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Taisez-vous, Vicomte arriéré !

La Troisième République, surtout après 1877, a définitivement permis à la France d’enterrer la monarchie et ses cortèges nobiliaires. Mais les titres de noblesse, eux, n’ont jamais disparu. Encore aujourd’hui, l’Etat délivre les titres d’investiture aux descendants aînés mâles légitimes issus d’un mariage catholique (pour la noblesse d’Ancien régime). Et ce n’est pas l’enracinement de la République qui a fait disparaître les titres de noblesse du Journal officiel.

Par exemple, en 1914, on trouve un député vicomte (de Villebois-Mareuil)

En 1921 un baron (des Lyons de Feuchin)

En 1940 un marquis (de La Ferronnays)

Donc 70 ans après l’instauration de la République, des députés apparaissaient encore sous leur titre de noblesse. Et cela ne cesse pas en 1945. On trouve encore des marquis au tout début de la Quatrième République :

Dans le Journal officiel (Assemblée nationale), la pratique va cesser autour de 1950. Le “Marquis de Moustier” devient “Roland de Moustier” et le prénom remplace le titre, à une période historique d’émergence du prénom comme “lieu où s’affirme la volonté” écrivait Jean Carbonnier. D’ailleurs “Marquis” semble dès lors devenir une insulte, du moins pour les élus communistes, comme le montre cet extrait du 16 février 1952 :

ou encore cet extrait du 18 juin 1953 :

Merci à @RemiMathis sur twitter, à Gallica et au site d’archive de l’Assemblée nationale

Les vicomtes… et les autres

Lundi, dans quelques jours (le 21 novembre), je présente à l’INED les premiers résultats d’une recherche sur la noblesse d’apparence. Dupont n’est pas du Pont :

En 1816, 100% des ambassadeurs français avaient un nom à particule, ils ne sont plus que 3% aujourd’hui. La présence d’une particule dans le nom de famille n’a jamais impliqué l’appartenance à la noblesse… et pourtant ces noms, au XIXe siècle, étaient surreprésentés au sommet de l’échelle sociale : la noblesse d’apparence avait l’apparence de la noblesse. À partir de l’analyse de listes nominatives variées (concernant le personnel politique, les anciens élèves de grandes écoles, les bacheliers, les électeurs…) cette communication étudie la lente disparition des positions sociales héritées de l’Ancien Régime, mais aussi leur rémanence (résidentielle, culturelle et politique) encore aujourd’hui. Car en 2017, Dupont (prénom Olivier) n’est toujours pas du Pont (prénoms Aymard, Sixte, Marie).

C’est à 11h30, en salle Sauvy, à l’INED.

Habit vert et sang bleu

academie-rechercheSur le site de l’Académie française, vous pouvez faire une “recherche avancée” pour retrouver un “Immortel”. Vous pouvez chercher par “numéro de fauteuil”, par nom ou par lieu de décès… ou par titre de noblesse. Pas par sexe, parce que les Immortels n’ont pas de sexe. Ont-ils une particule ?
J’ai récupéré, et ce ne fut pas sans mal (pour l’Académie des sciences, qui a une liste bizarre et très mal formatée), les membres des cinq Académies de l’Institut de France. Voici le résultat.
Sous l’Ancien Régime, la proportion de noms à particule augmente entre le XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle. Plusieurs éléments sont à préciser : d’abord les nobles se mettent à “particuler” leurs noms, à y ajouter des particules, et les manants aussi. Précisons aussi que cet anoblissement des Académies est peut-être un signe de reconversions internes au Second Ordre avant la Révolution.
La Révolution introduit des ruptures de séries, et des difficultés de fonctionnement pour les Académies. Au XIXe siècle, période de fondation de trois des cinq Académies, la tendance globale est à la diminution de la proportion d’Académiciens à particule.
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Cliquez pour agrandir le graphique

Mais depuis le début du XXe siècle, et surtout depuis 1950, les différentes Académies ont stabilisé la proportion de membres à particule. Seule l’Académie des sciences voit sa proportion de nobles d’apparence continuer à diminuer (mais cette Académie est beaucoup plus populeuse que les autres). Gardons bien à l’esprit que, étant donné qu’il y a moins de 1% de noms à particule dans la population française, ces noms restent fortement sur-représentés Quai de Conti.
À l’Académie française, il reste tant bien que mal, depuis 1900, environ 6 Académiciens à particule sur les 40 en poste à un moment donné. De manière intéressante, à l’Académie des sciences morales et politiques et à l’Académie des beaux-arts, la proportion de membres à particule augmente depuis une bonne cinquantaine d’années. Les mauvaises langues diraient que, sous la Coupole, les vieilles croûtes et les vieux croûtons apprécient les noms à rallonge.

