charivari: Année bestiaire ou année zoo ?“, Sociétés et représentations, 2009, n°27, p.39-64 [où j’ai découvert la caricature de Daumier]
Kete, Kathleen. The Beast in the Boudoir: Petkeeping in Nineteenth-Century Paris. Berkeley: University of California Press, c1994 1994. http://ark.cdlib.org/ark:/13030/ft3c6004dj/

Identifier les chiens (1)

Partons à l’exploration de l’identification des chiens. Etudions la genèse de la mise en place de techniques d’identification. Posons comme point de départ l’année 1845.
Le 27 mai 1845, le préfet de police (à Paris), publie une ordonnance visant à lutter contre la rage (l’hydrophobie) et la divagation (les chiens errants) :

Cette ordonnance (ici une reproduction affichée à Saint-Denis au début des années 1850) demande plusieurs choses, et notamment ceci : les chiens devront porter un collier indiquant le nom et l’adresse du propriétaire.

Porter un collier : ceci constitue une première forme de détermination de l’identité individuelle du chien, mais elle est indirecte, par l’intermédiaire du propriétaire. Nous verrons par la suite comment se déploient des techniques d’identification individuelle.
L’identification canine n’est pas qu’individuelle. Il ne s’agit pas seulement de “reconnaître” un animal précis plutôt qu’un autre. La même ordonnance oblige à l’identification générique :

Il est défendu de laisser circuler ou de conduire sur la voie publique, même en laisse et muselé, aucun Chien de la race des Bouledogues, ni de celle des Bouledogues métis ou croisés.

Dernier point, et c’est plutôt une parenthèse dans ma réflexion actuelle : cette ordonnance précise l’employabilité des chiens. Certaines activités leur sont interdites (« il est (…) défendu d’atteler (…) des Chiens aux voitures traînées à bras ») et d’autres semblent indirectement permises (la surveillance des foyers). Le chien quitte le monde du labeur public (pas de chien de traineau en France). Et les chiens interdits de cité, comme les Bouledogues, doivent rester confinés “dans l’intérieur des habitations ou dans les cours, jardins et autres lieux non ouverts au public”. En ce qui concerne les chiens, un même mouvement éloigne de la ville (comme espace public), mouvement auquel tous les animaux ont été confrontés au XIXe siècle, et rapproche des demeures.

Sources : Archives municipales de Saint-Denis. 20 Fi 2272 – Avis, le maire de la ville de Saint-Denis, averti d’un nouveau cas d’hydrophobie, rappelle à ses concitoyens les dispositions de l’ordonnance de police du 27 mai 1845 sur les chiens et les bouledogues. Signé le maire Giot. Imp. Prevot et Drouard. Noir et blanc. 50 x 64. (ancienne cote CT 247). – 1852

L’identification animale

Comment les animaux domestiques sont-ils identifiés ? La plupart du temps, ils relèvent d’une identification “en face à face” : Gucci, c’est le chat de ma soeur. Mais, de plus en plus, ils relèvent, comme les humains, d’un régime d’identification “à distance”, qui passe par l’écrit ou toute une série de techniques qui permettent d’identifier un animal sans le connaître ou connaître ses propriétaires.
L’histoire de l’identification des personnes est maintenant bien connue, et je recommande la synthèse de I. About et V. Denis. L’histoire de l’identification animale l’est beaucoup moins, même s’ils sont parfois traités comme des personnes. Voici quelques éléments.
Cette identification est tout d’abord inscrite dans le droit, dans le Code rural, articles D212-63 à D212-71.

L’Article L212-10 précise :

Les chiens et chats, préalablement à leur cession, à titre gratuit ou onéreux, sont identifiés par un procédé agréé par le ministre chargé de l’agriculture mis en œuvre par les personnes qu’il habilite à cet effet. Il en est de même, en dehors de toute cession, pour les chiens nés après le 6 janvier 1999 âgés de plus de quatre mois et pour les chats de plus de sept mois nés après le 1er janvier 2012. L’identification est à la charge du cédant.

et le D212-63 se lit ainsi :

[L’identification consiste en] d’une part, le marquage de l’animal par tatouage ou tout autre procédé agréé par arrêté du ministre chargé de l’agriculture et, d’autre part, l’inscription sur le ou les fichiers prévus à l’article D. 212-66 des indications permettant d’identifier l’animal.

