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Journée d’étude sur les “virtuoses du vote”

Vendredi 14 novembre 2014, à partir de 9h, je co-organise avec Lucie Bargel (Université de Nice) une journée d’études sur les virtuoses du vote, celles et ceux qui non seulement vont voter, mais qui, en outre, votent « à leur manière » : dans une autre commune que celle de leur résidence, ou bien sans se présenter au bureau de vote, ou encore en ré-agençant les listes candidates.

Le programme-affiche en PDF est là.

Et le programme est aussi sur une page dédiée (avec les résumés des communications). Il y aura des présentations sur des pratiques aussi étranges que le “panachage” de listes (encore possible dans certaines communes), sur le vote blanc (qui demande une certaine virtuosité pour ne pas devenir un vote nul : un message comme “ceci est un vote blanc” en fait un vote nul), sur les votes en dehors du lieu de résidence, sur la procuration, etc… En s’intéressant au vote comme acte concret, acte matériel, nous allons revisiter ensemble ce que l’on appelle la compétence politique.

Le tout se tiendra au 59 rue Pouchet (75017 Paris), dans la toute nouvelle salle de conférences.

Les notes du bac

Comment ont évolué, au cours des dernières années, les notes au bac ? Dans le cadre des discussions politiques autour des “bourses au mérite”, un examen de la dispersion de ces notes peut être révélateur.
La MENESR-DEPP dispose d’une série, “Distribution des candidats présents au baccalauréat professionnel, technologique ou général selon la moyenne finale obtenue”, entre 2006 et 2013, que l’on va étudier ici. Notons tout de suite que l’on ne prend en compte que les candidats présents, pas les candidats inscrits au bac mais ne le passant pas ou passant seulement une partie des épreuves, pour une raison ou une autre.

Commençons par les bacs professionnels : le graphique ci-dessous indique qu’environ 40% des élèves obtiennent le bac pro avec entre 10 et 12 de moyenne. Au cours des 9 dernières années, la proportion d’élèves obtenant entre 8 et 10 a eu tendance à baisser. Notons que, sur la même période, il y a eu une réforme du bac pro et une forte augmentation des effectifs.
bacpro20062013

Poursuivons par les bacs techno : les notes semblent un peu plus concentrées autour de la moyenne.
bactechno20062013

Terminons par les bacs généraux : les notes sont moins concentrées autour de la moyenne, et on remarque une tendance à la diminution de la proportion des notes inférieures à 10.
bacgeneral20062013

Si l’on anime ce dernier graphique, en faisant défiler les différentes années les unes après les autres, voici ce que cela donne :
bacgeneralanimation
On remarque mieux les mouvements d’une année sur l’autre.

L’intérêt de la série de la DEPP est sa finesse : les moyennes sont disponibles au dixième de point près.

On voit, sur ce graphique, l’attraction pour les notes rondes. Il est entièrement faux de dire que “on donne le bac à tout le monde”. Seul un tiers d’une cohorte d’élève obtient le bac dans les temps écrivent T. de Saint-Pol et J. Cayouette : “seul un tiers des élèves entrant en 6e parvient effectivement à ce diplôme dans le temps initialement prévu”. Et à quoi servirait de recaler un élève pour 0,1 0,2 ou 0,3 points ? La barrière est-elle plus importante que le niveau ? Les jurys évaluent donc, pour les notes rondes, l’ensemble des éléments dont ils disposent. Ainsi, environ 5% des candidats obtiennent une moyenne comprise entre 10 et 10,0999.
repartition-dixieme
Entre 5/20 et 9,9/20, la répartition des notes forme deux “vagues”, résultat, sans doute, de la barrière à 8/20 pour passer à l’oral, et de l’attirance pour le 10 qui crée la bachelière. Et ensuite, l’on repère l’attraction qu’exerce les 12, 14 et 16, barrières des mentions. Le 18, qui ne donne aucune mention (les “félicitations du jury” n’existant absolument pas, sauf dans l’esprit de quelques parents), ne donne pas lieu à un pic.

Mais un phénomène intéressant est repérable vers les très hautes notes. La proportion de candidats obtenant in fine une moyenne supérieure à 18/20 est passée, entre 2006 et 2013 de 0,4% à 1,8%. Les candidats ayant une note supérieure à 19 sont passés de 160 à près de 1600. Le 20/20 était obtenu par 6 candidats en 2006, et par un peu plus de 60 candidats en 2013.
bignotes-evolution
Les très hautes notes sont toujours un signal. La mention “TB” remplissait “de mon temps”, ce signal, quand les IEP quasiment d’office admettaient les candidats l’ayant reçue, ce qui a maintenant pris fin. Ce sont les “20/20” qui, maintenant, sont interviewées par la presse régionale.