Le retournement de tendance se perçoit bien si l’on étudie la population totale des Académies (en enlevant l’Académie des sciences, pour laquelle la liste complète et précise des membres est complexe à établir) :

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J’ai utilisé ici une échelle logarithmique, pour mettre en évidence les évolutions « récentes » (c’est à dire depuis 1900).

Depuis une vingtaine d’année, après 50 ans de stabilisation et 150 ans de baisse continue, la proportion de noms à particule augmente. L’échantillon est petit, car les 4 Académies réunies ont 200 membres, mais l’évolution est bien perceptible.

Si vous voulez comprendre pourquoi, vous pouvez assister à l’un des prochains « Lundi de l’INED », où j’espère montrer que «Dupont n’est pas du Pont».

Notes :
(1) Merci à François Briatte pour sa collaboration… même si j’ai fini par faire du copier-coller à la main.
(2) L’Académie des inscriptions et belles-lettres, oui, ça existe vraiment.

Monsieur de l’Isle

Certaines personnes, en France, possèdent un petit signe distinctif, une particule dans leur nom de famille : un “de”, un “du” ou un “d'”, voire un “des”. Moins d’un Français sur 100 en possède une.
Des indices variés laissent penser que cette particule est prestigieuse. Quand des personnes possèdent un nom à rallonge, de la forme “Coulmont de la Gastine”, un jeu identitaire est possible. Se définir publiquement comme “Coulmont” ou choisir au contraire “de la Gastine”, un beau nom de Vicomte. Il me semble que c’est souvent “de la Gastine” qui est utilisé au quotidien. Ainsi Philippe Le Jolis est-il connu sous le nom de Philippe de Villiers.
Mais peut-on trouver des preuves plus solides de ces prétentions à la distinction ?
Les demandes de changement de nom de famille, que publie chaque jour le Journal officiel, sont intéressantes. Elles sont nombreuses, mais surtout elles indiquent, du point de vue des demandeurs, une préférence. Molière l’écrivait déjà en 1662, il existe des particules de vanité :

« Je sais un paysan qu’on appelait Gros-Pierre
Qui n’ayant pour tout bien qu’un seul quartier de terre,
Y fit tout à l’entour faire un fossé bourbeux,
Et de Monsieur de l’Isle en prit le nom pompeux. »

C’est que la quasi-totalité des nobles titrés, en France, ont un nom à particule. Et on estime à plus de 97% la proportion des adhérents de l’Association de la noblesse française possédant une particule. Si tous les nobles avaient des cheveux verts, ce signe, même partagé par d’autres personnes, non nobles, prendrait une signification particulière. Certaines personnes se coloreraient les cheveux en vert : «C’est parce qu’il y a des gens qui veulent à toute force entrer dans la noblesse que le mécanisme de la noblesse marche», écrivait Pierre Bourdieu. Car à la différence de la caste, fermée, la noblesse accepte, avec parcimonie, les prétendants.

Je n’ai pas trouvé de demandes d’abandon de nom à particule, mais j’ai trouvé, en quelques semaines, plusieurs dizaines de demandes visant à prendre une particule. De la même manière que Monsieur Cocu demande à devenir Cossu, que Madame Crotte demande à devenir Madame Crosse, l’on va trouver des Monsieur Lagrange voulant devenir “de la Grange”, ou souhaitant ajouter “du Roy” pour devenir “Lagrange du Roy”.

Voici une liste partielle de demandes récentes, pour lesquelles j’ai censuré certaines informations :

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Côté prénoms : chiens, mode, assimilations et modélisation

Du nouveau, côté “prénoms”. Deux ou trois mots sur quelques articles parus récemment.