Décrivons plus en détail ce en quoi consiste l’identification.
1- Elle met en relation plusieurs agents, individuels et collectifs. Le ministère de l’agriculture, des “personnes habilitées”, les gestionnaires du “fichier” et le “cédant” ;
2- Elle consiste en un marquage sur ou dans le corps de l’animal, par tatouage ou implant électronique ;
3- Ce marquage au corps est lié à un “fichier national” (Article D212-66 « Les indications permettant d’identifier les animaux et de connaître le nom et l’adresse de leur propriétaire sont portées à un fichier national. »)

À ce niveau de généralité, il est possible d’établir des comparaisons avec l’identification humaine. L’identification étatique repose sur des agents moins divers (les officiers d’état civil), n’utilise pas fréquemment le marquage sur le corps, et la source de l’identification est souvent un fichier local (l’acte de naissance conservé par les communes) plus qu’un fichier national. Des variations existent (le registre des passeports ou des cartes nationales est peut-être géré au niveau national, ou départemental), mais l’un n’est pas le décalque de l’autre.

Ces différences sont peut-être liées aux logiques différentes de l’identification animale relativement à l’identification humaine. Les médecins ne sont pas au centre de l’identification humaine, les vétérinaires le sont pour les animaux. Un “Cours de législation et réglementation sanitaires… [pdf]” le précise fort explicitement : « L’identification, c.-à-d. l’attribution à chaque animal d’un numéro exclusif, s’est imposée comme une nécessité zootechnique et sanitaire. Il s’agit aussi pour certaines espèces (chevaux, chiens, chats) d’une disposition importante en matière de protection animale. »

Et de fait, les vétérinaires sont les agents centraux de l’identification animale. Ce sont eux les “personnes habilitées” à tatouer (ou à poser un implant), et ils le sont “de plein droit”. On peut probablement lire la phrase « l’identification s’est imposée comme une nécessité zootechnique » avec l’interprétation suivante : les vétérinaires ont réussi, collectivement, à étendre leur mandat, en obtenant le partage du monopole de l’identification animale (qui n’est plus donc un monopole), et surtout, le monopole de l’acte de marquage.
On retrouve les vétérinaires dans diverses opérations liées à l’identification : par exemple « En cas de perte de la carte d’identification, le propriétaire, accompagné de son animal, en fait la déclaration auprès d’un vétérinaire, lequel établit un document… » (Art. 6 de l’arrêté du 2 juillet 2001 relatif à l’identification par radiofréquence…). Alors qu’en cas de perte d’une carte d’identité humaine, c’est auprès de la police qu’il faut déclarer la perte, la déclaration de perte d’une carte d’identification animale se fait auprès de la vétérinaire.

Une logique “zoosanitaire” préside donc à l’identification animale, qui met à profit l’existence d’acteurs non étatiques. Il existe un autre acteur, collectif, les “gérants du fichier national”. Pour les animaux domestiques, il s’agit, principalement, des Sociétés généalogiques félines et canines. La Société centrale canine gère la partie du fichier concernant les chiens : il s’agit, si mes renseignements sont bons, d’une “délégation de service public”. Cette fédération d’association d’amélioration des races canines étend ainsi sa surveillance de la santé raciale. Mais alors qu’elle avait la possibilité de ne pas reconnaître certaines races, elle doit, dans le fichier d’identification, accepter la présence de chiens sans race ou bâtards.

Il ne faudrait pas oublier qu’une logique commerciale (le pendant du contrôle des migrations humaines) vient s’ajouter à ces formes d’identification vétérinaires. Tout comme les humains ont leur passeport, les chiens et les chats, s’ils souhaitent circuler en Europe (ou plutôt, si leurs propriétaires souhaitent les faire bouger) doivent détenir un passeport. Le but « éviter que les mouvements commerciaux soient frauduleusement dissimulés comme mouvements non commerciaux d’animaux de compagnie » précise la Note de Service DGAL/SDSPA/N2008-8096 [pdf]. Mais là aussi, le contrôle zoosanitaire est au centre du dispositif : le passeport ressemble à un carnet de santé.