Mise à jour (2021) : pour plus d’informations (et des données) consultez Fanny THOMAS, Résultats définitifs de la session 2016 du baccalauréat : stabilité de la réussite dans les voies générale et technologique, progression dans la voie professionnelle, MENESR-DEPP, Note d’information, n° 17.05, Mars 2017

Paris, ville monde

Les listes électorales parisiennes (1,2 millions d’individus) renseignent sur le pays de naissance des électeurs parisiens. Une partie d’entre eux est née à l’étranger. Plus de 6000 au Viet Nam, un peu plus de 5000 au Liban, etc… On compte même un (ou une) électeur(e) né(e) au Vatican, ou plutôt ayant déclaré être né(e) au Vatican.
Ces électeurs sont peut-être “nés étrangers à l’étranger”, mais ils sont peut-être “nés français à l’étranger”. Mais l’étranger n’est pas toujours l’étranger : l’Algérie fut un moment des départements français, et les Algériens furent eux-aussi un moment des électeurs français. Et les pays changent de nom : où donc ont bien pu naître les électeurs français nés en “U R S S” ? Plus de 200 pays apparaissent dans ces listes : Paris est bien une ville-monde.
Mais il y a des mondes différents dans cette ville-monde.
Prenons donc les électeurs nés dans quelques pays choisis et examinons la dispersion spatiale de ces électeurs. J’ai superposé aux cartes des courbes de niveau qui donnent une idée imparfaite de la densité.
mondes-paris
L’on distingue bien des zones préférentielles : le Nord-Est parisien populaire, le Sud-Est du 14e arrondissement. Les électeurs et électrices nés au Liban ont ici une répartition bien spécifique : ils ont choisi le Paris du Sud-Ouest, 16e et 15e arrondissement. Reste à comprendre pourquoi…
Les électeurs nés aux États-Unis d’Amérique, eux, sont d’abord peu nombreux, mais aussi peu concentrés. Ils évitent visiblement le Paris populaire pour préférer le Paris touristique ou bourgeois.
La localisation a été réalisée grâce aux données du “projet BANO“, mais les coordonnées des points ont été légèrement modifiées. Note sur la lecture enfin : ce n’est pas parce qu’une zone est toute orange ou toute rose que les électeurs y résidant seraient majoritairement nés à l’étranger.

L’âge et l’origine

inscrits
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Ce graphique montre, pour l’année 2014, le nombre d’inscrits sur les listes électorales parisiennes [la taille des points], en fonction de l’année de naissance, de l’année d’inscription et de la proportion d’inscrits nées en France.
Toutes les inscriptions précédant 1981 ont été enregistrées comme ayant eu lieu en 1981.
Ceux qui s’inscrivent à 18 ans sont presque toujours nés en France (ils sont bien rouge sur le graphique). Mais ceux qui s’inscrivent tardivement (suite à un déménagement…) sont plus souvent nés à l’étranger : je lis cela en relation avec les naturalisations (les naturalisés, adultes et déjà relativement âgés, deviennent tardivement de nouveaux électeurs).
Mais il y a peut-être d’autres explications.

Je n’ai pas réussi à bien le faire apparaître, mais un peu avant 1995, 2002, 2007 et 2012, on voit plus d’inscriptions. La présidentielle actualise des électeurs virtuels.

Prénoms et mentions au bac, édition 2014

bac-2014
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[Avec Rue89]
La réussite scolaire varie en fonction de l’origine sociale, du niveau de diplôme des parents et du sexe des lycéens. Le choix des prénoms varie aussi avec ces mêmes critères (origine, diplôme, sexe de l’enfant). C’est pourquoi en 2014 environ 20% des Agathe, Jeanne et Gabrielle (qui ont eu plus de 8/20 au bac) ont obtenu la mention « Très bien », c’est à dire dix fois plus que les Dylan, Jordan ou Steven. L’année dernière, ces prénoms étaient déjà à la même place.
Les prénoms les plus donnés vers 1996, Manon, Thomas, Camille et Marie, se répartissent autour de la moyenne. 9% des bacheliers ont obtenu la plus haute mention, c’est le cas de 8,5% des Thomas et 10% des Camille. Les Manon passent plus souvent au rattrapage (ou sans mention) que les Marie (qui réussissent un peu mieux). Le sociologue pensera rapidement que les Marie nées vers 1996 sont plus souvent filles de cadres que les Manon.
Ce graphique donne ainsi à voir, en touchant les individus au plus profond d’eux-même (à travers le prénom), un espace social inégalitaire. Les parents des Cassandra et Cindy, en 1996, trouvaient sans doute affreux des prénoms tels que Diane ou Zoé (des prénoms de chiens ou d’arrière-grand-mère). Ceux des Félix et des Augustin, parions-le, soupiraient en entendant Killian ou Dylan : « quel mauvais goût ! ».
En filigrane, le même graphique donne à voir, à travers certains prénoms — Mohamed, Anissa, Inès — ceux qui sont probablement les (petits-)enfants de migrants du Maghreb, dont la place est ici équivalente à celle des enfants d’ouvriers et d’employés : Mickael ou Mohamed, Mehdi ou Dorian, sont ici à la même position.
Note : le graphique a été réalisé à partir des résultats nominatifs d’un peu plus de 310 000 individus ayant eu plus de 8/20 au bac 2014. Les données manquaient pour quelques départements, mais il y a fort à parier que ces données en plus ne bouleverseront pas l’analyse.
Pour en savoir plus, vous pouvez lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante], et regarder les graphiques des années précédentes : 2013, 2012 ou 2011
Un mini-site interactif est disponible ici : https://coulmont.com/bac/