D’abord un petit article sur les prénoms des chiens des “punk-à-chiens”. Les prénoms des animaux domestiques servent d’indicateurs du parcours de vie des zonards. Ils disent la survie difficile, la loyauté introuvable, l’enfance perdue mais aussi la transgression. « Les Subut, Kéta, Cock, LSD et Cannabis que nous avons rencontrés durant nos enquêtes de terrain témoignent quant à eux, de façon exemplaire, que les pratiques toxicologiques couvrent un éventail très large. »

Blanchard, Christophe. 2015. « Ce que les noms des chiens des sans-abris révèlent de leurs maîtres », Anthropozoologica, vol. 50, no 2 : 99‑107. En ligne, open access, sur http://sciencepress.mnhn.fr/sites/default/files/articles/pdf/az2015n2a3.pdf

Passons aux Etats-Unis, où un papier s’intéresse aux transgenre, en essayant d’estimer leur nombre à partir des changements de prénoms et des changements de sexe dans le fichier nominatif de la Social Security Administration, qui est quasi-exhaustif. Entre 1936 et 2010, plus de 135 000 individus, ayant changé de prénom ou de sexe sont identifiés comme “transgenres probables”, et près de 90 000 étaient vivant.e.s au moment du recensement de 2010. La méthode permet aussi de repérer la temporalité des transitions : « Of those who change both their names and their sex-coding, most update both concurrently, although just over a quarter change their name first and their sex-coding 5–6 years later. Most are in their mid-thirties when they begin to register these changes with the SSA, although transgender women begin the process somewhat later in life. »

Harris, Benjamin Cerf. 2015. Likely Transgender Individuals in U.S. Federal Administrative Records and the 2010 Census, Washington (DC). Center for Administrative Records Research and Applications U.S. Census Bureau. En ligne https://www.census.gov/srd/carra/15_03_Likely_Transgender_Individuals_in_ARs_and_2010Census.pdf

Passons à la Chine, et plus spécifiquement à Beijing. La Révolution culturelle a-t-elle eu un impact sur les prénoms donnés aux bébés ? Pour les auteurs de l’article, à ce moment là, « la politique a figé la mode ». Il valait mieux alors, pour sa sécurité, ne pas faire preuve d’une trop grande exubérance individuelle. Les parents ont donc eu tendance à faire preuve de conformisme et à faire des choix “sûrs”, choix politiques et choix plutôt neutres (en choisissant un prénom relativement répandu).

Obukhova, Elena, Ezra W. Zuckerman et Jiayin Zhang. 2014. « When Politics Froze Fashion: The Effect of the Cultural Revolution on Naming in Beijing », American Journal of Sociology, vol. 120, no 2 : 555‑583.

Retour aux Etats-Unis, et plus particulièrement à la première moitié du XXe siècle, période de forte migration. Quatre articles récents s’intéressent au choix onomastiques des migrants.

Deux articles s’intéressent au bénéfice de l’américanisation. Biavaschi et ses collègues s’intéressent aux naturalisations vers 1930 : les migrants qui changent de prénoms et prennent un prénom courant aux Etats-Unis voient leur salaire augmenter. L’américanisation du prénom a un impact sur la mobilité ascendante. Goldstein et Stecklov, de leur côté, repèrent que les descendants de migrants qui reçoivent un prénom américain ont, toutes choses égales par ailleurs, un salaire plus élevé que ceux qui ont reçu un prénom typique du pays d’origine de leurs parents. Un des intérêts de leur article est de montrer que cet effet perdure quel que soit le nom de famille de la personne : même quand le nom de famille semble allogène, il existe un avantage au prénom américain. Les résultats sont similaires chez Abramitzky et Boustan : «Men given foreign names earned less than comparable sons of immigrant parents in 1940.» Heureusement ! Car ces deux papiers s’appuient sur des sources semblables, le recensement US numérisé.

Le dernier papier s’intéresse à l’acculturation conservatrice des migrants. Il est souvent apparu que les migrants, quand ils donnent à leurs enfants des prénoms typiques du pays d’accueil, vont avoir tendance à choisir des prénoms un peu démodés. Ils font le choix du classique plutôt que de l’exubérant. Le papier de Zhang et ses collègues porte sur les prénoms de soldats juifs aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. Ils repèrent bien une forme d’acculturation conservatrice, le choix qu’avait fait leurs parents « was both selective (as it was marked by avoidance of names with strong Christian associations) and conservative (as it was marked by a preference for names that were established in popularity relative to newly-popular names). » Mais ces parents n’ont pas choisi des prénoms alors en déclin : des prénoms établis, mais encore en croissance.