Les différents agents du régime d’identification n’ont pas les mêmes buts, et ces buts peuvent parfois diverger. Mais s’est mis en place une forme d’identification hybride, ni entièrement étatique, ni entièrement privée, disposant d’instruments inspirés des techniques appliquées aux humains (fichier central) ou non encore appliquées (implants électroniques).

Continuons. L’identification, ce n’est pas seulement la “singularisation” ou la “différenciation”, c’est aussi la “reconnaissance”. L’un des buts du tatouage ou de l’insertion d’un implant électronique sous la jugulaire gauche, c’est de pouvoir retourner à son propriétaire le chien qui fugue. Le propriétaire (maintenant nommé “détenteur”) est le dernier agent de la chaîne. Il dispose d’une carte d’identification (reproduite ci dessous) :

Cette carte est ici l’interface matérielle entre l’animal, son implant et son propriétaire. Elle relie concrètement un détenteur (dont l’identité est inscrite sur la carte) à un animal (désigné non seulement par un numéro, mais aussi par un nom et un nom d’usage, Fanny-Ardant dite Choupette). Ce doit être l’un des seuls formulaires étatiques (comprenant une “Marianne”) à indiquer encore un “type racial” (Fanny-Ardant est un bouledogue).

Le Parisien dentelé : un objet obscène vers 1890

Maxence Rodemacq est l’auteur d’un mémoire de master d’histoire intitulé L’industrie de l’obscénité. Commerce pornographique et culture de masse à Paris (1855 – 1930), réalisé sous la direction de Dominique Kalifa en 2010. Son travail s’inscrit dans une série de travaux récents en histoire de la sexualité. Pour dire bref, il se concentre sur le marché de la pornographie alors que les études un peu plus anciennes, celles d’Alain Corbin ou celle d’Annie Stora-Lamarre s’intéressaient aux formes culturelles ou s’intéressaient à la pornographie « dans le cadre de la censure politique ou encore celui de la “morale anticléricale” ». Mais à la fin du XIXe siècle, la pornographie se détache de tout discours politique pour viser autre chose.
A partir de sources policières et judiciaires, combinées à des textes publiés (notamment dans la presse de l’époque), Rodemacq donne à voir comment le marché s’organisait avant 1930. Les sources policières posent des problèmes bien analysés : pour les policiers aussi, l’outrage aux bonnes moeurs est un délit commercial, et ils s’intéressent plus aux vendeurs qu’aux clients. Le client intéressant, c’est « l’ “acheteur” qui achète pour revendre ensuite – par exemple le “commis acheteur” ». Les autres n’apportent pas grand chose au dossier policier.
Mais les sources policières ont de réels intérêts pour la recherche : elles conservent des documents qui ont disparu et qui donnent une idée de l’étendue de ce qui est alors considéré comme “obscène”. Des publicités et des catalogues notamment, qui donnent une idée des prix au détail. Une entreprise de “caoutchouc dilaté”, la Maison A. Claverie, propose ainsi, à la fin du XIXe siècle, divers préservatifs :

Le “Parisien” peut “servir plusieurs fois” : il “est en caoutchouc dilaté de qualité tout à fait supérieure [et] possède à son extrémité une petite poche ou ampoule qui sert à recevoir la semence de l’homme. Ce qui fait que le visiteur n’est pas gêné dans son fonctionnement au moment psychologique. On s’en sert comem du préservatif ordinaire, en le déroulant sur le visiteur“.
Le “Parisien dentelé […] a en plus un anneau dentelé soudé au bas de l’ampoule. De sorte qu’en étant très commode pour l’homme, il procure un plus grand plaisir à la femme”.
Le caoutchouc est devenu la matière centrale de l’obscénité par “objets” : il permet aussi la fabrication de godemichés (il suffit d’un moule, permettant la fabrication en série). Ces derniers deviennent, à un moment précis de l’histoire, des objets nécessaires aux mises en scènes photographiques : aux débuts de la photographie, le temps de pause est trop long pour que les modèles hommes puissent conserver leur érection.

Le mémoire de Maxence Rodemacq est consultable au Centre d’histoire du XIXe siècle à l’université Paris I.