Le vote par procuration (au niveau de l’individu)

Après avoir analysé le vote par procuration à l’échelle du bureau de vote, tournons-nous maintenant vers les individus, les votants. Il est possible de travailler sur ces actes de vote car les listes d’émargement, pendant dix jours après les élections, sont accessibles à tout électeur. J’ai travaillé sur trois bureaux de vote parisiens après les municipales et les européennes.
Ces données sont riches : il est possible de déceler certaines des caractéristiques de celles et ceux qui ont recours à la procuration par comparaison avec celles des inscrits et des votants du même bureau de vote.
Mais comme la procuration implique deux personnes, le ou la mandant, le ou la mandatée (ou mandataire), commençons l’analyse par ce couple. Plus tard, nous nous intéresserons au sexe. Débutons par l’âge.
procuration-age
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Premier panneau : la différence d’âge entre mandaté et mandant est stable en fonction de l’année de naissance des mandants. Sur ce panneau, +20 signifie que le mandaté (né en 1954 par exemple) est plus âgé que le mandant (né en 1974 dans ce cas). Comme ni mandatée ni mandante ne peuvent avoir moins de 18 ans, les plus jeunes tendent à donner procuration à une personne plus âgée.
Deuxième panneau, avec les mêmes données : ici l’on s’intéresse à l’âge du mandaté en fonction de l’année de naissance des mandants.
Il me semble que l’on pourrait aisément distinguer deux types de procuration. Les plus nombreuses impliquent des personnes proches en âge : conjoints, frères-sœurs, amis… On les repère autour de y=0 dans le premier panneau, ou sur la seconde diagonale dans le 2e panneau. L’autre type de procurations implique des personnes éloignées par l’âge : enfants et parents probablement. Dans ce cas, mandaté et mandant sont bien différents : la procuration n’est, sur ce point, pas neutre.

À pied, en voiture, à cheval ou en métro ?

Comment se déplacent les Franciliens pour aller au travail ?
Voici une petite exploration à partir des données du recensement 2010 (disponibles sur le site de l’INSEE). Il y a trois possibilités : à pied, en voiture, ou en transport en commun. L’occasion de faire une analyse “ternaire”. Ici, le vert-vert signifie le recours à la voiture, le bleu le recours aux transports en commun, et plus cela tend vers le rouge, plus les pieds sont utilisés pour aller au travail.
deplacements

Voici le “ternary plot” :

ggtern

J’étais tombé sur une image proche visualisant les transports dans le grand-Londres, mais je ne sais plus où.
Et si vous me dites : « mais moi, je marche jusqu’à ma voiture et je roule jusqu’à la gare… » Je vous répondrai d’aller visiter le site de l’INSEE pour comprendre la construction des données.
Note : par “à pied”, il faut comprendre “sans aucun déplacement”, “à pied”, ou “en deux-roues”

Vendre la mêche

Chaque année, le Figaro publie un livret contenant la liste des vingt prénoms les plus donnés, l’année précédente, aux bébés dont la naissance a été annoncée dans le “Carnet du jour”.
Ces annonces de naissance sont anciennes, dans Le Figaro. Ci-dessous un exemple datant de novembre 1942 :
figaro-naissance194211
[L’on remarquera que, dès cette époque, les grands-frères et les grandes-sœurs étaient mises en scènes comme locuteurs de l’annonce.]
Dans ces annonces, la bonne bourgeoisie et l’aristocratie lectrice du Fig’ rend publique ses alliances et la production régulière d’héritiers et d’héritières. L’agrégation des actions d’Untel et de d’Unetelle peut publiciser certains des signaux d’appartenance. Il en serait ainsi de l’adresse (le Quinzième, mais attention, le “bon Quinzième”), des titres (“Vicomte”), etc…
Il en va de même des prénoms :
carnet-prenoms-2013-2014
Rien que de très classique me direz-vous (et là, c’est votre bon goût bourgeois qui parle). Avec quelques étrangetés. Il en est ainsi du prénom “Amicie”. Prénom très rare, qui n’a jamais été donné à plus de 30 enfants par an au cours du XXe siècle. Mais prénom de classe. Un exemple : parmi les électrices parisiennes, l’on trouve une poignée d’Amicie, et la moitié d’entre elles ont une particule. Sachant qu’il n’y a que 2% de porteurs de particules parmi l’électorat parisien, je vous laisse calculer le taux de surreprésentation. Près des 2/3 des Amicie résident dans le 15e, le 16e ou le 17e arrondissement. Et 80% des Amicie portent aussi le prénom “Marie”. [Sur twitter, l’on trouve aussi quelques Amicie particulées 1, 2 3 4…]
S’il entre dans le “Top 20” du Figaro, c’est peut-être déjà l’indice d’une trop grande diffusion : le signal perd de sa discrétion.