Biavaschi, Costanza, Giulietti Corrado et Zahra Siddique. 2013. The Economic Payoff of Name Americanization, Berlin. Forschunginstitut zur Zukunft der Arbeit (IZA). En ligne : http://ftp.iza.org/dp7725.pdf

Zhang, Jiayin, Ezra W. Zuckerman et Elena Obukhova. 2014. A Lack of Security or of Cultural Capital? Acculturative Conservatism in the Naming Choices of Early 20th-Century U.S. Jews, Rochester, NY. Social Science Research Network en ligne : http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2507677.

Abramitzky, Ran et Leah Boustan. 2014. « Cultural Assimilation during the Age of Mass Migration », Working paper, en ligne.

Goldstein, Joshua R. et Guy Stecklov. 2016. « From Patrick to John F. Ethnic Names and Occupational Success in the Last Era of Mass Migration », American Sociological Review: 0003122415621910.

Un petit tour vers l’Allemagne maintenant. L’article de Panagiotidis examine les changements de noms et de prénoms des Spä̈taussiedler, c’est à dire des immigrés d’origine allemande vers l’Allemagne après 1945. L’Allemagne considère en effet comme ethniquement allemands les descendants des Allemands s’étant établis, au cours des siècles précédents, en Pologne, Hongrie, Roumanie… Mais ces descendants “co-ethniques” n’avaient pas souvent de prénoms allemands. L’article s’intéresse alors à la germanisation d’Allemands : un processus parfois fortement recommandé par les agents chargés de l’accueil de ces migrants.

Panagiotidis, Jannis. 2015. « Germanizing Germans: Co-ethnic Immigration and Name Change in West Germany, 1953–93 », Journal of Contemporary History: 50(4), 854-874.

Je signale en fin de billet un article dont je suis le co-auteur, avec Romulus Breban et Virginie Supervie. Cet article modélise la diffusion des prénoms, et cette modélisation permet de distinguer la popularité et la mode, en repérant des phénomènes de mode à toutes les échelles (et pas seulement au niveau des prénoms les plus donnés).

Coulmont, Baptiste, Virginie Supervie et Romulus Breban. 2015. « The diffusion dynamics of choice: From durable goods markets to fashion first names », Complexity: n/a ‑ n/a. En ligne (paywalled) http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cplx.21748/abstract

Charlie marqueur événementiel

La fréquence des prénoms est-elle sensible aux événements ?
En 1915, le général Joffre, perçu comme un héros militaire suite aux premières victoires françaises, inspira des parents. Il naquit quelques Joffrette, que la presse — patriotique en ces temps de guerre — célébra. Des réchauds à gaz et des biscuits furent aussi baptisés Joffrette et Joffrinette : l’imagination des publicitaires est sans limite.

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Balzac, qui tend parfois à expliquer l’origine des prénoms de ses personnages, indique ainsi [Beatrix, C.H., Tome 2, p.651] qu’un certain Calyste, né “le jour même de l’entrée de Louis XVIII à Calais”, reçu alors aussi le prénom de Louis.

Bref : les prénoms sont parfois choisis en hommage. Rien de nouveau. Rien d’étrange alors à que qu’un prénom comme Mazarine ou Barack, [quasi-]inconnus respectivement en France avant 1995 et aux Etats-Unis avant 2007, ne connaissent un petit succès, qui en 1996, qui en 2008-2009.
Et inversement, d’autres événements vont faire chuter certains prénoms. Les parents étatsuniens cessent de donner Hillary en 1992-1993, quand William J. “Bill” Clinton devient président et sa femme, Hillary Rodham, “First Lady”. De même Katrina connaît une chute brutale après le passage de l’ouragan du même nom en 2005-2006.

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Que va-t-il se passer avec le prénom “Charlie” ? Il était, depuis une dizaine d’années, en forte croissance, à la fois comme prénom de garçon et comme prénom de fille. Les parents vont-ils continuer à le donner de plus en plus, ou vont-il cesser de le faire en raison de l’association avec les attentats du 7 janvier : on trouve déjà des “Charly” qui disposent maintenant d’une nouvelle connotation : leur prénom “dit quelque chose” (mais quoi?). Si quelques témoignages ou les premiers éléments permettent de repérer en une dizaine de jours une vingtaine de bébés Charlie dans les “Carnets” de la presse quotidienne, ce n’est peut-être qu’un feu de paille.

Mais dès 1915, les stratégies parentales d’hommages s’accommodent de la multiplicité des prénoms. Un entrefilet dans La Croix le remarque :

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De très nombreux bébés naissent en France avec plusieurs prénoms, des seconds prénoms invisibles dont on a beaucoup de mal à se souvenir (que celles et ceux qui connaissent les seconds prénoms de leurs cousins et cousines lèvent la main). Ces seconds prénoms servent aux hommages familiaux — et ce d’autant plus que l’arrière-grand mère avait un “joli” prénom. Ils servent de réceptacles aux prénoms démodés des parrains — parfois, quand l’enfant est baptisé. Ils servent de tiroir aux prénoms sur lesquels le consensus ne s’est pas fait. Ils servent aussi, dans le cas présent, d’hommage indélébile mais invisible :

Prénom Charlie : pic d’attribution en 2e et 3e choix à Paris [Elodie Moreau] (…)
Si, pour l’heure, on ne note pas d’ « effet Charlie » sur l’ensemble du territoire, la capitale fait exception en la matière. Davantage de jeunes parents parisiens ont en effet choisi Charlie en 2e ou 3e prénom pour leur enfant. « C’est une nouveauté », nous confirme la mairie de Paris. Depuis mercredi dernier, ce prénom a été attribué 11 fois en 2ème ou 3ème position sur près de 670 naissances.

ou encore :

«Charlie» se glisse dans les berceaux des maternités [Aline Gérard]
« On s’en est aperçu lors de la déclaration de naissance d’un petit garçon né le 10 janvier. Ses parents lui avaient donné comme troisième prénom Charlie. D’habitude, les couples choisissent comme deuxième ou troisième prénom celui d’un ascendant ou d’un parrain. Mais là, il n’y avait aucun Charlie ni dans la généalogie, ni dans l’entourage », raconte un agent des services de l’état civil de la mairie du XIIIe arrondissement de Paris.
« Ces parents placent Charlie généralement en troisième ou quatrième position », précise-t-on à la mairie du XVe où, là aussi, on a repéré le phénomène. « En quelques jours, on a vu passer une petite dizaine de déclarations de ce type, qu’il s’agisse de garçons ou de filles », constate, de son côté, la mairie du XIIe arrondissement.

L’hommage onomastique passera donc peut-être, en janvier-février 2015, par la multiplication des “Charlie” en deuxième position : un marquage conjugal / familial du moment de la naissance, marquage invisible aux yeux de presque tous, mais marquage permanent. Le prénom inscrit aujourd’hui les personnes dans des générations, des classes d’âge. Il peut aussi marquer le moment, l’événement (la conjonction de l’événement parental et de l’événement politique).

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Ou alors ils sont Charlie. Leur naissance a eu lieu après le 7 janvier. On trouve leur trace dans les “Carnets du jour” publiés par la presse quotidienne.

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Rappelons, à tout hasard, qu’avant même les attentats, Charlie était un prénom mixte en forte croissance :
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Que faire avec ses Saints ?

Les Saints disparaissent de la scène publique. De moins en moins de bébés reçoivent, à la naissance, un prénom inscrit dans le calendrier liturgique français.
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Mais les Saints se maintiennent à un niveau supérieur à 30% des naissances jusqu’au début des années 2000. Le Saint pourrait donc être un indicateur intéressant : il capture de l’âge, de l’origine nationale, et peut-être des orientations culturelles (il me semble clair que la liste des Saints catholiques n’est pas une liste à l’attrait universel).
La proportion d’électeurs (et d’électrices) avec un prénom de Saint (ou de Sainte) dessine donc un espace parisien bien connu. Les Saints s’exhibent dans le septième arrondissement, dans toute leur gloire. Ils sont plus discrets dans le dix-neuvième.
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Les Saints n’ont pas perdu toute leur efficacité : ils font encore de l’effet. Le jour de la Saint-N (quel que soit le prénom de Saint), il va naître en moyenne 1,7 fois plus de bébés portant ce prénom (avant 1970) que lors du reste de l’année. On passe à 1,35 fois plus pour les bébés nés après 1970. Les Saints perdent quand même en efficacité.