Les Noël naissent-ils à Noël ?

Les listes électorales donnent accès aux prénoms et à la date de naissance des électeurs. Il est ainsi possible d’étudier le lien entre certaines fêtes et le choix de certains prénoms. Commençons par Noël et Pascal.
J’ai retenu la date de naissance de tous les électeurs et électrices qui avaient un “Noël” parmi leurs prénoms : Noël, Jean-Noël, Marie-Noelle… sont, pour ce qui me concerne, des “Noël”.
Et ce que l’on constate, c’est que le jour de Noël est un jour de naissance particulier pour les Noël :
noel
Mais les choses évoluent au cours du siècle. 37% des “Noël” né-e-s avant 1935 sont né-e-s à Noël (c’est à dire entre le 23 décembre et le 27 décembre), ce n’est plus le cas que de 25% de celles et ceux qui sont nées entre 1935 et 1961. Et les Noël nés après 1979 que sont que 10% à être nés autour de Noël.
L’examen de la même relation avec les Pascal est plus complexe, car la date de Pâques change chaque année. Heureusement, il existe une fonction de la library timeDate, dans R, pour donner la date de Pâques. Et une partie des Pascal (et des Pascale, et des Marie-Pascale) naissent en effet à Pâques.
pascal
L’évolution est similaire à celles des Noël (mais en partant d’un niveau moins haut) : 13% “Pascal” nés avant 1950 sont nés à Pâques (plus ou moins 2 jours). Ce n’est plus le cas que de 6% des Pascal nés après 1981. Sur une période de 5 jours, s’il n’y avait pas d’attirance entre prénom et date, il aurait du naître 1,4% de Pascal ou de Noël à Pâques ou à Noël.
Il me reste maintenant à récupérer la liste des Saints-du-jour (en scrapant le site Nominis de la Conférence des Evêques) pour voir si le lien repéré ici pour deux dates est aussi repérable pour la Saint-Cunégonde et la Saint-Geoffroy.

En tout cas, ça a l’air de marcher pour la Saint-Valentin :
valentin

et pour quelques uns des prénoms les plus fréquents sur les listes électorales :
prenoms-pics80
cliquez pour voir en plus grand

Certains prénoms exhibent un saint (Michel, Marie, Jean, Daniel, Sébastien…) d’autres semblent plus également distribués sur l’année (Alain, Sarah…).

Les conditions maritales

Je continue ici l’examen des listes électorales. À Paris en 2014, les électrices sont 666954. Et un peu plus de 235000 sont mariées (au sens où elles disposent d’un nom marital en plus de leur nom de naissance). L’indicateur est imparfait : il est bien probable que le nom de l’époux ne soit pas toujours mentionné sur les listes électorales.
La proportion de femmes “mariées” augmente avec l’âge : les centenaires sont presques toutes mariées.
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La géographie maritale parisienne est intéressante (on s’intéresse ici à la proportion de femmes mariées parmi les femmes) :
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Les arrondissements les plus bourgeois sont ceux où les femmes mariées sont les plus fréquentes : septième, huitième, seizième. En revanche, dans les dixième, onzième et dix-huitième, les femmes n’indiquent pas souvent de nom marital. Est-ce parce qu’elles ne sont pas mariées ? Ou est-ce plutôt parce que c’est surtout dans les espaces bourgeois que l’on indique, — en toute discrétion — avec la bague de fiançailles et l’alliance, le nom de l’époux en toutes circonstances ? Ou est-ce parce qu’il y a des arrondissements de vieux et des arrondissements de jeunes et que le taux de mariage varie avec l’âge ?
L’analyse multivariée attendra, mais l’on remarquera, déjà, des comportements différents entre arrondissements : à tous âges, les femmes des arrondissements bourgeois ont plus fréquemment un nom marital sur leur carte d’électrice.
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