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[Note : l’effet est massif, mais concentré sur une journée. Prenons le prénom “Zyxtof” : il va naître, chaque jour de l’année, en moyenne 0,27% des Zyxtof de l’année. Le jour de la Saint-Zyxtof, il naîtra 0,37% des Zyxtof de l’année. Ce qui fait que les Zyxtof ont quand meme 99,6% de chance de naître ailleurs que le jour de la Saint-Zyxtof.]
Signe de sécularisation ? de dissociation du catholicisme et de la nomination ? La conférence des évêques semble être consciente d’un retournement de civilisation : si l’on ne montre plus ses Saints, il faut amener les Saints en face des demandeurs. Sur le site “nominis.cef.fr“, il est ainsi possible d’entrer un prénom (Kaicy ? Stanley ? Jennifer ?) et de trouver le Saint associé. L’Eglise rattrape ainsi l’exubérance parentale, en proposant [principalement aux grands-parents, me dit-on] l’association à une lignée croyante a posteriori. N’ayez pas peur : vous avez tous des Saints !

Sur ce, puisque nous sommes le 13 mai, bonne fête à toutes les Fatima !

Jeux d’identité

La promotion du Nouvel an de la Légion d’honneur contient une liste nominative intéressante.
Les seconds et troisièmes prénoms — prénoms invisibles — y sont révélés dans toute leur splendeur. L’historien Christophe Prochasson, chevalier, s’appelle aussi René et Eugène : « M. Prochasson (Christophe, René, Eugène), recteur de l’académie de Caen ; 31 ans de services. »
D’autres choix parentaux apparaissent aussi : « Mme Ferroud, née Biju-Duval (Clotilde, Marie, Jeanne-d’Arc), directrice de la recherche au Conservatoire national des arts et métiers ; 27 ans de services. » Jeanne-d’Arc, un beau prénom ? Plus facile à porter que le 3e prénom de Mme la secrétaire de chef de poste, « Mme Renoux, née Lala Harisoa (Fidèle, Marie, Hermine de Jésus) ». En l’honneur de qui a été prénommée « Mme Sabatier, née Terme (Marie-Louise, Thérèse, Napolie) » ? Probablement en l’honneur de Zaza Napoli… ou plus probablement en l’honneur de Napoléon (qui épousa Marie-Louise [i.e. Maria Ludovica Leopoldina Francisca Theresa Josepha Lucia…]).
La liste nominative montre aussi la fluidité onomastique : de nombreux légionnaires utilisent comme façade publique un nom ou un prénom qui peut ne pas se trouver sur l’acte de naissance (l’invisible étant souvent, ici, l’identité civile). Les alias apparaissent aussi splendides que les seconds prénoms. Voici une sélection :

M. le Prof. Scheid (Jean, Nicolas, Léon dit John)
Mme Weygand, née Didier (Nicole, Jeanne, Marie dite Zina)
Mme Chrétien, née Manfredi (Lowely dite Lovely)
Mme Puybonnieux, née Boussarie (Alice, Renée dite Renée)
Mme Schmid (Lucile-Marie, Caroline, Michèle dite Lucile)
Mme Vernant, née Naïman (Danielle dite Dinah)
M. Chalhoub (Antoine dit Anthony)
M. Obadia (Amram dit Victor)
Mme Shan (Xiao-Yang dite Michelle)
Mme Rastoin (Nathalie, Catherine, Marthe dite Natalie)
Mme Errécart (Marie-Thérèse, Marcelle dite Maïté)

mise à jour : 622 légionnés et plus de 1450 prénoms. Les prénoms les plus répandus cette année sont :

Prénom Nombre
Marie 84
Jean 39
Pierre 38
Jacques 28
Michel 28
François 25
Henri 24
Louis 23
Philippe 21
Claude 18
Jeanne 18
Alain 17
Bernard 17
Françoise 17
Dominique 15
Anne 13
Gérard 13
Jacqueline 13
Marcel 13
René 13
Yves 13
André 12
Christine 12
Geneviève 12
Hélène 12
Joseph 12
Marguerite 12
Michèle 12
Paul 12
Robert 12
Jean-Pierre 11
Christian 10
Isabelle 10
Patrick 10

Appel à communication : Noms et prénoms

Virginie Descoutures et moi-même organisons, le 11 décembre à l’INED, un colloque d’une journée, autour des contraintes que l’on se donne en matière de nom et de prénom, maintenant que la loi permet presque tout… Voilà qui est résumé très très rapidement : l’appel à communication est ici, et n’hésitez pas à le diffuser largement.